West Side Story - l'origine et la fin de la comédie musicale ?

Publié le par Charlie SaintLaz

1957 fut une année faste : Les sentiers de la gloire de Kubrick imposent à l'Europe de réfléchir à ses méfaits, John L. rencontre Paul McC., Gaston Lagaffe fait sa première apparition, Camus refuse le Nobel et ... la comédie musicale West Side Story fait sa première le 26 septembre.

Après guerre, l'Amérique se passionne pour la comédie musicale (musique, chant, danse, théâtre mêlés), le genre atteignant son apogée au milieu des années 50 avec My fair lady (Lerner&Loewe, 1956). Mais l'année suivante, West Side Story vient révolutionner le genre en créant un modus operandi aussi précis techniquement que sublime artistiquement. Le bijou, bien avant sa transposition au cinoche (1961, qui rendra légendaire Natalie Wood), est né des mains (et du reste) de quatre auteurs de génie : Leonard Bernstein, Jerome Robbins, Arthur Laurents, Stephen Sondheim. Et ?

 

West Side Story, un chef d'oeuvre.

L'histoire est connue : elle reprend Roméo et Juliette, façon bas-fonds new-yorkais. Les Jets (natifs américains) et les Sharks (immigrés porto-ricains) se disputent les rues de leur quartier... mais leur lutte se transcende lorsque Maria, la soeur de Bernardo, chef des Sharks, et Tony, ex chef des Jets, tombent amoureux. Conciliation, rivalités, amour tendre, provocations, quiproquos : la comédie musicale parle de racisme, de violence, d'appartenance, de jeunesse, d'amitié et d'amour. La classe.

Si Laurents et Sondheim, parolier et dramaturge, sont une partie incontestable du quatuor de parents de West Side Story, la renommée a surtout couronné Bernstein, pour sa musique (que d'autres blogs auront bien mieux analysée que moi), et Robbins, pour la chorégraphie. La création relève d'un challenge que peu d'auteurs, lorsqu'ils appartiennent à des disciplines différentes, savent relever avec autant de brio. La concordance entre la musique et la danse - qui suffiraient presque à exprimer les différents clans, personnages, émotions, intrigues - est impressionnante. Je ne peux que t'encourager à la voir pour te rendre compte que le show à l'américaine est né ici, avec sa mécanique huilée et ses talents exploités pile comme il faut pour atteindre l'extase. Des airs qui restent en tête (America, Maria, Somewhere, etc.), une mise en scène audacieuse, costumes 60's, intelligence de la progression, thèmes éternels, servis par un casting époustouflant pour ses qualités scéniques : West Side Story, encore aujourd'hui, tape fort... et juste.

 

West Side Story, un modèle dépassé.

Le problème des oeuvres historiques, celles qui créent une nouvelle ère, celles qui révolutionnent tout, c'est qu'elles s'inscrivent dans l'histoire, mais qu'elles prennent aussi le risque d'être dépassées par celles qui s'inspireront de leur formule pour atteindre le même genre de sommets. West Side Story a ouvert la porte à Hair, à Cats, à Chicago, au Phantom of the Opera, à Starmania, au Lion King, à Avenue Q, et même à Mozart, l'opéra rock. Des comédies musicales qui, pour certains, auront perdu la superbe et l'esprit de sa majesté West Side, mais qui, pour d'autres, représentent la mise à jour d'un mode de création - celui de Bernstein et Robbins - et laissent, souvent, des souvenirs plus impérissables. J'ai vu, récemment, West Side au théâtre du Châtelet, et j'en suis ressorti moins enthousiasmé que d'Avenue Q ou de Chicago. Même si j'ai senti la perfection de la création, je n'ai pas vibré autant. Sans doute parce que West Side est un musical très sérieux. Trop, peut-être.

Publié dans Théâtre

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