Y'a qu'à écouter, aussi ... tome 10

Publié le par Charlie

Ca faisait longtemps ! Il faut dire que depuis les grandes invasions en musique de film et en électro de ces derniers mois, j'étais repu en nouveautés ... Du coup, pour nous changer de ces cocktails électro-symphoniques, je t'ai concocté un petit digestif bien de chez nous, avec ce qui a plus ou moins fait le buzz en variétés françaises ces dernières semaines. Enjoy (et tu me remercieras plus tard).

 

# Daft Punk - Tron : Legacy

Daft-Punk-Tron-Legacy.jpgAttendu, espéré, imaginé par beauuuuucoup, le nouvel opus signé Daft Punk pour le film Tron : Legacy est véritabalement à al croisée des chemins. D'un côté, un groupe électro-pop, héritier et re-créateur (parmi d'autres) du son électronique français ; de l'autre, un film, un vrai, avec du suspense, de l'action, de la colère virile et de l'anticipation. La BO de Tron : Legacy par Daft Punk ne pouvait donc pas être un objet culturel anodin. Le groupe en a (presque) fait une grande oeuvre classique. Suffit d'en lire la tracklist : Overture, Adagio for Tron, Nocturne, Finale ... C'est sans doute parce que ces morceaux ont l'ampleur du classique, entre les cordes langoureuses et les harmoniques liées, le tout, évidemment, mâtiné de rythmes électro. Tron : Legacy, c'est un film. Un film, c'est un début, un milieu et une fin. Le début, faut le soigner, parce qu'il donne la couleur. Overture est un morceau épique. On se croirait dans Lawrence d'Arabie. Ou au début d'un Superman. Ca enfle, ça joue de la corde sensible, ça inaugure bien l'état d'esprit. Pourtant, les ambiances varient beaucoup d'un morceau à l'autre. On passe ainsi d'un Nocturne paisible et sourd à un End of line plus jazzy, puis à un Derezzed digne de dancefloor. Les influences sont donc nécessairement multiples. L'héritage des divers compositeurs pour le cinéma n'est pas extrêmement sensible ou vraiment décelable, mais on sent, ça et là, quelques relents de gloire. Rinzler, par exemple, nous parlera de Jarre (le fils, pas le père) et Solar Sailer de Lindström. Quelques coups de coeur, donc, mais assez épars dans l'ample tracklist : End of line est sexy, brillant, lumineux et sombre à la fois, mais aussi The game has changed, qui pourra servir d'exemple-type de musique de suspense et d'action finale dans toutes les facultés de musico. les End titles sont à l'image de 70% de l'album : un peu too much, mais d'une magnifique facture électro. Côté musique de film, on appréciera le changement côté création originale, mais pour l'ambiance, il faudra sans doute repasser.

Donc ? Du bon, mais pas de quoi hurler au génie.

 

 

# Etienne Daho & Jeanne Moreau - Le condamné à mort

jeanne-moreau-etienne-daho-condamne-mort-jean-L-ia8xJx.jpgLe condamné à mort, au départ, c'est un poème de Jean Genet, écrit en prison en 1942, en hommage à un jeune assassin qui devait aller à la coupe-coupe. Un poème fort, aux rimes suivies ou embrassées, plus d'une centaine de vers, sur la violence, l'enfermement, la culpabilité, le désir, l'homosexualité, la perversion ... Quel programme. Etienne Daho, le hérault caché de cette chanson française qui crée plus et parle moins, était tombé amoureux de ce texte aussi agressif que tendre, aussi ambivalent qu'explicite, et le reprenait sur scène, un ou deux extraits ça et là, depuis longtemps. Voulant le mettre intégralement sur cédé, il reprend les musiques d'Hélène Martin (datant des sixties) et propose à Jeanne oxyded voice Moreau de faire un peu de lecture aussi.

Résultat ? Comme le disait Télérama  (faut bien qu'ils aient raison, de temps en temps), le pari est casse-gueule : un texte long, cru (côté sexe et violence), terriblement littéraire (il faut dire que Genet était un perfectionniste maladif ...), avec une musique très discrète pour faire ressortir les voix, et le contraste douceur-de-la-voix-de-Daho vs rugosité-de-la-voix-de-Moreau. So what ? Moi, je trouve le pari très beau, et la réalisation charmante. Le CD évite d'avoir à lire le texte, mais le découpage des hémistiches adopté par Daho dans le placement de sa voix, ainsi que les mélodies vocales ne sont pas du meilleur effet... Moi, en attendant, je n'ai pas trouvé le résultat exceptionnel, sans doute plus à cause de Daho que de Moreau. Parce que Daho, dans sa voix parlée, a beaucoup beaucoup d'intentions involontaires, notamment féminines, et ce ne sont sans doute pas celles qu'aurait mis un Genet fantasmant l'über-virilité carcérale ...

Donc ? Pas exactement le truc à offrir à Noël à beau-papa ... ni même à tes oreilles (sauf si tu es littéraire). Epargne-toi.

 

# Elodie Frégé - La fille de l'après-midi

Elodie-Frege-La-fille-de-l-apres-midi-CD-album_z.jpgSi l'on doit faire un parallèle entre Jenifer et Elodie Frégé, y'en aurait pour des kilomètres. Contrairement à Jen, Frégé a fait ses armes dans la classe licencieuse de la musique suave et soufrée, aux côtés d'un Biolay qui a fait d'elle ce que Gainsbourg a fait de la plupart des voix cristallines qu'il a choyées. Sans être aussi naïve que France Gall, Frégé a gagné, grâce au Jeu des Sept Erreurs (2007), ses galons de chanteuse talentueuse, populaire, sexy, classe, intelligente (tant qu'elle ne sourit pas trop en interview). La fille de l'après-midi raconte une histoire, celle d'une fille qui accepte de n'être qu'un cinq à sept, de n'être qu'une parenthèse de charme, de beauté et de sensualité, un objet sexuel d'admiration et de fascination pour un homme dont le coeur est pris ailleurs. Un court métrage mis en scène par Thomas Brémont donne d'ailleurs très bien le ton, mais aussi un petit entretien joliment poétique. Frégé fait donc dans le grand public parce qu'elle le veut, mais ne s'affranchit pas de la classe de l'élite, en citant Lady Chatterley, Emma Bovary, Belle de Jour et Cléo de 5 à 7 : autant de références de l'amour caché connues de tous (au moins de nom), mais suffisamment hype pour plaire aux plus pointus. Bref bref bref, et côté son ? Des mélodies à coups de violons, de claviers léchés, et des lignes de basse aux petits oignons pour un album qui se révèle un petit univers sensuel, clair-obscur et ... diurne. Diurne ? Nettement, La fille de l'après-midi s'écoute le jour, quand le temps de suspend un peu (par exemple, quand on prend un café à la machine en regardant le froid extérieur par la fenêtre). De là, il n'y a pas de chanson qui se détache, elles sont toutes d'égale qualité, sans feu sacré, mais sans médiocrité non plus ... Quelle différence d'avec Le jeu des sept erreurs ? La patte de Biolay est moins pesante, La fille de l'après-midi est donc moins gainsbourien. Mais à être moins ci et plus ça, les chansons sont inclassables, sans doute trop dans la suspension elles aussi. Parce que ce que risque Frégé, à terme, c'est d'être davantage une attitude qu'une artiste à oeuvres.

Donc ? Mitigé, disons. Elle garde, de sa voix claire, le rôle de la jolie fille qui chante bien, mais cherche à développer son image de désinvolture sensuelle. L'effort mérite au moins d'être encouragé ...

Publié dans Sons

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