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Des Femmes, de l'Orient et du Cinéma

Publié le par SaintLaz

Action ! (Vérité)

n.b. : N'étant spécialiste d'aucun de ces trois sujets, mais y portant un intérêt non négligeable par goût pour les causes nobles, ce post sera évidemment la quintessence de la Vérité.

Maniant avec virtuosité la frontière entre la fiction et la vérité, et la vie ayant souvent plus d'imagination que nous (comme le disait à peu près Truffaut), le cinéma questionne plus qu'il ne répond, et peut devenir source de vérités autant que de leurs distorsions. Ainsi, tous ces films venus d'ailleurs ont ils une part de vérité quant à leur sujet, sa représentation ou son approche - et tous transforment notre perception de la Vérité, fut-elle multiple, partisane et pleine de clichés. C'est tout l'intérêt du cinéma : il redessine notre approche du monde dans ce qu'il est, et dans ce qu'il pourrait être.

Toi et moi, nous partons avec nos représentations, nos histoires. En voici trois.

# Episode 1 : Portraits palestiniens

L'histoire Trois filles, colocataires palestiniennes à Tel Aviv. Nour, l'étudiante en informatique particulièrement pieuse, Leila, l'avocate portée sur l'émancipation, et Salma, la DJ qui tente de vivre son homosexualité. Chacune dans son relation à l'amour, à l'aimé, au couple tel qu'il est défini par les traditions variables. Le sujet est passionnant (ah ! l'amour...) et le traitement, fin et rythmé : le film ne fait pas dans le sensationnel, mais dans l'émotionnel. Brillant.
Le fond La femme face à l'homme et la société ? On sait la région partagée entre Orient et Occident, tradition et modernité, conservatisme et progressisme, soumission et liberté, communauté(s) et individualité(s) - avec compositions en mosaïque, un imbroglio qui empêche toute généralisation, qui oblige à toutes les précautions oratoires (comme tu l'auras remarqué). Il y a un point commun entre ces trois femmes : leur volonté de vivre leurs idéaux en s'accomodant de la pression sociale. Rien ne leur est épargné, dans un Tel Aviv qui offre toutes les possibilités (sorte de "terrain neutre où tout s'exprime simultanément) : la radicalité et le compromis, c'est juste une question d'équilibre - et leurs expériences nous montre que l'équilibre et toujours précaire, tant la menace (ce qui va à l'encontre de leur idéal) mord toujours. Je te l'ai dit : Brillant.
La forme Trois actrices au jeu tout en finesse, pour un trio qui ne se serre pas forcément les coudes, mais qui fait preuve d'une solidarité féminine comme innée. Superbe sélection. Autre point fort : la musique, entre électro et chanson traditionnelle, jubilatoire (voir le court article de Nova sur le sujet).
Donc Premier film de la Palestinienne Maysaloun Hamoud, Bar Bahar (Je danserai si je veux) mérite toutes les éloges.

# Episode 2 : Monographie géorgienne

L'histoire Dans une famille comme il en existe partout (mais nous sommes ici en Géorgie, dans le Caucase, à Tbilissi, une ville grosse comme Lyon), Manana, la mère de famille, part. Pourquoi ? On ne le saura jamais. Juste, elle part. Elle quitte parents, mari et enfants pour s'installer seule dans un appartement. Quête de liberté ? D'intériorité ? De silence ? Peut-être. Mais dans une société qui fait du noyau familial le centre de la société, un tel départ n'est ni compris, ni franchement toléré. Alors, comment peut-on partir, comme ça ?
Le fond Variation sur dépendance et indépendance, mais aussi sur la liberté des femmes. Sans veulerie aucune, le regard posé sur Manana, qu'il soit masculin ou féminin, est aussi acerbe que bienveillant. Si personne ne comprend, personne ne s'y oppose non plus par la force : la femme est respectée, et si tout le monde cherche à la dissuader, elle peut tenir bon. L'exercice de style est fascinant par ses louvoiements, ses révélations, les mécaniques sociales qu'il révèle.
La forme est réaliste, ample, laisse place à l'expression de tous les personnages, mais se centre sur elle. On est omniscient de ce qu'elle vit et ressent - à l'inverse de son entourage - mais on ignore ses raisons. Le mystère reste entier, mais plus on avance, plus on savoure son acte. Comme elle, au fond.
Donc ce second film de la Géorgienne Nana Ekvtimishvili (à tes souhaits) mérite qu'on s'y prélasse, qu'on y lise un monde qui pourrait encore être celui de nos provinces, et questionner ce qui nous anime, et ce qu'on nous laisse en faire, selon notre sexe.

# Episode 3 : Drame iranien

L'histoire Un couple emménage dans un appartement auparavant occupé par une prostituée. Un jour, un quiproquo, une porte restée ouverte, une intrusion, une agression : un couple dans le drame - elle, marquée dans son corps, lui, horrifié de ce qu'il n'a pu empêcher. Le tout, dans le milieu artistique, intellectuel, policé d'un Iran conservateur où l'homme et la femme ont des places immuables et des postures balisées.
Le fond est un piège remarquable : impossible pour elle de traduire elle-même le coupable en justice, impossible d'en parler sans se déshonorer, impossible pour lui de punir le coupable sans passer par la justice, impossible de sauver son couple sans punir le coupable, bref, nous voilà face à une violence qui perturbe, qui bloque, qui pourrait gronder douloureusement comme un non-dit, qui tremble partout dans cet appartement, dans les corps sanctuaires de ce couple qui ne peut passer à autre chose, physiquement et moralement, sans que quelque chose se passe.
La forme Entre thriller social et intime et revanche vénéneuse, Le Client devient féministe, une quête en forme de tragédie, à la narration théâtrale sans tomber dans l'excès de théâtralité. Le jeu d'ombre et de lumière, l'alternance de plans serrés intimes et de plans plus larges à la composition symbolique (comme celui, saisissant, du dîner qui tourne mal), le tissu, l'objet, le mur, et ce huis clos fantastique dans un appartement qui s'effondre, AAAHHH plaisir de la métaphore.
Donc Le Client, septième long métrage de l'Iranien Asghar Farhadi, est à voir, pour la beauté des deux rôles principaux, mais aussi pour la narration - et pour les questions qu'il pose sur la Femme en Iran, évidemment.

# Epilogue : Itinéraires croisés
Outre le "il n'existe pas un statut de la Femme, mais plusieurs ; il n'y a pas une vie de femme, mais des vies de femmes", ces quelques approches de la Femme en Orient nous parlent de quotidiens faits de combats, pour soi, pour ce que l'on sent comme nécessaire - surtout à nos yeux d'Occidentaux. Nous n'avons toujours aucun moyen de généraliser, mais nous avons de quoi penser, imaginer, et peut-être nous battre.

Trois histoires donc, pour changer la notre, même qu'un peu.

Publié dans Ciné, La vie

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Le 29 avril ne sera plus ordinaire.

Publié le par SaintLaz

SHAKE IT OFF.
Tu le savais, toi, que le 29 avril est la journée internationale de la Danse ? Non ? Et bien si. Le Comité International de la Danse (CID, membre de l'UNESCO) a choisi cette date en 1982 (la même année que la première Fête de la Musique) en référence à Jean-Georges Noverre, inventeur du ballet moderne, né le 29 avril... 1727.

Contrairement à la fête de la musique, la fête de la Danse n'a jamais pris. Elle ne bénéficie d'aucun soutien national - le Ministère ne l'a jamais prise en charge - et les initiatives locales, pourtant nombreuses, sont peu relayées. Certaines structures se font même leur petite fête dans leur coin, sans respecter la date officielle. La plus ambitieuse récemment était à Paris sous la houlette de Blanca Li, et a duré 3 jours en septembre 2011, jamais reconduite depuis. De même, l'ambitieuse Fête de la Danse suisse est une initiative individuelle, et  a lieu sur 3 jours en mai (édition 2017).
Pourtant la danse est le premier des arts : avant même d'apprendre à faire de la musique en créant un rythme en tapant sur des bambous (et c'était n°1), l'Homme a dansé pour se galvaniser. Restée incontournable de toute fête, la danse est à la fois preuve de bonne santé et matière à séduction, mais aussi symbole de maîtrise de soi et support d'expression. Quelle que soit sa forme, du madison de fin de soirée au hip hop des places publiques en passant par le ballet classique ou le feutré des cabarets, la danse est un moment de plaisir, comme nous le montrait avec humour la mondalisée Taylor Swift.

Une fête de la Danse qui serait comme une fête de la musique : un lieu où chacun, même amateur médiocre, pourrait danser un peu partout dans la ville ? C'est possible. Ouvrir les places, les halls, les salles de danse, proposer des cours collectifs publics, des spectacles, des flashmobs, des pièces amateurs ? Oui, c'est envisageable. Donner envie aux gens de sortir du confort et de vaincre la fatigue (ou l'inhabitude) physique ? Voilà où cela va pécher.

Car peu de gens aiment danser en public. En soirée, en club, en famille ou entre amis, on s'y risque, c'est vrai. Mais au delà ? Si Danse avec les stars a redonné ses lettres de noblesse à la danse de salon, qui n'avait eu comme grand promoteur récent pour la sortir de sa ringardise relative que le génial Murder on the dancefloor (et encore, ça ne danse pas tant que ça).
Le clip vidéo est aujourd'hui le principal mode de consommation de la danse, et les artistes s'en donnent à cœur joie pour créer des chorégraphies à reprendre, de la Macarena à Single ladies ; mais aussi pour créer de vraies pépites dansées écrites par un-e chorégraphe, de la danse sur le lit de Shakira (Did it again) à la danse sur l'eau de Loic Nottet (Million eyes), de l'épure de Christine and the Queens (Saint Claude) à la complexité de Sia (Cheap Thrills), (et je ne prends là que de récents exemples. L'exercice de style charme, évidemment, mais il met aussi la pression : l'excuse principale des gens pour ne pas se lancer sur le dancefloor (dans le noir) ou simplement en public est qu'ils ne savent pas danser.
Comme si, pour faire la fête, il fallait avoir la technique de Pietragalla. Allons, lancez-vous : le prochain 29 avril, dansez !

Publié dans Danse, Tendance, Fête

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Lumière sur les hommes de l'ombre - Dix pour cent

Publié le par SaintLaz

Coulisses

Il y a la grande Histoire, et les petites histoires. Un cénacle de figures tutélaires et une éternité d'anonymes. A la lumière de nos dieux vivants, passés ou actuels, il y a nous, d'hier et de demain, cortège d'âmes inconnues et oubliées. Une vie à l'ombre des jeunes filles en fleur des turpitudes de la célébrité, et de ce qu'elle implique de responsabilité. C'est sans compter que les éminences grises sont toujours dans l'ombre.

Ainsi il y a ceux qui font le spectacle - ceux dont on n'oublie(ra) pas les noms - et ceux qui les font ; et ils sont nombreux. Des producteurs aux assistants, des auteurs aux techniciens, des arrangeurs aux petits mains. Et dans ceux qui font et défont les projets, il y a les agents. Une profession dure et exigeante, qui épuise plus qu'elle ne satisfait, où 90% des efforts sont infructueux, et où on ne touche que 10% du poulain qu'on entraîne. C'est tout le sujet de la série star de France Télévisions qui revient sur nos écrans pour sa seconde saison, Dix pour cent, produite par Dominique Besnehard, Michel Feller, Cédric Klapisch, Aurélien Larger et Harold Valentin.

A l'instar de sa production et de sa réalisation, Dix pour cent est un phénomène choral : personne n'y prend l'ascendant, tous les rôles s'équilibrent dans l'intensité de leurs histoires. Une agence d'acteurs, 4 agents, leurs assistants, leurs vies perso et leurs clients vedettes (avec tout ce que l'art, la célébrité et la vie quotidienne ont de palpitant) : voilà les ingrédients de l'objet. Le ton oscille entre le drame et la comédie, sur un format 52 minutes (6 épisodes par saison) : de quoi attiser l'appétit, sans se perdre dans les méandres que l'on dessine souvent soi-même.
L'intérêt de Dix pour cent, c'est l'intrication de la relation star/pas star. Fondamentalement, la star, c'est le client, la vedette de cinéma pour qui nos agents travaillent. Mais dans cette série, les stars sont les agents : les clowns blancs sur qui tout repose. Mais dans leur agence, les stars sont leurs assistants, les augustes délirants qui font tout tourner à la catastrophe. Ainsi, d'Isabelle Adjani en auto-parodie à son agent, Mathias, qui tente de camoufler une bourde du passé, à son assistante Noémie qui aligne les bourdes pour camoufler la bourde. Inception des statuts, comme dans toute bonne hiérarchie. Leçon de vie, aussi, qui nous rappelle que si l'Histoire est sélective, nos petites histoires quotidiennes sont absolument passionnantes.

Publié dans Série, Tendance

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Prodiges® - Femmes d'aujourd'hui

Publié le par SaintLaz

Mis(es) en boîte.

Souchon avait raison : on nous fait croire que le bonheur c'est avoir, d'en avoir plein nos armoires. Mais mieux que ça, dans le consumérisme, il n'est pas question que de posséder, il est aussi question d'être - dis moi ce que tu achètes, je te dirai qui tu es. Dans une époque qui n'encourage plus la libre pensée (depuis longtemps), parce que l'on craint trop que l'on ne consomme plus, ou plus comme avant (aka "pertes financières potentielles"), on immisce dans la consommation traditionnelle un discours sur l'être consommateur, sur l'acheteur désormais au monde parce que l'objet/le service/l'aliment réalise un idéal soci(ét)al, et de préférence en misant sur des valeurs positivistes, quitte à renier tout bon sens entre le produit et le discours.
Ainsi, qui sait ce que sent un parfum avant d'avoir été le renifler en magasin ? Personne : les publicités vendent une attitude, pas l'odeur. Liberté, jeunesse, puissance (pour les âges mûrs), impertinence (pour les jeunes), rêves réalisés (pour ceux entre les deux), désirabilité, nature, peu importe : l'important, c'est l'image. Forcément. Et faut voir comme on nous (en) parle.

La guerre contre la pensée unique s'embourbant souvent dans la seule dénonciation d'un lavage de cerveau politique virant au complotisme, et la contre-culture étant désormais soupçonnée d'avoir créé une génération d'égoïstes (c'est Grazia qui le publie, c'est dire...), penser out of the box ne peut plus être qu'une une initiative individuelle, que Nuit debout n'a pas parfaitement réussi à galvaniser.
C'est donc encore au théâtre qu'il faut demander de gérer la question, puisque la fiction permet toujours de faire passer les messages les plus difficiles à admettre pour l'auditoire (contrairement à la presse et aux analystes). C'est pourquoi je te propose de découvrir Prodiges®, pièce de Mariette Navarro, qui a l'incroyable avantage de ne pas forcément t'obliger à quitter ton canapé, grâce à la mise en scène par Matthieu Roy (puisqu'il veut faire du "théâtre dans le salon des gens"), et aux sublimes interprètes Aurore Déon, Caroline Maydat et Johanna Silberstein. Bonne nouvelle : la pièce fêtera bientôt sa 100e, lors de sa série au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines. (La tournée)

De quoi ça parle ? Devant nous trois femmes, on est dans un salon, les années 60 portent leurs promesses. Une réunion de vente à domicile, servant aussi d'adoubement à la petite nouvelle. Elle est un peu gauche, mais attentive, elle y croit, elle y croît. Il y a une femme de poigne, à l'autorité prononcée mais joyeuse ; elle est concessionnaire. Il y a une femme enthousiaste, qui maîtrise l'exercice - la monitrice. Elles parlent d'une seule voix, racontant la femme moderne, se racontant un peu en filigrane : une femme volontaire et fière, encore bien ancrée dans la société patriarcale... Mais surtout, elles présentent un produit, et tout le storytelling qui va avec.

Alors ? Le costume, les histoires et le décor permettent de mettre de la distance - et de rire beaucoup, tant le décalage avec nous semble grand. Pourtant... on réalise assez vite que l'on rit jaune : la forme a changé, mais le fond ?

Le + : la langue et la musicalité. Trois femmes, trois façons de parler, trois tonalités vocales. Le texte est dense et le rythme soutenu, à la mitraillette - pour ne pas te laisser le temps de questionner, de réagir ; tu prends, tu ingères, tu digèreras plus tard. Le tout dans une langue et une diction qui ne sont plus tout à fait les nôtres, et des voix posées sur des notes distinctes, marquées, forcées - donc comiques : le rythme est soutenu, mais endiablé, presque rock'n'roll, pimpant mais non stop. Entre la belle langue - pas un mot sorti du registre du politiquement correct -, la musicalité (un même mot réitéré toujours sur les mêmes notes) et la joie fabriquée de la vente...

La monitrice : Laisse-nous te refaire le film en Super 8 de ton petit confort.
La concessionnaire : Car même si cela n'a jamais existé...
La monitrice : ... c'est cela que nous te vendrons...
La concessionnaire : ...au prix que nous voudrons.
La monitrice : La valeur ajoutée de ta valeur immense.
La concessionnaire : Unique.
La débutante : Nous cuisinerons sur mesure ton portrait revisité.

Prodiges® - Femmes d'aujourd'hui

Ce qui saute aux yeux : le statut de la femme des sixties. Elle est jeune, elle est belle, elle est mariée, elle a des enfants, elle travaille - un peu, mais pas trop ("Il te restera du temps à tuer en attendant le retour de ton mari. Tu feras le vide dans ta tête en attendant le retour de ton mari. Tu te rendras disponible pour ses soucis, ses caprices, ses envies de toi."). A travers la construction de leur propre légende individuelle, alimentée d'images à portée autoréalisatrice (la super-nana est née là), on comprend le passé difficile des femmes, la guerre, la solitude, le travail, la mort, et le besoin d'un renouveau, indépendant mais soumis, parfait et assumé, aventurier mais confortable, quotidien mais libéré, actuel mais pas trop novateur non plus ; un renouveau dans la tête plus que dans la pratique, qui semble dire "je maîtrise, même si j'ai l'air soumise".

Ce qui fait rire : le discours publicitaire, de l'entreprise et la joie forcée. Les formules toutes faites ("Un nouvel Elément : l'Eau l'Air la Terre le Feu enfin réunis / Assemblés / Fondus en un : / Le Plastique"), les concepts qui endorment le soupçon ("la politique cadeau"), l'exagération hilarante ("Tu viens de découvrir une nouvelle façon de vivre la cuisine. / Une nouvelle façon de vivre, disons-le tout net.") et le sentiment qu'encore aujourd'hui, on grossit encore le trait, pour que le positif ait toujours l'air fantastique, comme si on avait peur que le neutre (ou le négatif) ne ramène à la peur, la tristesse.

Un mot du metteur en scène, Matthieu Roy : "Qui pourrait déceler dans le corps du texte de Prodiges® ce qui appartient aux argumentaires de vente à domicile bien maîtrisés et ce qui relève de l'expérience personnelle et intime des vendeuses ?"
C'est là toute l'intelligence de ce texte, et du talent des comédiennes, qui prêtent sans cesse à rire sans se démonter - alors même que la frontière entre la salle et la scène est abolie.

A voir absolument.

Publié dans Théâtre, Féminisme

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Besoin d'un grand geste - Faust par Poda

Publié le par SaintLaz

Ecrans !

Qu'avons-nous fait de la grandeur, nous la génération écrans ? Il me semble que nous sommes réduits à ne la voir qu'autre part, en fiction ou à l'autre bout du monde ; machine hollywoodienne ou du haut de ces pyramides, pourquoi ne nous sommes nous plus contemplés qu'ailleurs ?
Quelle tristesse que ce quotidien où le cynisme ambiant a tout démystifié, où il n'est en apparence plus permis de rêver #caliméro - beaucoup ont déjà baissé les bras. Crise, vieillissement, précarisation, déprime - en ce royaume de la placidité, plus rien ne nous galvanise sinon la fiction, même le verbe des politiques et petits potentats est pleurnichard quand on s'en prend à leur intégrité - adieu les grands mots des grands hommes.

Alors quoi, que nous faut-il pour aller constater de nos yeux vus que la vérité est toute autre - variée, riche, et surtout grandiose ? Sortir du confort. Sans détour, oui, quitter canapés, écrans, séries télé, et constater que ces réalisateurs n'inventent rien, rien de réel (contrairement à ce que leur titre sous-entend) - j'insiste, rien de réel : outre l'imprévisible beauté des péripéties de la vraie vie, les mises en scène les plus grandes ne sont pas mises dans nos regards par la caméra qui oriente, qui nous mâche le travail, mais par nos théâtres. Ces mises-en-scène-là prennent le risque d'être réelles, s'exposent à notre diversité, à notre inconstance, à notre férocité parce que notre critique est soudain réveillée.

Parce qu'un grand geste coûte beaucoup, c'est souvent l'opéra qui étale le plus sa puissance. Sans rentrer dans le top 5 des mises en scènes controversées - qui peuvent mener au dégoût de l'exercice, les scénographes de talent savent y faire pour éveiller le lyrisme par la métaphore, ou pas le geste architectural (mais si !).

Dans le cadre de Viva l'Opéra !, il y avait un Faust enregistré au Teatro Regio de Turin, avec le brillant Charles Castronovo dans le rôle titre, l'excellent Ildar Abdrazakov en Méphistophélès, et la renversante Irina Lungu en Marguerite. A la mise-en-scène, Stefano Poda. Avant d'en parler, admire comme le garçon est un créatif prolixe, un bâtisseur protéiforme, comme il dessine la scène pour en faire des temples propres au lyrisme : Jette un œil sur ses mises-en-scènes précédentes.

Besoin d'un grand geste - Faust par PodaBesoin d'un grand geste - Faust par PodaBesoin d'un grand geste - Faust par Poda
Besoin d'un grand geste - Faust par Poda

Communauté de l'Anneau.
Symbole du tout, du monde, matrice qui dévoile et tue, mur sans fin, obstacle, chambre et demeure, métaphore de l'intériorité et place publique, symbole du Temps qui file et se suspend - l'ami Poda n'invente pas l'eau tiède, mais joue ici une carte forte, qui donne à l'histoire de Faust (le pacte avec le diable et la descente aux Enfers) un cadre sublime - grandiose - qui fait que, amateur ou non de Gounod, tu sors de là en ayant l'impression d'avoir assisté à un monument artistique, à un geste immense, un éclat qui élève, qui anoblit, qui rend ton âme puissante.

L'art, quoi.

Publié dans Opéra, Théâtre, Tendance

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