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Can't fight the... Moonlight.

Publié le par SaintLaz

Blue is the warmest color

Des goûts et des couleurs, on ne discute pas. Et ce n'est pas un regard porté sur le cinéma qui viendra dire le contraire : du temps de mon investissement pour une célèbre plateforme de cinéma, je me suis retrouvé avoir une passion pour le même cinéaste qu'un de mes patrons, pour des raisons diamétralement opposées. Porter aux nues une œuvre, quels que soient les motifs de le faire, est-ce bien tout ? Ou les motifs importent-ils tout autant que le résultat ? L'important, en matière de goût, est de le définir pour savoir répondre aux questions. Un goût justifié et toujours mieux qu'un goût calé dans les normes imposées par la société.

Aussi, questionnant la notion de couleur, on ne discutera pas de la nuance - si tu as un jour voulu choisir un élément de déco d'une certaine couleur, tu sais de quoi je parle - mais l'on pourra discuter de son impact. Ainsi, le bleu, rassurant ou froid, bonheur ou tristesse, couleur du désir chez Kéchiche (La vie d'Adèle), du rêve chez Disney (Aladdin), de la richesse intérieure chez Barry Jenkins (Moonlight).

C'est l'histoire d'un mec que l'on découvre petit, à l'âge bête où les garçons se sentent en besoin de prouver leur supériorité par la force, d'installer ce vieux besoin de domination sur les autres ; que l'on suit adolescent, à l'âge où les garçons développent la domination par le sexe, par l'intimidation ; que l'on retrouve adulte, à l'âge où l'homme jeune construit, développe, assoit, assume. Chiron, petit bonhomme qui n'aime ni le foot ni la bagarre, ado effacé et frêle, homme enfoui sous une carapace survirilisée, pour enfin dominer - croit-il. Un garçon, une jeune homme, un homme toujours aux prises avec son monde, perdu dans le ravin qui sépare ce qu'il est de ce qu'il devrait être.
Moonlight est un portrait délicat, rempli d'une profonde humanité, l'approche du monde par le regard d'un personnage en creux, en retrait, observateur plus qu'acteur. Autour de lui, une galerie de personnages originaux, intenses et rares (comme le dit cet excellent article sur Slate.fr), qui amènent un peu de nuance dans un sujet compliqué, loin des idéologies et des préconçus. Certes, le personnage principal est aussi opaque à la fin qu'au début, on ne sait ni l'intensité ni la qualité de ce qu'il ressent, on ne voit que sa gêne, que sa solitude, malgré ses soutiens, fussent-ils éphémères.

Dans un contexte politique de course au populisme suprématiste blanc-bec, Moonlight enrichit le regard, éclaire l'universalité de certains thèmes, efface les différences, et finit par nous rendre aveugle à la couleur (de peau).

Colorblind.

Can't fight the... Moonlight.

Publié dans cinéma, LGBT

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La vie c'est plus marrant en chantant - La La Land

Publié le par SaintLaz

Succès en Demy-teinte.

Le phénomène est médiatique : à la radio, à la télé, partout, tout le temps, jusque dans ce plan de com' à l'américaine dans les transports qui le vante comme "le meilleur film de l'année" - pour un film sorti un 25 janvier, c'est soit une pâle copie de la campagne américaine, où le film est sorti fin décembre, soit incroyablement présomptueux - La La Land est le film de tous les records, qu'il s'agisse de son nombre de récompenses aux derniers Golden Globes ou de l'étonnant raz-de-marée d'éloges qu'il reçoit.
Avant même d'entrer dans la salle, tout incite à voir La La Land, en dehors du battage médiatique : succès critique, hommage moderne à un genre chéri du cinéma et du cinéphile, la comédie musicale, Damien Chazelle (petit génie auteur de Whiplash) aux commandes, Ryan Gosling et Emma Stone au casting, l'ombre de Jacques Demy planant sur les premières images sorties, et quelques airs entêtants qui parlent d'amour, de joie, de langueur, bref, qui donnent envie de voir le film qu'ils portent.
 

Parce qu'une comédie musicale de qualité doit allier un réalisateur de talent à un compositeur doué, La La Land ne déroge pas à la règle : le tandem Chazelle/Hurwitz, 3e collaboration, 2e réussite (à ma connaissance), est ici en parfaite osmose. Nourris sans doute des mêmes références, les deux compères signent une ambiance langoureuse, solaire et pleine d'American Dream, retro et bobo, poétique ici, triviale là, pour une ambiance californienne un peu hors du réel ("la la land", en anglais), profondément séduisante.
L'hommage à Demy repose sans aucun doute dans une floppée de plans, notamment en extérieurs et quand il s'agit de filmer la danse, mais aussi dans la faculté de chanter même les choses les plus insignifiantes (ce qui amusait grandement Legrand). La La Land nous est donc familier, part indispensable du succès du film.
Après, le cinéma peut n'être vecteur que de beauté, les usages lui intiment tout de même de raconter une histoire. La La Land raconte comment les chemins de Mia, serveuse voulant devenir actrice, et de Sebastian, petit pianiste voulant monter son club de jazz, se croisent et se séparent, dans un Los Angeles rêvé, cité des anges, cité des étoiles, cité des stars... city of stars (mate le double sens). Le scénario n'est pas nouveau, il rappelle un peu, dans sa fin, le Café Society assez moyen de Woody Allen, sur le thème des amours inaccomplies, des vies parallèles, les regrets fantasmatiques.
Et puis, les cabotins Gosling et Stone, dans cette jeunesse belle, ambitieuse, enjouée, blanche, celle à qui toutes les portes sont ouvertes, font des merveilles dans le réalisme simple et coquet, d'une grande précision mais d'une apparente facilité, pour saisir le naturel, le spontané, le romantique. On pourra chercher de nombreuses petites bêtes au duo et au scénario, mais one peut rien reprocher de concret aux acteurs, d'une part, et n'oublions pas, d'autre part, que c'est du "la la land".
Au final, La La Land est un film séduisant, qui souffre de quelques longueurs entre deux scènes sublimes, un joli moment de cinéma, ni un chef d'oeuvre, ni une bouse, et donc objectivement le film à voir si tu veux avoir un sujet de conversation en commun avec ta collègue de la com' à la pause café.

La vie c'est plus marrant en chantant - La La Land

Publié dans Ciné, Sons, Tendance

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La beauté du temps qui passe / Happy Hour à la Bastille

Publié le par SaintLaz

Aging and restless.

De la même manière que nous reconnaissons les signes de l'état amoureux, l'amitié s'impose à nous de manière évidente à qui sait lire la vie. Les rires, les larmes, les grands évènements et les petites choses de la vie, le partage, l'écoute et la compréhension, la défiance et la confiance, mais surtout, surtout, la capacité de tout ça à résister au temps. Ne s'enorgueillit-on pas plus d'une amitié de plusieurs décades (trahissons notre âge) qui a subi les assauts de la réalité que d'une amitié toute fraîche, qui a encore tout à promettre ? Si.

S'il fallait en faire un spectacle, il ressemblerait sans aucun doute à Happy hour : une heure d'amitié déclinée sur un plateau par Alessandro Bernardeschi et Mauro Paccagnella, amis à la scène parce qu'à la ville.

A les voir, tous les deux, aborder l'enfance, le jeu, la danse, les aventures ensemble et les expériences personnelles, on ne peut s'empêcher de se projeter dans son propre sentiment amical, cet affect de confiance et de légèreté, et de constater la vérité de l'émotion, base de la recette de tout bon spectacle.
Happy hour déroule l'histoire des deux comparses en alignant des séquences thématiques, que les artistes présentent avec humour et simplicité, en adresse directe au public, alternant sketches et chorégraphie, avec une pointe de vidéo ici et là. De Concerto et sa métaphore de l'oeuvre, rock et classique, à Il combattimento où ils s'empoignent dans un spectacle qu'ils semblent monter depuis le début, en passant par des extraits de la télé des années 70 avec Raffaela Carra (Alessandro, Mauro e la revoluzione), un dancefloor ouvert au public (Place aux jeunes), ou un bijou de danse contact (Crise), le duo d'Italiens basé à Bruxelles brise le rapport du réel au spectacle en mettant en scène la vraie vie, à moins que ce ne soit la vraie vie qui soit un spectacle en soi. En résulte une heure de bonne camaraderie, qui semble n'avoir oublié aucune émotion, ni de rester dans le cadre du vrai, sans sel ajouté, sinon dans leurs cheveux poivrés, signe que le temps bonifie les bonnes choses.

Happy Hour
au Théâtre de la Bastille (Paris)
jusqu'au 27 janvier 2017
En savoir +

(c) J. Van Belle

(c) J. Van Belle

Publié dans Danse, Tendance, Théâtre

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Un luxe nécessaire.

Publié le par SaintLaz

Economie de la confiance en soi.

Faut-il avoir une confiance infaillible en soi, une conscience de la puissance de son être, de son originalité, de sa définition, de sa destinée, une forme de certitude, même indéfinissable, mais profondément ancrée, presque palpable, que ce dont on est constitué est arrivé à un stade avancé de perfection dans sa nature et dans son agencement, pour en arriver à nier le besoin d'ouverture, de nouveauté, de remise en question, pour être certain à ce point que l'état actuel de son être, sa finitude, son dess(e)in, sont optimaux et n'ont besoin de rien d'autre.
Faut-il un niveau d'autosatisfaction ahurissant pour s'estimer dispensable de création contemporaine. Croire que la connaissance du passé suffit à remplir le présent et à envisager l'avenir. N'aller que vers des formes connues, et ne jamais questionner ni nos valeurs, ni nos visions, ne serait-ce que pour s'assurer qu'elles sont solides. Penser que "je n'aime pas" n'est pas aussi important que "j'aime" pour l'esprit et la constitution du goût, croire que le monde peut se passer de laideur, d'étrangeté, de malaise : voilà le vrai obscurantisme. La création contemporaine n'est pas prescriptrice de formes, elle questionne, elle nous permet de savoir qui nous sommes, et de nous remettre en question. Elle est donc essentielle.

Alors, à ces candidats qui pensent que seule une identité collective déjà acquise doit se refléter dans la culture collective, alors que ce sont justement les questions culturelles individuelles qui doivent nourrir l'identité collective, je veux poser une question : êtes-vous à ce point certain que l'étroitesse de votre horizon est un paradigme universel ?

L'absence totale de la culture dans les débats politiques - qu'il s'agisse des primaires de la droite et du centre ou des primaires citoyennes - et l'approche technocratique (financière, administrative) des programmes des candidats à la présidentielle en France montre le succès de la société du divertissement sur la société culturelle ; et la démagogie (que certains appellent doucereusement "populisme", quand il s'agit d'électoralisme) montre la victoire des idées courtes et des solutions faciles sur la nuance et l'intelligence.

Les menaces de mise à mal d'une conception de la Culture comme nécessaire à l'ouverture de l'esprit dans un but d'asservissement au storytelling identitaire (comme si ce n'était pas déjà le cas par ailleurs) sont légions. Suffit de lire Paris Match Culture et libertés, le blog du CLIC, bras culturel du Flou National, ou la suppression annoncée du National Endowment for the Arts outre-Atlantique, mais aussi la multiplication de l'ingérence politicienne dans le fait culturel local (de la validation des contenus des programmations au vote arbitraire des subventions), ce n'est pas une démocratie qui choisit ce qu'on crée pour elle, mais une idiocratie qui regarde les chiffres et les têtes d'affiches. Comme si, après des décennies de culture savante, on se devait de sauver la culture de masse... alors que c'est justement cette culture de masse qui étrangle la culture savante - et donc les chefs d'oeuvre de demain - depuis toujours. Aux Béotiens les mains pleines.

On ne sait qu'une chose : le sursaut n'aura lieu que lorsque toute la télé française aura sombré. Heureusement, Bolloré est là pour hâter le processus.

Publié dans Culture, Tendance

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2017 sera...

Publié le par SaintLaz

Politique Le monde courant à sa perte, on se lovera dans un canapé avec du pop corn pour admirer les présidentielles en France et en Iran (mai), les fédérales en Allemagne (septembre), et les législatives en Europe (Pays-Bas, Bulgarie, France, République Tchèque). Si 2016 a été riche en erreurs évènements, c'est en 2017 que l'on va en payer le prix : populisme européen, repli des USA, application du Brexit... et l'on essaiera de savoir si l'Afrique respecte sa démocratie (législatives en Gambie, Sénégal, Gabon, Algérie, Congo, Rwanda, Angola), si l'Amérique Latine résiste à la crise (Equateur, Chili) et si la Chine poursuit sa conquête du monde.

ET

Cinéphile Si le phénomène La La Land débarque fin janvier, on salive déjà à l'idée du délire personnel de Guillaume Canet dans Rock'n roll et de Loving, le nouveau Jeff Nichols (15 février), du controversé Chez nous (22 février), de Trainspotting 2 (1er mars), de l'adaptation de Ghost in the Shell (1995) avec Scarlett Johannson fin mars, des Gardiens de la Galaxie 2 la même semaine que le biopic sur Django Reinhardt avec Reda Kateb (Django, 26 avril), de l'alléchant The Wall (3 mai) avec Aaron Johnson-Taylor, de Tom Hardy chez Christopher Nolan dans Dunkerque (19 juillet), de la suite de Kingsman : Le cercle d'or (11 octobre), d'Agatha Christie par Kenneth Branagh (Le crime de l'Orient Express, 29 novembre), avant de clore l'année avec Star Wars : the last Jedi (13 décembre).

Bonne année 2017, souhaitons donc que fictions et réalités se brouillent toujours plus.

Publié dans Tendance

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