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La femme dragon.

Publié le par Charlie SaintLaz

L'événement de juin.
J'ai envie d'en écrire des kilomètres, et pourtant, je bute encore devant la finitude de mon vocabulaire, et l'inadéquation entre les mots et les gestes. Stijn Celis, chorégraphe belge assez mal connu en terres latines, a créé pour la danseuse Julie Guibert la pièce intitulée Devant l'arrière-pays. Pourquoi juste pour elle ? Parce qu'elle est banale, quand elle ne danse pas. Elle passe inaperçu. Mais une fois sur scène, elle pioche dans son corps des éléments d'être incroyables, des gestes insoupçonnés : elle traduit par son corps et son visage des émotions que l'homme moderne ne sait plus exprimer. Flippant et hypnotique.
Dans Devant l'arrière-pays, Guibert semble partir au fond d'elle-même, aux origines de la femme qu'elle est et, plus loin encore, aux origines de la femme des origines. Est-elle déjà une femme ou est-elle encore un animal, saurien ou chimère ? Visage déformé par des grimaces venues d'ailleurs, monstre, harpie ou sorcière moyenâgeuse, Guibert, en peu de gestes, en des attitudes que son extrême finesse d'interprétation rend impressionnantes, donne un spectacle minimaliste en gestes, incroyable tant l'émotion est forte, d'une richesse somptueuse, alors qu'elle parle à quelque chose qui, en toi, semble immémorial, d'un temps reculé, et réveille tes sensations primitives.
Mais c'est peut-être dans la durée que tu saisiras mieux la finesse d'interprétation de Julie Guibert.
Aussi, la voilà dans Ciao bella, d'Hermann Diephuis.

Publié dans Danse

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Plonger dans la boue (De rouille et d'os)

Publié le par Charlie SaintLaz

VDM.

Un accident est vite arrivé. Des drames, il y en a tous les jours. Match fait ses choux gras avec des destins brisés, le malheur des uns fait le bonheur des autres. Faits divers, miraculés, histoires extraordinaires, courage incroyable. On trouvera tout le vocabulaire qu'on veut dans les journaux pour décrire un évènement qui transforme une vie et la personnalité de l'humain qui le subit. On s'imagine la dureté, la souffrance, l'horreur. Le sentiment face à la plaie, l'impuissance, l'injustice, la terreur. On compatit. C'est ça : on imagine que le réconfort, la compassion, l'amour et l'attention apaisent un humain endommagé. On les étouffe, peut-être, de bonnes grâces et de bienfaits. L'enfer est pavé de bonnes intentions : et si la compassion était le début de la discrimination ? Et si regarder un être diminué comme tel était le vrai départ de sa diminution sociale ? Et si le considérer comme handicapé tout court en faisait un handicapé pour tout ?

De-rouille-et-d-os.jpgOn en présente plus Audiard. Après un De battre mon coeur s'est arrêté magnifique et un Un prophète salué par la critique (et les Césars), il a présenté à Cannes son De rouille et d'os, un film dur mais qui laisse un sentiment de grandeur, une fois sorti de la salle. L'histoire de la rencontre entre Ali, brute épaisse, qui ne se pose pas de questions, à la vie instable, tentant d'amliorer sans cesse sa situation, et Stéphanie, jolie fille, stable, croisée en boîte, soudain clouée en fauteuil par un accident qui lui coûte ses deux jambes. Après l'accident, Stéphanie rappelle Ali, sa vie a changé. Et si Ali était précisément ce qu'il fallait à Stéphanie pour ne pas mourir ?

Après l'accident, Stéphanie est réduite à son handicap. Plus de boulot, une vie sociale réduite à la famille, et encore, elle ne vient que pour réconforter. Parce qu'elle pense que Stéphanie n'a besoin que de ça. Alors qu'elle a besoin de vivre, aussi. Ali, il voit Stéphanie. Il la voit telle qu'elle est. Il s'adapte à qui elle est, à comment elle est. Elle est handicapée, mais ce n'est pas une handicapée. Son corps est diminué, mais ni sa tête, ni sa vie. Contrairement à la société qui s'apitoie sur le handicap, Ali considère qu'il ne s'agit que des limites physiques de Stéphanie. C'est donc avec son naturel à lui, sans précautions inutiles, sans ménagement, avec vigueur qu'il côtoie Stéphanie. Et c'est sans doute ce qui la sauve.
C'est difficile à expliquer, mais c'est un discours dont je me sens particulièrement proche : s'il faut considérer les aménagements nécessaires pour faciliter la vie de la personne handicapée, il ne faut pas non considérer que toute sa vie se résume à ça. J'ai le sentiment que, pour Ali, le handicap physique ne fait que modifier certaines possibilités physiques, mais n'envahit pas la vie. Dans la façon de filmer d'Audiard, on retrouve cette idée : Stéphanie n'a plus de jambes, mais il ne focalise pas dessus, sauf lorsque le discours sur le handicap physique est nécessaire.
L'autre discours porté par le film, c'est donc aussi que l'on se pose peut-être trop de questions. Ali, c'est un type qui ne réfléchit pas assez. Qui ne fait pas assez gaffe. Il cogne involontairement la tête de son fils parce qu'il est en colère. Il met en danger sa soeur. Il trempe dans des affaires louches. Participe à des combats interlopes. C'est un sanguin, il a fait de la violence une forme de défouloir, de solution à tout. Toi, spectateur, éduqué pour rejeter la violence et compatir douceureusement devant le handicap, tu ne peux pas imaginer que ces deux-là puissent s'apporter autre chose qu'incompréhension et tensions. et pourtant, ce regard sans pitié qu'Ali porte sur Stéphanie est rempli d'une rage de vaincre, d'une envie de dépasser la douleur... et d'une tendresse aussi puissante que revigorante.
Impressionnant.

Publié dans Ciné

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Contenu douteux (mais drôle)

Publié le par Charlie SaintLaz

Et addictif !

Tu tournes en rond. Au bureau, c'est pas ça : non seulement tu n'as pas envie de finir ce Powerpoint sur l'acculturation des dettes spéculatives, mais en plus, ton chef n'a plus aucun intérêt à tes yeux depuis qu'il a pris - un peu comme toi - ces quelques kilos là, et là. A la maison, c'est pas mieux : soit ton célibat prolongé a réussi à te lasser des séries américaines qui te faisait onduler du diaphragme, soit ton couple, en ce moment, c'est frotti-frotta mécanique et dialogues dignes d'un Derrick. Non, tu as besoin d'un truc nouveau. Un challenge. Un truc ludique ET rentabilisable socialement. Bref, tu as bien besoin, en ce moment, d'une bédé en ligne.

Je t'ai trouvé ce qu'il te faut : Questionable Content. Un webcomic commencé en 2003 par l'Américain Jeph Jacques, racontant les aventures domestiques de Marten, employé lambda, avec Pintsize, son robot accro au porno, et de leurs amis. Tu croiseras Faye, la coloc psycho, Dora, ex-goth pâtronne de café, Hannelore, maniaque du rangement, Sven, beau gosse frère de Dora, et tout un tas d'autres personnages aussi drôles que décalés. L'idée : 4 cases par jour (sauf le week-end)(la première page ici), chaque journée suivant la précédente mais pouvant être comprise indépendamment des précédentes. 3 cases pour faire avancer l'histoire, la 4e avec un bon mot, histoire de rigoler.

2200 pages déjà, ça te fait un mois ou deux de lecture. Le graphisme change peu à peu, Jeph laisse parfois des invités faire la bande du jour, les personnages s'ajoutent un par un, avec leurs personnalités, leurs expressions. Ce qui fait mouche à chaque fois, c'est le ton cynique, unpoil désabusé, mais résolument drôle des dialogues. Je te laisse lire.


Et te ruer sur le merchandising.

J'ai un coup de coeur pour le Evolution kills.

Publié dans Grands mots

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L'homme à la dérive de Cronenberg.

Publié le par Charlie SaintLaz

Le monde est stone.
David Cronenberg faisait l'ouverture de Cannes avec Cosmopolis, un semi-huis clos où Robert Pattinson interprète (avec un certain talent) Packer, jeune homme d'affaires. Le film ne cherche pas la performance d'acteurs, mais plutôt la pertinence de son sens profond, à coups de situations symboliques. Le concret et le virtuel y jouent une danse macabre, qui mène peu à peu notre héros à sa perte. Si, d'un côté, sa volonté anodine d'aller chez le coiffeur est perturbée par une manifestation anticapitaliste, la visite du président des Etats-Unis en ville et l'enterrement d'une star du rap (3 éléments qui gênent son itinéraire en limousine, et repoussent son seul désir) ; de l'autre, toute son existence, basée sur l'argent (sa copine friquée, son statut social, ses employés, sa collection d'art, la soumission de son quotidien à ses conditions de travail), tient à un coup de poker, et donc subit le danger imminent de l'échec. En deux heures, l'ultraconfort d'un homme qui contrôlait tout est réduit à la peau de chagrin de sa réalité originelle.
Le film n'est pas le premier à décrier l'apathie général d'un monde dominé par la finance. Il n'est pas le premier à souligner par une esthétique ciselée l'inconcevable aveuglement des hommes qui la portent. Le film est beau, sa construction raffinée et son interprétation magistrale (Pattinson, Binoche, Amalric, Giamatti...). Cronenberg a fait, avec Cosmopolis, un chef d'oeuvre du genre, sans aucun doute.
Cosmopolis-copie-1.jpgCe qui me parle, à moi, c'est le lien entre la situation décrite dans le film et son titre. Cosmopolis. Ce n'est ni Orwell (1984) ni Plamondon (Monopolis). Le cosmopolitisme, c'est cette théorie grecque selon laquelle on peut être né quelquepart mais se sentir appartenir au monde entier. En cela, Packer en est un bon exemple : il subit les affres concrètes du trafic de Manhattan, mais vit de la finance mondiale (en spéculant sur le yuan). Le cosmopolisme antique partait sur deux axes de réflexion : d'une part l'idée qu'un même courant traversait toutes les cultures (l'humanité / le fait d'être humain), d'autre part l'idée que cette humanité était justement faite de la diversité de toutes les cultures. L'oeuf ou la poule. Si l'on reprend la vision des choses de Cronenberg, le capitalisme a mené toute une société - hommes et femmes - à renier une part de leur concret, à renier ce qui les inscrit dans la réalité de leur spatio-temporel, pour se dissoudre dans un virtuel commun, dans la mondialisation. Le cosmopolitique a fait de l'homme un animal apathique, ayant dompté ses émotions mais pas ses pulsions (sexuelles, notamment). Cosmopolis creuse son personnage principal pour mieux le décrire dans sa superficialité et dans la dureté de sa psychologie.
Cronenberg fait, avec Cosmopolis, le portrait non pas d'un capitalisme à la dérive, mais plutôt celui d'une humanité à la dérive.

Publié dans Ciné

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La question qui Brühl les lèvres

Publié le par Charlie SaintLaz

Rush hour.

Il y a eu Goodbye Lenin !, le film de la révélation, The Edukators, celui de la confirmation, Joyeux Noël, l'européanisation, La vengeance dans la peau, l'internationalisation, Inglourious basterds, la festivalisation. 5 films qui ont fait de Daniel Brühl un nom qu'on a du mal à éviter. Mais comme Diane Kruger, on a du mal à s'emballer vraiment pour cet acteur dont le physique semble être un élément plus séduisant que le talent. Car depuis Inglourious, il y a eu John Rabe, La comtesse, Et si on vivait tous ensemble ? ou Two days in New-York, un paquet de seconds rôles où il interprète l'étranger... Il manque à notre bon Daniel un film où il aurait le premier rôle, un truc ambitieux, populaire et sérieux. Il lui manque le film de la consécration.

Le truc, c'est que le Daniel ne choisit pas vraiment de grands rôles. Il semble même être arrivé au bout de son éventail de jeu. Vrai polyglotte, au visage et au regard vraiment expressifs, jeune, il ne manque pas d'atouts... Le problème pourrait donc venir de sa capacité de se dépasser.

Bruhl-in-Rush.jpg

Un peu de patience ?

2012 pourrait peut-être être l'année du changement. Ron Howard revient à sa grande passion (l'automobile) avec Rush, prévu pour la fin de l'année, un film sur la rivalité entre James Hunt et Niki Lauda, deux pilotes de Formule 1 relativement atypiques, le premier par son comportement (joué par Chris Hemsworth), le second par son aura (joué par... Daniel Brühl). Les deux acteurs sont face à un film d'envergure : le sujet (de niche, avec des vrais puristes), le genre (entre biopic et film de bagnoles), les personnages (Hunt l'iconoclaste, Lauda l'impétueux), l'événement (le championnat du monde 1976 et le terrible accident de Lauda au Nürburgring)... Autant dire que si le scénar, la photo et l'interprétation sont peaufinées, ça devrait claquer. Après, c'est du Howard (donc risque que ce soit pompier) avec Hemsworth et Brühl (donc pas des mecs qui ont fait leurs preuves dans l'audacieux). 

La question qui brûle, donc : Rush consacrera-t-il Daniel ? Mystère.
Mais au moins, Brühl aura de quoi faire décoller sa page Facebook, tristement bloquée à un poil plus de 11 000 fans.

Publié dans Ciné

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