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Juste une fin du monde.

Publié le par SaintLaz

Retour de claque.

Certains ont plusieurs vies, qu'ils segmentent parce qu'ils ont peur des effets que l'une pourrait avoir sur l'autre. On quitte souvent sa terre natale pour accomplir un destin - et s'il est trop éloigné des espoirs du milieu qui nous a vu grandir, on coupe parfois les ponts, par instinct de survie, pour essayer d'arriver au bout de sa destinée. Et lorsque l'on y revient, la différence est parfois un gouffre, fait de regrets et de reconnaissance, de succès enivrants et de défaites humiliantes, ce rapport doux-amer, doux-dingue, doux-dur, qui relie à ceux qui savent ce dont on est faits, mais pas ce qu'on en a fait.

C'est évidemment le thème de Juste la fin du monde, dernier film de Xavier Dolan, variation sur un thème qu'il avait déjà creusé plusieurs fois : la différence entre des gens qui ne se comprennent pas (J'ai tué ma mère, Laurence anyways, Tom à la ferme, Mommy...). Cette fois, c'est l'histoire (adaptée de Lagarce) de Louis qui revient auprès de sa famille après 12 ans d'absence. Pas de silence, d'absence. Une mère, un frère, une soeur, une belle-soeur, et 12 ans de non-dits et de quiproquos, saupoudrés d'une incapacité à se parler.

Comme toute bonne adaptation, Juste la fin du monde ne reprend pas tout le texte de Lagarce : Dolan esquive certaines scènes pour se concentrer sur d'autres. Il conserve les questionnements, les doutes, les reproches, la gêne, et évacue les explications, les aveux - partout où Louis se livre chez Lagarce, il se retient chez Dolan. Le personnage paraît mutique, comme incapable de se risquer à l'ouvrir, à l'aveu, dans cette famille qui semble à la fois terriblement en manque de lui, mais aussi dangereusement prête à tuer le fils prodig(u)e..

La mère fantasque, volontairement légère parce qu'elle sait où en sont les choses ("Je ne te comprends pas mais je t'aime."), est à la fois arbitre de fortune du conflit entre ses trois enfants et mater dolorosa de son rapport au fils (jouée par une Nathalie Baye qui n'est pas sans rappeler le jeu d'une Marie-Anne Chazel dans les Bronzés 3). Le frère agressif, qui ronchonne en permanence une colère larvée contre un frère qu'il admire et qu'il rejette par excès d'humilité (une forme de match Caïn-Abel revu et corrigé), et marié à une épouse qu'il domine presque par vengeance, pour mieux passer sa frustration d'être le second dans la compétition fraternelle (et joué par un Vincent Cassel qui, lui, semble inspiré d'un Bacri dans ses grandes heures). Sa femme, effacée, écrasée par son mari, mais la plus psychologue, celle dont la sensibilité, extérieure aux histoires de famille, est plus réceptive au mutisme de Louis (grâce à une Marion Cotillard formidable). La soeur, revêche, qui ose à peine approcher ce frère qu'elle admire, mais à qui elle reproche tellement (jouée par une Léa Seydoux très Seydoux, sèche et puissante). Au milieu de ce tableau, Gaspard Ulliel, dont l'essentiel du jeu passe par ce regard mouillé que Dolan met en scène avec beaucoup de délicatesse.

De ce Juste la fin du monde ressort une incroyable tension, un malaise qui perfore le spectateur, qui ne voit pas comment Louis pourrait annoncer ce qu'il a à annoncer, comment il pourrait aborder avec la tendresse un peu faible qui est la sienne cette famille qui semble si prête à mordre toute main tendue - un peu comme le héros de Tom à la ferme. Comme je te le disais, Dolan monte ici ses extraits choisis, ce que notre psychologie de comptoir décrypte comme révélation de son malaise face à la question familiale. Le film n'en demeure pas moins une formidable plongée dans le non-dit qui saisit le moindre frémissement, le plus faible souffle porteur de sens - puisqu'il se réduit à ça.

Publié dans Ciné

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Divines, tragédie.

Publié le par SaintLaz

Paraboloss.

Faute d'être toujours doués pour prendre du recul, analyser et comprendre nos existences, notre esprit peut compter sur la puissance narrative de la métaphore, de la comparaison, de l'identification, de la parabole ; en bref, d'exemples racontés par le verbe, l'image, le son ou le geste, un truchement artistique qui nous permet de penser notre condition en admirant celle de personnages réels de fiction. Et de la vie des hommes illustres d'antan aux personnages délirants d'aujourd'hui en pensant par le fait religieux et la presse people, tout est à même de nous inspirer.
La chaînon manquant, pour nos petites têtes en quête de culture, c'est la variété des profils - parce qu'on ne s'identifie globalement qu'à ceux qui nous ressemblent, tous bouffés par le culte de l'image que nous sommes, et comme on est tous dissemblables... - ainsi voit-on les poncifs changer le décor, et les formules se décliner pour notre plus grand plaisir, parce que la diversité n'a que du bon.

On a beaucoup glosé, depuis Cannes, sur les prix, les Palmes et les coups de coeur. Enfin on, les cinéphiles avertis ou autoproclamés, de la presse aux rézossocio. Parmi les film qui ont marqué le jury, Divines d'Houda Benyamina a raflé la Caméra d'Or et pas mal de critiques contradictoires. Moi je t'en parlerai pour son travail ambitieux de transposition.

La Tragédie repose sur des personnages soumis à la fatalité d'un évènement inéluctable - la condamnation étant d'ordre divin et les passions mises en jeu devant être nobles. Ici, tout le casting y est : l'héroïne rêvant d'amour et de réussite sociale, condamnée par son milieu et déchirée par le dilemme ; sa meilleure pote en victime sacrifiée à la destinée tragique des banlieues ; un danseur magnétique en figure élévatrice du divin Eros dans son théâtre-Temple ; les forces du mal incarnées par la trompeuse réussite du deal, avec ses échelles, du petit revendeur au caïd en passant par la chef de meute ; et tout un tas de figures archétypales - le Déni (la prof), la Déréliction (la mère), l'Injustice, le Système, etc. L'inéluctable, c'est ici la condamnation à l'échec (professionnel, amoureux, social), touchant donc les passions nobles (le destin, la passion, la cité).
La beauté de la transposition de la tragédie en banlieue par Benyamina, c'est qu'elle ne se cantonne pas à la confrontation d'un genre élitiste à un milieu d'exclus, non : l'histoire ne semble pas chercher à être tragique, la tragédie se révèle d'elle-même, affleurant par endroits dans un décor où l'on n'est pas familiers à l'imaginer. L'habitué à la tragédie classique dessine lui-même les éléments manquants au schéma classique - les autres s'en passent sans problème, trouvant dans le film leur propre aliment narratif.

Une question : la Tragédie a une vocation didactique en ce qu'elle enseigne une vérité sur le monde. Que doit-on y comprendre, sinon que la banlieue est un lieu de perdition uniquement ? Benyamina n'y met aucun faux espoir, c'est vrai, elle n'en offre pas non plus de vision alternative (qui serait, admettons-le, une façon de se rassurer sur le panier de crabes, et se dédouaner de nos responsabilités). D'où ma vraie question : tout film en banlieue est-il politique ?

Pour en revenir à l'aspect cinématographique, Benyamina flatte nos bonnes grâces : musique sacrée et rap se complètent, au fight des affrontements se contrepointe la danse contemporaine, les grandes scènes dans les HLM pourris tiennent la barre haute à celles des clubs friqués de la jet set - les codes sont mêlés, non pour dire qu'ils se rejettent, mais bien pour annoncer qu'ils sont deux composantes d'un tout, l'une enrichissant l'autre. A l'image, le mouvement est propre et tenu, le montage souple et sans longueur : Caméra d'Or méritée, a priori.

Le point fort.
Tu l'as vu venir : la Danse. Dans une chorégraphie signée Nicolas Paul (sujet du ballet de l'Opéra et chorégraphe du Ballet, que tu retrouveras bientôt à Garnier), un bel interprète, Kevin Mischel, rompu au contemporain et au hip hop, ayant bossé avec Dominique Boivin, José Montalvo ou encore Kader Attou - oui, la crème de la danse des années 90 encore en activité. Le résultat : une pure merveille gestuelle, sublimement filmée, avec une portée métaphorique (puisqu'on en parle) magnifique, chemin vers le divin, le supérieur, loin du cliché habituel ("la danse, ça fait souffrir"). Danse-communion, danse-corps, danse-connaissance de soi. Superbe.

Publié dans Danse, Ciné

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Circonspects.

Publié le par SaintLaz

Comme des enfants.

Nous sommes comme des enfants : dans l'imitation.
Nous parlons comme on nous parle ; une histoire d'habitude, ou de mimesis, pour l'adaptation. Pour mieux coller à notre environnement. C'est ainsi qu'on châtie son vocabulaire ici, qu'on le relâche là. Une semaine en famille, et l'on reprend les expression du pays. Des vacances en Floride, et notre anglais se mâtine d'espagnol.

La démocratie représentative est un confort pour l'électeur : d'autres vont se charger de penser et administrer le vivre ensemble (la cité, ou polis - le politique). Faute de temps de cerveau disponible, le citoyen se repose sur le journaliste politique, qui invite le tribun à nous expliquer ses vues, son projet, ses arguments, journaliste qui en fait aussi pour nous l'analyse. Pour éclairer notre vote à venir. Enfin, normalement.

A l'aune d'émissions telles Médias le Mag (France 5) ou le trop court Instant M (sur Inter avec l'excellent Bruno Donnet), nous ne devons pas seulement réfléchir à ce qu'on nous dit, mais à comment on nous le dit. Comme le disait Souchon (et comme le reprendra Pascale Clark), il faut voir comme on nous parle. Ecoutez bien, vous qui avez vos idées, regardez-les, ces tribuns qui parlent, et ceux qui les font parler.

Ecoute bien les paroles.

Comme on nous parle comme à des enfants, nous réagissons comme des enfants. Le débat du moment devient le nôtre, les journalistes les plus écoutés posent certaines questions pour obtenir certaines réponses, pour montrer sous un seul angle, et les politiques y répondent sans conviction, et nous réfléchissons le monde à partir de ça. Nos questions, nous les posons seuls dans notre salon, puis on les oublie. Et cette frustration, on la reporte sur les politiques ; on se dit qu'ils n'ont pas de vision. Et eux, leurs idées, rares seront les moments où ils peuvent nous les raconter. Ils se disent qu'on aime que les petites phrases, puisqu'on passe notre temps à leurs rappeler. Alors ils se plient à l'exercice. Vicieux, le cercle. Faut-il s'en contenter, ou faut-il bouder ? On boude. Comme des enfants. Ca se voit dans les urnes.

C'est un effort difficile, compliqué, qu'on demande aux politiques et aux journalistes ; l'expérience de la réalité du groupe (de la polis), pour avoir une vision, un projet. Parce que nous avons espéré qu'on nous donne des clés de lecture et de compréhension. Mais depuis longtemps, journaux télévisés et journalistes politiques n'ont plus dressé les politiciens qu'à la seule règle Paris Match : le poids des mots, le choc des photos. Le discours sur le monde n'est plus que la guerre des petites phrases et la foire aux gestes forts fabriqués. Et brasser du vide, donc.
Ils se renvoient la balle, qu'il s'agisse d'un Olivier Mazerolle assénant face aux errements de Copé et Fillon que la politique française à la petite semaine, y'en a ras-le-bol ; ou d'une Christiane Taubira, déclarant je n'ai pas les compétences pour guérir les gens du Figaro - mais soyons honnêtes, les mauvaises habitudes dépassent de loin les clivages politiques : c'est une question de ligne.

Evidemment, on en vient à se poser des questions, en tentant de ne pas verser dans le conspirationnisme ou la chasse aux sorcières. Le poids des chaînes d'info dans la formation de l'opinion est saisissant, le fait que ces chaînes aient toutes la même approche, les mêmes questions, les mêmes analyses, pousse parfois le citoyen à chercher une voix différente, ailleurs : la critique est lourde, et souvent "anti-système", ce qui le pousse dans les bras des idéologues simplistes et radicaux. Entre la vision unique à image unique et la vision extrême, ne peut-on pas avoir de nuances ? Difficile. Et le pire, c'est évidemment la polarisation de ces visions dans l'opinion. Même si nous serons attentifs à iTélé, pour faire plaisir à Thuillier, et à France Info, la nouvelle chaîne de l'info française, comme on l'était à France 24 ou à euronews, toutes en libre accès sur les bouquets télé ; en attendant les sursauts de BFMTV et d'LCI. Même si, comme Le Monde, on peut s'interroger sur leur co-existence, si c'est pour parler de la même façon.

Et on a beau avoir mal, ça ne change que notre perception d'une réalité qui semble en permanence se foutre de notre gueule. - Abd Al Malik, La guerre des banlieues n'aura pas lieu, p.104

Ce sentiment de frustration a mené à la popularisation de la démocratie participative, souhaitée et appliquée ici et là, mais aussi à la multiplication des collectifs citoyens de réflexion (Nuit debout, Bleu blanc zèbre, etc.). Mais elle peine à se répandre, d'une part parce qu'elle naît sur le terrain de la frustration politique, d'autre part parce qu'elle a ses limites (populisme, élitisme) et ses dérives (fragmentations, incidents).

Moi, je suis épuisé.
J'aimerais appeler le monde au réveil des consciences, à prendre du recul et à envisager les autres, le dialogue et le projet commun. L'humain comme un objectif noble, l'autre comme une richesse, le monde comme un trésor.
J'aimerais avoir une vision claire des idées et projets réels de ceux qui nous gouvernent.
Et surtout, j'aimerais avoir, à chaque fois, l'argument pour contrer les discours d'argent, les mots d'intolérance, les signes de violence et de rejet, les idées courtes et les analyses simplistes, pouvoir contrer tout ce qui
incite à soi contre les autres.

Je suis fait pour être Miss France.

Publié dans Politique, Médias, Les gens

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L'entube de l'été : Les 3 Mousquetaires.

Publié le par SaintLaz

La mode des tubes de l'été semble s'être dissoute dans l'air des années 2000 - et l'on ne s'en plaindra pas vraiment : autant le côté festif qui rassemble était chouette, autant on a réalisé qu'on n'était pas obligé de le faire sur un son pseudo latino ou antillais prédigéré. A contrario, les producteurs et maisons de disques n'ont pas évolué et continuent à nous matraquer leurs bonnes et mauvaises chansons. Ainsi, si tu veux écouter une antenne musicale qui passe les airs du moment, tu te retrouves obligé d'écouter Perretta ânonner qu'il pleu-eu-eure, ou Timberlake qu'il ne peut stopper le feeling. Côté francophone, le drame est le 3e extrait de la comédie musicale Les Trois Mousquetaires. Non pas qu'il soit meilleur que les 2 premiers singles, non, mais comme il sort l'été, on peut le bombarder sur les ondes pour qu'en plus de payer l'autoroute le vacancier en transit apprenne par coeur, à force de l'entendre 3 fois par heure, le "tube" de la comédie musicale de la rentrée, afin de l'inciter à acheter des places pour aller l'écouter en vrai. Et par "tube", j'entends le refrain facile à retenir - ce que l'industrie musicale appelle un earworm.
Car Les Trois Mousquetaires n'est pas un spectacle hommage à Dumas ou à l'Histoire de France, non : c'est un produit tout fait qui, faute d'histoire originale, en a récupéré une très connue. Comme ça, la production tape directement dans le mainstream, pas de risque de passer inaperçu.
Dans l'historique de l'équipe de prod, il y a certes le reboot de Starmania (pour les Coullier) ou Le Roi Soleil (pour Roberto Ciurleo), mais on sent plus la ressemblance avec le terrible et récent Robin des Bois porté par M.Pokora - succès public mais défaite artistique - qui abondait en textes pauvres en vocabulaire et sans nuances, mais riches en bons sentiments qui font du bien, avec des beaux gosses pour booster la libido les ventes. La recette du musical formaté tient là toute entière : du boum boum en lieu de musique, des paroles faciles sur des thèmes banals, de belles figures pour émoustiller, et du matraquage pour que ça rentre.
Les belles figures, ici, sortent toutes de la télé, où elles se sont faits connaître : d'Artagnan est interprété par Olivier Dion, encore frais dans la mémoire du public de Danse avec les stars (comme Athos, joué par le danseur Brahim Zaibat) et reconnu pour "ses talents de mannequinat" (rires), Emji (Milady), qui n'a remporté que La Nouvelle Star 2015, ou Damien Sargue (Aramis), qui reste à jamais le Roméo du Roméo et Juliette qui bêlait mièvrement "Aiiiiiiimer, c'est c'qui y'a d'plus beauuuuu", oui oui, le musical qui a inauguré l'ère des musicals formatés (et ratés).
Mais comme, sur scène, même les chèvres peuvent jouer avec crédibilité (Véronique Genest en est la preuve), il restait un ingrédient à peaufiner pour que ça marche : de bonnes chansons. Côté musique, quand on manque de talent, on bosse à plusieurs : la prod' annonce fièrement qu'ils ont sollicité DIX compositeurs. Aux textes, on pourrait se rassurer en voyant que le tandem Lionel Florence + Patrice Guirao, qui avait signé les textes intelligents et inspirés des Dix Commandements, est à l'origine des textes des Trois Mousquetaires. Preuve que souvent, auteur varie : là, les textes sont plats et bébêtes, et nous allons le démontrer.

Pour y parvenir, nous allons commencer par nous repaître du clip de "De mes propres ailes", le "tube" de ce "spectacle musical d'envergure". Ne regarde ni la danse ni les physiques, superbes mais qui distraient de ce qu'on te vend : ferme les yeux, et écoute d'une part la musique, de l'autre les paroles.

Alors, la musique.
Un ensemble assez minimaliste, une rythmique au synthé, une ambiance de boîte de nuit, pas vraiment de mélodie, sinon dans la voix, avec peu de variété. Soyons honnête, c'est bâclé. Qu'il s'agisse de la laideur des ponts musicaux ou de ce synthé moche (que même David Guetta doit écouter avec dégoût), rien de cette sous-eurodance clubbisante n'a d'intérêt.
Imaginons un instant que ce sera donc par la richesse des paroles et du message que le titre mérite d'être dans toutes les têtes.

Alexandre Dumas, pardonnez-leur.
Au commencement du roman, le jeune d'Artagnan débarque à Paris pour y devenir mousquetaire du Roi - un destin bien clair, bien tracé dans la tête du gamin. Au commencement du spectacle, d'Artagnan semble donc suivre son histoire, mais rien n'est précisé : la chanson ne parle ni d'arrivée, ni de job rêvé, non, c'est une banale chanson sur les rêves que l'on doit poursuivre. Je me permets toutefois quelques citations, pour rigoler approfondir.
Comme un pont-levis qui s'ouvre à la vie, on ne va loin que jusqu'au bout. Je dois admettre que celle-là, c'est une de mes préférées. Outre que le sens global est inexistant, puisque la comparaison est absurde (aller loin/pont-levis ?) mais aussi non signifiante (quand un pont-levis va jusqu'au bout, estime-t-on qu'il est allé loin, sachant qu'il est simplement basculant ?), et si l'on s'en tient à la seule seconde partie (on ne va loin que jusqu'au bout), on sent que les mecs ont manqué d'inspiration. Parce qu'on peut aller loin ailleurs qu'au bout, et que le bout n'est pas forcément loin, par ailleurs. Mais admettons. A noter également la variation du second paragraphe, Quand un pont-levis vous ouvre à l'envie, on ne va loin que jusqu'au bout, qui n'a pas plus de sens. Mais qui fait bien rire. Et bien jusqu'au bout. Houhouhou.
Mais il faut s'en aller quand il le faut. Et inversement, il ne faut pas s'en aller quand il ne le faut pas. Pas vrai ? Tiens, change de verbe : il doit s'en aller quand il le doit. Ou il peut s'en aller quand il le peut. Ca te fait pas mal au français, toi, la redondance ? - un procédé utilisé pour combler le manque de talent nécessaire pour avoir le bon nombre de pieds dans la phrase. Par exemple : Mais il faut s'en aller quand on le doit, ça a du sens de mettre une subordonnée. Mais il faut s'en aller quand il le faut, ça n'a aucune valeur, ni sémiologique, ni sémantique. J'insiste. Cela dit, la redondance, c'est la base de cette chanson : de mes propres ailes, voler de mes propres ailes.
Mais à quoi sert qu'on naisse, à quoi sert qu'on meure, sans avoir vécu ses rêves même les plus fous ? S'il sous-entend que ça ne sert à rien, mourrons tous tout de suite : personne ne peut réaliser absolument tous ses rêves, et surtout pas les plus fous (moi, par exemple, je n'aurai jamais le don d'ubiquité, ou ne pourrai jamais vivre dans un monde rigoureusement tolérant #MissFrance). Mais rentrons dans le détail : "à quoi sert qu'on naisse (...) sans avoir vécu ses rêves les plus fous ?" : parce qu'il envisage donc qu'on puisse vivre avant d'être né. OKAY.
Sans vous oublier-er... Nouvelle preuve de l'incapacité des auteurs à écrire des refrains avec le bon nombre de syllabes.
Alors, je conçois qu'on veuille faire des messages simples pour porter une émotion populaire, mais personne n'oblige les auteurs à faire dans le simplet simplisme, dans la faute de français, dans l'assemblage de phrases qui ne veulent plus rien dire une fois mises ensemble. Parce qu'un texte, c'est un ensemble de phrases mises ensemble, dont le sens individuel s'ajoute pour créer un sens global. Là, ta prof de français de 6e te met zéro.
Mais surtout, big up à Olivier Dion qui chantonne tout ça avec un sourire béat qui semble laisser croire qu'il est complètement crétin.

Voilà.
Je voulais remercier tous les professionnels de la Culture et du Spectacle qui ont permis au plus grand nombre de savourer ce grand moment d'Art offert au monde et à la postérité, dans le seul but de bouffer, sans jamais culpabiliser d'abêtir à ce point le public à coup de médiocrité.

Publié dans Sons

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Bataille, l'éternel humain - Pierre Rigal

Publié le par SaintLaz

S'aimer, se haïr, s'étreindre, s'étrangler, par jeu ou avec sérieux, la frontière est mince.

Voir ainsi, dans le même journal télévisé, les images des messes oecuméniques et les déclarations politiques, images de paix et discours de haine, gestes bienveillants et mots menaçants. Ce que les petites gens ont de bon semble avoir disparu chez ceux qui maîtrisent le pouvoir. La frontière est mince, pourtant, d'un geste à l'autre, d'une émotion à la suivante, et l'on voit la paix basculer dans l'horreur, ou la paix naître de l'horreur. L'ambivalence des sentiments, les aléas de leur apparition, la fragilité de leur expression, l'imprécision de leur appréhension, et pour quelles perspectives ? L'histoire des conflits humains est faite de mots imparfaits, de cerveaux formatés, de feu, de fureur et de sépultures. Alors comment aborder l'autre et le monde dans lequel il vit ?
Voilà le questionnement qui m'est venu devant Bataille (2013), pièce performative signée Pierre Rigal.

 

Sur son site, l'ami Rigal donne une piste de lecture : "Cette bataille joue avec les oppositions : le dedans et le dehors de la narration, l’alternance de l’humour et de l’angoisse ; l’aller-retour entre le réalisme et l’abstraction. L’ensemble de ces paradoxes souligne les relations antagonistes entre le Moi et son Inconscient, épisodiquement maître à bord de ce jeu d’illusions mutuelles.
C’est aussi (sic) deux relations au flux de la vie qui se confrontent ce qui provoque inévitablement déceptions, violences, jouissances, dominations, soumissions, extases..."
Le spectacle fait se succéder les saynètes, chacune porteuse d'un des éléments sus-cités, dans un geste continu, passant de l'une à l'autre par un déclencheur - un regard, un geste, un coup. L'ensemble prend un peu la forme d'un patchwork, cousu indifféremment, malgré le travail d'autocitation (à conséquence comique) et de définition éphémère des frontières du spectacle (la vie ? la scène ? l'instant ?) qui permet un peu de réflexion abstraite.

Le hic, c'est bel et bien l'imprécision de l'écriture, qui suit celle du concept : des idées, mais de grande idée. Alors oui, on saluera l'énergie, la résistance, l'humour, la beauté, l'opposition, la crudité et la métaphore, mais sans direction, où va-t-on ?
Mais admettons. Ce qui m'a manqué, dans ce petit bijou de schizophrénie émotionnelle à expression (très) physique, c'est la beauté de la précision gestuelle, l'élévation de la maîtrise corporelle, qui aurait autant servi le propos physique que le message métaphorique.

Dans l'histoire de la danse, ce n'est pas Bataille qui placera Rigal dans les chorégraphes inoubliables. Le spectacle te placera face à ses contradictions, donc aux tiennes, et ouvrira le bal de ta réflexion sur ce qu'ils représentent, ces deux-là qui s'affrontent sur le ring ouvert, et sur ce que cela fera résonner chez toi. A voir donc, tout de même.

Publié dans Spectacle, Théâtre, Danse, Paris

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