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1 articles avec 2015

Lettre ouverte à 2015

Publié le par SaintLaz

Chère 2015,

Imagine, ta vie : le temps file entre tes doigts. Tout juste née, tu connais la date exacte de ta mort. Le Temps dont tu es faite, tu n'en jouis pas, tu le saignes inexorablement, tu ne le libères jamais plus vite, ni ne le retiens : il te dessine, il te tatoue. L'un après l'autre, chaque trait te ride d'un moment, d'un souvenir fugace ou d'un instant d'éternité.
Quelles forces as-tu ? Celles des esprits qui te mesurent, seulement. Nous ! T'amuses-tu à nous multiplier, c'est nous qui prenons conscience, et nous avons assez de ressources pour choisir de t'oublier. Tu as le droit à l'oubli, nous en avons le pouvoir.

Alors à quoi as-tu joué, 2015 ? Du bas des cloaques où tu nous vois précipités, il ne reste rien à faire qu'à pleurer notre bêtise collective, faute d'intelligence individuelle réelle. Qu'as-tu fait pour nous prévenir, qu'as-tu annoncé ? Nous avons oeuvré pour la joie, la beauté, l'aventure humaine. Nous avons parfois réussi, mais le fouet reste notre outil favori. Toujours la même violence, et la croissance des risques, et nous abêtis devant nos écrans, partout nos écrans, tout le temps, autruches, sublimes créations dont les plumes embellissent les scènes de mensonge. Sauf si le théâtre survole la vie, auquel cas nous le parons.

2015, encore et toujours de l'humain, parce qu'encore et toujours de l'erreur, de l'absurde, de l'émotionnel. De sang, de tragédies, de disparitions et d'accidents, de peur et de traumatismes, humains, naturels, éternels, nous ne manquons de rien pour éveiller en nous le bonheur de la compassion, le plaisir de pleurer ensemble, la force de nous soutenir dans la douleur. C'est tout ce qu'il reste de notre sens tragique. Et c'est tout ce que nous te dédions. Nulle naissance, nulle tendresse, nul amour qui ne nous aveugle assez pour oublier le drame que nous préparons, dramaturges insensés, fols esprits !

Retour aux sources, au chtonien, au reptilien. Alors que nous t'avons enterrée, ton souvenir nous hante, curieux anniversaires, et s'il n'y a rien pour nous retenir, nous barbouillerons 2016 des mêmes éclats que toi, de rouge et d'or. Sans regrets, 2015. 2016, à nous deux, à nous tous.

Publié dans La vie, 2015, Bilan

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