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1 articles avec canal+

Et Versailles nous fut conté

Publié le par SaintLaz

REVIVAL
Pour les 300 ans de sa mort (et un peu pour partir à la conquête du monde), Canal + ressuscite le roi de France le plus connu de la planète et le cuisine à la sauce Showtime - sexe/violence/pouvoir ; une recette qui donna lieu à tant de succès (et d'émoustillements) avec les Tudors (2007-10) puis les Borgias (2011-13). Le machin s'appelle Versailles, et commence en 1667...

# Leur ambition
"Pour soumettre la noblesse et imposer définitivement son pouvoir absolu, il entreprend de transformer Versailles… comme on tend un piège. Ce jeune roi, hanté par le traumatisme de la Fronde qui avait vu les nobles se rebeller contre la royauté, se révèle un stratège politique hors du commun, machiavélique et manipulateur. Il "invente" Versailles pour éloigner les nobles de Paris, les garder sous son contrôle, et progressivement faire du château une prison dorée. Il est aussi capable de passions romanesques ; mais comment les vivre quand on est le plus grand roi du monde ? Les personnages historiques et fictionnels, du courtisan le plus en vue au plus humble serviteur du roi, nous guident dans un monde de trahisons et de secrets d’alcôve, de manœuvres politiques et de déclarations de guerre, révélant Versailles dans toute sa gloire et sa brutalité." Voir le site.

# A quoi ça ressemble ?
La saison 1 couvre à peu près la période 1667-1670. Comme il faut passionner le public, on passera sur le travail de réforme administrative (à la Thévenoud), la résorption de la dette de l'Etat (c'est lui) ou le progrès technique ; restons-en à ce qui intéresse le plus : le cul, le pouvoir et leurs empêcheurs de tourner en rond. Comme on est en France et que l'on touche à l'Histoire, on a quand même fait les choses bien, chez Canal+ - c'est qu'on a une image à défendre. Tout tourne donc autour de ce brave roi de trente ans environ : Louis XIV et la noblesse (le château comme outil politique, la danse et l'étiquette comme étaux comportementaux), Louis XIV et les femmes (la Reine Marie-Thérèse, Madame/Henriette, Louise de la Vallière, la Montespan), Louis XIV et Monsieur (son frère, tour à tour nemesis critique, pièce maîtresse en chef de guerre ou du protocole, bouffon du roi par le truchement de son amant, Lorraine), mais aussi Louis XIV et les protestants (amis ou ennemis, à la cour et aux frontières ?). Autant de manières de prendre l'Histoire par un coin, et de tisser la narration sur plusieurs saisons. Malin ? Malin.

# Canal+ vs Showtime
Les séries historiques sont sorties depuis 10 ans de l'aspect reconstitution - elles s'arrangent même avec les faits, pour plus de bandance - pour entrer dans le format "figure tutélaire, microcosme et forces en présence" émaillé d'expiations cathartiques de nos esprits en mal d'éclats (sexe, violence physique, puissance émotionnelle). Versailles n'y coupe pas, il suffit de voir le premier épisode de la première saison - bilan à la 25e minute (sur 52) : un projet (spoiler : c'est Versailles), un complot, deux morts violentes, une scène de torture, une scène de sexe (adultère, c'est plus rigolo), un bisou gay, toutes les femmes ont le format 90-60-80, les méchants ont les cheveux sales, tourné en anglais. A priori, donc : Canal+, une fois encore, a tout pompé sur Showtime.
Si Versailles s'extirpe du parfait plagiat formel, c'est par touches : la musique volontairement electro avec sonorités baroques (le générique signé M83, écouter ici), des plans plus longs, et une affirmation de la grandeur ("à la française") que l'étranger nous reproche envie tant.

*****

Que des bons points ? Non : Versailles est loin d'être une série innovante. Mais c'est une excellent outil de propagande pour notre tourisme, un très bel outil de conquête des marchés pour Canal+ (plus que les Borgia, qui s'étaient percutés avec ceux de Showtime), et un bon divertissement historisant pour les Français qui adorent les images d'Epinal. Ne monte pas sur tes grands chevaux avec l'historicité : quel que soit le propos, tu auras toujours un expert pour venir te dire que tout est faux. Les scénaristes auront beau déclamer que la série est inspirée de l'Histoire, et le public scander qu'il est coutumier de l'usage... non, non et non, il faut qu'un trublion rappelle la vérité vraie. Le tout, sur le HuffPost, parce que ça fait plus chic.

Les détracteurs, cette preuve de succès.

Publié dans Série, Canal+, Versailles

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