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1 articles avec comedie musicale

Le Rouge et le Noir peut-il être musical ?

Publié le par SaintLaz

Les Misérables, Cendrillon, l'Ancien Testament, Autant en emporte le vent, Notre Dame de Paris, Roméo et Juliette, Les trois mousquetaires, Dracula,... Les adaptations françaises de grands morceaux de la littérature sont devenues monnaie courante, non sans risque, loin s'en faut. La durable passion hexagonale pour la grande narration s'est incarnée dans la récente mode de la comédie musicale pour offrir au grand public qui délaisse la littérature un peu de culture générale et de grands airs faciles à retenir, qu'ils soient le fruit de quelques auteurs de talent ou d'une floppée d'escrivaillons du genre.
Celles et ceux qui ont le goût du mot et le respect des icônes ont donc tressailli lors de l'annonce faite à la foule de l'arrivée d'un nouveau projet s'en prenant à un géants de la littérature nationale du XIXe siècle : Le Rouge et le Noir, l'opéra rock. Faut dire que depuis l'outrage fait à Margaret Mitchell (Autant en emporte le vent, qui nous révéla Vincent Niclo, c'est dire l'ampleur du désastre) ou plus récemment le viol d'Alexandre Dumas dont j'ai parlé ici, le bon peuple a de quoi s'inquiéter. Avant toute précision sur le sort réservé à Stendhal, jugeons sur (une) pièce :

Le Rouge et le Noir, si tu ne l'as pas lu, raconte ce qu'il advient de Julien Sorel, fils de paysan du Doubs, intelligent et ambitieux, son ascension dans la bourgeoisie de province, via le séminaire, puis la haute société parisienne, avant sa chute brutale, rattrapé par les passions primaires, l'amour, la rage, la mort, et une posture tragique qui donne de beaux trémolos. Stendhal l'a publié en 1830 avec un épigraphe de Danton : "La vérité, la seule vérité.", rien de moins.

Le Rouge et le Noir, l'opéra rock, si tu ne l'as pas vu, raconte la même histoire, légèrement dégraissée, parce tout le monde n'est pas Thomas Jolly (i.e. tout le monde ne peut pas faire de spectacle de 6 heures) : out les tous débuts dans la fange, le séminaire à Besançon, les détails du procès - pour le reste, c'est extrêmement fidèle à l'oeuvre du bon Henri. Le livret, signé Alexandre Bonstein, est efficace et précis, guidant la narration avec clarté, amenant chaque titre à point nommé. Les chansons sont écrites par Zazie (que l'on ne présente plus) et Vincent Baguian (auteur des musicals Mozart, 1789, le Roi Arthur,...) et composées par Sorel (sic !) et William Rousseau (auteur peu ou prou des mêmes choses que Baguian). Un quatuor qui fait dans le rock et dans le mot joli. L'ensemble est vraiment plaisant, ça alterne balades romantiques et diatribes fiévreuses, et les musiciens placés au dessus de la scène donnent un vrai concert de rock, avec cheveux dans le vent, solo de batterie et guitares qui vrombissent : on en prend pour son grade, mais sans être décoiffé. Moderne ? A la mode.
L'enjeu était donc dans la troupe et la mise-en-scène.

Le casting est assez proche de l'idée qu'on se faisait des personnages dessinés par Stendhal, avec l’histoire réduite aux acquêts : Julien Sorel, M. et Mme de Rénal, M. et Mme Valenod, la femme de chambre Elisa, M. de la Môle, sa fille Mathilde, Geronimo. Chaque personnage est centré sur un point de caractère dominant, qui se répercute dans sa voix : le gouailleur Geronimo (Yoann Launay, narrateur exquis), la timide Mme de Rénal (Haylen, intense), le sombre Sorel (Côme, rauque n'roll), le veule Valenod (Patrice Maktav, extra !), le falot M. de Rénal (Philippe Escande, tout en finesse),… Alors oui, on peut tout à fait regretter le manque de nuance dans le jeu de scène - qui réduit par exemple Julien Sorel à un ado rebelle qui mériterait une bonne gifle et d’être privé de dessert, loin des colères impérieuses d’un homme ambitieux et passionné - et le fait qu’il s’agisse d’un opéra rock et non d’une comédie musicale, obligeant le ton à être dans le vent, et pas vraiment fidèle à l’ambiance du roman (mais c’est sans doute pas plus mal). S'il faut avoir un reproche, mettons celui-là.
Je soulignerai la mise-en-scène, co-signée François Chouquet & Laurent Serussi, dont la sobriété et l’ingéniosité donnent l’impression d’être dans un comic book : la scène coupée en deux, en bas les chanteurs, en haut les musiciens ; en bas, trois immenses écrans mobiles, qui diffusent des décors réalistes ou des créations visuelles, pop en rouge et noir ou clipesques, métaphores de la situation au plateau. Malin, et brillant.

Alors, Le Rouge et le Noir est-il musical ? Pas comme tu l’as lu, non, mais il est clairement rock, sur la scène du Palace.

Le Rouge et le Noir peut-il être musical ?

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