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1 articles avec critique

L'intime royaume de Maïwenn.

Publié le par Charlie SaintLaz

L'intime royaume de Maïwenn.

J'aimerais bien être Maïwenn.

De la jeune cinéaste, on a tout dit. Son cinéma ne laisse pas indifférent, et depuis son premier long (Pardonnez-moi, en 2006), elle fait front à une critique aussi divisée qu'enthousiaste à parler de son cas - qu'il s'agisse de la grande inégalité des séquences du Bal des actrices (2009), la facilité de l'émotion de Polisse (2011) ou la soit-disant hystérie de Mon Roi (2014).

Moi, j'aimerais bien être Maïwenn. Evidemment pas pour ne voir mon oeuvre lue qu'au seul prisme de ma vie privée - la malédiction des femmes qui réussissent. Ni pour réaliser une pub pour Meetic. Mais bel et bien pour mener ce que j'appelle une vraie belle carrière de cinéaste : éclater les poncifs du genre ("cinéma féminin") et développer une esthétique de la narration imparfaite donc réussie. Et, en prime, passer égérie pour Chanel, où je ferai le malin avec ce que je fais le mieux.

Mon Roi est sorti il y a quelques semaines... Voyons un peu.

# L'histoire
Fastoche : tout est dans le teaser. Ils se rencontrent, ils s'aiment, ils vivent fort et tendrement, ils s'usent, ils se déchirent, ils s'affrontent. On suit cette histoire d'amour(s) à travers son regard à elle (Toni, qui compose le duo avec Giorgio, son Roi), avec en plus une mise-en-parallèle symbolique : la rééducation de son genou (je-nous, mate le symbole) après une vilaine chute de ski.

Déjà vu ? Sans doute, oui. Le fascinant réside dans l'interaction entre elle et lui - elle, réservée et captivée ; lui, tout de flamboyance. Mais dans leurs personnages, nul cliché, nulle prison qui les rendrait archétypiques : ils semblent incarner un féminin et un masculin loin de nos cases mentales traditionnelles, un masculin et un féminin évidents parce qu'incarnés, profonds, libres. Libérés des carcans. Deux personnages libres que le couple semble porter plus loin encore... même si l'on sent très vite la distance qui les sépare. Un truc irréductible, empêchant la fusion des deux corps en un seul. Et c'est le constat-même de ce fin film imperméable qui le fait s'épaissir jusqu'à ressembler à un mur. Tragique.

 

# Synallagmatique : Bercot+Cassel

De leurs débuts, où ils jouent à s'impressionner, à leur fin, où ils jouent à se faire mal, en passant par la passion, les doutes, le temps en suspens et le poids invasif des émotions, on ne peut que faire constat de l'exigence de ces rôles pour les deux interprètes, qui devront, d'une part, être à la hauteur individuellement, et d'autre part, constituer le tandem ambitieux et crédible.

Avouons-le : en Giorgio, Vincent Cassel est d'un charme renversant ; joueur, puissant, maîtrisé, souple, félin... royal. Un alter ego éblouissant, forcément. Mais en face se tient Emmanuel Bercot, une Toni stupéfiante de vérité, qui nous ressemble - simple, contenue, tentée par l'aventure, à l'émotion intense et la raison vive. Les deux ensemble montrent le couple parfait parce qu'à notre portée, familier, humain, avec ses tares et ses ravissements.
Rappelons, à toutes fins utiles, que Maïwenn est une réalisatrice comme les autres : elle manie l'ellipse, crée des ruptures et des éclats, un poy-pourri parce que le temps du cinéma n'est pas celui de la vie - mais nous savons, nous, que cette histoire, en vrai, dépasse(rait) les 90 minutes du montage final.

 

# Alors ?

De révolution sur le couple, de découverte sur la vie, de réalisation magistrale, pas de traces. Le film ne relève pas du génie, mais indique la présence de plusieurs talents cachés dans la maestria du résultat : la finesse de l'émotion qui jaillit partout, la justesse du regard porté sur cette affaire, l'intelligence de la caméra qui les raconte, la beauté fugace mais transfigurante de l'amour.

Mon Roi, un film qui semble se laisser aller dans son propos, mais qui vous saisit et ne vous lâche plus.

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