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1 articles avec giraudoux

Encore un jour se lève

Publié le par SaintLaz

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Comme le comédien, l'usager des réseaux sociaux peut sans cesse se réinventer, réorienter la légende de son existence, ici en supprimant un tweet, là en ajoutant un nouveau visuel, et ainsi recomposer sa vie comme il se l'imagine.
Et parce que nous sommes tous friands de cette auto-mythification (que d'autres appelleront auto-mystification), nous apprenons à dire, nous dédire, interdire et médire, chacun alignant le long de sa propre couture de pantalon toute une législation du bon comportement de l'avatar, omettant ainsi que de règles peu il y a, et que la liberté d'expression s'arrête là où l'imaginaire collectif s'arrête - nulle part.
C'est ainsi qu'à l'instar de Bill Murray, nous revivons Un jour sans fin sur les scènes de nos écrans connectés ; les incessants aurores et crépuscules de nos existences numériques, nos fantasmes de nous-mêmes, journal extime où se jouent nos drames et comédies.

A nos côtés, apposées à nos simples vies ancrées dans le réel racontées d'un trait, un coup, se logent les histoires trépidantes des stars du web, des peoples de ces social networks chronophages où tout est plus beau, plus vrai, plus fort - des vies Paris Match. Une cybercélébrité, sa vie, son oeuvre, son chien et son petit-déj - et ailleurs, une ado suivie par une horde d'admirateurs pour ses tutos beauté ou ses covers de Rihanna, dans des vidéos où elle dispute à l'originale la palme du nu académique. Des gens, avec ou sans talent hors du web, qui inventent et réinventent leur image, au gré des modes instantanées instagramées, avant que les Inrocks ou Vogue ne les consacre ou ne les destitue.
Des gens qui vont aller jusqu'à tout offrir de leur intimité pour exister - entre confession et dickpic - pour mieux être portés aux nues, sacrifices de soi pour la jouer phénix et renaître autrement, l'air de rien, et rejouer une autre partition.

Et, alors qu'on enterre ici une vie fabriquée pour en recréer une autre, comme un comédien apprenant un nouveau sans avoir oublié celui qu'il vient de finir de jouer, on se complait à jouer de nos amnésies, même si le net n'oublie jamais rien, et de fredonner le Feeling good de Nina Simone... du moins, si l'on a assez de ressources pour vivre une autre vie.

Car certains, bien entendus, auront bataillé contre eux-mêmes et leur monde pour faire entendre la Vérité - la leur, tout du moins, tels Electre :

La femme Narsès : Comment cela s'appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd'hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l'air pourtant se respire, et qu'on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s'entretuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ?
Electre : Demande au mendiant. Il le sait.
Le mendiant : Cela a un très beau nom, femme Narsès. Cela s'appelle l'aurore.

in Electre, Jean Giraudoux

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