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4 articles avec litterature

Mens sana in corpore sano (Ghost in the shell)

Publié le par SaintLaz

Corps surnaturé

De notre peur téléologique de la mort émanent ses composantes, l'inquiétude du déclin, de l'affaiblissement physique, du dépérissement du corps. Si les conséquences dans la réalité sont moches (chirurgie esthétique, jeunisme), la science fiction s'en est toujours fait un meilleur écho : corps-machine, technologies de préservation ou accès à l'éternité par la chimie. L'idée d'un esprit imparfait (parce qu'humain : faillible, sensible, paradoxal, etc.) dans un corps parfait, ne cesse de chercher à rassurer nos peurs primitives.

Dans le genre, le manga Ghost in the shell (1989) est devenu un chef d'oeuvre. Son auteur, le Japonais Masamune Shirow, se plaît à créer des univers cyberpunk - cyber pour l'inexorabilité du traitement, punk pour les ressors narratifs. Dans un futur lointain, la médecine parvient à corriger le corps en améliorant les capacités des organes par l'ajout de composants robotiques. Poussant plus loin la recherche (pour la guerre, comme toujours), il testent la transplantation d'un cerveau humain dans un corps intégralement fabriqué, mêlant robot et chair humaine. Humain dans l'approche de la vie, redevable à ses créateurs présentés comme des sauveurs en quête de toujours plus de justice, notre humanoïde (Mira, dite Major) enquête sur l'assassinat d'une des têtes pensantes du programme qui l'a vue naître. Collègues, médecins, chefs : on suit l'entourage de notre robot dans ce thriller qui inscrit le passé et la réalité comme des sources de doute perpétuel, dans un monde où tout est amélioré artificiellement (hologrammes, écrans, pixels,...).

Succès papier étant toujours synonyme d'adaptation ciné, Ghost in the Shell s'est vu porté à l'écran par Mamoshu Oshii en 1995 dans un anime qui a étendu la bonne réputation de l'objet : ça donnait ça. Et puis, parce qu'Hollywood ne supporte pas de ne pas être à l'origine d'un succès, Steven Spielberg en rachète les droits, et la Paramount confie au Britannique Rupert Sanders (qui n'a commis qu'un seul film : Blanche-Neige et le Chasseur, c'est dire l'insensé de la démarche) la réalisation du film en prise de vue réelle, actuellement sur vos écrans...

Le point positif L'environnement visuel, mêlant gigantisme sans âme des tours de béton ou de verre (selon la richesse du coin), habillage animé (écrans, hologrammes, donc), et cybernétique, qu'il s'agisse de représentation par ordinateur ou de perception bionique. Porté par 4 directeurs artistiques (Richard L. Johnson, Matt Austin, Simon Bright et Miro Harre, si tu tiens à les connaître) et un directeur de la photo spécialiste de sa question (Jess Hall), l'univers visuel de Ghost in the shell est nécessairement calqué sur celui de Shirow, mais donner une réalité crédible à un dessin étant souvent œuvre d'orfèvre, saluons le travail.

Le point négatif Les clichés du genre, qui transparaissent ici et là. Un exemple : la difficulté d'unir l'humain et le robotique sans que des tics de l'un ou de l'autre ne ressortent. La démarche parfois très mécanique de Major devient comique quand on voit la souplesse de ses scènes de combat...
Et je ne citerai pas la controverse de whitewashing - qui fait que les deux seuls humains-robotisés sont blancs, expliquant que cette boîte qui crée un humain au top de ses capacités est forcément...blanc.

Outre l'angoisse que suscite l'ambiance générale du film - par la violence, qu'il s'agisse de celle d'un environnement aseptisé et dangereux, de celle d'un corps qui n'existe plus, ou de celle des combats et des armes -, le public est amené à soutenir le personnage de Major, aussi frondeuse que loyale, empreinte d'un besoin de vérité qui nous contraint à rejoindre sa cause.

Côté casting, on rigolera un peu avec cette Scarlett Johansson qui, si elle a été choisie pour son côté bonnasse badass, assure le job avec ce petit air sérieux qui en fait trop. Autour d'elle, le joli Pilou Asbæk (dont je t'ai parlé ici) joue Batou, le fidèle collègue surdimensionné, Michael Pitt (Last Days, Funny Games US, Boardwalk Empire) est Kuse, le pirate informatique qui retourne l'histoire, Takeshi Kitano (meilleur réalisateur qu'acteur) joue le chef de brigade (et père de substitution), Juliette Binoche (oui oui) joue Ouelet, le médecin manipulé (et mère de substitution), Peter Ferdinando (éternel second rôle) joue Cutter, le chef du chef de Major, qui n'est peut-être pas qui l'on croit...

Alors ? A voir si tu as déjà vu tous les autres films potentiellement bien de ta salle de ciné favorite. Ou si tu aimes les univers futuristes un peu cinglés.

 

Mens sana in corpore sano (Ghost in the shell)

Publié dans Ciné, Littérature

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Le mot et le geste (Concordanse)

Publié le par SaintLaz

Conciliation

La transdisciplinarité des artistes n'est pas une nouveauté : Michel Ange était peintre, sculpteur, architecte, poète, urbaniste... mais le talent étant le dénominateur commun nécessaire à l'acceptation de la porosité des carrières artistiques, on pardonnera plus facilement à JoeyStarr de passer des studios aux planches qu'à Kev Adams d'être passé de l'humour au cinéma.
Les danseurs ont souvent le complexe du verbe. Parler de danse oui ; raconter leur histoire par les mots, plus compliqué. Et les auteurs, planqués derrière leur ordinateur, pourrait-on leur faire raconter une histoire par le geste ?
Par le dispositif Concordanse créé en 2007, les deux populations sont invitées, sans se connaître, à dialoguer. Et à produire une courte pièce, qui trahisse leur relation. De Marie Desplechins à Lionel Hoche, de Mathieu Riboulet à Béatrice Massin, les grands noms des lettres et des gestes de France se sont mêlés en studio et au plateau, pour des résultats aussi variés que les personnalités qui les insufflent.

Cette saison (11e édition), je retiendrai surtout l'excellente proposition du duo Pierre Ducrozet - à la bio très X gen - + Maud Le Pladec - à la bio très working girl. En savoir plus.

Surfer sur les corps comme sur les mots.

Surfer sur les corps comme sur les mots.

"Je suis un danseur du samedi soir. Pire : du dimanche matin."
C'est lui qui initie le mouvement. Petit, répétitif, gagné par une petite rythmique. Elle le suit. Ils parlent. Se racontent, leur rapport au corps, au geste, au mot. Il se sent esprit, mal connecté au réel par un corps qu'il ne comprend pas bien. Elle se rappelle de tous les mots qui ont influencé sa danse : les parents, les professeurs, les chorégraphes. L'un à côté de l'autre, dans un parallélisme, puis une opposition, une compétition. Ensemble, ils s'invectivent, se saississent, jouent, dansent. Et ça marche.

Et c'est beau.
Ca donne envie de lire. Et de danser.

Publié dans Littérature, Danse

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Souvenirs de Palmyre / P.Veyne

Publié le par SaintLaz

Barbares

Le barbare, au départ, est celui qui n'a pas la même culture que nous. Depuis, c'est celui qui, arme au poing et idéologie en tête, vient décapiter une culture pour recommencer à sa façon. Certains hommes sont assez crétins pour imaginer que l'Histoire n'a aucun intérêt, qu'il ne faut rien conserver, tout réécrire. Pourtant... La culture, c'est ce qui demeurera quand tout le reste aura disparu.
La barbarie - forme armée de la bêtise, donc - a déjà mené à la mise en danger du patrimoine culturel mondial. On se souviens des statues de Bamiyan, des mausolées de Tombouctou, des ruines de Bagdad... J'en avais déjà parlé en disant qu'on en avait gros. Les guerres en Syrie touchent un patrimoine longtemps préservé : Alep, Bosra, Damas, et plus récemment, du fait d'animaux ayant pris forme humaine autoproclamés "Etat Islamique", nous observons lentement la chute de Palmyre, que l'historien Paul Veyne surnomme "l'irremplaçable trésor".

Souvenirs de Palmyre / P.Veyne

De quoi ça parle ?
Veyne ne souligne pas le caractère symbolique de Palmyre, idéologiquement. Il se comporte en historien : il décrit le factuel (les ruines, telles qu'on les voyait encore il y a 3 ans), ce qu'on peut en déduire, et ce qu'on a interprété. Et le passage du temps : les hommes, les faits, les époques. En 141 pages, il dessine autour des pierres encore debout près de 3000 ans après leur érection les images d'Epinal d'une ville hybride et cosmopolite, riche et puissante.

Et alors ?
Et alors, c'est chouette de découvrir que parmi toutes les villes mortes (ces villes antiques qui ne sont plus que des sites touristiques), peu sont restées aussi bien conservées (avec Ephèse et Pompéi). De savoir que malgré les dominations perse, grecques et romaine, elle a continué à parler l'araméen jusqu'à la conquête arabe au VIe siècle, tout en s'emparant de ce qu'il y avait de meilleur dans la culture de chacun de ses maîtres. Et de découvrir l'histoire de Zénobie, cette femme puissante qui tenta de conquérir Rome - une épopée incroyable, au départ de la cité du désert.

Et donc ?
Et donc c'est sympa, ça te sort un peu de la tristesse des infos, mais une fois le livre refermé, tu as un petit serrement au coeur. Foutus intégristes de tous poils.

Publié dans Littérature, Palmyre

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Funny girl, de Nick Hornby

Publié le par SaintLaz

Wannabe.

Par certains aspects dictés par le groupe, on devient adulte. On fait un projet, on travaille pour qu'il marche, on réussit ou on échoue. Tout cela, on le voit. On : toi, moi, les autres. Pour nous tous. La vie est un vaste jeu de Schrödinger : à peine l'idée d'un projet est-elle là qu'il est déjà aussi couronné de succès qu'avorté. Quelles forces, quel courage, quelle ténacité faudra-t-il pour parvenir à ses fins ?

Prends l'exemple de Barbara. Sur le point d'être nommée miss Blackpool - une année entière à être reine cheap de sa bourgade de la côte nord-ouest de l'Angleterre, que d'orgasmes en perspective, hein -, Barbara décline, embarque pour Londres et se lance à la poursuite de son seul rêve : devenir une reine de la comédie télé. Faire rire les gens : un noble but. Plusieurs obstacles : elle est une femme dans l'Angleterre des 60's, elle est jolie, et personne ne la connaît. Sans se laisser démonter, elle semble se laisser façonner par une équipe qui voit dans son physique un projet télévisuel intéressant, et impose petit à petit sa finesse et son esprit pour entrer dans le club des grands. C'est dire : en quelques temps, elle monte le projet autour d'elle, met les hommes en ordre de marche, renouvelle l'image de la femme, crée un précédent. 50 ans plus tard, elle regarde le passé avec l'inquiétude des actrices qui ne sont pas devenues Liz Taylor, sans être oubliées pour autant.
Pour nous lecteur, le pari de Barbara est l'enjeu de l'existence : se lancer ou ne pas se lancer. Succès, échec, peu importe : notre choix est à l'aveugle. L'avenir nous le dira, paraît-il.
Barbara est l'héroïne de Funny Girl, roman de Nick Horny, publié en français chez Stock (2014).

Funny girl, de Nick Hornby

Les cinéphiles auront déjà croisé Nick Hornby, dont Stephen Frears a adapté le High Fidelity en 2000, et il fut nommé aux Oscars en 2010 pour Une éducation, de Lone Scherfig. Oui, voilà.

Funny Girl est un roman léger, pimpant, sans complexité. L'écriture est souple, ne s'alourdit d'aucune description inutile ou de style travaillé : elle va droit à l'objet décrit, et fait ainsi avancer la narration tambour battant. D'un dialogue à une narration en narrateur omniscient, suivant Barbara le plus souvent, les autres plus ponctuellement, Funny Girl nous raconte une petite bande à l'assaut de... de...
C'est compliqué. Page après page, le roman semble nous décrire la vie de Barbara, puis l'aventure d'une nouvelle série télé, puis l'esprit de bande dans les arcanes de la BBC, et en filigrane l'Angleterre de l'époque, la cause féminine, le milieu du show business. Sans jamais choisir, Funny Girl mange à tous les râteliers, abandonnant en page paire le sujet passionnant de la page impaire. Au point que, guidés par l'écriture simple et joviale d'Hornby, on ne fait plus vraiment attention à ce que l'on raconte, et "le destin d'une jeune fille ambitieuse" mute en "la couleur du temps". On pourrait regretter le manque de subtilité de l'intrigue, c'est au final son instabilité que l'on dénoncera en premier.
Ce qui est plaisant, dans ce roman, n'est donc pas la splendeur de l'écriture ou la maestria de la construction, mais bien cette façon d'éveiller l'ambiance des sixties, celle des tabloïds qui suivent les yéyés made in England - les Beatles ne sont jamais loin - la BBC, les filles et les garçons... et pourtant, Hornby ne nous décrit rien : pas un vêtement, pas une coupe de cheveux, pas une voiture - pas une seule mode qui pourrait nous rappeler que l'on est dans le Swinging London. C'est donc une ambiance suggérée et légère, qui rend la lecture plaisante, mais pas passionnante.
Un peu comme la vie d'adulte, par certains aspects.

*****

Fun fact : le Funny Girls est un bar de Blackpool. Mais pas n'importe quel bar : un cabaret burlesque, où la communauté LGBT a établi ses quartiers avant la banalisation des années 2000.

Publié dans Littérature

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