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1 articles avec opera

Besoin d'un grand geste - Faust par Poda

Publié le par SaintLaz

Ecrans !

Qu'avons-nous fait de la grandeur, nous la génération écrans ? Il me semble que nous sommes réduits à ne la voir qu'autre part, en fiction ou à l'autre bout du monde ; machine hollywoodienne ou du haut de ces pyramides, pourquoi ne nous sommes nous plus contemplés qu'ailleurs ?
Quelle tristesse que ce quotidien où le cynisme ambiant a tout démystifié, où il n'est en apparence plus permis de rêver #caliméro - beaucoup ont déjà baissé les bras. Crise, vieillissement, précarisation, déprime - en ce royaume de la placidité, plus rien ne nous galvanise sinon la fiction, même le verbe des politiques et petits potentats est pleurnichard quand on s'en prend à leur intégrité - adieu les grands mots des grands hommes.

Alors quoi, que nous faut-il pour aller constater de nos yeux vus que la vérité est toute autre - variée, riche, et surtout grandiose ? Sortir du confort. Sans détour, oui, quitter canapés, écrans, séries télé, et constater que ces réalisateurs n'inventent rien, rien de réel (contrairement à ce que leur titre sous-entend) - j'insiste, rien de réel : outre l'imprévisible beauté des péripéties de la vraie vie, les mises en scène les plus grandes ne sont pas mises dans nos regards par la caméra qui oriente, qui nous mâche le travail, mais par nos théâtres. Ces mises-en-scène-là prennent le risque d'être réelles, s'exposent à notre diversité, à notre inconstance, à notre férocité parce que notre critique est soudain réveillée.

Parce qu'un grand geste coûte beaucoup, c'est souvent l'opéra qui étale le plus sa puissance. Sans rentrer dans le top 5 des mises en scènes controversées - qui peuvent mener au dégoût de l'exercice, les scénographes de talent savent y faire pour éveiller le lyrisme par la métaphore, ou pas le geste architectural (mais si !).

Dans le cadre de Viva l'Opéra !, il y avait un Faust enregistré au Teatro Regio de Turin, avec le brillant Charles Castronovo dans le rôle titre, l'excellent Ildar Abdrazakov en Méphistophélès, et la renversante Irina Lungu en Marguerite. A la mise-en-scène, Stefano Poda. Avant d'en parler, admire comme le garçon est un créatif prolixe, un bâtisseur protéiforme, comme il dessine la scène pour en faire des temples propres au lyrisme : Jette un œil sur ses mises-en-scènes précédentes.

Besoin d'un grand geste - Faust par PodaBesoin d'un grand geste - Faust par PodaBesoin d'un grand geste - Faust par Poda
Besoin d'un grand geste - Faust par Poda

Communauté de l'Anneau.
Symbole du tout, du monde, matrice qui dévoile et tue, mur sans fin, obstacle, chambre et demeure, métaphore de l'intériorité et place publique, symbole du Temps qui file et se suspend - l'ami Poda n'invente pas l'eau tiède, mais joue ici une carte forte, qui donne à l'histoire de Faust (le pacte avec le diable et la descente aux Enfers) un cadre sublime - grandiose - qui fait que, amateur ou non de Gounod, tu sors de là en ayant l'impression d'avoir assisté à un monument artistique, à un geste immense, un éclat qui élève, qui anoblit, qui rend ton âme puissante.

L'art, quoi.

Publié dans Opéra, Théâtre, Tendance

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