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3 articles avec paris

Demain - Yoann Hourcade et Sandra Français

Publié le par SaintLaz

Danser, demain.
La conscience politique ne s'exprime pas que dans les urnes, à l'occasion de brefs débats menés à des fins électoralistes. Le mouvement Nuit Debout se faisait symbole, un temps, de ce besoin de pensée et d'expression collective, loin de l'entonnoir médiatique et de l'étroitesse de la pensée des partis. Le questionnement qui nous taraude (l'humain, aujourd'hui, demain, le monde) habite depuis toujours le spectacle vivant, qui se fait le meilleur écho de nos vérités et de réponses, quotidiennes ou éternelles, individuelles ou universelles, pour les évoquer autant que pour les proposer.
La danse ne parle pas, mais elle évoque beaucoup, elle se passe de commentaire. Micadanses accueillait ce 23 mai le Chantier Mobile #2 proposé par les Journées Danse Dense, spécialistes de l'émergence chorégraphique - c'est à dire engagés à porter haut la voix de jeunes créateurs investis. Chantier Mobile propose un regard sur des créations en cours, un exercice de haut vol pour les auteurs et leurs interprètes, puisqu'ils livrent au public un pièce non achevée, non peaufinée, un travail encore fragile parce que non définitif, encore plein de ratures et de doutes. Parmi les quatre propositions de ce #2, j'en retiens deux, tu vas savoir pourquoi.

# Yoann Hourcade, téléologie pacifique
Tombé un jour sur l'œuvre de Terry Riley - compositeur minimaliste américain qui révolutionna l'approche de la musique par la répétition de boucles à durée variable (voir ici) - Hourcade s'inscrit dans le courant du dialogue danse/musique en s'attaquant à illustrer la pièce A rainbow in curved air de Riley. A la musique, alternant boucles écrites et choix improvisés des boucles par les musiciens, Riley a ajouté un texte  "décrivant une utopie à la naïveté subversive, où il est question d'un monde harmonieux, affranchi de toute violence.". Dans Supernova, Hourcade écoute la musique et transforme le texte en geste, voulant créer sous nos yeux un monde jeune à la paix joyeuse.

Sur le son électro façon jeux vidéos puis imbibé d'orgue aux mélodies très 70's de la partition de Riley, Hourcade inscrit au plateau autant une harmonie graphique de l'espace qu'une plénitude gestuelle des astres qui habitent cet espace.
D'un côté, la triade toujours unie par l'énergie, à l'unisson, en canon ou en contrepoint dans ces gestes nets, tranchant l'espace - leur communion rythmique et gestuelle écrivant la relation entre eux, dans cet espace immuable, qui semble ne jamais s'agrandir, ne jamais rétrécir, élastique et solide à la fois. De l'autre, une force tranquille, qui met en perspective l'énergie de la triade, un point lent, posé, intense, qui soudain s'affole, créant son propre satellite d'un simple bras. Car oui : on lit dans ces danseurs un peu d'étoiles, de planètes, de galaxies, dans une danse vive et légère qui rappelle celle des comédies musicales des années 60 - décennie de la naïveté.
Alors pourquoi Supernova comptera-t-il ? Pour cette question de l'utopie naïve, ce besoin de légèreté cosmique, qui ressemble parfois à notre envie de déconnecter d'un monde grave aux mains d'irresponsables, de tous ces problèmes insolubles, de la laideur crasse des gens.

# Sandra Français, glaçante perspective
A l'autre bout de l'échiquier, il y a le sérieux, la gravité, la sacralité. Tu as entendu parler d'Onkalo, ce projet de stockage des déchets nucléaires finlandais consistant à creuser une cuve censée résister 100 000 ans ? Michael Madsen en avait fait un film en 2010, Into eternity. La jeune Sandra Français s'empare à son tour du fascinant et épineux problème, avec je te le disais une vraie gravité. Elle nous propose une histoire en deux temps : celle d'un gardien, aujourd'hui, du sanctuaire nucléaire à venir, et celle d'un homme qui, dans 100 000 ans, retrouvera l'histoire d'Onkalo. Environnement, futurisme, conscience écologique, responsabilité, autour du drame de l'empreinte humaine : on ne rigole pas...mais l'on vibre.

Dans une ambiance froide, au son fait de bruits industriels, sourds, une ambiance électro, électrique, Français impose un ton dur, presque inhumain, par le costume sombre, le geste net, vif, cassant l'air, à la limite du lock et du popping, les pieds ancrés au sol, comme cette cuve de béton, là inéluctablement, à tout jamais - ou presque. Et notre gardien menace, convoque le ciel éternel et la terre intense, fend et caresse, emporte et donne, se désagrège peu à peu, pour mourir dans un flash, pour passer le témoin, laisser un message.
Ce message est gestuel, et dans la danse de Français, il se simplifie, se fige, se saccade et demande : l'homme se déconstruit peu à peu, la nature, elle, poursuivra-t-elle ? A sa danse graphique qui touche à une vision familière du futurisme un peu pessimiste, la chorégraphe ajoutera une scénographie monumentale faite d'une immense structure faites de tubes, de lignes, dont l'éclairage changeant métaphorisera le temps qui passe (et 100 000 ans, c'est long !).
Pourquoi Onkalo sera-t-il important ? Parce qu'il viendra questionner en nous la question du temps et de notre responsabilité, en ces temps d'environnementalisme croissant ; et le tout, enluminé d'un court-métrage, Looking for Onkalo, qui permettra d'étendre le message de la pièce au delà des théâtres.

Publié dans Danse, Paris

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Bataille, l'éternel humain - Pierre Rigal

Publié le par SaintLaz

S'aimer, se haïr, s'étreindre, s'étrangler, par jeu ou avec sérieux, la frontière est mince.

Voir ainsi, dans le même journal télévisé, les images des messes oecuméniques et les déclarations politiques, images de paix et discours de haine, gestes bienveillants et mots menaçants. Ce que les petites gens ont de bon semble avoir disparu chez ceux qui maîtrisent le pouvoir. La frontière est mince, pourtant, d'un geste à l'autre, d'une émotion à la suivante, et l'on voit la paix basculer dans l'horreur, ou la paix naître de l'horreur. L'ambivalence des sentiments, les aléas de leur apparition, la fragilité de leur expression, l'imprécision de leur appréhension, et pour quelles perspectives ? L'histoire des conflits humains est faite de mots imparfaits, de cerveaux formatés, de feu, de fureur et de sépultures. Alors comment aborder l'autre et le monde dans lequel il vit ?
Voilà le questionnement qui m'est venu devant Bataille (2013), pièce performative signée Pierre Rigal.

 

Sur son site, l'ami Rigal donne une piste de lecture : "Cette bataille joue avec les oppositions : le dedans et le dehors de la narration, l’alternance de l’humour et de l’angoisse ; l’aller-retour entre le réalisme et l’abstraction. L’ensemble de ces paradoxes souligne les relations antagonistes entre le Moi et son Inconscient, épisodiquement maître à bord de ce jeu d’illusions mutuelles.
C’est aussi (sic) deux relations au flux de la vie qui se confrontent ce qui provoque inévitablement déceptions, violences, jouissances, dominations, soumissions, extases..."
Le spectacle fait se succéder les saynètes, chacune porteuse d'un des éléments sus-cités, dans un geste continu, passant de l'une à l'autre par un déclencheur - un regard, un geste, un coup. L'ensemble prend un peu la forme d'un patchwork, cousu indifféremment, malgré le travail d'autocitation (à conséquence comique) et de définition éphémère des frontières du spectacle (la vie ? la scène ? l'instant ?) qui permet un peu de réflexion abstraite.

Le hic, c'est bel et bien l'imprécision de l'écriture, qui suit celle du concept : des idées, mais de grande idée. Alors oui, on saluera l'énergie, la résistance, l'humour, la beauté, l'opposition, la crudité et la métaphore, mais sans direction, où va-t-on ?
Mais admettons. Ce qui m'a manqué, dans ce petit bijou de schizophrénie émotionnelle à expression (très) physique, c'est la beauté de la précision gestuelle, l'élévation de la maîtrise corporelle, qui aurait autant servi le propos physique que le message métaphorique.

Dans l'histoire de la danse, ce n'est pas Bataille qui placera Rigal dans les chorégraphes inoubliables. Le spectacle te placera face à ses contradictions, donc aux tiennes, et ouvrira le bal de ta réflexion sur ce qu'ils représentent, ces deux-là qui s'affrontent sur le ring ouvert, et sur ce que cela fera résonner chez toi. A voir donc, tout de même.

Publié dans Spectacle, Théâtre, Danse, Paris

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Symphony of Glass à la Cité de l'Architecture

Publié le par Charlie SaintLaz

Soulages y met le doigt.

Quel est l'élément déterminant pour que l'on sente bien dans un lieu de culte ? La lumière. Regarde une église romane : son austérité vient de ses petits espaces, de ses petites ouvertures dans des murs épais. Regarde une église gothique : sa puissance vient de ses hautes voûtes, aux murs pourtant d'une apparente délicatesse, tous ouverts de toutes parts qu'ils sont, béants de vitraux qui baignent la nef de... lumière. Petits ou grands, ils dessinent dans l'air des lignes comme divines, de couleurs vibrantes, douceâtres ou un peu lugubres, selon le temps. Le vitrail, élément essentiel de l'ambiance.

Rappelons que l'on a commencé à décorer les vitres pour poursuivre l'oeuvre de transmission initiée par les sculptures et peintures dans l'édifice : raconter les Ecritures en utilisant la lumière. J'en étais donc resté là : Jésus, Marie et tous leurs amis dans les folles aventures pleines de symboles, de messages de paix, d'humilité, de responsabilité (et quand même un peu d'intolérance).

Art superbe, art délicat, donc art coûteux. C'est ainsi que je m'expliquais certains vitraux peu ornementés - simples lignes, peu de couleurs, renoncement au figuratif... A l'exemple de la cathédrale de Cologne.

Mauvaise résolution d'image, c'est tout pixellisé... *rires*

Mauvaise résolution d'image, c'est tout pixellisé... *rires*

Mais ça, c'était avant.

Avant de saisir qu'il s'agit non d'un comblement de vide par une expression simple - mais originale -, mais bien d'une création contemporaine. Le vitrail, objet de création contemporaine ?

J'avais ouï dire, dans mon passé de fan de Chagall, de ses travaux pour la cathédrale de Chartres, qui me semblait alors un renouvellement du mariage de la divinité (artistique) avec la divinité (religieuse). Je pensais à une exception, pas à une tendance. C'était donc avant de découvrir l'existance du Père Couturier, théologien, qui entreprit de secouer l'art sacré en France, dans l'entre-deux-guerres. Le type est précurseur de l'intervention de peintres, architectes, sculpteurs, designers et autres couturiers dans les constructions modernes (pas moins de 2000 lieux de culte sont édifiés en France entre 1930 et 1980). Comme Gaudi avait révolutionné le concept d'église avec son éternelle inachevée Sagrada Familia.

Le vitrail comme création contemporaine, c'est tout l'objet de l'exposition présentée depuis le 20 mai dernier à la Cité de l'Architecture (Paris).

Mais aussi Matisse, Rouault, Zembock, Le Corbusier...

Mais aussi Matisse, Rouault, Zembock, Le Corbusier...

Gageure : faire une expo sur des fenêtres dans une salle qui n'en a pas.

A l'aide de cartons, de reproductions, de vidéos, l'expo suit l'histoire du renouveau du vitrail au XXe siècle, loin de l'académisme qui l'a étouffé. Transpositions de tableaux, art semi-figuratif, art abstrait, travail du matériau : tout est bon pour inspirer le croyant, qu'il s'agisse de travaux sobres ou monumentaux, de la discrète chapelle de l'hôpital Bretonneau, dont les 3 petits vitraux figurent l'arbre de vie, à l'étonnante Gedächtniskirche de Berlin, vaste octogone entièrement vitraillé de pavés de verre bleus.

A travers ses batailles (Les Bréseux, Nevers), mais surtout ses édifices et oeuvres marquants (Assy, Metz, Conques,...), l'exposition soulève le voile de la grande richesse du vitrail contemporain... et nous incite à repartir sur les routes pour découvrir cet art contemporain qui n'hésite pas à servir le sacré ; l'exemple de la chapelle de Vence, aux vitraux signés Matisse.

Petite merveille de verre.

Petite merveille de verre.

A vos agendas : l'expo n'est ouverte que jusqu'au 21 septembre.

Site de l'exposition.

Pour rire un peu : des vitraux geek, c'est possible.

*****

Et jeter un oeil, au passage, à l'expo reprenant le travail remarquable des étudiants de l'école de Chaillot, qui creuse l'évolution de la ville par l'exemple dans des études graphiques poussées réunissant histoire, géographie, topographie, économie,... Passionnant !

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