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62 articles avec theatre

Guide du festival d'Avignon... sans y aller.

Publié le par SaintLaz

Loin des yeux...
Comme 99% des Français, tu n'iras pas au festival d'Avignon, cette année encore. En fait, tu n'y songes même pas, c'est à peine si tu réalises que cela commence demain, 6 juillet 2017. Et pour cause : Avignon, c'est loin. Ou c'est cher. Ou c'est pour les intellos. Ou il y a trop de monde. Les excuses ne manquent pas... et pour autant, à l'idée que tu n'iras pas, tu es déjà un peu tiraillé-e par la fomo (fear of missing out - peur de manquer quelque chose).

Penses donc : le monde entier vient à Avignon. Sur scène, ça parlera vietnamien, russe, portugais, géorgien, japonais, français... Des créations qui ne seront jouées qu'à Avignon, parce qu'injouables ailleurs, des stars du théâtre public, des vedettes du ciné revenues au théâtre, et des soirées sublimes dans des lieux d'exception - et il n'y a pas que l'austère pour du Palais des Papes.

Originellement festival de théâtre, Avignon est devenu pluridisciplinaire, si bien que sur les 50 spectacles de la sélection officielle de cette édition 2017, près de 25% sont des chorégraphies, et l'on trouvera également du clown, du nouveau cirque, de la marionnette... et des expos, du cinéma, des conférences, des rencontres... un vaste fourre-tout culturel. Vois un peu :

ALORS
Comment profiter du festival en restant dans ton canapé ?

# Internet
> La webTV du festival Bande-annonces, extraits, interviews : le festival donne lui-même de quoi regretter de ne pas s'être ruiné-e pour assister aux merveilles des merveilles en alignant sur une jolie webTV le catalogue vidéo de la sélection officielle.
> Culturebox Articles, chroniques, interviews, vidéos : le gratin de la critique et du journalisme culturel renouvelé s'exposera sur la page dédiée au festival.
> Théâtre-Contemporain.net Ton partenaire du festival pour tout ce qui est textes, débats, photos, points presse, etc. A voir ici.
> Médiapart Indépendant et investi, Médiapart s'associe au Crieur pour une série de conférences où la dystopie dispute au constat éclairé pour envisager l'avenir. Pour toi, ce sera sur cette page.

# Radio
Deux émissions sont particulièrement à suivre :
> sur RFI : l'émission Ca va ça va le monde diffusera, du 15 au 20 juillet à 11h, des lectures de pièces théâtrales écrites par de jeunes auteurs africains données dans le jardin de la rue de Mons à Avignon. L'occasion de s'ouvrir au monde.
> sur France Culture, toujours : La grande table d'été, du 10 au 14 juillet à 12h55, la joue magazine culturel, en direct depuis Avignon.
De plus, sur France Culture toujours, tu pourras découvrir 7 fictions originales, en direct à 20h du 9 au 18 juillet (sauf le 12, à 12h), (également disponibles sur le site de la station, avec celles de 2016). A ne pas louper, aussi, sur France Cu' encore, le 15 juillet, à 20h, les Voix d'auteurs, qui te dessineront un panorama des jeunes auteurs d'aujourd'hui.
Plus ponctuellement, tu pourras compter sur les différentes stations de Radio France (France Inter surtout, avec Le Masque et la Plume et Le mag de l'été), mais aussi de Radio Campus.

# Télé
France 2 et arte sont les partenaires privilégiés du festival. Si les chaînes attendent le lancement pour étaler leurs contenus, je t'invite à surveiller particulièrement Culturebox (nourri par France 2) et la page dédiée d'arte, qui devrait distiller dans ses journaux et émissions quelques références et bonnes choses à savoir sur le plus grand festival de théâtre du monde (avec Edimbourg). A suivre donc.

# Presse
Moins réactif, plus poussé : le papier est encore un bon moyen de faire le tour de la question. De Paris Match à Télérama, de Théâtral à Ballroom, du Monde au Figaro, Libé ou l'Huma, La Croix ou 20 minutes, le festival sera partout, en plus ou moins bonne place selon l'actualité et la hauteur du scandale. A toi de voir.

Une petite pensée...
... aux chargés de diffusion des spectacles du Off. Record : 1480 spectacles prévus, presque quotidiennement, dans le brouhaha et la non-visibilité la plus totale. Et le chargé de diffusion - le VRP des spectacles - qui cherchera l'attention des professionnels, qui de tout voir n'auront ni le temps, ni la capacité, ni l'envie. Soutine.

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Prodiges® - Femmes d'aujourd'hui

Publié le par SaintLaz

Mis(es) en boîte.

Souchon avait raison : on nous fait croire que le bonheur c'est avoir, d'en avoir plein nos armoires. Mais mieux que ça, dans le consumérisme, il n'est pas question que de posséder, il est aussi question d'être - dis moi ce que tu achètes, je te dirai qui tu es. Dans une époque qui n'encourage plus la libre pensée (depuis longtemps), parce que l'on craint trop que l'on ne consomme plus, ou plus comme avant (aka "pertes financières potentielles"), on immisce dans la consommation traditionnelle un discours sur l'être consommateur, sur l'acheteur désormais au monde parce que l'objet/le service/l'aliment réalise un idéal soci(ét)al, et de préférence en misant sur des valeurs positivistes, quitte à renier tout bon sens entre le produit et le discours.
Ainsi, qui sait ce que sent un parfum avant d'avoir été le renifler en magasin ? Personne : les publicités vendent une attitude, pas l'odeur. Liberté, jeunesse, puissance (pour les âges mûrs), impertinence (pour les jeunes), rêves réalisés (pour ceux entre les deux), désirabilité, nature, peu importe : l'important, c'est l'image. Forcément. Et faut voir comme on nous (en) parle.

La guerre contre la pensée unique s'embourbant souvent dans la seule dénonciation d'un lavage de cerveau politique virant au complotisme, et la contre-culture étant désormais soupçonnée d'avoir créé une génération d'égoïstes (c'est Grazia qui le publie, c'est dire...), penser out of the box ne peut plus être qu'une une initiative individuelle, que Nuit debout n'a pas parfaitement réussi à galvaniser.
C'est donc encore au théâtre qu'il faut demander de gérer la question, puisque la fiction permet toujours de faire passer les messages les plus difficiles à admettre pour l'auditoire (contrairement à la presse et aux analystes). C'est pourquoi je te propose de découvrir Prodiges®, pièce de Mariette Navarro, qui a l'incroyable avantage de ne pas forcément t'obliger à quitter ton canapé, grâce à la mise en scène par Matthieu Roy (puisqu'il veut faire du "théâtre dans le salon des gens"), et aux sublimes interprètes Aurore Déon, Caroline Maydat et Johanna Silberstein. Bonne nouvelle : la pièce fêtera bientôt sa 100e, lors de sa série au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines. (La tournée)

De quoi ça parle ? Devant nous trois femmes, on est dans un salon, les années 60 portent leurs promesses. Une réunion de vente à domicile, servant aussi d'adoubement à la petite nouvelle. Elle est un peu gauche, mais attentive, elle y croit, elle y croît. Il y a une femme de poigne, à l'autorité prononcée mais joyeuse ; elle est concessionnaire. Il y a une femme enthousiaste, qui maîtrise l'exercice - la monitrice. Elles parlent d'une seule voix, racontant la femme moderne, se racontant un peu en filigrane : une femme volontaire et fière, encore bien ancrée dans la société patriarcale... Mais surtout, elles présentent un produit, et tout le storytelling qui va avec.

Alors ? Le costume, les histoires et le décor permettent de mettre de la distance - et de rire beaucoup, tant le décalage avec nous semble grand. Pourtant... on réalise assez vite que l'on rit jaune : la forme a changé, mais le fond ?

Le + : la langue et la musicalité. Trois femmes, trois façons de parler, trois tonalités vocales. Le texte est dense et le rythme soutenu, à la mitraillette - pour ne pas te laisser le temps de questionner, de réagir ; tu prends, tu ingères, tu digèreras plus tard. Le tout dans une langue et une diction qui ne sont plus tout à fait les nôtres, et des voix posées sur des notes distinctes, marquées, forcées - donc comiques : le rythme est soutenu, mais endiablé, presque rock'n'roll, pimpant mais non stop. Entre la belle langue - pas un mot sorti du registre du politiquement correct -, la musicalité (un même mot réitéré toujours sur les mêmes notes) et la joie fabriquée de la vente...

La monitrice : Laisse-nous te refaire le film en Super 8 de ton petit confort.
La concessionnaire : Car même si cela n'a jamais existé...
La monitrice : ... c'est cela que nous te vendrons...
La concessionnaire : ...au prix que nous voudrons.
La monitrice : La valeur ajoutée de ta valeur immense.
La concessionnaire : Unique.
La débutante : Nous cuisinerons sur mesure ton portrait revisité.

Prodiges® - Femmes d'aujourd'hui

Ce qui saute aux yeux : le statut de la femme des sixties. Elle est jeune, elle est belle, elle est mariée, elle a des enfants, elle travaille - un peu, mais pas trop ("Il te restera du temps à tuer en attendant le retour de ton mari. Tu feras le vide dans ta tête en attendant le retour de ton mari. Tu te rendras disponible pour ses soucis, ses caprices, ses envies de toi."). A travers la construction de leur propre légende individuelle, alimentée d'images à portée autoréalisatrice (la super-nana est née là), on comprend le passé difficile des femmes, la guerre, la solitude, le travail, la mort, et le besoin d'un renouveau, indépendant mais soumis, parfait et assumé, aventurier mais confortable, quotidien mais libéré, actuel mais pas trop novateur non plus ; un renouveau dans la tête plus que dans la pratique, qui semble dire "je maîtrise, même si j'ai l'air soumise".

Ce qui fait rire : le discours publicitaire, de l'entreprise et la joie forcée. Les formules toutes faites ("Un nouvel Elément : l'Eau l'Air la Terre le Feu enfin réunis / Assemblés / Fondus en un : / Le Plastique"), les concepts qui endorment le soupçon ("la politique cadeau"), l'exagération hilarante ("Tu viens de découvrir une nouvelle façon de vivre la cuisine. / Une nouvelle façon de vivre, disons-le tout net.") et le sentiment qu'encore aujourd'hui, on grossit encore le trait, pour que le positif ait toujours l'air fantastique, comme si on avait peur que le neutre (ou le négatif) ne ramène à la peur, la tristesse.

Un mot du metteur en scène, Matthieu Roy : "Qui pourrait déceler dans le corps du texte de Prodiges® ce qui appartient aux argumentaires de vente à domicile bien maîtrisés et ce qui relève de l'expérience personnelle et intime des vendeuses ?"
C'est là toute l'intelligence de ce texte, et du talent des comédiennes, qui prêtent sans cesse à rire sans se démonter - alors même que la frontière entre la salle et la scène est abolie.

A voir absolument.

Publié dans Théâtre, Féminisme

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Besoin d'un grand geste - Faust par Poda

Publié le par SaintLaz

Ecrans !

Qu'avons-nous fait de la grandeur, nous la génération écrans ? Il me semble que nous sommes réduits à ne la voir qu'autre part, en fiction ou à l'autre bout du monde ; machine hollywoodienne ou du haut de ces pyramides, pourquoi ne nous sommes nous plus contemplés qu'ailleurs ?
Quelle tristesse que ce quotidien où le cynisme ambiant a tout démystifié, où il n'est en apparence plus permis de rêver #caliméro - beaucoup ont déjà baissé les bras. Crise, vieillissement, précarisation, déprime - en ce royaume de la placidité, plus rien ne nous galvanise sinon la fiction, même le verbe des politiques et petits potentats est pleurnichard quand on s'en prend à leur intégrité - adieu les grands mots des grands hommes.

Alors quoi, que nous faut-il pour aller constater de nos yeux vus que la vérité est toute autre - variée, riche, et surtout grandiose ? Sortir du confort. Sans détour, oui, quitter canapés, écrans, séries télé, et constater que ces réalisateurs n'inventent rien, rien de réel (contrairement à ce que leur titre sous-entend) - j'insiste, rien de réel : outre l'imprévisible beauté des péripéties de la vraie vie, les mises en scène les plus grandes ne sont pas mises dans nos regards par la caméra qui oriente, qui nous mâche le travail, mais par nos théâtres. Ces mises-en-scène-là prennent le risque d'être réelles, s'exposent à notre diversité, à notre inconstance, à notre férocité parce que notre critique est soudain réveillée.

Parce qu'un grand geste coûte beaucoup, c'est souvent l'opéra qui étale le plus sa puissance. Sans rentrer dans le top 5 des mises en scènes controversées - qui peuvent mener au dégoût de l'exercice, les scénographes de talent savent y faire pour éveiller le lyrisme par la métaphore, ou pas le geste architectural (mais si !).

Dans le cadre de Viva l'Opéra !, il y avait un Faust enregistré au Teatro Regio de Turin, avec le brillant Charles Castronovo dans le rôle titre, l'excellent Ildar Abdrazakov en Méphistophélès, et la renversante Irina Lungu en Marguerite. A la mise-en-scène, Stefano Poda. Avant d'en parler, admire comme le garçon est un créatif prolixe, un bâtisseur protéiforme, comme il dessine la scène pour en faire des temples propres au lyrisme : Jette un œil sur ses mises-en-scènes précédentes.

Besoin d'un grand geste - Faust par PodaBesoin d'un grand geste - Faust par PodaBesoin d'un grand geste - Faust par Poda
Besoin d'un grand geste - Faust par Poda

Communauté de l'Anneau.
Symbole du tout, du monde, matrice qui dévoile et tue, mur sans fin, obstacle, chambre et demeure, métaphore de l'intériorité et place publique, symbole du Temps qui file et se suspend - l'ami Poda n'invente pas l'eau tiède, mais joue ici une carte forte, qui donne à l'histoire de Faust (le pacte avec le diable et la descente aux Enfers) un cadre sublime - grandiose - qui fait que, amateur ou non de Gounod, tu sors de là en ayant l'impression d'avoir assisté à un monument artistique, à un geste immense, un éclat qui élève, qui anoblit, qui rend ton âme puissante.

L'art, quoi.

Publié dans Opéra, Théâtre, Tendance

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Savoureuses déclinaisons (de la Navarre)

Publié le par SaintLaz

- Vous êtes une déesse.

L'esprit fécond s'habitue aux formatages mais crée le changement par la variation, le out of the box, le jeu - avec les mots, les éléments, les sens, les formes... C'est comme couper le son des Feux de l'amour pour réinventer les dialogues en direct, ou découper les gros titres des journaux pour refaire la frise du salon. L'oeuvre seconde. La réécriture.

C'est justement le procédé dont les petits camarades Claire Laureau et Nicolas Chaigneau se sont emparés pour créer leurs Déclinaisons de la Navarre.
"A l’origine, nous voulions travailler à partir d’une grande scène de cinéma pour laquelle nous n’aurions pas été embauché, pour cause notamment de «physique diffèrent». C’est en recherchant sur YouTube un extrait de La reine Margot de Patrice Chéreau que nous sommes tombés sur ce téléfilm (Henry of Navarre, de Jo Baier), et cette scène de rencontre entre Henri et la future reine. Nous avons immédiatement perçu son potentiel comique."

Son qui saute, extraterrestres, bruitages refaits, vu par un tiers, grimaces, poules, danse contemporaine, film d'horreur... Les modes de variation sont pléthore, et les deux olibrius ne manquent pas d'imagination ni de disciplines pour rebooter encore et encore leur saynète : théâtre, danse, mime, et cette musicalité du mouvement qui donne souplesse et virtuosité, même dans le comique. Ah oui.

Parce que... c'est DRÔLE.
Mieux : c'est drôlement malin. Malignement drôle. Outre la fraîcheur des interprètes, il y a l'intelligence du propos, et les rires se déclenchent avec d'autant plus de plaisir qu'ils viennent aussi de l'intellect. Tu ne te sens pas flatté dans le sens de la communauté, comme l'humour s'y restreint, non : tu te sens dans un environnement de références connues, dans le délire de la télé, du détournement, du réel, du personnel, de l'entre-nous, mais pas de l'excluant. Chaque phrase, chaque situation se réinvente : c'est brillant.

LA pièce de l'année, so far.

Donnez-moi votre main.

Donnez-moi votre main.

Publié dans Danse, Théâtre

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Mon cœur a-battu

Publié le par SaintLaz

Etude de la victime

Le système est au cœur du discours politique actuel, pour mieux prétendre s'en détacher. Le système, cet agencement des structures d'un quotidien organisé, est vécu aujourd'hui comme le carcan rigide d'un formatage amer perclus de corruption qui dessert les petits et engraisse les grands. On oublie parfois ses bons services pour n'en critiquer avec fracas que le petit bout déréglé. Ainsi, on tacle les médias, les partis politiques, l'entreprise, les hiérarchies publiques, l'Etat, les amitiés et les relations familiales. La blague étant bien entendu que tous les politiques qui le dénoncent et promettent la rupture sont ceux qui en ont le plus bénéficié, de l'extrême droite à l'extrême gauche, en passant surtout sur ceux qui prétendent n'être pas issus du sérail. Et qu'en attendant, l'opinion admire la magistrale impunité de délits (si ce n'est de crimes) de masse perpétrés par de grandes organisations - chacun voyant midi à sa porte.

Prenons l'exemple de Mon cœur, de Pauline Bureau, donné aux Bouffes du Nord.
"Touchée par le courage et la détermination d'Irène Frachon, pneumologue à Brest qui s'est battue pour que la toxicité du Médiator soit reconnue, Pauline Bureau rencontre les victimes de l'un des plus gros scandales sanitaires français. Elle décide alors d'écrire pour la scène l'histoire d'une femme, inspirée du vécu de chacune des personnes rencontrées."

L'affaire du Médiator - dont le procès est toujours en cours, contre les laboratoires Servier - était déjà le sujet de La fille de Brest, d'Emmanuelle Bercot. Le scandale a pris de l'ampleur au point de devenir un fait de l'histoire de France, une tragédie avec tous les ingrédients d'un storytelling réussi : un système kafkaïen, des victimes innombrables et une héroïne sacrificielle. Les intentions sont celles de l'émotion comme flambeau - et c'est le point clé de la pièce de Bureau : les vies détruites par le système. Le quotidien atomisé face à la froideur de l'organisation médico-judiciaire. Les émotions contre les intérêts.
Si Bercot s'empare du sujet par la figure de Frachon, Bureau prend le morceau par le bout d'une victime métaphorique, qui les représente toutes. Une femme qui se trouve grosse se voit prescrire du Médiator. 7 ans plus tard, on lui diagnostique une valvulopathie, et on lui pose des valvules mécaniques, et une vie minorée, pour éviter les efforts cardiaques qui pourraient la tuer. En parallèle, Frachon est entrée en guerre contre le Médiator. Notre victime s'en rapproche. Et c'est ensemble qu'elles nous présentent le combat contre l'organisation du médicament qui considère chaque victime comme fraudeuse en puissance, et le laboratoire qui n'hésite pas à humilier : une affaire de morale et de procédure telles qu'on les aime en série télé, sauf qu'il s'agit ici d'un témoignage du réel subjectif.

Alors Mon cœur n'est pas forcément bien mené - la musique trop illustrative, l'hésitation du propos entre la triste vérité et le besoin de moments iconiques, la première partie ("la vie normale de la victime, jusqu'au drame", pour créer l'empathie) trop longue - et le discours s'en trouve parfois affaibli par la forme. Mais dans la reconnaissance des victimes, il touche juste, impose le malaise, et l'on sort écœuré par les longues scènes d'évaluation financière de ce qu'est une vie perdue, bien qu'on aurait voulu un peu plus de dramaturgie. Oui, même ici.

Publié dans Tendance, Théâtre

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