This is where I leave you.

Publié le par Charlie SaintLaz

On ne choisit pas.

Je ne suis pas un, je suis plusieurs. Celui pendu au téléphone à mon bureau, celui qui vibre sur le plateau, celui qui sourit à la table de Langrune, celui qui tremble accroché à tes lèvres, celui qui soutient les siens dans l'orage et les embrasse en temps de paix. Tous à la fois, séparément. Lorsqu'elle est entrée dans la nef de l'Abbaye aux Dames, je me tenais là, en bleu et noir, multiple et unique, songeant au temps qui nous a faits, à tout ce que l'on sait les uns des autres, à tout ce qu'on cèle, malgré l'euphorie de l'instant. Beaucoup d'amour, du ressentiment, du plaisir, des larmes - tout brillait soudain, dans sa gravité éternelle, inscrite dans le temps comme les pierres blanches de l'abbatiale. Que nous dirions-nous si, dans l'instant, venait une conversation ouverte, franche, du passé, du présent, de l'avenir ?

 

Guillaume m'a parlé de Jonathan Tropper. Inspiré par l'état d'esprit du moment - et la quatrième - j'ai pris This is where I leave you, que j'ai dévoré. L'histoire de Judd, dont l'épouse Jen a fait voler leur mariage en éclats en s'envoyant Wade, son patron, Judd dont le père vient de mourir et qui doit passer une semaine à le veiller avec sa mère, sa soeur et ses deux frères. Sept jours de passé qui remonte, de présent qui se questionne, de futur qui se redessine sans certitudes. Des séances de groupe - qui sont autant de moments de thérapie familiale, de peinture de la middle class américaine et du way of thinking médian - aux instants en solo de Judd, la narration suit ces 7 jours heure après heure, omnisciente, et permet la plongée dans la pensée masculine, entre gravité et insconscience, entre besoin de vérité et besoin de dédramatiser. L'écriture de Tropper est truffée d'humour, jeux de mots, réparties cinglantes, cynisme à l'appui, et te colle un sourire dont tu ne te dépars que pour plonger dans l'émotion - quelle qu'elle soit - d'un Judd à coeur ouvert et à tête pleine.

 

Paul, Judd, Wendy, Phillip. Quatre frères et soeurs, quatre profils marqués, quatre histoires communes et séparées. Je repense, avec une tendre nostalgie et assez d'humour pour étouffer les pleurs passés, à notre fratrie, à toi ma soeur, à toi mon frère, et je souris. Les personnages ne nous correspondent pas, mais j'aime le regard qu'il porte sur eux, semblable à celui que je porte sur nous.

“Phillip is the Paul McCartney of our family: better-looking than the rest of us, always facing a different direction in pictures, and occasionally rumored to be dead.”

“Wendy taught me to curse, matched my clothing, brushed my hair before school, and let me sleep in bed with her when bad dreams woke me up. She fell in love often, and with great fanfare, throwing herself into each romance with the focus of an Olympic athlete. Now she's a mother and a wife, who tries to get her screaming baby to sleep through the night, tries to stop her boys from learning curse words, and calls romantic love useless."

Il y a quelque chose de tendre autant que de tragique, dans sa vision de la famille. "Sometimes it's heartbreaking to see your siblings as the people they've become. Maybe that's why we all stay away from each other as a matter of course.”

 

J'aurais voulu que ce roman ne s'arrête jamais.

Publié dans Grands mots, La vie

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