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REASSEMBLAGES
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Avengers : Ultron classique.

Avengers : Ultron classique.

Je ne suis pas un (super) héros.

Qu'est-ce qu'un superhéros ? Un type avec des capacités anormales qui s'investit au nom du bien pour combattre le mal. Le Méchant incarne la menace, le superhéros est le Gentil. De leur affrontement - par la force dans 99% des cas - naissent, en général, de nouveaux terrains de profits pour entreprises BTP et cabinets de psychologues - mais cet aspect de l'histoire est rarement abordé.

Orchestrant la guerre du Bien et du Mal, DC Comics et Marvel se livrent aussi la guerre du film de super héros (au pluriel comme au singulier) la plus barbare qui soit, défiant l'industrie de l'image ET le cerveau du spectateur. Parce que la création visuelle est toujours plus poussée dans l'impressionnant à grand coups d'effets spéciaux, au détriment de la qualité scénaristique et la finesse d'interprétation. Et parce qu'on n'en demande de moins en moins au spectateur, qui ne doit plus ni ressentir ni comprendre de trucs trop compliqués - mec, on n'est pas dans du Woody Allen, hein.

C'est ainsi que - vacances de Pâques obligent - je suis allé voir Avengers : l'ère d'Ultron. Tu pourrais croire que ce serait Avengers 2, la suite du Avengers sorti en 2012 ? Et bien non : c'est la suite de Captain America, le soldat de l'hiver, sorti l'an dernier. C'est qu'ils sont malins, chez Marvel : plutôt que de t'obliger à ne suivre qu'un seul personnage (dans une seule franchise), ils filent le scénario d'un personnage à l'autre, d'une histoire de menace de la planète à l'autre, d'une traitrise humaine qui crée le superhéros humble et courageux à la solie destructrice suivante. Le tout forme un ensemble homogène de manichéisme pas futé mais plein de blagues, de prouesses techniques à base d'effets spéciaux et de "cinéma" érigé en défi à l'épilepsie.

Bim boum badaboum. Et reboum.

L'histoire

Ayant fraîchement récupéré un énième artefact contenant le truc le plus puissant de l'univers, les cerveaux malades (l'un enflé du complexe du sauveur, l'autre affligé de sa propre monstruosité) de la fine équipe aux superpouvoirs injectent ledit truc-le-plus-puissant-de-l'univers dans un ordinateur, qui se connecte sur Internet, et prend le pouvoir avec des intentions pas très très sympa envers... les Avengers. Boulets. Ensuite, fastoche : il faut combattre Internet, à grand coups de poings et de marteau et de flèches et de bouclier boomerang. Les boulets gagnent à la fin.

> Outre le thème à la mode de l'internet menaçant (qu'on avait déjà vu ici et là dans les films inspirés de 1984, plus nettement dans, récemment, Transcendance) qui apporte un peu de nouveauté dans ce qui menace la planète, l'approche reste ultra-classique, propre à chaque personnage : humanité/superhéroïté, individualisme/sacrifice, acceptation/déni, etc. Mais on n'est pas là pour faire dans la psychologie : faut que ça claque. On est donc LOIN d'oser un peu de frivolité dans l'approche, comme on a pu le voir dans Hancock ou les Gardiens de la Galaxie.

La réalisation

Si tu aimes le grand spectacle, tu ne seras pas déçu : ça crépite, ça palpite, ça explose, ça court, ça vole, ça lévite, ça fonce, ça traverse, ça frôle, ça swingue, ça tape... Visuellement, reconnaissons que les effets spéciaux, trucages et montages ambitieux sont remarquables, presque indécelables, ce qui en fait une très belle réalisation. Le montage clipesque des scènes d'action est toutefois si saccadé que l'on ne profite de rien : tous les détails nous échappent. Autant dire qu'on ne prend pas vraiment de leçon de cinéma.

Ce qui n'enlève rien aux quelques trouvailles réussies (la ville volante reste un must, même si sous-exploité scénaristiquement, ou Jarvis, l'hologramme intelligent).

Les interprètes

Visuellement, certains personnages en imposent plus que d'autres - carrure ou ego, mais aussi importance dans les autres films de la franchise : Thor, Captain America, Iron Man. Bloqués dans des personnages "à posture" (pas très futé mais très musclé, ou l'inverse), ils ont une faible ampleur émotionnelle, donc peu de finesse de jeu - et les gros boulets, ça fait rire.

Le film illumine donc en creux Jeremy Renner (Hawk Eye), Mark Ruffalo (Hulk) et, dans une moindre mesure, Scarlett César-d'Honneur Johannson (Black Widow), parce que leurs personnages ont un semblant d'épaisseur. Qu'on ne vienne pas demander pourquoi aucun acteur n'a reçu de prix d'interprétation prestigieux pour un rôle de superhéros...

Alors ?

Avengers : l'ère d'Ultron est un bon gros film de superhéros bien sympa.

Personnellement, le film me prouve que les studios de superheros restent connectés aux questions modernes, sans renouveler le genre en profondeur. Il me rappelle aussi qu'on ne fera donc pas de film intelligent avec des superhéros... même si je ne peux m'empêcher de croire que Gardiens de la Galaxie le ridiculise (j'en avais parlé ici, pour mémoire).