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La vie c'est plus marrant en chantant - La La Land

La vie c'est plus marrant en chantant - La La Land

Succès en Demy-teinte.

Le phénomène est médiatique : à la radio, à la télé, partout, tout le temps, jusque dans ce plan de com' à l'américaine dans les transports qui le vante comme "le meilleur film de l'année" - pour un film sorti un 25 janvier, c'est soit une pâle copie de la campagne américaine, où le film est sorti fin décembre, soit incroyablement présomptueux - La La Land est le film de tous les records, qu'il s'agisse de son nombre de récompenses aux derniers Golden Globes ou de l'étonnant raz-de-marée d'éloges qu'il reçoit.
Avant même d'entrer dans la salle, tout incite à voir La La Land, en dehors du battage médiatique : succès critique, hommage moderne à un genre chéri du cinéma et du cinéphile, la comédie musicale, Damien Chazelle (petit génie auteur de Whiplash) aux commandes, Ryan Gosling et Emma Stone au casting, l'ombre de Jacques Demy planant sur les premières images sorties, et quelques airs entêtants qui parlent d'amour, de joie, de langueur, bref, qui donnent envie de voir le film qu'ils portent.
 

Parce qu'une comédie musicale de qualité doit allier un réalisateur de talent à un compositeur doué, La La Land ne déroge pas à la règle : le tandem Chazelle/Hurwitz, 3e collaboration, 2e réussite (à ma connaissance), est ici en parfaite osmose. Nourris sans doute des mêmes références, les deux compères signent une ambiance langoureuse, solaire et pleine d'American Dream, retro et bobo, poétique ici, triviale là, pour une ambiance californienne un peu hors du réel ("la la land", en anglais), profondément séduisante.
L'hommage à Demy repose sans aucun doute dans une floppée de plans, notamment en extérieurs et quand il s'agit de filmer la danse, mais aussi dans la faculté de chanter même les choses les plus insignifiantes (ce qui amusait grandement Legrand). La La Land nous est donc familier, part indispensable du succès du film.
Après, le cinéma peut n'être vecteur que de beauté, les usages lui intiment tout de même de raconter une histoire. La La Land raconte comment les chemins de Mia, serveuse voulant devenir actrice, et de Sebastian, petit pianiste voulant monter son club de jazz, se croisent et se séparent, dans un Los Angeles rêvé, cité des anges, cité des étoiles, cité des stars... city of stars (mate le double sens). Le scénario n'est pas nouveau, il rappelle un peu, dans sa fin, le Café Society assez moyen de Woody Allen, sur le thème des amours inaccomplies, des vies parallèles, les regrets fantasmatiques.
Et puis, les cabotins Gosling et Stone, dans cette jeunesse belle, ambitieuse, enjouée, blanche, celle à qui toutes les portes sont ouvertes, font des merveilles dans le réalisme simple et coquet, d'une grande précision mais d'une apparente facilité, pour saisir le naturel, le spontané, le romantique. On pourra chercher de nombreuses petites bêtes au duo et au scénario, mais one peut rien reprocher de concret aux acteurs, d'une part, et n'oublions pas, d'autre part, que c'est du "la la land".
Au final, La La Land est un film séduisant, qui souffre de quelques longueurs entre deux scènes sublimes, un joli moment de cinéma, ni un chef d'oeuvre, ni une bouse, et donc objectivement le film à voir si tu veux avoir un sujet de conversation en commun avec ta collègue de la com' à la pause café.

La vie c'est plus marrant en chantant - La La Land