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REASSEMBLAGES
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Jan Martens et l'ineffable.

Jan Martens et l'ineffable.

Omne trium perfectum.
Ca n'arrête jamais. Des impératifs de partout, du bien penser au bien agir, pour un être bien qui étouffe le bien être. L'exigence n'a plus de limites : elle ne construit plus, elle déstructure. Si le monde n'est plus le lieu de la construction mais celui de la représentation, où se construit-on, désormais ? Seul, face à soi-même ? Difficile aujourd'hui de se couper du monde pour s'élaborer. La sur-sollicitation par toutes ces frivolités sous couvert de sociabilité met à rude épreuve notre intellect et notre aptitude à pratiquer le doute cartésien - celui qui nous pousse à ne pas tout prendre pour parole d'évangile, à nous renseigner un peu avant de croire, penser, imaginer et décider - donc d'être. L'affaire de la robe bleue en fut une brillante démonstration - le monde n'avait été aussi divisé depuis la chute de l'URSS. Contre le dogmatisme qui mène aux idées fixes, voire à la régression, le doute n'a jamais été meilleur allié ; rationalisme et empirisme s'érigeant comme les deux mamelles de notre conception du monde, puisque les livres et les hommes ont perdu leur autorité.
L'art contemporain reste un lieu de constuction - donc d'apprentissage. Et loin du populaire divertissement, il questionne, attache l'intellect et le sensible à des questionnements, les contraint par la manière forte (ou douce, si l'on y a pris goût) à penser, décider, exprimer. Donc construire. Et s'il n'apprend pas à rendre cet esprit construit résistant au simplisme, il l'aide sans cesse à avancer, à se renforcer.
Chacun peut prétendre n'y être pour rien, qu'il est d'heureuses coïncidences ou que la destinée est toute tracée, et sourire en voyant que les choses tournent bien. Le chorégraphe belge Jan Martens joue cette carte de l'humilité, du sens qui jaillit par lui-même, comme s'il n'avait voulu porter au plateau que ses questionnements et qu'il laissait le spectateur trouver seul les réponses. En présentant à l'Espace Pierre Cardin (annexe du Théâtre de la Ville) son Rule of three, Martens prétend n'avoir eu envie que de tester sa danse avec trois interprètes. A la sortie de la salle, pourtant, les interprétations étaient aussi innombrables que tous azimuts. Evocation du polyamour ? Incommunicabilité de nos sociétés contemporaines ? Dénonciation de l'inconstance ou éloge de la sensation pure ? Ou tout à la fois ?

#1 Devenir UN homme

#2 L'amour, c'est mieux à DEUX

#3 Ménage à TROIS

Assister à l'une de ces pièces revient à ouvrir tout entier son esprit, son corps sensible, à ce que la scène révèle. Et de se laisser construire par les sensations, les sentiments, les réflexions qui nous viennent. Et sortir de la salle en se sentant plus solide qu'en y entrant. Quitte à être heureux de ne pas pouvoir l'exprimer correctement. Parce qu'il est des choses ineffables.