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REASSEMBLAGES
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Le monstre en nous - Maxence Rey

Le monstre en nous - Maxence Rey

Insiders
S’affranchir du vocabulaire chorégraphique pour explorer l’état de corps et la théâtralité, à l’heure où la non-danse a dégoûté le grand public, il faut oser. Maxence Rey, qui a choisi d’exposer la sensation au détriment de la technique, l’a bien compris : depuis 2010, elle compense ce risque par une écriture très sûre, dans des pièces à la mise en scène épurée et efficace. Nous l’avions quittée auréolée du prix [Re]connaissance en 2013 pour le trio Sous ma peau, elle est revenue en 2016 avec Le moulin des tentations, présenté cet automne dans le festival « Avis de turbulences » du théâtre de l’Etoile du Nord (Paris) fraîchement rénové.

Rey y est partie en quête de monstruosité. La nôtre, naturelle et toujours réprimée, qui s’exprime parfois dans le désir, le plaisir, la rage, la peur – la frontière est si ténue. Inspirée par la peinture Renaissance, où l’excès s’y présente défigurant les visages, et où le mal tord les corps, la chorégraphe a emmené ses danseurs dans l’expression de ces pulsions que l’on contient et qui débordent. Sur scène, les cinq interprètes semblent n’être plus que leurs pulsions, incarnées dans des corps où l’indécente ondulation du bassin révèle l’origine du mal. Ambiance de bruits assourdis, de battement ouatés, de souffles puissants, lumières bleues pour l’étrange, rosies pour une vigueur soudaine : la mise en scène nous laisse croire que nous lisons ces pulsions à travers les corps qui les portent, comme sous rayons X. Et qu’il s’agisse ensuite d’un beat électro pour s’abandonner à la frénésie du geste, ou d’une mélodie langoureuse où le corps est maîtrisé et le visage grimaçant d’émotions, la scène résonne de ces sensations familières – fatigue, colère, surprise ou excitation. Jusqu’à cette chanson de gestes qui nous semble venir du fond des âges, dans une langue inconnue, comme dans ces rituels de village où l’on exorcisait ces pulsions, où l’on se délivrait du mal… Car ce qui prévaut, dans ce Moulin des tentations, c’est bien la vitalité de ce que l’on réprime, et qui s’enlaidit avec le temps.

Il nous tarde de retrouver cette écriture dans Anatomie du Silence, qui seront créés les 26 et 27 novembre au Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine (info/résa), où la chorégraphe est en résidence cette saison.

A (re)voir :
- Sous ma peau – 22 janvier 2018, Le Théâtre, Scène Nationale (Mâcon)
- Sous ma peau – 13 mars 2018, Théâtre Jean-Vilar (Vitry-sur-Seine)