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REASSEMBLAGES
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Piégés - Chris Lang, chouchou de TF1

Piégés - Chris Lang, chouchou de TF1

Nez long ou nez creux ?
Le téléfilm est-il un art mineur ? Non, répondent les chaînes de télévision - le contraire serait étonnant, me direz-vous. Ce qui fut œuvre cinématographique à part entière dans les années 50 et 60, fut rapidement dévoyé quand les chaînes de télé firent du téléfilm le moyen de boucher les trous dans un programme télé : aux heures creuses de l'après-midi, en dernière partie de soirée... Produits en grand nombre, avec moins de moyens - donc moins de talents - et souvent même importés des US où ils pullulent comme la mauvaise herbe, les téléfilms étaient tombés en désuétude, jusqu'à ce que France Télévisions, arte et M6 réalisent, à la suite de Canal+, qu'ils pouvaient produire bien pour plaire plus. Longs à la détente, mais malins.
On se souvient de quelques grands téléfilms, souvent historiques, autours de hauts faits marquants, de Marie Besnard, l'empoisonneuse (2007) qui valut un Emmy Award à Muriel Robin à La Controverse de Valladolid avec Jean-Pierre Marielle, Jean-Louis Trintignant et Jean Carmet (1992), en passant par L'enlèvement de Michel Houellebecq (2014). Reconnaissons tout de même que si nous sommes capables de citer dix films de cinéma qui nous ont marqués, nous avons plus de mal à en faire de même avec les téléfilms.

En cette rentrée, les producteurs Arnaud Figaret (à qui l'on doit aussi Nu, en ce moment), Sarah Aknine (qui produisit Souviens-toi avec Gillain et Bouajila, souvenez-vous) et François Florentiny (qui avait produit une adaptation de Chris Lang avec Odile Vuillemin, vous allez comprendre) se sont lancés dans Piégés, une adaptation de The Reckoning, téléfilm de 2011 signé du Britannique Chris Lang avec Odile Vuillemin (voilà !) et Thierry Neuvic. A leur suite, Capa Drama (Nu, Braquo, Versailles,...), ITV Studios France (The Voice, 4 mariages pour une lune de miel...), Be-Film (Candice Renoir, Munch,...) et les mastodontes TF1 et RTBF. Franco-Belge, donc.

TF1 fait de la boulimie avec l'œuvre de Chris Lang : ils ont déjà adapté Torn (2007) (Entre deux mères, avec Odile Vuillemin, 2017), A mother's son (2012) (Tu es mon fils, avec Anne Marivin, 2017) et Undeniable (2014) (Quand je serai grande, je te tuerai, avec Laëtitia Milot, 2017)... Alors quid de ce Piégés ?

De quoi ça parle ? Elsa Aubry, petite quadra de banlieue parisienne, est convoquée chez un notaire. Un obscur inconnu lui lègue un million d'euros. Fou. Mais avec une condition, révélée par un message audio sur une clé USB, qu'elle seule écoute : elle doit tuer un homme. "Un homme qui mérite de mourir, évidemment". Pas avide pour un sou, Aubry commence par se demander qui, pourquoi... mais quand la leucémie de sa fille revient, et que seul un fort coûteux essai clinique aux US peut la sauver, combat moral et engrenage prennent le pas sur le quotidien. C'est qu'elle comprend qu'elle n'est pas la seule concernée...

Et c'est bien ? Le scénario est top, et même surprenant pour une fiction en français : on est plus habitués aux échanges verbaux qu'aux retournements de situations et actions trépidantes. Les auteurs sollicités pour l'adaptation ont ciselé les situations et les dialogues, la réalisation a peaufiné les lieux et les cadrages, le montage est rythmé, la musique finement placée, et intelligemment composée. Bref, on est loin de l'esprit bas de gamme américain où tout est prévisible - merci Albion pour ton sens du polar.
Quant aux interprètes... On connaît Odile Vuillemin pour Profilage, où elle savait donner à son visage rond et ses grand yeux pâles le vide profond du personnage complexe de Chloé Saint-Laurent, dans une gestuelle hésitante et vibrante - elle est ici à l'opposé, une femme bien connectée dans le réel, à notre image croit-on, avec nos questions et nos réactions - très juste, donc. A ses côtés, un Thierry Neuvic à égalité, même s'il est plus proche de ses rôles habituels de types bourrus et sensibles, porté par son physique de bonhomme. Autour d'eux, une constellation de personnages énigmatiques, aux intentions et histoires qui restent à clés, que le téléfilm éclaire peu à peu, avec brio. L'ambiance est fascinante, et l'étrangeté, totale.

Au délà, c'est aussi la crédibilité d'une version française qu'il faut souligner : Piégés semble ne pouvoir exister que chez nous, tant les situations, les personnalités et le jeu d'acteur nous sont familiers. Ils ne sont pas flegmatiques, mais dubitatifs ; ils ne sont pas courageux, non, ils se cherchent des excuses ; ils ne sont pas aventuriers, mais réfléchis... Loin du héros près à tout pour se battre. De la survie, et des réflexes basiques tels que les nôtres en zone de danger. Et la crédibilité, c'est ce qui fait qu'on s'accroche à l'écran, quand vient l'heure de la publicité...

Donc ? Merci Chris Lang, et bravo TF1 pour avoir eu le nez long... ou le nez creux, l'affaire n'est pas tranchée.

Piégés - Chris Lang, chouchou de TF1