Oui, je sais : ce titre ne te donne pas envie de lire l'article. Pourtant, j'ai mis "hilarante", ça devrait t'hameçonner un peu.
L'écologie se déchaîne autant qu'elle déchaîne les passions. L'urgence, les arguments et contre-arguments, la peur et la mauvaise foi, le blabla politique, la prise de conscience réelle, l'impossible changement. Impossible ?
"Les dirigeants de la planète ont enfin décidé d'adopter la vision du monde des Indiens d'Amazonie. Il est désormais admis que les plantes et les animaux ont une vie intellectuelle et sentimentale similaire à celle des humains. Ils sont, à ce titre, des membres à part entière de la communauté morale." Voilà comment commence Petit traité d'écologie sauvage, roman graphique d'Alessandro Pignocchi. Un petit bijou d'humour, frôlant l'absurde - à nos yeux d'Occidentaux bouffés par le consumérisme, le numérique, le pouvoir sur les hommes au détriment de la nature. Pignocchi joue donc de ce décalage entre les animismes, hyper-respectueux de la nature, et nos dirigeants en costume-cravate, ou nos quotidiens dans nos cuisines toutes équipées.
Au départ, Pignocchi est universitaire, spécialisé en biologie et en sciences cognitives, il est même docteur en philosophie de l'art. Il travaille notamment sur un sujet qui me passionne : la manière dont nous intégrons l'art dans notre quotidien, dont nous projetons dans l'art notre quotidien pour mieux l'appréhender, dont nous cherchons dans l'œuvre les traces de la vie et de l'intention de l'auteur pour mieux les revivre, par procuration. Il en parle en long, en large et pas de travers dans L’œuvre d’art et ses intentions (Odile Jacob, 2012).
Depuis 2016, il passe du côté du dessin, avec son premier roman graphique, Anent, Nouvelles des Indiens Jivaros., assez documentaire, mais à la poésie bien affirmée - celle du décalage dans la tendresse, qui révèle dans la sagesse jivaro quelque chose de naturel et d'évident, qui nous fait sentir absurdement complexes. Réaliser à quel point nous allons à l'encontre de tout bon sens. Puis le Petit traité d'écologie sauvage, en 2017 (éd. Steinkis), dans la même veine.
Du burn out du Premier Ministre qui veut revenir à l'état de nature au Jivaro faisant l'étude zoologique de l'Occidental attablé en terrasse, Pignocchi retourne les jumelles et étudie le changement climatique - i.e. le climat des échanges humains, et de leur rapport à la nature. Pas de vannes à tout prix, pas de jeux de mots dérisoires ou de gags : l'humour de situation naît du décalage, de ces raisonnement improbables dans la tête des personnages. On sourit, on ricane même, et l'on se plaît à imaginer un monde où cela serait effectivement réel.
Chanceux que nous sommes : Petit traité d'écologie sauvage est le premier tome d'une série qui compte également Cosmologie du futur (2019) et Mythopoïèse (2020).
A lire : "Il n'y a pas d'écologie sans lutte collective contre le monde de l'économie.", entretien sur Colibris.
A écouter : le podcast de son entretien fascinant sur son livre, avec Présages.
A dévorer : son blog, Puntish, pépite de traits d'esprits sur l'actu.

