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REASSEMBLAGES
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La nuit du pardon - Yalda, de Massoud Bakhshi

La nuit du pardon - Yalda, de Massoud Bakhshi

Qu'ont en commun l'Iran et Amélie Nothomb ?
La mise en scène de la mort. Rappelez-vous, certains avaient crié au scandale lors de la parution d'Acide sulfurique (2005), roman de Nothomb dans lequel une émission de télé-réalité reprend la méthodologie des camps de concentration, donnant le droit de vie et de mort aux téléspectateurs - le scandale venant de la relative amoralité du roman, qui ne condamne pas distinctement la fiction qu'il rapporte. Nous en sommes là : incapables de penser, de comprendre par nous-mêmes, faut-il tout nous expliquer, tout le temps ? Rhaaa.
Et l'Iran, dans tout ça ? Dans ce pays où sévit encore la peine de mort, existe également le pardon salvateur : si vous êtes condamné·e à mort, seule la personne la plus lésée par votre acte peut vous en sauver. Une émission de télé a même pris le créneau : demander pardon en direct, avec vote du public par SMS pour influencer l'offensé·e. Cynique ? De mauvais goût ? Immoral ?
Rassurons Nothomb : elle n'a rien à voir avec l'abjection totale de l'Iran dans ce domaine. Cette émission est l'objet du film Yalda, de Massoud Bakhshi (2019), sorti sur les écrans français le 07 octobre.

Ce soir-là, on fête Shab-e Yalda, la nuit la plus longue (21 décembre), en Iran. A la télé, l'émission La nuit du pardon s'apprête à recevoir la jeune Maryam, condamnée à mort pour avoir tué son vieux mari, et Mona, la fille aînée du défunt, plus âgée que Maryam, pour gracier la repentante. Du plateau où s'affrontent les deux femmes sous la houlette du présentateur vedette, aux coulisses où se jouent les conditions du spectacle, entre le producteur marionnettiste et les proches perturbateurs, le film nous balade pendant 90 minutes dans l'univers strict et cynique de la télévision. Et si tout était joué d'avance, à mesure que le film avance, l'issue est de moins en moins certaine. Peuvent-ils à ce point jouer avec nos nerfs ?
La peine de mort n'est pas le centre du film, ici. Ce n'est pas un film politique. Ce n'est pas non plus un film d'enquête, où il s'agirait de savoir si la jeune Maryam est bien coupable. On est tout au plus dans un film classique de deuil, d'héritage, et de repentir. Où Mona veut montrer sa magnanimité en remportant tout, où Maryam veut être comprise pour être pardonnée. Et si, sur le papier, les deux objectifs se rejoignent, dans les faits, il en est différemment. La progression du film ne porte pas de narration ambitieuse : les rebondissements ne sont pas spectaculaires, mais bien réels. Bakhshi n'est pas à Hollywood : il ne fait pas l'économie de la profondeur de l'âme, incontournable du cinéma iranien, mais y ajoute une touche de stress à laquelle on n'est pas habitués - celle du suspense télévisuel, de ses paillettes, de sa réalité fabriquée, l'instantanéité du direct. Et nous de suivre la réalisation de cette émission où tout semble prévu pour bien se terminer, en théorie, mais...
Yalda n'est pas un film directement moral. Nul discours sur la peine de mort. Nul discours sur le tribunal populaire. Nul discours sur la validation de tout cela par Dieu, la foi, la piété. Nul discours sur le droit de vie et de mort. Nul discours sur la mort-spectacle télévisuel. Yalda est un film qui permet de savoir quel spectateur on est : un consommateur qui boit sans réfléchir ? Un conscient qui réfléchit ? Un militant qui s'insurge ? A vous de voir.