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REASSEMBLAGES
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La maladie d'amour.

La maladie d'amour.

Au collège, à l'heure des questions, de l'imagination, des essais, on nous parlait de sexualité, on nous parlait du VIH et du SIDA. "Sexualité" rimait avec "toujours protégé". La capote à 1 franc, sans limite d'âge ni question pour l'acheter en pharmacie, les distributeurs partout, dans les gares, les supermarchés. Les reportages sur les malades, sur les militants, sur la recherche, le die in d'Act Up, la capote sur l'obélisque de la Concorde, Lady Di serrant la main d'un séropositif, Clémentine Célarié en embrassant un autre sur la bouche, Jean-Marie Le Pen crachant à la gueule des malades, l'interview ridicule de la pauvre Isabelle Adjani, et plus tard, celle, choc, de Charlotte Valandrey. Le triangle rose, le ruban rouge, les croix noires sur Jean-Luc Lagarce puis Elie Kakou, venant éclairer de nouveau celles de Freddie Mercury, Miles Davis, Demy, Koltès, Mapplethorpe, Le Luron ou Michel Foucault, entre autres. L'Afrique terrassée, l'Eglise insensible, et la culture gay qui ne cessait de renaître pour ne jamais mourir, le militantisme LGBT de toutes les couleurs. Il y avait une tragédie en cours, et à 12 ou 15 ans, on ne rigolait pas avec ça.
Et puis on a parlé de ne plus mourir. Le dictionnaire à ajouté "antirétroviraux". Le JT parlait de trithérapies efficaces. Le web de TasP. De I=I. De PreP. On n'avait pas gagné, mais on avait des armes pour se battre. Est apparu aussi ce sentiment, en écoutant les gens, que ce n'était plus important, moins dangereux. Même chez celles et ceux qui comme moi, au collège, avaient pourtant construit leur sexualité avec ce panorama-là. Comme si on pouvait déconfiner nos bites, nos vagins et nos culs sans se soucier du lendemain.
 
Alors pour ne pas oublier, pour savoir, pour en parler à nos ami·e·s, à nos enfants : https://www.sida-info-service.org/
 
Pour aider, pour militer, pour donner :
- Sidaction : https://www.sidaction.org/
- AIDES : https://www.aides.org/
- Act Up Paris :
https://www.actupparis.org/
La maladie d'amour.

Et parce que nous sommes toujours de petits cœurs sensibles, quelques films et séries superbes pour saisir la puissance et l'impact personnel, social, politique, culturel du VIH et du SIDA :
- Les nuits fauves (C.Collard, 1992) : la maladie promet une fin rapide, douloureuse, en pestiféré. Alors la vie n'en est que plus à dévorer, alors il dévore...
- Philadelphia (J.Demme, 1993) : LE grand film sur l'aspect social et politique de cette maladie qui préféra d'abord rejeter plutôt que d'aider les malades. La colère à l'américaine.
- Angels in America (2003) : 6 épisodes d'une série mêlant réalisme des situation et délire allégorique sublime - une série parfaite, un joyau.
- Les témoins (A.Téchiné, 2007) : l'ignorance, la peur et l'amour, la maladie et la résistance,
une construction scénaristique et cinématographique qui relève du génie, des interprètes stupéfiants de vérité.
- Dallas Buyers Club (J.M.Vallée, 2013) : dans les USA de 1986 et l'urgence de se traiter pour survivre, la bataille d'un homme contre l'Etat et les laboratoires, et comme il sauva des dizaines de ses semblables...
- 120 battements par minute (R.Campillo, 2017) : où l'amour et la lutte ne font qu'un, revenant sur les années fortes d'Act Up Paris, du temps où l'on temporisait face à "la maladie des dégénérés"...

Et un précieux documentaire pour vous rappeler que les 0-25 ans représentent encore plus de 10% des contaminations en France en 2018 : Avoir 18 ans et vivre avec le VIH, sur France Culture.