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REASSEMBLAGES
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Noureev en grande pompe au Capitole.

Noureev en grande pompe au Capitole.

Kader Belarbi, directeur du ballet du Capitole (Toulouse) depuis 2012, dansa au ballet de l'Opéra de Paris (BOP) de 1980 à 2008. Il y connut l'ère Noureev (1983-89) et l'empreinte profonde que le Russe d'origine y laissa : une série de grandes créations, une danse classique renouvelée, une renommée internationale comme jamais le ballet n'en eût auparavant. Si Patrice Bart, Manuel Legris ou Sylvie Guillem sont considérés comme les héritiers directs de Noureev sur les plateaux, nul ne niera qu'il ait marqué profondément tout le corps du ballet - parmi lesquels Belarbi, premier danseur lors du départ du maître, nommé étoile l'année suivante. Aussi comprend-on son envie de rendre hommage au grand monsieur : il concocta Sur les pas de Noureev en 2018 - année des 80 ans du grand Rudolf.

Un hommage en forme de florilège, fait d'extraits de grandes pièces du répertoire de l'Opéra, alignées, reprises et travaillées avec Charles Jude et Monique Loudières, anciens du BOP. Du "Grand pas classique hongrois" extrait de Raymonda (1983) au "Pas de trois du Cygne noir" extrait du Lac des Cygnes (1984) en passant par des morceaux de La belle au bois dormant (1989), de Roméo et Juliette (1984) et de Cendrillon (1986), Sur les pas de Noureev propose une grosse heure de danse classique de haut vol, parfait pour les amateurs de la discipline.

Il faut dire que le ballet du Capitole tient drôlement bien la route : Noureev aimait la haute technicité, la précision, les lignes pures, les ensembles parfaits, et ici, les jeunes interprètes de Toulouse ont parfaitement maîtrisé l'exercice. De ses redoutables battus - bon sang, quels jeux de jambes ! - aux tours de piste sautés en passant par ses somptueux portés - ceux de La belle au bois dormant, notamment - Noureev a soigné ses lignes, donné une place superbe au corps de ballet derrière les solistes (très visible, ici, dans les extraits de Raymonda) et créé de magnifiques partitions pour valoriser les hommes, fait ici bien démontré par la sélection de Belarbi.

Sur les pas de Noureev est un beau spectacle, bien sage. Il mettra des étoiles dans les yeux des amateurs de belle danse, mais laissera sur leur faim celleux qui aiment aussi le propos, l'expressivité et la réappropriation. Car à présenter un florilège, on ne savoure pas la puissance et la beauté des œuvres complètes, forcément. Et les extraits de Raymonda paraissent un peu compassés, et ceux de La belle au bois dormant trop posés : les danseurs peuvent tenter d'exprimer tout ce qu'ils peuvent, ils ont surtout l'air d'incessamment poser pour les photographes. Quant au programme, on admirera l'hommage fait aux années 80, surtout si l'on est soi-même spectateur des années 80. Pas d'habillage des extraits, pas de narration, pas de décor, de mise en scène ou de jeu avec les extraits, et surtout pas de jeu avec les chorégraphies elles-mêmes - on aurait pu rêver qu'elles fussent 3 ou 4 à danser les soli du Lac des Cygnes, à tour de rôle, ou qu'il y ait un jeu de costumes dans le corps du ballet de Raymonda : que nenni, l'école française du ballet est incapable de toucher à ses grandes œuvres - alors même que c'est précisément ce que fit Noureev avec le travail de Petipa. Il essuya d'ailleurs quelques frondes du BOP en son temps, preuve que le pli est bien pris... à l'heure où le hip hop fait son entrée au BOP, on en rirait presque. Du grand Noureev tel qu'on le présenta avec succès sur scène à l'Opéra de Paris dans les années 80, voilà ce qu'est Sur les pas de Noureev. Un superbe petit biscuit de fin d'année, que certains trouveront un peu sec.

A voir :
- Maison de la Danse (Lyon), du 27 jan. au 03 fév. 2021 - réserver
- sur YouTube (durée limitée) : sur ce lien

Noureev en grande pompe au Capitole.

Photos © David Herrero.