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REASSEMBLAGES
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Alice in Borderland, série incomplète.

Alice in Borderland, série incomplète.

Lewis Caroll re-re-re-(...)reloaded ?
S'il n'est pas rare d'invoquer le trope d'Alice au pays des merveilles (Lewis Caroll, 1865) dès lors que l'on dessine un univers parallèle, le croiser avec le principe de Battle Royale (Kinji Fukasaku, 2000) - i.e. "entretuez-vous, il ne doit en rester qu'un" - promettait d'ajouter du piment. C'est le sujet d'Alice in Borderland, manga du Japonais Haro Asō, publié en 18 tomes de 2010 à 2016 (disponibles chez Delcourt dans toute bonne librairie).

A Tokyo, Arisu (nipponisation d'"Alice") est un geek perdu dans ses jeux vidéos, foutu à la porte par son père, aussi retrouve-t-il ses meilleurs amis Karube, un barman un peu frondeur qui drague la copine de son patron, et Chota, vrai gentil rentré dans le rang de la mégalopole japonaise. Sortant des toilettes de la gare où ils se sont planqués de la police pour trouble à l'ordre public, ils trouvent la ville vide, sans courant, sans télécom : ils sont seuls au monde. Du moins le croient-ils : ils sont en fait plongés dans un jeu de survie bien réel, où leurs jours sont comptés à moins d'en rajouter via des visas, obtenus en participant à des jeux mortels et stressants. Bienvenue à Borderland.

Les règles sont claires : pour vivre quelques jours de plus, ils doivent participer à des jeux classés comme des cartes à jouer : physiques (Pique), intellectuels (Carreau), en équipe (Trèfle) ou psychologiques (Cœur), la valeur de la carte révélant le degré de difficulté (de A à 10). Si leur visa expire, ou s'ils renoncent à terminer un jeu, ils sont tués par un laser tombant du ciel. De quoi créer une tension épuisante. A chaque épisode son jeu, avec ses morts brutales et ses apprentissages à la dure. Peu à peu s'élèvent quelques rumeurs qui permettraient de sortir du jeu, dont une, tenace : réunir les 40 cartes du jeu. Et dans ce domaine, l'union fait la force...

Particulièrement prenant dans ses premiers épisodes, grâce à une maîtrise du rythme et une réalisation au cordeau, spectaculaire et dans la droite ligne esthétique des films d'horreur réalistes japonais, la série parvient à créer des personnages et des situations crédibles et identifiés, grâce à de jeunes acteurs endurants et au jeu plutôt fin.
Dans ses pérégrinations, Arisu/Alice rencontre Usagi, une jeune solitaire très entraînée, à qui il se lie, et avec qui il entre à la Plage, un hâvre de paix où une cinquantaine de joueurs se retrouve pour mener le combat du jeu unis - en théorie : dans les faits, la Plage est tenue par le Chapelier, un joueur mégalomane, et est habitée d'éléments étranges, dont Aguni, chef d'un gang armé, Chishiya, mystérieux manipulateur, Niragi, fou furieux violent et agressif, Kuina, baby doll conspiratrice, ou encore Ann, tacticienne impassible. En creusant le passé des personnages par de plus en plus nombreux flashbacks, la série étoffe ses personnages, enrichissant le propos - et portant par moments de grands messages progressistes, comme pour Kuina.

Alice in Borderland, série incomplète.

La série est incomplète en ce qu'elle abandonne une partie de ses propres bases scénaristiques :
- La midinettisation d'Usagi. Initialement présentée comme une combattante aguerrie, elle devient molle et passive à mesure qu'elle rallie Arisu - sans doute parce qu'elle en tombe amoureuse.
- L'abandon du visa. Non pas qu'il disparaisse, non : au fil des épisodes, sa menace vive devient de plus en plus lointaine, et l'on n'en entend plus que ponctuellement parler, sans qu'il soit joué d'une quelconque façon avec cette deadline - au sens propre du terme. Pas de scène tragique où un personnage doit dire adieu à son meilleur ami parce qu'il n'a plus la force de gagner un jeu. Dommage.
- La relativisation du Dix de Cœur. Si l'on sait que le Cœur est une carte à enjeu psychologique et que le Dix est la plus grande difficulté, on s'attend à un épisode à la tension palpable et aux déchirements immenses : que nenni. Tout au plus Aguni est-il pris dans une petite lutte mentale entre son désir de vengeance et le jeu à gagner. Et  c'est tout.
- Une détente malvenue. Si les flashbacks permettent de comprendre les enjeux de chaque personnage, ils réduisent aussi la tension de chaque épisode : le temps n'est peu à peu plus un ennemi tangible, et la terreur de la mort devient un lointain concept qui laisse hélas aux personnages le loisir de tergiverser interminablement sur la situation - pourtant dangereuse - d'un jeu, dans des postures dignes des plus belles expressions faciales d'Amour, gloire et beauté : figées. Rhaaa.

A l'issue de la première saison, livrée en décembre 2020 par Netflix, la suite du jeu reste ouverte avec l'apparition des maîtres du jeu et des têtes (Valets, Dames, Rois)... En avant la saison 2 ?