L'art fait-il réfléchir, quand le divertissement vise à ne pas réfléchir ?
A l'occasion des Jeux Olympiques #Paris2024, tout le monde s'est mis à parler sport. Sur instagram, Trend France évoque le fait que "Nantes accueille les tournois de football masculin et féminin de discofoot." Avec vidéo, sur laquelle on voit des garçons et des filles, en tenue de foot chatoyantes, danser un match de foot, sur de la musique, avec gestes grâcieux et cabrioles endiablées. Sous la vidéo, moult commentaires, dont de nombreux agressifs, homophobes, appelant même Poutine à envahir le pays pour mettre fin à ce genre de monstruosité.
Rappelons les faits : Trend France indique le fait que Nantes accueillera les tournois masculins et féminins de discofoot. Sans plus d'information. Ce qui est une erreur, parce que, sur les réseaux sociaux, personne ne vérifie jamais rien, tout le monde est très premier degré, personne ne réfléchit trop longtemps. Il faut donc être un peu vigilant à ce qu'on dit, aux mots qu'on utilise. Quand on est un peu responsable, en tout cas.
Si Trend France faisait son travail un peu correctement, ils auraient dit : "Nantes accueillera "Discofoot", spectacle du Ballet de Lorraine, qui s'amuse avec les codes du football, du 28 au 30 juillet 2024, au stade de la Beaujoire." Ils auraient repris, en somme, la communication officielle du spectacle, sur le site de l'office de tourisme nantais. Il ne s'agit donc pas d'un tournoi, ni de football, mais d'un spectacle. Crée par Petter Jacobsson et Thomas Caley, chorégraphes du Ballet de Lorraine, en 2016, dans le cadre de la tournée du trophée de l'UEFA, le spectacle n'a cessé de tourner depuis, en France et à l'étranger, amusant et régalant les spectateurs.
Mais Trend France poursuit son travail de désinformation en indiquant, sur sa vidéo "Le sport le plus bizarre que vous n'aurez jamais vu : le disco foot. 2 règles : ne jamais courir, et le seule façon de jouer, c'est de danser." Passons la faute d'orthographe. Je répète : Discofoot n'est pas un sport, mais un spectacle basé sur une improvisation par 24 danseurs, dont la règle est "ne pas courir, juste danser pour mettre le ballon dans le but." La nuance est de taille.
Que récolte Trend France ? Une pluie de commentaires positifs. Parce que la grande majorité des gens ne sont pas débiles profonds et ont compris qu'il ne s'agissait pas d'un sport, mais d'une bonne rigolade sur le dos d'un milieu qui se prend très au sérieux : le football. Les commentaires traduisent principalement une joie devant le sport tourné en dérision avec grâce et féminité. Certains racontent une incompréhension légitime ("Dites-moi que ça existe ? Que c'est bien réel ?"), d'autres l'admiration ("On dirait que mes rêves commencent enfin à se manifester"), d'autres une bonne tranche d'ironie ("C'est pas ce qu'a toujours fait Neymar ?"), voire du militantisme ("Remplacez les mâles alpha par des oméga3 #legrandsoulagement"). Globalement, on se marre bien.
Trend récolte aussi les fruits de son irresponsabilité : croyant voir un vrai sport avec un vrai enjeu, au milieu de la communication sur les Jeux Olympiques, ou sentant la virilité attaquée par un féminité (que c'est fragile, le conservatisme...), un petit florilège de tas de neige, hommes et femmes, ne s'arrête pas à son incompréhension légitime,k bien que dépitée ("C quoi ce sport de golmon") mais exprime aussi et surtout son mépris naturel ("C'est n'importe quoi. C'est juste pour habituer les gens l'idée d'accepter et valider tout et n'importe quoi sous prétexte qu'il faut être inclusif. Je suis pour la liberté de tous, mais là c'est ce foutre de la gueule du monde."), appelle à la violence ("Pq personne leur tire dessus ?" ou même "On en peut plus stp Vladimir appuie sur le bouton et lance tes missiles") ou libère carrément son homophobie.
Il a donc fallu commenter ladite vidéo pour expliquer qu'il s'agit d'un spectacle, rappeler l'auteur et le principe. Deux ou trois l'ont fait. Devant l'art comme devant le divertissement, un peu d'autodiscipline, bon sang, qu'on soit Trend France ou commentateur lambda.
Fait rassurant : 18 000 likes en trois semaines, des centaines de commentaires joyeux et positifs, contre quelques dizaines agressifs et haineux. Love wins, bitches.