A vous de jouer.
Cette année, on a vu 20 spectacles. On est devenus un peu meilleurs pour débusquer de bonnes pièces, parce qu'on a vu peu de ratages (mais il y en a eu, et de vrais). Petite sélection de pièces à chercher dans vos théâtres... ou à rechercher l'année prochaine en Avignon. Je vous épargne celles qui ont déjà été saluées par la critique (ou des Molières), même si elles ne déméritent pas - comme Le Montespan, mis en scène par Salomé Villiers.
# Un bon job, de Stéphane Robelin
Johanna est une femme très occupée - grosse carrière, couple, enfants. Pour soulager sa charge mentale, elle a décidé de s'offrir les services d'un homme à penser. Pour penser à sa place. Le voilà donc à devoir apprendre ses souvenirs, ses envies, ses idées, ses sentiments, ses stratégies, ses façons de faire. Et à répondre au téléphone, à parler avec son mari de leur sexualité, avec sa fille d'idéaux politiques, avec son fils des relations humaines... Une idée brillante, un texte aussi drôle que grinçant, qui interroge sur notre monde, prêt à tout monnayer, au nom de l'efficacité. Extra.
# Balles perdues, de Léo Gardy
Une bande d'amis se retrouvent dans la maison dont ils sont propriétaires, après un an sans s'être adressé la parole. Ils revendent la maison, il faut donc la vider. Au sol, ils retrouvent un de leurs jeux : un grand carré délimité au scotch. Celui qui y entre doit raconter un bon souvenir. Un par un, ils y entrent pour se rappeler un bon souvenir... mais se dessine, peu à peu, les circonstances de leur dispute. Le texte est sobre et précis, la scénario est malin, le jeu est précis et rythmé, la mise en scène épurée et jouissive.
Peu de chances de voir ce bijou, hélas, pas d'extrait ou de bande-annonce, plus rien, mais il faut suivre cette petite bande très prometteuse, et surtout ce Léo Gardy.
# Caligula / Pour un oui pour un non, par la Cie des Perspectives
Deux pièces d'une même compagnie... particulièrement prolifique : cette année, ils jouent pas moins de 5 pièces dans le off, dont plusieurs au petit théâtre du Cabestan. Nous nous y sommes régalés de leur version franche et directe, dépouillée, de Pour un oui pour un non, de Nathalie Sarraute, qui détaille par le menu ce dont les amitiés sont faites. Vérités, hypocrisie, fidélité, défiance, challenge, amour et puissance, tout y est : jouissif et amusant. Nous avons aussi adoré leur Caligula, d'Albert Camus, au Théâtre du Petit Louvre. Dans un maelstrom fiévreux, la bande voit monter et agir l'empereur, dans une mise en scène contemporaine, austère et épaisse, qui a fait trembler les murs et saisi les spectateurs. Impressionnant !
La Compagnie des Perspectives est à retrouver ici : insta / Facebook
Et le superbe teaser de Caligula est ici !
# Rentrée 42, de Pierre-Olivier Scotto et Xavier Lemaire
On ne raconte jamais aussi bien la violence de la guerre qu'en soulignant l'absence des disparus, tombés au combat ou perdus dans les exactions des monstres. A Paris, en septembre 1942, beaucoup d'enfants manquent à l'appel le jour de la rentrée. Et pour cause, la rafle du Vel d'Hiv' a eu lieu. Dans cette école de filles du 11e arrondissement de Paris, le constat est brutal et douloureux. Les quatre institutrices et leur homme à tout faire évoquent la réalité, depuis différents points de vue (âge, origine sociale, histoire...). Brillant.
# Frère(s), de Clément Marchand
Qui eût cru qu'on se passionnerait pour l'histoire de deux mecs parlant cuisine et football ? Ne vous méprenez pas : il s'agit d'amitié. Emile et Maxime ont 15 ans lorsqu'il se rencontrent dans leur CAP cuisine. Une passion, une contrainte ? Les deux, très différents, se rapprochent pourtant, s'apprennent, se comprennent, s'accompagnent. Le rythme est enlevé, le jeu éclatant, la mise en scène exceptionnelle : le public ne s'y est p as trompé et lui a fait un triomphe. Cette histoire de deux mecs qui traversent le temps, s'écornent dans le tumulte de la vie et profitent de leurs chances tient en haleine. Très très fort.
La tournée ici : site de la compagnie.