Et rebelote.
Chaleur écrasante. Glaces italiennes. Eventails colorés. Nuits de fête. Garçons en short. Marques de bronzage. Citronnelle et lavande. Des affiches partout, masquant les magasins fermés du centre-ville, l'air de rien. Et au milieu, comme espéré, la magie opère ici et là.
Une vie sur mesure, cie Scènes Plurielles
Must see absolu. On a croisé des gens dans la rue tellement exaltés qu'on leur a demandé quelle pièce ils avaient vue : Une vie sur mesure, de Cédric Chapuis. Un gamin pas très brillant, mais habité par le rythme, nous raconte son histoire : la batterie, c'est tout ce qu'il comprend, tout ce qui l'anime. Le monde, autour, est rigide, abrupt. Une mère peu compréhensive, un beau-père brutal, un village pas très porté sur la musique ou la compréhension de la différence. C'est drôle, touchant, et extraordinairement interprété. On est, à notre retour, sortis exaltés...
Alter ego(s), cie Scènes Plurielles
Devant le théâtre où on a vu Une vie sur mesure, on a repéré que la compagnie jouait aussi Alter ego(s). On a pris des places. On a chaviré de nouveau. Alter ego(s), c'est l'histoire de Stanley, 15 ans, qui se réveille en prison, en ayant tout oublié de ce qui l'a conduit là. Le médecin de la prison qui l'auditionne hallucine : 15 ans ? Impossible. Elle comprend avoir affaire à un homme aux personnalités multiples. Un gamin coincé dans la mémoire d'un adulte. Un adulte renfrogné et violent. Un bon gars perdu dans l'enfer de sa tête. Combien sont-ils ? Surtout, Stanley veut comprendre, s'expliquer : qui a commis le crime dont on l'accuse ? Renversant, brillamment écrit, sublimement interprété.
Nicolas s'affirme, Nicolas Guillemot
Ils sont légion, les humoristes, et lui n'était pas le plus mis en lumière, et pourtant. Choisi au physique ? Sans doute un peu, mais les quelques images vues de Nicolas Guillemot nous ont donné envie d'en voir plus. Nous étions quelques happy few dans la salle, mais on a rigolé comme des baleines, entre compassion, empathie totale et réactions nocturnes à ses blagues désopilantes. Une vraie personnalité, un texte fin et subtil, le garçon fait un stand up qui se démarque dans la délicatesse... et c'est rafraîchissant, dans un environnement d'humoristes qui choisissent l'éclat et le wahou. Un Paul Mirabel avec un meilleur débit et une meilleure présence sur scène. Moi, je valide à 200%.
Que faire des cons ?, Sandra Colombo
Deux ans qu'on voyait ce titre hautement inspirant, on a fini par craquer. Au vu de la situation actuelle, on avait besoin de réponses pour savoir que faire des cons. Sandra Colombo a tenu son pari : elle disserte sur les cons, sur tous les cons (wink wink), sur comment on est con sans le vouloir, et sur tout ce qui va autour, notamment en termes de développement personnel : ça parle de tout ce qui rend con. Avec un verbe maîtrisé et un jeu de scène propre et énergique, elle te captive et ne te lâche pas, t'emmenant dans le monde réel et dans sa folie, mais aussi là où ils se percutent. C'est fort, c'est (très) drôle. Le message qu'elle délivre est important et magistralement orchestré. A mettre devant tous les yeux, et surtout,; près de toutes les oreilles.
Le mensonge, de Catherine Dreyfus (cie Act2)
De la danse, enfin ! On suit Catherine Dreyfus depuis longtemps, son écriture gestuelle sobre, mais précise, narrative, mais technique, intelligente, mais belle... Pourquoi "mais" ? Tout peut en effet aller ensemble : elle le prouve à chaque fois. Le mensonge est une chorégraphie lumineuse, ludique, pour les adultes comme les enfants, où une enfant, par jeu, crée un petiot mensonge. Celui-ci grossit, se démultiplie, est partout, silencieux, mais bien là. Le décor se transforme au gré de l'histoire, comme un livre pop up, apparaît et disparaît, une cuisine, une chambre, un salon... Les trois interprètes cisèlent leurs personnages, c'est beau, très beau, et d'une grande pédagogie, même pour nous, adultes, qui sourions en silence, en nous rappelant nos petits mensonges et nos grandes trahisons... Un vrai bijou.
Dolores, de Yann Guillon et Stéphane Laporte
Ce que la guerre fait aux liens qui nous unissent est sans commune mesure. Une source inaltérable de tragédies que la beauté furieuse de l'âme humaine rend sublimes, profondes, intenses, formidables. "Sylvin Rubinstein, qui n’attendait de la vie que de danser le flamenco avec sa sœur jumelle Maria, entre dans la résistance contre les nazis. (...) Hanté par la disparition de sa sœur aux mains des nazis, il prend son apparence, et c’est en tenue de Dolores, le nom de scène de Maria, qu’il accomplit un acte d’une violence inouïe…" Tout y est : la période terrible du nazisme, la danse, l'amour, la famille, l'art, l'humanité, le courage, la peur... François Feroleto et Olivier Sitruk y brillent merveilleusement, dans des décors somptueux, des costumes magnifiques, et une histoire construite avec talent, qui mérite largement le bouche à oreille fou dont la pièce a fait l'objet.