Désirs bourgeois.
A la maison, on regardait le football, la F1, le tennis, le patinage. Je préférais le tennis. Dans le salon, lové dans le canapé, admirer les échanges, comment les joueuses et joueurs se replacent, comment iels placent leurs balles ou parviennent à les renvoyer, la tactique, la technique. Et de temps en temps, les gros plans sur les visages, écrasés par le soleil ou essuyant la transpiration, dans un instant suspendu, furtif.
Quand soudain, Arnaud Clément. La caméra le long de ses jambes. Son profil. Ses yeux. Voilà un intérêt inattendu, au-delà de son jeu. Le regarder sourire en interview. Sur le terrain, vouloir encore plus sa victoire, admirer davantage son style, laisser traîner mon regard sur autre chose que les lignes, la terre battue, la balle, la raquette. Le slignes, la terre battue, sa cuisse, son épaule. Il fait chaud, en mai.
Les saisons passent. On n'oublie pas les joueurs qui nous allument. Robin Söderling, le magnifique, qui fit tomber Nadal. Julien Benneteau, avec ses airs de garçon de bonne famille et son sourire incandescent. Les fesses de Novak Djokovic contre le jeu de Roger Federer. Le désir retombe, se maîtrise ? Pas de cible nette, pas de rêverie, de sueur, de terre orange au fond des fantasmes.
Quand soudain, Stanislas Wawrinka. L'aura de mec sympa. Le visage rond, doux, au sourire ravageur, comme dans les magazines. La carrure épaisse, le geste vif, le tennis subtil... Il est devenu instantanément un membre installé du panthéon de mes désirs. Le bougre pose nu pour la body issue d'ESPN en 2015 : il s'est gravé dans ma peau. Les lignes, la terre battue, les cuisses, ses fesses... Bon sang, on en perdrait le sens du tennis - qu'il a sublime aussi, souple, racé, maîtrisant la puissance par la technique. Ah, Stan...
Qui pour prendre sa place, depuis ? Quelques angelots se sont démarqués sans lui ravir sa place. Le désir pour l'athlète a suivi ses évolutions physiques sans faiblir - contrairement à son tennis. Lucas Pouille a été passionnant à regarder, tant pour son jeu que pour son minois. Carlos Alacaraz est trop beau pour être vrai, c'est trop facile. Lorenzo Musetti fait une belle apparition dans le paysage... Mais je n'ai pas encore pu juger pleinement de leur jeu, donc ça ne compte pas.
En revanche, aux Jeux paralympiques de Paris 2024, il y eût... Alfie Hewett. En double avec son compatriote anglais Gordon Reid, Hewett a non seulement illumién le court de Roland-Garros de son tennis propre, fort, rapide, technique, avec humour, mais surtout avec un sex appeal qui m'a amidonné à mon siège.
A quoi bon désirer les tennismen ? C'est un tropisme comme un autre... mais je réalise, avec le temps, que le maniement de la raquette et des balles y est certainement pour quelque chose : j'aime le sport, j'admire les athlètes. Adrénaline et libido en harmonie.