Dix de der.
Où sont passés les gens ? En ce week-end du 14 juillet, les rues d'Avignon sont pleines, mais nous n'avons pas du tout ce sentiment de foule pressée et pressante, de ruche, de fourmillière. Pourtant, les salles sont pleines... mais pas partout. Une première : pas un seul raté, dans la sélection 2025. Voici le top 5.
Heureux les orphelins, de Sébastien Bizeau
Le coup de coeur des coups de coeur. Electre appelle Oreste, son frère : leur mère est dans le coma, il faut prendre une décision. Euripide ? Giraudoux ? Pas loin : on est en 2025, Oreste est conseiller com' du Ministre, Electre rumine la mort de son père. La disparition de Clytemnestre est l'évènement tragique qu'il fallait pour réveiller le passé, les émotions, le dialogue. Et ils en ont, des choses à se dire, à se reprocher, à s'annoncer, ces trois-là. La pièce de Sébastien Bizeau est extraordinaire, passionnante, furieuse. Les acteurs sont doués, sincères, forts - une quinzaine de personnages, cinq comédiens. Et la mise en scène virevolte, passant d'une scène à l'autre par un mot commun (mais dans un sens différent - brillant !), scotchant les spectateurs. On est conquis !
Mérou, de Lou Trotignon
Pour beaucoup, on ne le présente plus. Enfin, "le"... c'est que iel est non-binaire. Vous êtes confus ? C'est son sujet : la transidentité, la transition en elle-même. Lou parle de tout ça avec finesse, mais surtout un humour désopilant, qui fait mouche à chaque bout de phrase, avec un rythme maîtrisé très efficace. C'est queer, c'est fierce, c'est intelligent. Pleurs de rires, ni plus ni moins.
Le secret des ombres, de Grégory Bellanger
A la mort de son père, Christian retrouve des photos de son paternel entouré de grandes figures de la Résistance. Résistant, son père ? Il n'en a jamais rien dit. Christian lance son enquête, entre archives mémorielles et traces historiques, pour dénouer le vrai du faux, et surtout remplir les blancs dans la vie de son père. Cinq comédiens, une dizaine de personnages, et une mise en scène savante, toute en cartons d'archives (tellement intelligent !) portent cette pièce palpitante et enjouée. Emotions garanties !
Ceux qui restent, de Camille Prioul
Nouvelle pièce dans le sillage de l'actualité : Ceux qui restent, c'est l'histoire d'Etienne, qui accompagne sa mère, atteinte d'une maladie incurable, pour son suicide assisté, au même moment où il rencontre Juliette, dont il tombe amoureux. Chaque partie de l'histoire donne toute sa lumière, par contraste, à l'autre partie - évitant de tomber dans le pur pathos ou le pur gnangnan. Les dialogues sont simples, mais lumineux. Les personnages sont cadrés, sans trop de stéréotypes. Le jeu est sobre, mais d'une grande justesse. La tendresse d'accompagner sa mère dans la mort, et la rudesse des amours naissants... Une pièce renversante, extra.
Mercutio, de Kevin Olivier Salles
Raconter Roméo et Juliette du point de vue de Mercutio, celui qui n'est ni Montaigu, ni Capulet ? Quelle bonne idée. Ce Mercutio est un électron libre, un jouisseur, un peu frustré. A côté de son Roméo coeur d'artichaut, il essaie, lui aussi, de trouver la voie de son bonheur. Il se pâme, tiraillé entre son désir ascendant et les abysses où noyer son désespoir. Interprété par un Lucas Berger à la plastique surnaturelle de perfection, Mercutio porte cette pièce furieuse, fiévreuse, véritable cabaret trash, glam rock, frère cadet du Rocky Horror Picture Show, queer à souhait, qui réjouit autant qu'il déroute par instant. On a-dore.