Record de chiale
Andy et Gabe s'aiment. Andy voudrait adopter un enfant. Gabe est plus partagé. Non qu'il ne veuille pas, mais il craint tout ce que cela implique. Un enfant, c'est aimer et (espérer) être aimé. Et si l'adoption était un frein à l'amour ? Et si on leur refusait ? Et si l'amour ne venait pas ? On ne peut pas reculer - un enfant n'est pas un meuble dont on peut se débarrasser. Gabe rejette l'hétéronormativité - le couple, l'enfant, le pavillon, le chien : n'est-ce pas aussi embrasser le modèle qui l'a persécuté, lui et la communauté LGBT, depuis toujours ? Un enfant, c'est du temps, des responsabilités : des contraintes qui l'obligeront à renoncer à une partie de ce qu'il a construit. Dont la scène drag et queer. Il serait moins impliqué, moins militant, moins authentique. Un enfant, c'est une famille : le père de Gabe n'a pas été un modèle très affectueux, très présent, très soutenant. Quel grand-père sera-t-il ? Et tout cela, il faudra l'assumer devant les services sociaux, qui étrillent le passé des adoptants... or Gabe a eu un passé difficile... Et lorsqu'ils rencontrent le petit Jake, les destinées se croisent encore davantage, dans ce qu'elles ont d'intense, de merveilleux, d'inattendu.
Tout est rose (et pailleté) ? Non. Le scénario comme l'esthétique sont bien ancrés dans le réel - anglais, qui plus est. Gabe, Andy et Jake, et les solides figures, variées (services sociaux, famille, amis, communauté, collègues), qui gravitent autour de ce trio rendent la série passionnante, questionnant le "faire famille" qui peut paraître si simple à d'autres. L'adoption n'est pas qu'un processus administratif, c'est avant tout un processus humain loin d'être anodin. Et Lost boys and fairies, créé par Daf James et réalisé par James Kent, est d'une grande intelligence, d'une immense beauté et d'une profonde humanité.
Une série bonne pour les LGBT ?
Evidemment, avec ses personnages principaux gay, la série semble inévitablement tournée pour les gay et personne d'autre. Grave erreur, toutes les minorités l'ont bien prouvé : il est très naturel de s'identifier à un personnage qui ne nous ressemble pas dans son incarnation (âge, genre, couleur, origine, catégorie sociale, professionnelle, etc.) puisque l'on s'identifie à sa situation, à ce qu'il traverse, à ses émotions. Donc NON, Lost boys and fairies n'est pas juste pour les LGBT, elle est pour toustes celleux qui ont un coeur, une âme et une histoire suffisamment ouverts pour comprendre, écouter et ressentir. Pas de barrières, que de la vérité. D'autant que le scénario a particulièrement ciselé l'équilibre des scènes, de ce qu'elles racontent, pour être au plus juste sur son sujet : un morceau de vie dans un monde complexe. Rien de plus, ni propagande ni minimisation. A la limite, on pourrait en conclure que les LGBT ont finalement la même vie que tout le monde, si on n'en était pas déjà persuadé.
Du choix des acteurs (Sion Young, Fra Fee et le petit Daniel Harris en tête) au choix des plans, séquences, mouvements, jusqu'au montage, discret, mais efficace, et des musiques, tout est réussi. Techniquement, les aficionados de cinéma indé, de cinéma social, de cinéma romantique, de cinéma queer s'y retrouveront. Par ses qualités déjà citées (intelligence, beauté, humanité), la série est finalement bonne pour toustes. Merci arte.