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REASSEMBLAGES
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Moi aussi je fais Cannes #2

Moi aussi je fais Cannes #2

Terrence Malick - Tree of Life

 


 

On ne va pas se mentir : Tree of Life est un vrai film d’auteur. Même pas la peine d’espérer y trouver un peu de trucs sympas à partager avec tes collègues de bureau demeurés le lendemain : sauf à parler de la scène des dinos digne de Jurassik Park, tu auras du mal à faire de l’heure et quart de film purement esthétique une raison justifiant un passage en salles obscures …

Parce qu’en fait, Tree of life s’inscrit dans la lignée du Goût de la cerise, d’Oncle Boonmee, de tous ces films primés à Cannes où le réalisateur capte le vide, cherche à lui donner une beauté formelle, imprime au néant narratif une dimension « do it yourself » (ou plutôt « think about it yourself ») : il ne dit rien, ou le suggère seulement (ici, les rapports familiaux faits de petites actions et de grandes décisions, le tout mis en abîme par le retour aux origines du monde, sans début, sans fin, sans sens réel, avec des flashbacks et des flashforwards … incongru, donc insaisissable pour le grand public, mais passons), et c’est à toi de te laisser bercer par la splendeur indéniable des images pour faire ton chemin vers l’absolu. Parce qu’il est visiblement question de ça : de quête de l’absolu, de dépassement de notre existence faite de petits drames et de grandes destinées au profit d’un sens de l’Histoire, il s’agit d’une inscription de ce que nous sommes, nous sortis de la terre et baignés de soleil, dans l’univers qui nous a portés, miettes de vie, jusqu’ici. Ce film est une réflexion tellurique, philosophique, éthérée, et c’est sans doute ce qui a poussé le jury cannois à s’enivrer avec ce film qui ressemble davantage à une thèse de cinéma où manqueraient les commentaires en voix off qu’à un futur succès public (déjà que le succès critique est très mitigé …).

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Tree of Life est un Terrence Malick, un vrai. Un film long, avec peu de dialogues, avec une recherche esthétique poussée…  Mais ne nous voilons pas la face : Malick a été récompensé parce que c’est un réalisateur rare, un réalisateur de l’exception, un réalisateur de l’exploration cinématographique. En rien un génie.

Alors tu vas me dire « et Brad Pitt ? et Sean Penn ? et Jessica Chastain ? » Le premier campe un père de famille bien peigné mais mal léché : un pater familias à l’américaine comme on en faisait dans les années 60, un type assez antipathique, parce que très daté. Bien ? Pas mal, oui. Le second, c’est son fils, mais 40 ans plus tard : pas de dialogues, juste un visage exprimant les regrets et la colère. Et ? Ben une fois qu'on a vu Mystic River, on s'attend à mieux, de la part de Penn. La troisième, en mère de famille qui n'est qu'amour et jamais, ô grand jamais, quoi que ce soit d'autre (à part un peu de colère, là, et puis pouf, c'est fini), a un éventail de jeu digne d'une pub pour parfum. Alors ? Alors bon, Pitt a un minimum de jeu, mais au fond, ce n’est pas ça qui compte. Le thème de l’opposition père-fils dépasse de loin l’interprétation par un Pitt assez banal. Le fils (incarné, jeune, par Hunter McCracken) relève, par contre, des sensibilités les plus belles (parce que non policées, encore, par l’éducation). Mais si tu veux mon avis, vraiment, ne vas pas voir Tree of Life pour la maestria de l’interprétation : vas-y pour la beauté de l’image.

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The Tree of Life

2011 - 138 min.

 

Un film de Terrence Malick

 

Avec Brad Pitt, Jessica Chastain, Hunter McCracken, Laramie Eppler, Tye Sheridan, Sean Penn, ...