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1 articles avec irrational man

L'envie d'avoir envie / The irrational man

Publié le par Charles SaintLaz

Grmbl.

"Violence, réponse à la frustration", entend-on deci-delà pour expliquer la barbarie. Qu'elle découle de l'impuissance à se révéler ou du sentiment de tromperie sur les lendemains qui devaient chanter, dans une société qui définit le succès par la résistance à la pression et par l'accomplissement symbolique (sexe, argent, affranchissement des lois), on n'est pas sortis de l'auberge.

Dès lors, faute d'épanouissement, certains choisissent la guerre ouverte, d'autres la passivité renfrognée, les deux ayant en vérité les mêmes choix de posture : la soumission, la révolution ou la contre-proposition.

Personnellement en colère contre le confort intellectuel, l'indifférence émotionnelle et le culte double du profit et de l'image - combinaison desquels donne, entre autres, la société du divertissement, le populisme, l'apauvrissement de la diversité, le cynisme ou le renoncement - je cultive l'hypothèse d'un autre monde où la Terre s à coups de fictions qui superposent une vision de la grandeur à la finitude de nos horizons et aux cordes à nos poignets. C'est-à-dire "le monde pourrait etre si beau, mais je suis accablé par sa laideur."

Cette posture, dite du nuage de pluie au-dessus de la tête, je l'ai retrouvée chez Abe Lucas, professeur de philosophie du dernier film de Woody Allen, Irrational Man (L'homme irrationel). Voyons plutôt.

L'histoire ? Abe Lucas est un professeur de philo soumis à la puissance de la raison. Souhaitant partager ça avec le monde, il est contraint de se résoudre à la médiocrité de ses congénères, et ça, ça le dé-prime. Un jour qu'il est dans un café, il entend parler d'un type au comportement monstrueux. Quelques jours plus tard, le type est retrouvé mort. Et Abe semble, lui, revivre...

# Utopisme et réalité
Ce Abe est donc chafouin que, devant l'immensité de la connaissance, son envie de l'explorer et ses capacités sublimes de réflexion et de compréhension soient réduites à de l'enseignement à des gamins volontaires mais pas au niveau, et soumises au quotidien de collègues plus motivés par le confort de l'American Way of Life que par l'expérience intellectuelle quelle qu'elle soit. De là, il semble le seul à pouvoir s'apporter sa propre nourriture spirituelle... et cet isolement l'atteint. C'est ici que l'acte symbolique prend tout son sens : en faisant entrer des concepts philosophiques dans son quotidien, il se retrouve baignant dans le ciel des idées, et questionnant, au travers de ses actes, la morale, la philosophie, la politique : le bien, le mal, la mort, le suprême, la justice, le temps, la vérité, la relativité,... Brièvement, cela dit. N'empêche : il flirte enfin avec le grandiose.

# La métaphore
Ou s'agit-il d'une intrigue menée en parallèle ? C'est celle du triangle amoureux. Parce qu'on est chez Woody Allen, quand même. Hésiter entre l'absolu et le relativisé, c'est comme hésiter entre la passion et la raison, le défi et le confort, l'amour et le passe-temps. Et ils sont nombreux, dans L'homme irrationnel : Abe hésitant entre la pure Jill et l'enivrante Rita, Jill hésitant entre le ténébreux Abe et le propret Roy, Rita hésitant entre partir avec Abe et rester avec l'alcool... Le dilemme est sans doute ce qui fait l'homme, et quand il est amoureux, il est plus savoureux. Une façon de remettre un peu de légèreté dans un film qui serait sinon bien sombre.

# Alors ?
Reconnaissons qu'on est loin des mièvres derniers Woody Allen, mais qu'on est encore loin de l'éclat d'un Match Point (qui commence à être loin : 2005). Si Emma Stone mène la danse (des sept voiles) qui sert de fil rouge au film, le personnage le plus captivant reste celui de Joaquin Phoenix, qui livre ici une performance habitée et efficace. Suffisamment pour rendre le film séduisant et sympathique.

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