11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 17:24

Au vu de mon année cinématographique 2013, parler de ciné est délicat. La saison des Golden Globes, des Césars, des Oscars est passée... J'ai pâli : je n'ai pas vu le tiers des films en compétition. Comment jauger des performances ? Comment parler du travail d'image ? Comment réagir au scénario ? Dur.

Du moins, dur... si j'étais vraiment scrupuleux. Or bon, je préfère jouer le jeu du jugement subjectif, comme tout bon commentateur, sans suivre les pronostics, juste pour mettre en valeur ce qui m'a moi, bien plu au cinoche cette année.

Reprenant les catégories de l'année dernière - et crois-moi, c'est pas fastoche, parce que les films sont différents, et les prestations avec - et reprenant la liste des films vus en 2013, voici ce que ça donne :

 

Lazars des meilleurs interprètes dans des rôles impressionnants de maîtrise :

Jamie Foxx dans Django Unchained

Anne Hathaway dans Les Misérables

 

Lazars des meilleurs interprètes dans des rôles touchants de sensibilité :

Gael Garcia Bernal dans No

Naomi Watts et Robin Wright dans Perfect Mothers

 

Lazars des meilleures nouvelles têtes dans mon univers cinéma :

Logan Lerman dans Le monde de Charlie

Sofia Oria dans Blancanieves

 

Lazars des meilleures anciennes têtes que je n'avais pas vues bien jouer depuis longtemps :

Daniel Brühl dans Rush

Julie Delpy dans Before Midnight

 

Lazars des meilleurs interprètes dans des rôles qui m'ont gâché mon plaisir :

Brontez Purnell dans I want your love

Rachel McAdams dans Passion

 

Lazar du meilleur film que l'histoire elle m'a scotché :

Perfect Mothers, d'Anne Fontaine

 

Lazar du meilleur film qui est surtout très beau à regarder :

Only God Forgives, de Nicholas Winding Refn

 

Lazar du meilleur film que c'était une bonne surprise :

Le monde de Charlie, de Stephen Chbosky

 

Lazar du meilleur film que c'était une mauvaise surprise :

American Nightmare, de James DeMonaco

 

Lazar du meilleur réalisateur parce que ce film me confirme que je l'aime beaucoup :

Ashgar Fahradi, avec Le Passé

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11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 12:36

Parce qu'on est pas que des décérébrés devant notre télé, même sans appliquer la Critique de faculté de juger, on peut se dire qu'on se fout de notre tête, parfois.

Exemple avec Rehab (2007), par Rihanna feat. Justin Timberlake.

 

# Les paroles :

Baby, baby, when we first met, I never felt something so strong : You were like my lover and my best friend, all wrapped into one, with a ribbon on it. And all of a sudden, when you left, I didn't know how to follow, it's like a shot that spun me around and now my heart dead... I feel so empty and hollow.

> Bon, elle s'est faite larguer, on ne sait pas pourquoi, mais elle est toute penaude. #boring mais rigolo (en rose)(c'est pas rigolo, les rubans ?)

And I'll never give myself to another, the way I gave it to you. Don't even recognize the ways you hurt me, do you? It's gonna take a miracle to bring me back and you're the one to blame.

> En gros, tout est de sa faute, à ce pauvre type. Et elle fait sa dramaqueen (parties en bleu).

And now I feel like, oh, you're the reason why I'm thinking. I don't wanna smoke all these cigarettes no more. I guess this is what I get for wishful thinking. I should've never let you into my door. Next time you wanna go on and leave, I should just let you go on and do it. Now I'm using like I bleed.

> Des regrets, des regrets. Le fameux truc inutile du "la prochaine fois, je..." alors qu'on sait très bien qu'il n'y aura pas de prochaine fois. Note : elle fait rimer "thinking" avec "thinking". Quelle poétesse.

It's like I checked into rehab, Baby, you're my disease (x2)
I gotta check into rehab 'Cause baby, you're my disease (x2)

> #boring

Damn, ain't it crazy when your love swept? You'll do anything for the one you love 'Cause anytime that you needed me, I'd be there. It's like you were my favorite drug. The only problem is that you was using me in a different way that I was using you, but now that I know, it's not meant to be : you gotta go, I gotta win myself over you.

> Tout s'explique : Rihanna parle à sa drogue. Regarde comme ça explique toutes les parties en rouge depuis le début. La pauvre. C'est moche, les crises de manque. A noter la curieuse concordance de temps (en vert).

Now ladies, gimme that Oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh

Oh, now gimme that Oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh

> Voilà ce qui justifie le "feat. Justin Timberlake". Oui, moi aussi, je pleure de rire.

# Le clip - description

Rihanna attend dans le désert, en sous-vêtements, maquillée comme pour les Grammy et couverte de bijoux qui font gling-gling dans le vent. La fille naturelle, pas superficielle, quoi. Qui a le sens de l'à-propos, qui est consciente que c'est LA tenue idéale pour aller dans le désert. Elle attend donc dans le désert, sans transpirer, sans se cramer la carne sur la carrosserie de sa belle voiture rouge qui, en plein cagnard, doit être montée à environ 800°C. C'est ça, l'effet Nivea, tu vois.

C'est alors qu'arrive Justin Timberlake, qui descend de sa moto (ouah, il brave le danger...), retire son cuir (ouah, trop rebelle...), prend une douche tout habillé (ouah, trop... sexy ? marrant ? fresh ?), s'approche de Rihanna, avachie sur la voiture brûlante-qui-ne-la-brûle-pas-merci-Nivea, la croupe relevée, la truffe frétillante, il prend sa place sur la voitire-brûlante-qui-ne-peut-pas-le-brûler-puisqu'il-est-tout-mouillé, ils se regardent avec un air pas content, on ne sait pas s'ils vont forniquer sauvagement ou s'ils regrettent le cassoulet d'hier soir. #constipation

Je note quand même que la présence d'une douche dans le désert ne t'a pas choqué plus que ça.

Ensuite, dans le désert toujours, mais pas habillés pareil, fin de journée plutôt relax, Justin porte des lunettes et serre les mâchoires, Rihanna non. Ils se regardent, selon l'hésitation vue plus haut. #foutucassoulet

Et après, dans le désert, encore, habillés autrement, encore, c'est la nuit. Rihanna, agressée par la puissance des rayons de lune, porte des lunettes de soleil lune, cette fois. Justin, trop nyctalope, non. Ils s'évitent toujours. Disons que, plus le clip avance, plus Justin a l'air saoûlé par les reproches de Rihanna (ou ses tenues toutes plus dégueu les unes que les autres), et on le comprend. Une question nous taraude : Justin, pourquoi t'es venu ? Pour te faire pourrir ? Conclusion : Justin est masochiste.

Alors que la nuit n'en finit pas de tomber, Riri se rappelle de leur passé commun (quelques heures auparavant), justifiant l'usage outrancier des tous les filtres Instagram (et la curieuse-ouhlala-qu'elle-est-curieuse lumière verte) qu'on supporte depuis le début du clip. Eeeeet fin !

# Le clip - explication

En fait, Rihanna, en crise de manque, attend Justin, son dealer, mais à cause de l'insolation chopée dans le désert, elle a des hallucinations : elle le voit tout le temps, elle s'imagine l'allumer, le serrer, le chavucher sur un capot à 800°C, et plus ça avance, plus elle craque, arrivant même à avoir des flashbacks de ses hallucinations précédentes. Elle ne sait tellement pas quoi imaginer qu'elle décline toute sa garde robe, telle Barb(ad)ie Junkie avant la grande chute dans la Vallée de la Mort.

# Le message

Je pense à "La drogue, c'est nul, même si tu es super sexy."

Ou alors, "Justin, tu sers à rien, même si tu es super sexy."

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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 22:27

Posture théâtrale.

Les municipales ont permis une nouvelle illustration des Ancines contre les Modernes. A ma gauche, le milieu culturel, tolérant, ouvert à l'autre, mêlant les influences. A ma droite (extrême), le FN-RBM-et-affiliés, conservateur, nationaliste, identitaire. Le tout avec un chef d'orchestre de renom, M. Olivier Py, metteur en scène et directeur du prestigieux Festival d'Avignon, et avec une caisse de résonance fabuleuse, les médias. Le tout, en trois actes.

# Acte I : La révolte émotionnelle.

Avignon. Son Palais des Papes, son pont saint Bénézet sur lequel on danse, son festival mondialement connu. Calme, luxe et volupté. Un beau jour de l'an de grâce 2014, Le FN arrive en tête des votes au premier tour des élections municipales. Stupeur et tremblements. Dans la foulée, Olivier Py déclare qu'il n'y aura pas de festival d'Avignon si Avignon passe à l'extrême droite. Enfin, il y aura le festival, mais pas à Avignon. Ou alors, qu'il démissionnera de la présidence du festival. Pourquoi ? Parce que FN et Culture (telle qu'elle est actuellement) sont incompatibles. Les réactions ne se font pas attendre.

Thomas Ostermeier dit "Il a raison, mais...", Jean-Michel Ribes dit "Il a raison, à 100%.", Jérôme Béglé dit "Il a tort, à 100%.", Charlotte Pudlowski dit "Voilà ce qu'Olivier aurait dû faire." Du vrai débat, avec des raisons, des vérités, de la raison, des contre-vérités, mais surtout, surtout, trop peu de philosophie politique pour beaucoup de verbiage.

# Acte II : Pschitt.

C'est alors la grande valse des discours secondaires, qui brassent du vent, qui se brossent l'égo dans le sens du poil. Les Echos répètent machinalement, tel l'écho. Angelin Preljocaj se paie une tranche de bien-pensance. Le FN met en marche son répondeur automatique (basé sur la victimisation-avec-des-mots-de-plus-de-3-syllabes. Ici : "instrumentalisation"). Le débat n'en est plus un, parce que la beauté de l'iconoclasme façon crime-de-lèse-Jean-Vilar suggéré par Olivier Py, dans toute sa superbe tragique, bascule dans l'analyse à la petite semaine de tout ce qui se fait en matière d'esbrouffe journalistique politique. Pourquoi ? Parce que la saillie politique de Py n'est, en fait, qu'une posture. Que les vrais journalistes ne veulent pas perdre de temps à analyser.

# Acte III : Le désaveu

Au fond, Olivier Py aurait dû savoir que le FN au second tour était l'assurance de son entrée au conseil municipal. Quelles qu'aient été ses menaces envers les Avignonnais (en mode "Si vous voulez le FN, vous n'aurez plus de festival !"), le FN sera à la table des négociations relatives au Festival. Il aura donc à entendre la parole de l'extrême droite. La Résistance suggérée par Ostermeier ou Pudlowski était donc la meilleure option à choisir. Contrairement à ce que Preljocaj a fait.

De plus, il y avait quand même de quoi tourner le candidat FN en dérision, plutôt que de le prendre comme une menace sérieuse : Non seulement il n'avait aucune chance d'être élu, mais au delà de ça, Philippe Liottaux, en tant qu'ancien homme de (café-)théâtre, a des casseroles, et pas des moindres...

Cette sympathique pièce de boulevard aura tout de même servi à une chose : rappeler la haine du FN pour la création contemporaine et le multiculturalisme... Donc son danger pour la société, qu'il pousserait à la sclérose.

Rideau.

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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 22:38

Ce qui devait arriver arriva.

Kev Adams à l'affiche d'un film avec Franck Dubosc.

Suivant les pas du Splendid, des Nuls, des Inconnus, les humoristes français , rois des planches, en mal d'ego passant sur toutes les chaînes ou profondément persuadés de leur désopilant talent se lancent au cinéma.

Pourquoi la critique grince-t-elle des dents quand surgit un nouveau film avec Franck Dubosc ou François-Xavier Demaison et est-elle plus enthousiaste quand s'annonce un Alain Chabat ou un Michel Blanc ?

La réponse vient sans aucun doute des qualités d'écriture et d'interprétation du comique visé. Comme si ce que l'artiste peut produire sur scène permettait de dire ce qu'il peut rendre à l'écran. Le bouffon, le personnage passager, le sketch court fonctionne très bien sur les planches, mais le personnage filé d'un bout à l'autre d'un spectacle, dans un univers, dans une narration, peut plus aisément se passer à l'écran. Parce qu'un type drôle dans du comique de situation marchera moins sur grand écran qu'un petit dieu de l'écriture d'histoires poilantes.

La réponse peut aussi venir du projet du film lui-même. Un comique dans une comédie basé sur ses personnages stéréotypés, on s'en méfie. Un comique dans comédie basée sur une situation improbable et non sur la simple personnalité de son personnage principal, on s'en méfie moins. Un comique dan sun film triste, on prend sans crainte.

Aussi, chers producteurs, chers réalisateurs de comédies foireuses, par pitié, ne cherchez plus à faire tourner Kev Adams, Shirley et Dino, Fabrice Eboué, Thomas N'Gijol, Norman Thavaud, Titoff et autres Michel Muller. Plus jamais. Merci

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19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 16:58

...mais le sexe trash, hein.

Et toujours sans jamais oser le demander.

 

[insérer ici une banalité sur le sexe] On nous bassine, avec ça. Entre culte de la performance (tu sais, celui qui détruit le rapport à la chose chez la génération Y) et l'imagerie porno-soft-chic tous azimuts pour vendre tout et n'importe quoi, la question du sexe se retrouve limitée à celle du désir, des plastiques, de l'apparence. Certes, quelques initiatives décomplexantes creusent la question (Maïa Mazaurette sur son blog, Quentin Girard sur Libé, les magasins Le Passage du Désir, qui se proclament love stores et non sex shops), mais dans la culture populaire, on manque un peu de simplicité quand il s'agit de parler de sexe - le Journal du Hard de Canal + n'aidant pas particulièrement à sortir des clichés.

Toujours est-il que le sexe, à force de sur-stimuler notre désir, on en a parfois un peu ras-la-qué -la-casquette. Lorsque le plus barge des réalisateurs danois a débarqué sur les écrans français avec Nymph()maniac, il ne pouvait y avoir que trois réactions possibles : "Encore ? Ah non, hein.", "Ouh, va y avoir des cochoncetés..." et "Va-t-on vraiment parler de sexe un peu sérieusement ?".

 

Voilà l'histoire : Un soir, Seligman, vieux monsieur à l'âme généreuse et à l'esprit ouvert, trouve Joe, femme d'âge moyen, allongée dans une cour, inconsciente, sous la neige, ruée de coups. Il la ramène chez lui, elle commence alors à lui raconter comment en elle en est arrivée là... Et là, tu en as pour 4h.

Joe se dit nymphomane. C'est à dire qu'elle court après le plaisir sexuel. Mais elle le regrette, elle se déteste pour ça. Seligman, pour qui le sexe n'est vraiment pas central, essaie de comprendre, à coup de métaphores et de dédramatisation morale. De sa prime jeunesse à son passage à tabac, Joe déroule le récit de sa progressive descente dans les affres d'une sexualité qu'elle ne maîtrise plus, ses réflexions, ses tentatives, ses découvertes.

 

Nymph()maniac : Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe...

Nymphomaniac I - Mise en place de l'échiquier

Durant les deux premières heures, Joe raconte comment elle en est venue à cette quête effrénée de plaisir sexuel : par anorgasmie. Cherchant ce plaisir dont elle entend parler mais qu'elle ne trouve jamais, ne pouvant être comblée par un seul homme, elle multiplie peu à peu les partenaires et accélère le rythme, avec une rigueur scientifique dictée par son instinct.

Le scenario n'est pas très intéressant, et l'image est assez froide, sans passion - à l'image des sensations de l'héroïne. L'histoire de Joe est morne, le film aussi - une adéquation fond/forme volontaire pour plus de cohérence, sans doute, ou une triste habitude esthétique héritée d'un Danemark manquant un peu de chaleur. Charlotte Gainsbourg (Joe) et Stellan Skarsgard (Seligman) offrent des performances simples : deux personnes qui discutent doucement, quand la galerie de personnages qu'elle évoque s'envoie en l'air (Shia Labeouf, Stacy Martin, Willem Dafoe) ou non (Uma Thurman, Christian Slater, Connie Nielsen).

L'intérêt de cette première partie réside dans l'excellence de ses dialogues. Joe n'a pas qu'un discours descriptif, elle entre, déjà, dans une première forme d'analyse qui délimite à la fois le fonctionnement de sa psyché ET le cadre sensoriel de son histoire. En réponse, Seligman offre des métaphores d'une justesse aussi éclatante que saugrenue, à l'image de cette question de pêche en rivière, qu'il file tout au long du film, quitte à exaspérer Joe (d'où, d'ailleurs, une des affiches proposées ci-contre).

Loin d'être passionnant à regarder, il est génial à écouter - et un peu indispensable pour voir la seconde partie. Prends ton mal en patience.

Nymphomaniac II - De l'incroyable à l'effroyable

Dans les deux dernières heures, Joe raconte à quel point la plongée dans cette sexualité à outrance n'a pas comblé la question, et comment il lui a fallu creuser encore et encore la notion de plaisir pour parvenir à la sérénité émotionnelle. Ne pouvant trouver l'orgasme qui ferait d'elle une femme 'complète', elle va multiplier les tentatives de plus en plus intrusives, impactantes, voire dangereuses pour atteindre la sérénité. En résulte une mise en danger de sa situation professionnelle, affective, familiale, dans une société qui ne parvient pas à la comprendre et qui, même, réprouve les excès.

Lars réussit là quelque chose de prodigieux. Partant de notre potentiel refus de mettre la sexualité au coeur de nos existences, il nous fait d'abord accepter le questionnement de Joe, et même épouser sa cause : parce que nous voulons tous la sérénité de chacun - la paix intérieure - et dans la mesure où (au pire) elle ne nuit qu'à elle-même, on veut qu'elle continue à essayer, à chercher. Lorsque notre morale la réprouve, on finit par accepter malgré tout, et vouloir aller plus loin. A mesure que le film avance, il monte chez le spectateur une forme inattendue de tranquillité de l'âme, parce que le discours de Joe semble porteur d'une noble cause, et qu'elle a face à elle sa Nemesis asexuée et bienveillante (à laquelle on se raccroche quand Joe va trop loin), Seligman. C'est, évidemment, mal connaître Lars von Trier.

Dans le second volet, la photographie reste, à mon goût, inintéressante, autant que l'interprétation (malgré l'ajout de Jamie Bell et de Jean-Marc Barr) dans le sens où aucun prix d'interprétation ne devrait leur tomber dans les mains, en principe. Par contre, le scenario a pris une épaisseur revigorante, et le dialogue Joe/Seligman est plus intellectuellement stimulant que jamais.

 

Et le sexe, dans tout ça ? Et bien le sexe, dans Nymph()maniac, est sexuel sans être libidineux. Les choses sont filmées crûment, sans forcément de gros plan, mais l'approche se veut anhédoniste : si tu bandes devant ce film, c'est que tu es vraiment en manque. Par contre, le sexe est utilisé ici comme support de la connaissance de soi, de la réalisation de soi, d'un discours esthétique et intellectuel d'une rare finesse.

Un film plus intello que sexy, donc, si tu te posais encore la question.

 

Le sexe, le sexe... Les Français sont réputés très portés sur la chose. Alors pourquoi en parle-t-on si peu ? Peut-être parce que ceux qui en parlent le plus sont ceux qui en font le moins.

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 18:39

Comme Lulu.

Non, rien à voir avec Copé et la certitude qu'il a de ne pas avoir d'impact sur ses enfants, au vu des immenses pouvoirs qu'il confère à l'Educ' Nat'. Non, moi je veux te parler des apparences et de la nudité.

J'ai grandi dans un milieu où les apparences sont trompeuses. Les faits, dans leur vérité crue, ne devait pas être intégrés ou sublimés, il fallait surtout qu'ils n'apparaissent pas, quitte à ensevelir ce qui gêne sous une réussite construite à la force du mental, pour constituer un apparat digne et louable, qui en impose, qui impose le respect. Comme on s'habille parfois pour cacher un défaut physique, on a donc habillé notre vérité nue d'apparats pesants.

Ce constat, c'est aussi celui que fait Lucie. Lulu a un mari, trois enfants, des amis, une vie comme nous tous, un truc qu'on essaie de cadrer pour pas avoir honte d'avoir échoué. Et soudain, Lulu relâche la tension. Elle reste à la mer, se laisse séduire par un vieil homme, dors dehors, coupe les contacts, découvre et redécouvre. La vérité nue, face à elle, pour elle, en elle. Comme un besoin d'épuration, de choses simples, avant de remettre les flonflons. Pour y voir clair.

Tous nus.

J'aime pas spécifiquement Karin Viard. Elle a le don de choisir des films qui la font passer pour une incapable, pour une inadaptée. c'est peut-être ça, en fait, sa recherche : travailler la faiblesse, donner corps aux filles un peu à côté de la plaque. C'est réussi. Dans Lulu femme nue, de Solveig Anspach, elle incarne notre Lulu - cette femme gauche parce qu'un peu dépassée, un peu pas à l'aise avec le diktat du quotidien. Durant sa parenthèse à St Gilles Croix de Vie, acte manqué, lapsus révélateur, Lulu se retrouve. Viard lui donne une vraie épaisseur, une justesse, quelque chose d'infiniment humain, de réel, de vrai. Ca en devient palpable.

Sur son chemin, Lulu croise Charles (Bouli Lanners), un type un peu bourru mais lui aussi agrippé à la vérité des sentiments. On sait peu de lui, mais il guide Lulu dans ses premiers pas vers la nudité, lui fait retrouver le goût des sentiments amoureux. Elle rencontre aussi Marthe (Claude Gensac), une petite vieille dont la compagnie lui remet la notion de temps dans le coeur : le temps qui passe, les choses qui comptent, celles qui restent, celles qui passent. Et Virginie (Nina Meurisse), serveuse martyrisée qu'elle pousse à la liberté - prenant ainsi conscience de son pouvoir sur les choses, de la nécessité de se pas se coltiner indéfiniment les mauvais côtés de la vie. Sans oublier sa soeur, sa fille aînée, les frères de Charles... Autant de figures qui viennent soudain incarner une reconquête de la sincérité, un retour à soi. Ils sont non pas les agents de nettoyage du miroir où elle s'analyse, mais ceux qui dépoussièrent les synapses de tous ses nerfs pour qu'elle se reconnecte tout entière, de l'intérieur.

Donc ? Un film sur la nudité, sur son importance pour mieux s'habiller. Comme un conseil, un témoignage. Pour nous tous.

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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 21:31

Du génie brut.

Tu aimes danser ? J'adore danser. Chez moi, dans la rue, en club, même dans le métro. Comme toi, c'est souvent la musique qui me donne envie de danser : un rythme, une mélodie, et je traduis, instinctivement, ce que j'écoute, ce que j'entends. Traduire le musique avec la danse, nous en tous capables. Et on aime ça !

Jérôme Ferron et Frederike Unger sont tombés amoureux des Noces, pièce musicale d'Igor Stravinsky (1923). Un danseur qui tombe amoureux d'une musique ne fait pas que bouger en rythme ou en suivre la mélodie : il l'incarne, il l'exprime, il la complète. Avec le Sacre du Printemps, des centaines de versions ont fleuri sur les scènes du monde - on retient celle de Pina Bausch, je me rappelle de celle de George Momboye. Les Noces, c'est du vrai Stravinsky, plus abrupt, plus improbable, c'est une pièce qui parle d'amour, l'opéra imprévisible, les voix d'hommes et de femmes qui se mêlent, s'harmonisent, s'arrêtent soudain, c'est un morceau qui s'impose, qui déroute, puis qui envoûte, et qui se fait peu à peu oublier.

Alexandre Galopin, Julie Galopin, Axelle Lagier, Rémi Leblanc-Messager, Frédérike Unger

Alexandre Galopin, Julie Galopin, Axelle Lagier, Rémi Leblanc-Messager, Frédérike Unger

Désir. Le thème est universel. Sur scène, trois filles, deux garçons, qui entrent dans la danse séparément, se repèrent, se tournent autour, s'empoignent, se relâchent.

La musique s'effaçant peu à peu de notre écoute, la danse prend peu à peu son aise. La partition servie par les cinq danseurs devient hypnotique, saisissante, elle tourne dans une fluidité captivante, on ne lâche plus son regard, cherchant dans leurs répétitions la précision des gestes, la mécanique parfaite, la beauté de cette perfection qui s'affranchit de la performance physique.

Indicible, mais ô combien percutant. Brillant.

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 21:50

Le monde est parfait...

Dans mon Panthéon de la danse, on trouve pêle-mêle Sidi Larbi Cherkaoui, Akram Kahn, Ohad Naharin, Damien Jalet, Lloyd Newson... et Hofesh Shechter. Aussi, quand le Théâtre de la Ville l'a annoncé dans sa saison, j'ai patienté nuit et jour jusqu'à l'ouverture de billetterie histoire d'avoir de bonnes places : peine perdue, j'ai hérité d'un piètre rang V, tout était parti dans les abonnements. Les initiés ont donc du goût.

La danse de Shechter est marquée par le contraste entre les ténèbres des émotions qu'il appelle et la lumière des spectacles qu'il met en scène. J'avais vu Political Mother, The art of not looking back et Uprising, et avait été particulièrement marqué par le dernier. Son thème, sa narration, sa danse, sa musique, sa mise en scène, tout m'avait parlé au point d'avoir le sentiment d'avoir rencontré... Dieu.

Sun, si j'en crois la présentation par la Ville, évoque toujours nos ténèbres, la sombre violence de la vie, pour mieux en montrer la faible lueur d'espoir qui nous habite et nous laisse croire à des jours meilleurs, mieux : à la grandeur.

Hofesh solaire

Le spectacle est incroyable, percutant, brillant. Sa musique, qui ressemble à celle d'Uprising avec ses cognements sourds au début, est signée Shechter himself, et s'affranchit de l'unité stylistique : peu à peu, de l'électro, du rock, du baroque, dans l'ordre chronologique, comme si Shechter présentait la progression de l'Histoire. Côté danse, ils sont 14, hommes et femmes, passant de mouvements d'ensemble à des soli, métaphore de notre unité et de notre différenciation volontaire. Instincts grégaires et fulgurances individuelles. Mais ce qui frappe, c'est la scénographie, toute de contrastes : ombre et lumière, entre faibles lueurs éclairant toute la scène, douches, couloirs, et cette installation en guise de ciel, plus d'une cinquantaine d'ampoules, rangées en lignes et en colonnes au bout de leurs câbles, permettant des ondes lumineuses tendres et des halos divins.

Le résultat, faut d'être facilement descriptible, est - je te le disais - percutant : il parle du temps, instantané et éternel,d e l'espace, ici et partout, et de l'Homme, anonyme et intime, unique, et en meute.

Sublime. Quel dommage que ça ne danse pas plus !

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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 00:32

Choquons, sinon nous sommes perdus.

Je me souviens, ça a commencé dans le métro. Deux filles, petite vingtaine, qui rigolaient. Lunettes épaisses, cheveu long, blouse légère, jupe à mi-cuisse, collants, boots. J'ai joué au jeu des sept erreurs, et pourtant, leur gémellité était flagrante. Ca m'a amusé. Jusqu'à ce que je remarque que les quelques autres filles de la même tranche d'âge dans la rame suivaient, à peu près, les mêmes codes. Look, attitude, gestuelle : la fille à l'air sage, un peu rock, décomplexée en apparence. J'étais content. Content de ce que ça traduisait de leur maîtrise des apparences, comme si les sexes étaient à égalité, sans même que se pose la question, content de leur affirmation de ce qu'elles sont, content, quoi.

J'ai réalisé, petit à petit, que je portais sur elles le regard du sociologue (de café du commerce) qui cherche les signes de la victoire féministe dans le banal du quotidien. Asexué dans mes représentations, en quête de subjectif. Sans y parvenir. Comme si, à les regarder, je faisais le constat de l'échec de leur effet sur moi. Parce qu'elles ne veulent plus faire d'effet, ou parce qu'elles en ont tellement fait qu'elles avaient épuisé le regard, banalisé la chose ? Impossible de savoir.

Ces inconnues sont devenues, pour moi, abstraites. Epiphénoménales. Infernales.

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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 14:52

Annual delivery.

C'est le 19 décembre, et comme tu le sais, à cette date là, tout le petit monde cinéphilique sort ses classements faits de souvenirs et de construction de légendes. Je me mets dans le lot, moins par ambition que par goût de l'exercice.

 

Voici donc mes favoris de l'année (en gras, ceux avec une critique) :

Les films palpitants :

Rush (Ron Howard)

The call (Brad Anderson)

Zero dark thirty (Katryn Bigelow)

 

Les films marrants :

Casse-tête chinois (Cédric Klapisch)

Good As You (Lorenzo Balducci, Enrico Silvestrin)

La cage dorée (Ruben Alves)

 

Les films passionnants :

Le Passé (Ashgar Farhadi)

Upside down (Juan Solanas)

Rock the Casbah ! (Laïla Marrakchi)

 

Les films absolus :

Blancanieves (Pablo Berger)

Insaisissables (Louis Leterrier)

No (Pablo Larrain)

Perfect mothers (Anne Fontaine)

Before midnight (Richard Linklater)

Le monde de Charlie (Stephen Chbosky)

 

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