20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 09:17

It's a cruel, cruel summer.

Bien entendu, je pourrais disserter des heures en ta charmante compagnie au sujet de l'art, de son origine, de son sens, de sa destinée, de ses formes, tout ça tout ça. Mais vois-tu, l'été s'achève, et comme toi, mes neurones ont aimé se reposer, noyés dans un rosé bon marché et quelques caouettes grillées. Du coup, profitant de l'incroyable chaleur de l'été parisien 2014 (édition très limitée) pour me rafraîchir culturer au ciné, j'ai vu les derniers fleurons de la production mondiale, et j'ai bien envie de t'en brosser le portrait.

Dans ma sélection du jour, tu trouveras, par exemple, Lucy (L.Besson), Les gardiens de la galaxie (J.Gunn) ou encore Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ? (P.de Chauveron). Figure-toi que je leur ai trouvé un point commun. Si si.

Lucy, par exemple, est un pur produit des années 90. Mais sorti en 2014. L'idée : une fille lambda se voit droguée à son insu avec un produit de ouf, qui booste les capacités intellectuelle. Tu vois, Besson, fondateur de l'Institut de Recherche pour le Cerveau et la Moëlle Epinière, a creusé son sujet, développé un scénario aux multiples incohérences, saupoudré de petites blagounes qui font rigoler, pour un résultat qui ressemble pleinement à un scénario de Besson. Alors, doit-on s'en plaindre ou s'en réjouir : un réalisateur qui fait ce qui a fait sa renommée, c'est plutôt logique, non ? D'autant qu'apparemment, les spectateurs sortent plutôt ravis. Même moi, j'ai passé un bon moment. Un bon moment ? Scènes enlevées, image léchée, discours sur l'intelligence, la morale, l'humanité - certes à la petite semaine - : du Besson comme on l'aime, entre Le Cinquième Elément et Nikita. Tu viens d'hurler ? Tu as raison : Besson semble resté dans les années 90 ; nous, non. Rageant.

Les gardiens de la galaxie, c'est autre chose. 5 repris de justice aux méthodes un peu fofolles décident de partir à la conquête d'un puissant artéfact pour sauver l'univers. Banal ? Oui. Batailles intergalactiques, explosions, trahisons, romance et amitié, bravoure, honneur, muscles et... bref : côté scénario, rien de neuf, du tout. Du coup, on est en terrain connu, assez à l'aise avec tout l'univers des autres planètes habitées et de l'esprit futuriste ; le tout d'autant plus banalisé que la réalisation est poussée, donc réussie. Idéal pour oublier dans quel univers on est et se concentrer sur autre chose. Ni l'intrigue, ni le décorum : les personnages.

Et donc ? Faut dire que les auteurs, Arnold Drake et Gene Colan, relus par James Gunn et Nicole Periman, ont érigé le WTF (le grand nawak, si tu préfères) en règle d'or du film. C'est simple : y'en a pas un pour rattraper l'autre, la bouffonnerie se mêle à la cuistrerie, à l'humour fin, à la grande classe. Tu en sors ravi d'avoir passé ce moment à rire et à te bidonner (nuance, nuance) ET certain de ne pas avoir vu LE chef d'oeuvre de l'année... et pourtant... C'est simple : Gardiens de la Galaxie est au film dans l'espace ce que La cité de la peur est au polar, ou Foon à la comédie musicale.

Autre genre, autre cas : Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? Les Verneuil, bourgeois de province pleins de principes, ont 4 filles, dont les 3 premières ont épousé un Juif, un Arabe et un Chinois. (Non, promis, c'est pas une blague de ton onc'Robert, c'est sérieux,n un vrai scénariste a eu cette idée...) Drame : la 4e ramène un Noir. Le film se veut une quête initiatique du respect, de la tolérance et - presque - du dialogue entre les peuples à coup d'humour, et au vu du nombre d'entrées, on peut s'attendre à du populaire. Alors ? Du populaire, oui, on en a, si l'on considère que le peuple a les idées courtes et l'humour gras. Je te passe l'accumulation de clichés qui fait - paraît-il - les comédies ayant le plus de succès : on se paye ici la tête des familles prout-prout dont la Manif pour Tous nous a amèrement rappelé l'existence, catholiques, traditionalistes, incapables de s'ouvrir aux autres. Au moins, dans le film, ne sont-ils pas vindicatifs. Juste puants. Mais au delà de ça, c'est l'avalanche d'intolérance crasse à couvert, même entre les différentes communautés. Le film ne prêche pas la tolérance, non : il montre qu'on peut se détester cordialement, sans se passer à tabac, en faisant bonne figure mais en entretenant une douce haine pour le(s) taré(s) de l'autre camp.

Outre quelques bons mots, ici et là, le film se résume donc à un bal d'attitudes nauséabondes, qui libère sans doute le spectateur de ses non-dits, mais entretient quand même l'atmosphère de méfiance entre les peuples. Il ne combat pas la misanthropie : il l'adoube.

Leur point commun, donc, c'est la facilité.

Facilité de forme, facilité de fond... Selon l'endroit où elle se pose, elle donne au film sa place dans l'échelle de valeur qui va de tout-à-fait-dispensable à oh-punaise-c'était-trop-bien. L'été, tout est plus facile, il paraît.

Il paraît.

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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 14:16

"On dit LA victime et LE bourreau."

Le cliché est un raccourci intellectuel qui permet d'appréhender plus d'éléments du réel en gommant les nuances.

En tant que raccourci, il n'est pas utilisable pour construire une pensée complexe - par exemple politique (dans le sens "relative au vivre ensemble"). Ainsi entre-t-on, au nom de l'humaine faculté de jugeotte et avec l'acceptation comme visée (préférément à la simple "tolérance"), dans le combat contre les préjugés.

Dont voici un exemple bancal.

Bandant Bancal ? Oui.

La déstigmatisation passe-t-elle nécessairement par la relecture du phénomène rejeté à la lumière des clichés du désir dominant, ceux-là même qui ont mené à la stigmatisation originelle ?

Tolérer/banaliser, est-ce rendre sexy pour mieux oublier ensuite OU démonter les clichés par la normalisation ?

Voilà.

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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 10:35

Faire plaisir.

Je ne sais pas si c'est le mal du siècle, ou les effets de la crise, ou le fait que l'on manque tous d'amour, mais il semble que les gens de la ville souffrent de surintéressement. Quand je dis "faire plaisir", je ne dis pas "se faire plaisir", par exemple, tu vois.

Du coup, dès que l'on voit quelque chose de désintéressé, on en a la larme à l'oeil.

On parie ? Tiens :

Alors ? Voilà.

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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 11:22

Balkan Style.

Les Balkans n'évoquent pas le glamour. Ca semble rugueux, âpre, cinglant. Les choses qu'on y associe ne fleurent pas la dolce vita de l'Italie et de la Grèce toutes proches. On a bien tort : l'ex-Yougoslavie a fait fleurir les talents qui ne se limitent pas à la soupe pop qu'on nous sert à l'Eurovision chaque année. Côté musique, les mélomanes se rappellent du Serbe Emir Kusturica et son jazz manouche endiablé, ou de son compatriote Goran Bregovic, à qui l'on doit notamment la BO de la Reine Margot. Je t'avais même parlé du Lover cuvée 2011 made in Monténégro, Milos Karadaglic. Il semble donc qu'on puisse aller chercher dans ce dédale humain quelques pépites...

Laisse-moi donc te présenter Luka Sulic et Stjepan Hauser. Deux Croates - pour changer - passés à la Royal Academy de Londres pour l'un, au Royal Northern College de Manchester pour l'autre, avec un même instrument : le violoncelle. Bach, Listz et les autres : rien ne leur résiste. Mais ils se sentent un peu enfermés dans le classique. En 2011, ils se lancent dans le jeu de la maestria musicale transgenre sous le nom 2CELLOS. Avec suffisamment de succès pour faire la première partie d'Elton John, passer sur le plateau d'Ellen DeGeneres ou bosser avec les Red Hot ou Queen of the Stone Age.

Tout ça est arrivé grâce à UNE vidéo. Celle-ci.

(Merci Michael)

Ce que certains considèreront comme de la maltraitance d'instruments de musique - tout comme ils le faisaient du temps où Nigel Kennedy avait sorti sa version nerveuse des Quatre Saisons - me paraît, à moi, comme de la recherche, de l'expérimentation, en quête des possibilités et limites de la technique dans la pratique de l'instrument, mais aussi dans l'adaptation et l'interprétation au violoncelle de morceaux non conçus pour le violoncelle.

Prenons un autre exemple : Mombasa. Le titre n'est pas le plus connu de la BO d'Inception, mais il est sans aucun doute le plus péchu. Ce n'est pas pour rien que tout un orchestre avait été dépêché à la première du film pour l'interpréter live : le résultat était saisissant. Tout un orchestre pour le jouer, entre guitare électrique, synthés, percussions, violons... et bien 2Cellos ne s'en inquiète pas, tant la ligne musicale (fût-elle doublée) est aisément lisible. Ca donne ça :

Pop, musique de film, classique... On s'imagine parfaitement qu'aucun style ne leur résiste, et tu t'attends sans doute à ce que je te dise qu'ils jouent du Björk, du Philip Glass ou du Laurent Garnier. Des noms que l'intelligentsia de la musique est prête à adouber sous prétexte qu'ils se sont fait une place dans les revues spécialisées à coup de travail, de précision, de maestria et - si possible - de raffinement.

C'est pourquoi je te parlerai donc de hard rock. En fait non, ce sont eux qui en parlent le mieux, avec leur dernier morceau, qui devrait, justement, en défriser plus d'un : Thunderstruck de... AC/DC.

Tu ne me croyais pas ? J't'avais prévenu : c'est même meilleur.

Bref, pas besoin d'en dire plus : il y a des talents qui s'imposent d'eux-mêmes, des vérités si fortes qu'elles se passent de commentaires.

Plus d'info : http://www.2cellos.com/

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7 août 2014 4 07 /08 /août /2014 13:10

Sex intentions

Au départ, j'étais parti dans un article taquin à l'encontre les Inrocks, Cosmopolitan ou Psychologie, qui publient tous un torchon papier, un édito voire carrément un hors série sur le sexe, sous prétexte que c'est l'été et que les chiffres-le-prouvent-on-s'envoie-plus-en-l'air-en-vacances, alors qu'en vérité, c'est pour racoler le vacancier et avoir l'air rock. Whatever. Alors que je rédigeais tranquillement, le sourire en coin et le cynisme en bandoulière, je reçois un petit message sur le thème "Je voulais me faire X à cette soirée, c'est ton ex qui est reparti avec". Ca m'a coupé l'appétit.

C'est drôle, parce qu'en général, j'aime beaucoup parler de sexe. Presqu'autant que le faire. Pourtant, il y a des choses que je n'aime pas aborder, côté sexo - voilà ce que j'ai réalisé avec cette histoire. Mais quoi, précisément ?

# Remarque n°1 - άλφα και το ωμέγα

Pratiques, positions, fréquence, durée, sensations, moments, nombre, fantasmes, lieux, attributs, craintes, rien ne me dégoûte, rien ne me paraît indigne d'être discuté. Filles, garçons, les deux ou aucun, j'aborde plus volontiers la sexualité par le biais de l'idée, presque en sociologue : ne pas pratiquer telle ou telle chose ne m'empêche pas d'être curieux, d'imaginer que d'autres le fassent... et que tant que ça reste entre personnes consentantes, tout est permis.

Si ces histoires m'intéressent, pourquoi avoir eu l'appétit coupé ?

# Remarque n°2 - intuitu personae

Je ne sais pas pour toi, moi je sexualise certaines personnes (dans le sens où je leur imagine vraiment une sexualité), et d'autres pas. Sans doute une question de représentation mentale, mêlée à une notion d'intimité, de pudeur ou que sais-je. On ne sexualise pas les enfants, par exemple. Mais il y a aussi ceux que l'on ne veut pas sexualiser : de vagues connaissances, nos parents, notre prof de physique au collège... Question de goût. Ou de tolérance.

Par ailleurs, rien n'étant plus banal qu'un être humain ayant un rapport sexuel avec un autre être humain, avoir le détail précis de qui l'a fait avec qui ne m'intéresse pas, fondamentalement, parce que les épiphénomènes et autres banalités m'ennuient. Sans doute parce dans la vraie vie, on est pas dans Public, tout n'a donc pas à être public. Ca me navre un peu, même, qu'on en parle autant.

De là à me couper l'appétit...

Alors, docteur, c'est quoi le problème ? Ennui ? Dégoût ? Jalousie ? Mauvais souvenirs ? Les quatre à la fois ? Je crois qu'en fait, en apprenant une coucherie entre gens que je connais de près ou de loin, je ressens soudain une grande tristesse. Envers les concernés, parce que les pauvres n'ont pas pu s'empêcher d'afficher leur libido - ce qui n'est pas très chic, voire un peu mal élevé ; mais aussi envers le rapporteur, parce qu'il n'a rien de mieux à raconter.

Parlons de cul sexe, donc, mais pas du Who's who des coucheries. Cela dit, je t'impose rien, hein, ça n'engage que moi. D'autant que, paradoxe des paradoxes, j'aime raconter qu'il m'arrive très souvent de regarder ma moitié dans les yeux en lui chantant un petit air de David Courtin...

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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 15:18
Coldwater, phénoménologie du Bien et du Mal.

So far away from LA.

Saint Augustin disait : "Les manichéens posent deux substances opposées, le Bien et le Mal, et les font se combattre." (Confessions, VII, 3). Littré, Larousse et Robert l'ont dit aussi, mais bien après. C'est drôle de voir que Saint Augustin a écrit des trucs du niveau des dictionnaires modernes. Mais passons.

Le manichéisme, en plus d'être religion persane du IIIe siècle, est surtout un raisonnement simpliste sur des notions de Bien et de Mal qu'on ne définit jamais vraiment. Pourquoi ? Parce que le Bien et le Mal sont variables selon le système de pensée du locuteur. Les meilleurs serviteurs de cette vision étroite et grossière des choses sont des réalisateurs qui ont fait pousser leurs films au soleil hollywoodien. Plus le budget est gros, plus la dialectique est réduite à sa plus facile simple expression.

Ce n'est pas le cas de Coldwater, le premier long métrage de Vincent Grashaw, un trentenaire pourtant né à Los Angeles.

L'histoire : Brad est cueilli au petit matin dans son lit par le staff de Coldwater, un camp de redressement pour jeunes garçons en perdition, où règnent la loi quasi martiale du directeur, le Colonel à la retraite Reichert. L'idée est simple (c'est la catchline) : We will re-adjust you (On va vous rectifier)(tu vois, "rectifier" > rectus > droit ∈ Bien...).

A ce point du scénario, on a des manières fortes pour corriger des petites frappes qui sont arrivées là pour des délits mineurs. Un centre où on réapprend le Bien et le Mal. Avec des gentils (qui apprennent le Bien) et des méchants (qui ont fait des choses Mal).

Sauf que ça se gâte. Les gentils dépassent un peu les bornes, les méchants changent de visage : bourreaux de la société vs bourreaux de l'Humain, les nuances de Bien et de Mal se multiplient, s'additionnent, s'annulent... Et c'est toute la richesse du scénario : plus on en apprend sur le passé, et plus les jours passent dans ce camp, plus les notions de vérité, de justice, de domination et d'obéissance, de violence nécessaire, d'individu et de collectif se redessinent. A chaque quart d'heure de film, tu revois tes définitions, et la place de chaque personnage sur l'échiquier des valeurs.

Banal jeu de retournements de situation ? Sans doute. Moi j'y vois une exploration philosophique du fait politique (indexé sur la détention de la violence légitime par le(s) plus juste(s)).

Les interprètes rendent le tout vraiment plaisant. Dans cet univers viril à souhait (tous les clichés du masculin y sont, hein : pas de place au sensible, à la douceur, à la gentillesse, aux licornes et tout, non, que du dur, du fort, du courageux, tout ça), il fallait donc des personnages qui parlent peu, mais qui ont une présence physique très forte. Le personnage principal, Brad, est confié à P.J.Boudousqué, dont le côté solaire se voile d'un regard triste, pour équilibrer. Il ressemble tellement à Ryan Gosling-dans-Drive que c'est pas possible, il a dû finir major de promo du cours "Comment jouer comme Gosling" de son école de ciné. En face, Reichert est joué par James C. Burns, un mix de Hugh Jackman et de Bryan Cranston passé par toutes les séries policières américaines imaginables. N'empêche qu'il donne le change, intraitable, net, bon chef de clan, jusqu'à ce que...

Le reste de la team ne démérite pas : l'ancien camarade qui rappelle l'ancien système, Nuñez (Chris Petrovski), qui incarne le mieux la nuanciation (nuançaison ? je sais plus...) morale de Brad, mais aussi Jonas et Erin, les victimes sacrificielles des différents systèmes, Trevor, Gillis, etc, camarades de sauvagerie, Jenson l'ambivalent, Cross l'anti-héros kafkaïen, Doris la fausse madone...

Et visuellement, classique ? L'image, léchée, brûlante sous son soleil qui brille comme des lampes de salle d'interrogatoire où rien d'autre que la vérité n'a droit d'avoir lieu, ou la nuit, où tout est permis, tout est tenté, réfléchi, ressenti, à la lumière de la Lune... Quand l'image elle-même devient véhicule d'une symbolique autonome et complémentaire, on touche à quelque chose de très grand.

Alors ?

Bien sûr, ce n'est qu'un premier long d'un jeune réalisateur.

Bien sûr, on est loin du génie de certains de ses congénères.

Mais il y a de l'excellent, dans ce film, pour qui ne se contente pas de l'histoire racontée.

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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 12:46

C'est le plus malin qui gagne.

C'est un peu ce qu'on a tiré de l'affaire David vs Goliath. Depuis, on a inventé la télé, et le sillon entre les malins et les pas malins s'est creusé exponentiellement.

Un des marronniers de la vulgarisation scientifique, c'est "Que fait-on vraiment de nos cellules grises ?". Il paraît que nous en utilisons très peu. 10% ? 20 ? La question n'est pas tranchée. Toujours est-il que ce questionnement a germé là où tout germe : au cinéma.

Deux ans après Limitless, voici Lucy.

Compare. Et juge. Si si, je t'autorise.

De toute façon, notre civilisation est vouée à en utiliser toujours moins, grâce au travail de sape des chaînes d'info en continu. Hein Télérama ?

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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 13:41

Caramel au beurre salé.

Le bronzage, c'est important. Mais si, pour frimer dans les afterworks de la rentrée. Pour ne pas te louper, les instituts de beauté et autres magazines féminins spécialisés dans la superficialité culture de l'apparence regorgent de conseils pour toutes les bourses, allant de la douche auto-bronzante aux UV préparatoires en passant par la terra cotta, les pilules de bêta-carotène et le peeling pré-ensoleillement.

Mais ça, c'est pour les petits joueurs. Les Sun Laboratories inventent les Sun Pills, avec de vrais extraits de soleil dedans, pour que tu ne sois pas seulement bronzé(e), mais carrément lumineux(se).

(c) Vaulot & Dyèvre

(c) Vaulot & Dyèvre

L'intelligence de la chose ? Sa polysémie.

# Luminothérapie

Tu le sais, ton moral varie en fonction de la météo. La pluie te rend mélancolique, la neige t'apaise, le soleil t'épanouit. Du coup, autant vendre du soleil plutôt que des neuroleptiques. Malin.

# My tailor looks rich

Parce que l'on passe moins de temps à être qu'à avoir l'air, pour des questions d'appartenance, de séduction ou de quête identitaire, on en vient, par exemple, à vouloir petre bronzé sans avoir vu le soleil. La quête de vitamine D est secondaire, c'est sans doute ce qui a fait réfléchir les créateurs de ces pilules de soleil. Moquer ou regretter le passage par l'ersatz pour avoir le même résultat, voilà un discours (presque) politique.

Plus d'info sur les génialissimes Vaulot & Dyèvre ici : http://www.vaulotdyevre.com/

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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 09:52

Il y a quelques mois (oui, je fais du #old, je sais), si tu es un peu connecté(e), tu tombais de gré ou de force sur des tweets ou des statuts menant à un article du Huffington Post, écrit par un type qui manque cruellement de confiance en lui. La preuve en est que son article n'était qu'une resucée d'articles d'origines douteuses.

Ledit article t'annonçait que les créatifs sont pas comme nous, mais genre dès le départ, les apparentant un peu avec les Asperger chers aux séries télé parce qu'ils sont cash, donc drôles. L'article confondait génie, talent, anticonformisme, démarche créative, inadaptation sociale et vision de la vie selon Cristina Cordula.

Selon moi - qui suis autant spécialiste de la question que l'auteur - être créatif, c'est avant tout sortir du dogmatisme. Se dire qu'on n'est pas obligé de suivre les règles. Un artiste, c'est donc avant tout un esprit capable d'envisager le monde différemment, au moins un instant, et d'en tirer de quoi faire une proposition nouvelle. Les gens qui se consacrent à créer - à voir et révéler les choses autrement qu'elles ne sont - prennent donc l'habitude de ne plus voir les choses comme tout le monde (aka "la masse"), et cette habitude impacte leur personnalité, donc leur rapport à leur entourage, ce qui donne le sentiment de décalage. Mais au fond, ils ne sont pas fondamentalement différents. En vrai, au départ, ils étaient comme tout le monde. Ca veut donc dire que tu peux, toi aussi, devenir créatif, avec beaucoup beaucoup BEAUCOUP de travail pour te sortir du dogme.

Mais cessons là le verbiage de comptoir de café du commerce et prenons un exemple.

Celui de Wes.

Avec The Grand Budapest Hotel (comme avec Moonrise Kingdom ou La vie aquatique auparavant, par exemple), il ne fait pas que raconter une histoire, il fait preuve de créativité. Comment ?

L'histoire. Une jeune fille lit un livre où l'auteur raconte qu'en 1968, il a rencontré le directeur d'un hôtel, dont il a hérité trente ans plus tôt, après une aventure improbable. [Insérer remarque sur le procédé courant de mise en abyme] L'aventure, c'est celle-ci : Zero est lobby boy dans le Grand Budapest Hotel, dirigé par M. Gustave H., qui lie avec sa clientèle féminine et âgée des relations un peu olé olé. Une de ses meilleures clientes, Madame D., décède en lui léguant un tableau inestimable : Le garçon à la pomme. La famille s'y oppose, Gustave le vole, et s'ensuit une course-poursuite entre Zero, Gustave, la famille qui veut les abattre et les autorités qui veulent les enfermer, sur fond de seconde guerre mondiale et de romance entre Zero et la jeune Agatha.

Histoire que beaucoup de réalisateurs auraient pu inventer avant de la filmer. Le film aurait été réjouissant, pas forcément très crédible. C'est LA que la créativité de Wes entre en jeu.

La réalisation. Wes Anderson, c'est avant tout un travail de la matière. Ses films ne ressemblent à aucun autre travail de réal' (grand public) (même si certains font un rapprochement un peu foufou avec Jean-Pierre Jeunet) sur plusieurs aspects : la photographie, le choix des plans, la direction d'acteur. Tu l'as dit : TOUT ce qui fait la patte d'un réalisateur. Chez Wes, ne cherche pas, tout est absolument différent de ce que font ses congénères. Du coup, il est vraiment créatif. Prenons un exemple. [rire de la remarque qu'on a faite tout à l'heure sur mise en abyme]

Un autre réalisateur aurait affadi le décor pour le rendre plus vieux - Wes le fait acidulé.

Un autre aurait instillé de la tendresse dans le jeu d'acteur - Wes les automatise presque.

Un autre aurait fait des plans charnels - Wes les tient à distance.

Un autre aurait divisé le nombre de plans par 3 - Wes chance le point de vue sans cesse.

Un autre... Bref.

La créativité, chez Wes, passe donc par un regard différent sur des choses attendues. Et ça marche.

Prenons une des scènes de prison, en guise d'illustration finale. Plutôt que d'y instiller ce qu'on y met d'habitude (inquiétude, peur, tristesse, violence, etc.) avec ce que ça aurait de traduction symbolique par l'image (couleurs, mise en scène, plans) pour traduire un monde impitoyable, Wes y distille son univers acidulé, joueur, et surtout, graphique. Repère, dans la scène ci-dessous, les jeux de symétrie, les contrastes de couleur, de forme, de taille... Visuellement, c'est jouissif ET amusant. Rien de ce qu'on attend d'une prison. Créatif, donc. CQFD.

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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 08:13

Classique is not dead.

Comme tout ce qui possède une étiquette, une règle stricte, une image de rigidité, la danse classique est sujette au détournement dans les règles de l'art, c'est-à-dire à l'humour, à la frivolité, tout en conservant la même exigence, à l'instar des ballets Trockadéro , qui ont repris les grandes pièces classiques pour les danser en riant et en travesti, comme dans cette parodie du Lac des Cygnes. Il s'agit souvent de faire affleurer une personnalité, faite de gestes parasites et d'expressions faciales, dans le corps de la danseuse classique, dont le visage fermé et la parfaite gestuelle sont l'émanation de sa féminité sublime. Sois belle et tais-toi, en somme.

Mais comme le bouffon (au sens théâtral) n'est pas le seul moyen de détourner les codes, parlons un peu du directeur du Centre Chorégraphique National de Biarritz. On présente Thierry Malandain comme un chorégraphe contemporain. Ou néo-classique. Ou moderne. Sa danse est en effet un heureux mélange, reprenant les codes gestuels du classique, pointes tendues, ports de têtes, de bras, arabesques et compositions d'ensembles, auxquels il ajoute un soupçon de liberté, pieds flexes, marches naturelles, dos ronds, et un peu de théâtre... Avec cette écriture précise et originale, il a recomposé les grands titres du ballet classique : Roméo et Juliette, Daphnis et Chloé, le Boléro, Casse-Noisette... En 2013, il offrait au public un nouveau revisitage de talent : Cendrillon.

L'histoire, tout le monde la connaît - merci Walt : sans réseau, on n'arrive à rien. Cendrillon, souillon un peu cruche de la maison, réussit à entrer à la bachelor party du prince grâce à sa marraine la fée. Elle est physiquement intelligente, il tombe amoureux, elle doit partir before midnight, il la retrouve grâce à ses pompes, fin heureuse. Ici, pourtant, on ne s'éternise pas sur la triste condition de Cendrillon, on passe rapidement au bal (qui dure, qui dure...). Point de transformations magiques non plus : on n'est pas chez Arturo Brachetti, hein. La partie du soulier est d'ailleurs un peu décevante.

La magie, par contre, s'exprime dans une mise-en-scène et quelques tableaux que Disney pourrait nous envier : l'ouverture et la clôture, avec leur ronde de corps frémissants, le cercle-carrosse, les mouvements d'ensemble ciselés qui donnent l'impression que les danseurs se démultiplient... Au delà de la magie, nécessaire à la pièce, Malandain a également joué sur l'humour. D'une part parce que la pièce comporte des personnages comiques (le trio belle-mère+Javotte+Anastasie), mais aussi parce que tous, autour, réagissent à leur décalage : Cendrillon est un ballet-bouffe.

(c) Olivier Houeix

(c) Olivier Houeix

Traduire des histoires par la danse ne fait pas intervenir que la mise-en-scène : la gestuelle trahit l'émotion, l'intention. Ainsi, Cendrillon (Miyuki Kanei) est-elle toute en tendresse, en rondeur, en légèreté, pour figurer l'innocence romantique. De même, la belle-mère (Giuseppe Chiavaro) et les demi-soeurs (Frederik Deberdt & Jacob Hernandez Martin) sont-elles toutes en accents, en postures trapues et en pieds flexes, à des kilomètres de la féminité dans les codes classiques.

Si les danseurs principaux (Miyuki Kanei / Cendrillon, Daniel Vizcayo / Le Prince, Claire Longchampt / La Fée) sont techniquement sublimes, leurs prestations souffrent de la lisseté de leurs personnages. Chiavaro, Deberdt et Hernandez Martin, à l'inverse, sont les stars du show, justement parce qu'ils éclatent les codes tout en conservant une précision technique formidable. Dans mon coin, je suis resté bluffé par un second rôle, un danseur fantastique, souple, bondissant, son corps m'a fasciné par la qualité de sa danse... Petite bombe dans un casting plein de personnages plus visibles, Arnaud Mahouy, qui interprète successivement le Maître à Danser et l'Intendant des Plaisirs, m'a captivé.

Mahouy, à gauche, dans Roméo et Juliette (2010) - (c) Olivier Houeix

Mahouy, à gauche, dans Roméo et Juliette (2010) - (c) Olivier Houeix

(Si toi aussi, tu le veux en prof particulier, c'est possible...)

 

Bref, Malandain signe une petite pépite, un vrai moment de beau geste et de belle composition, équilibré, lumineux, drôle et juste. Même si le bal dure trop longtemps. La faute à Prokofiev, sans doute !

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