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Pour en finir avec ton tour de taille.

Publié le par SaintLaz

Diktat.

Les marronniers sont inéluctables, ainsi tu n'y couperas pas : on te parlera bientôt de retrouver la forme avant l'été. Parce que l'on exige de toi que tu sois beau, que tu sois divine.
Être beau. Comment incarner la beauté ? Sans doute pas seulement l'incarner, comme une peau qu'on enfile, non : peut-être faut-il qu'elle nous habite, qu'elle émane de nous ? Et si cette histoire de beauté intérieure était vraie ? Une beauté ressentie, immanente, qui ressortirait de partout au point qu'elle s'impose, qu'on l'affirme : "Que tu es belle !".

On ne fait pas au dessus du 40. Le cinéma, la télé, les jeux vidéos, la pub, la presse, mais surtout la mode : combien de dragons pour souffler sur le peuple ? Après la peur de la mort instrumentalisée par les religions, la peur du dégoût (a.k.a. "la fin du désir") nouvel opium du peuple. Après l'avenir, nous craindrions désormais le présent.
Alors qu'on peut se conditionner à s'aimer tel que l'on est. Et à en jouir plus que les autres, mêmes.

Et puis, être beau, est-ce bien un but en soi ?

Publié dans Danse, Tendance, La vie

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Carol, de Todd Haynes

Publié le par SaintLaz

Hello, it's me (again).

Le hasard est curieux, il provoque les choses. Un matin, sous la chambre où Wilde nous a quittés, à revoir celui qui, il y a quelques temps encore, n'était rien, et qui est devenu tout. Et à admirer le reflet de celui qui avait tout et qui n'en a rien fait. Parce que le temps passe, et parce qu'il nous est comptés, nous faisons souvent l'état des lieux. Le bilan. Et alors que le temps se suspend, là, sous la chambre où Wilde nous a quittés, le regard absorbé par le rose de ses lèvres, monte une question : devrais-je ? Devrais-je vraiment ?
Tiens, prends l'exemple de Therese. A l'approche de ce Noël 1952, elle croule sous le boulot dans ce magasin de jouets, quand apparaît Carol entre les rayons. Therese est fascinée, Carol, en appétit. Devrait-elle ? Devraient-elles vraiment ? C'est Carol, le dernier Todd Haynes.

L'histoire. Dans une époque où l'homosexualité est encore taboue, Carol, mère de famille dont le couple est sur la brèche, vampe Therese, fille de rien qui a tous les choix devant elle. Carol suit leur rencontre, leurs premiers pas, leurs doutes, leur passion et - reconnaissons-le - leur néant.
La distribution. Cate Blanchett est la Carol qui franchit tous les Rubicons - teint pâle, lèvres énormes, gestes de diva, lumineuse star du film. Rooney Mara est la terne Therese, jeune bouton de rose prêt à fleurir aussi bien qu'à se cramer au soleil. Les autres personnages ? Décoratifs : ils ne servent qu'à mettre la pression sur Carol - enfant, mari, ex, hommes de main.

Alors ? C'est très convenu : une fois dépassés le sublime lissage visuel, la composition impeccable, le glamour étalé sur l'écran, il n'y a aucune transgression (ni dans le jeu, ni dans la réalisation). Les deux personnages sont cliché ; la brune et la blonde, la voluptueuse et la sèche, l'apparence et la vérité, le spectacle et la réserve, l'argent et l'humilité... Où se retrouvent-elles ? Dans une fascination, apparemment - celle de Carol pour la simple Therese, celle de Therese pour l'extravagante Carol. Ou pour l'interdit. Encore une fois, sous ce glaçage doucereux, pas de prise de risque. Les émotions des deux femmes sont évoquées, mais elles sont toutes deux dans la retenue. L'arrachement, le manque, l'écoeurement, la colère, l'amour même : tout est filtré, caché, atténué. Comme planqué sous l'épaisse couche de maquillage tartinant les traits envoûtants de Cate Blanchett.
Carol est donc un film formel, manquant cruellement de vérité et de profondeur.

Tout l'inverse de ses lèvres, sous la chambre où Wilde nous as quittés.

Publié dans Ciné, La vie

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Funny girl, de Nick Hornby

Publié le par SaintLaz

Wannabe.

Par certains aspects dictés par le groupe, on devient adulte. On fait un projet, on travaille pour qu'il marche, on réussit ou on échoue. Tout cela, on le voit. On : toi, moi, les autres. Pour nous tous. La vie est un vaste jeu de Schrödinger : à peine l'idée d'un projet est-elle là qu'il est déjà aussi couronné de succès qu'avorté. Quelles forces, quel courage, quelle ténacité faudra-t-il pour parvenir à ses fins ?

Prends l'exemple de Barbara. Sur le point d'être nommée miss Blackpool - une année entière à être reine cheap de sa bourgade de la côte nord-ouest de l'Angleterre, que d'orgasmes en perspective, hein -, Barbara décline, embarque pour Londres et se lance à la poursuite de son seul rêve : devenir une reine de la comédie télé. Faire rire les gens : un noble but. Plusieurs obstacles : elle est une femme dans l'Angleterre des 60's, elle est jolie, et personne ne la connaît. Sans se laisser démonter, elle semble se laisser façonner par une équipe qui voit dans son physique un projet télévisuel intéressant, et impose petit à petit sa finesse et son esprit pour entrer dans le club des grands. C'est dire : en quelques temps, elle monte le projet autour d'elle, met les hommes en ordre de marche, renouvelle l'image de la femme, crée un précédent. 50 ans plus tard, elle regarde le passé avec l'inquiétude des actrices qui ne sont pas devenues Liz Taylor, sans être oubliées pour autant.
Pour nous lecteur, le pari de Barbara est l'enjeu de l'existence : se lancer ou ne pas se lancer. Succès, échec, peu importe : notre choix est à l'aveugle. L'avenir nous le dira, paraît-il.
Barbara est l'héroïne de Funny Girl, roman de Nick Horny, publié en français chez Stock (2014).

Funny girl, de Nick Hornby

Les cinéphiles auront déjà croisé Nick Hornby, dont Stephen Frears a adapté le High Fidelity en 2000, et il fut nommé aux Oscars en 2010 pour Une éducation, de Lone Scherfig. Oui, voilà.

Funny Girl est un roman léger, pimpant, sans complexité. L'écriture est souple, ne s'alourdit d'aucune description inutile ou de style travaillé : elle va droit à l'objet décrit, et fait ainsi avancer la narration tambour battant. D'un dialogue à une narration en narrateur omniscient, suivant Barbara le plus souvent, les autres plus ponctuellement, Funny Girl nous raconte une petite bande à l'assaut de... de...
C'est compliqué. Page après page, le roman semble nous décrire la vie de Barbara, puis l'aventure d'une nouvelle série télé, puis l'esprit de bande dans les arcanes de la BBC, et en filigrane l'Angleterre de l'époque, la cause féminine, le milieu du show business. Sans jamais choisir, Funny Girl mange à tous les râteliers, abandonnant en page paire le sujet passionnant de la page impaire. Au point que, guidés par l'écriture simple et joviale d'Hornby, on ne fait plus vraiment attention à ce que l'on raconte, et "le destin d'une jeune fille ambitieuse" mute en "la couleur du temps". On pourrait regretter le manque de subtilité de l'intrigue, c'est au final son instabilité que l'on dénoncera en premier.
Ce qui est plaisant, dans ce roman, n'est donc pas la splendeur de l'écriture ou la maestria de la construction, mais bien cette façon d'éveiller l'ambiance des sixties, celle des tabloïds qui suivent les yéyés made in England - les Beatles ne sont jamais loin - la BBC, les filles et les garçons... et pourtant, Hornby ne nous décrit rien : pas un vêtement, pas une coupe de cheveux, pas une voiture - pas une seule mode qui pourrait nous rappeler que l'on est dans le Swinging London. C'est donc une ambiance suggérée et légère, qui rend la lecture plaisante, mais pas passionnante.
Un peu comme la vie d'adulte, par certains aspects.

*****

Fun fact : le Funny Girls est un bar de Blackpool. Mais pas n'importe quel bar : un cabaret burlesque, où la communauté LGBT a établi ses quartiers avant la banalisation des années 2000.

Publié dans Littérature

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Tous différents, tous les mêmes.

Publié le par SaintLaz

Capilliculture

L'homme glabre à la Brad Pitt dans les années 90 est mort : le poil a gagné. A la fois affirmation de la virilité et objet design, la barbe est passée d'étendard de l'homme nouveau à banalité absolue. Pourquoi ? Parce qu'elle est aussi un correcteur naturel de visages : avec elle, finis les mentons trop longs, les peaux marquées, les visages dénués de charmes. Son adoption massive était donc inévitable.

La barbe, c'est l'objet de la série photo d'Olivier Vinot intitulée Festina lente ("hâtez-vous lentement").
Parti de l'envie de réaliser une série de portraits bruts, non retouchés, comme un coup de gueule contre le tout Photoshop, parce que "l’individu dépourvu d’artifice peut être beau, à condition de s’y attarder quelque peu." (dit-il). Son premier modèle est un barbu. La barbe, ses représentations, ses clichés : il n'en fallait pas plus pour que Vinot parte en guerre contre les idées reçues, à la conquête des hommes bruts et de leur barbe à eux.

 

Le résultat est tout d'abord fascinant. Regards directs, expressions gommées, comme une plongée dans la vérité nue de tous ces hommes. Pas d'artifices, pas d'airs empruntés.
Comme pour toute chose, la masse détruit la singularité. Posés côte à côte, alignés sur les mêmes éléments (les yeux ? la base du nez ?), regardés à la dérobée, sur un écran où ils défilent les uns après les autres, les disparités se gomment, l'humanité disparaît un peu : ils semblent tels des portraits-robots dessinés par ordinateurs ; changez un peu la barbe, éloignez un peu les yeux, non, le sourcil plus fourni, le nez plus long, la bouche plus forte... Des hommes comme si on pouvait choisir celui que l'on veut, sur catalogue. Des hommes différents, mais anonymes, sans histoires, comme des inconnus que l'on croise dans la rue sans s'en rappeler.

Publié dans Photo, Tendance

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Lettre ouverte à 2015

Publié le par SaintLaz

Chère 2015,

Imagine, ta vie : le temps file entre tes doigts. Tout juste née, tu connais la date exacte de ta mort. Le Temps dont tu es faite, tu n'en jouis pas, tu le saignes inexorablement, tu ne le libères jamais plus vite, ni ne le retiens : il te dessine, il te tatoue. L'un après l'autre, chaque trait te ride d'un moment, d'un souvenir fugace ou d'un instant d'éternité.
Quelles forces as-tu ? Celles des esprits qui te mesurent, seulement. Nous ! T'amuses-tu à nous multiplier, c'est nous qui prenons conscience, et nous avons assez de ressources pour choisir de t'oublier. Tu as le droit à l'oubli, nous en avons le pouvoir.

Alors à quoi as-tu joué, 2015 ? Du bas des cloaques où tu nous vois précipités, il ne reste rien à faire qu'à pleurer notre bêtise collective, faute d'intelligence individuelle réelle. Qu'as-tu fait pour nous prévenir, qu'as-tu annoncé ? Nous avons oeuvré pour la joie, la beauté, l'aventure humaine. Nous avons parfois réussi, mais le fouet reste notre outil favori. Toujours la même violence, et la croissance des risques, et nous abêtis devant nos écrans, partout nos écrans, tout le temps, autruches, sublimes créations dont les plumes embellissent les scènes de mensonge. Sauf si le théâtre survole la vie, auquel cas nous le parons.

2015, encore et toujours de l'humain, parce qu'encore et toujours de l'erreur, de l'absurde, de l'émotionnel. De sang, de tragédies, de disparitions et d'accidents, de peur et de traumatismes, humains, naturels, éternels, nous ne manquons de rien pour éveiller en nous le bonheur de la compassion, le plaisir de pleurer ensemble, la force de nous soutenir dans la douleur. C'est tout ce qu'il reste de notre sens tragique. Et c'est tout ce que nous te dédions. Nulle naissance, nulle tendresse, nul amour qui ne nous aveugle assez pour oublier le drame que nous préparons, dramaturges insensés, fols esprits !

Retour aux sources, au chtonien, au reptilien. Alors que nous t'avons enterrée, ton souvenir nous hante, curieux anniversaires, et s'il n'y a rien pour nous retenir, nous barbouillerons 2016 des mêmes éclats que toi, de rouge et d'or. Sans regrets, 2015. 2016, à nous deux, à nous tous.

Publié dans La vie, 2015, Bilan

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