
Il y a des postures, des clichés, des modes d'appréhension qui sont parfois usants, quand on apprécie une oeuvre. Non pas qu'il faille un silence
de mort, non : il faut suffisamment de calme pour ressentir et intellectualiser une oeuvre, c'est tout. Malgré tout, on est rarement seul et rarement en face de l'oeuvre seule, notamment pour la
musique, qui ne passe pas (ou peu) par la vue.
Des messages, envoyés pour ou contre telle ou telle partie de l'histoire de l'art, on en a tous entendus qui nous navrés ou fait sourire. "J'adore l'abstrait !" dans Les
trois frères, c'est presque pas une blague, comme scène : on joue souvent la démesure sans le savoir. On est entiers, sans concessions, engagés, au point d'être parfois aveugles : simplement
parce qu'on déteste sentir que ce qui nous a émus n'est pas de la piquette ... Sauf si on a assez de cran pour ne pas se laisser influencer. Bref : les postures sur l'art, y'en a une floppée.
Justement passait hier soir Musée haut, musée bas. Une comédie désopilante de Jean-Michel Ribes, passée sur grand écran l'an dernier. Un bijou d'humour et de justesse,
un peu de recul sur nous-mêmes. Y'a pas mieux.
parce que certaines huîtres contiennent des perles, bien entendu.
Quand je suis arrivé à Créteil, après près d'une heure d'un métro qui semblait m'emmener au bout du monde, je suis tombé sur un UGC et un centre commercial, mais sans logements
autour. Oui, c'est ça : la banlieue. Il faisait nuit, il faisait froid, c'était gris, noir et plein de néons, les gens avaient l'air tristes ... ça doit être ça, le vendredi soir en novembre.
Donc, dans cette ville rugueuse et grise (la nuit) comme une huître, il y a un grand bâtiment qui fleure bon les années 80, du béton, de la démesure, des verrières sans lumières
et une toute petite entrée sur une grande esplanade ouverte au vent, où trône une petite sculpture contemporaine un peu sale, avec des grandes marches bizarres (plus profondes que hautes ...). Ce
bâtiment, c'est la MAC. Ou la MACAM. La Maison des Arts et de la Culture André Malraux.
Une grosse huître urbaine, dont j'avais déjà entendu parler parce qu'elle semble jouer les avant-gardistes tout en restant populaire (un métissage difficile à assumer et à réaliser, en général).
Et dans ce grand écrin, une grande salle, presque immense, une scène à peine surélevée, sans rideaux, et des sièges qui semblent glisser vers elle. Une dynamique de réunion
salle-scène assez joliment architecturée. ;)
Et sur cette scène, la perle.
Elle est espagnole. Elle danse. Elle chante. Elle joue. Elle fait danser. Elle tefait danser, quand tu la regardes. C'est Blanca Li.
Elle s'attaque à un grand du passé : Hieronymus Bosch. A son Jardin des
délices. Et visuellement, je n'ai encore rie vu d'aussi riche. Flamboyant, coloré, piquant, drôle et profond à la fois. Elle ausculte l'homme et la femme à travers leurs petits
travers et leurs grandes vérités. Elle touche à l'impossible : reroduire par l'humain ce que l'imagination a couché sur la toile. Des corps longs, filandreux, des animaux étranges, des désirs
décalés, des attitudes barbares mais pas si éloignées de la réalité. Elle est partout, elle est ailleurs : Blanca, c'est la créatrice qui prendrait le reais de Dali, de Saint Jean. Un univers
proche et pourtant mille fois plus explorable que nos limites.
C'est bon signe : on n'a jamais eu besoin de planer pour voir des merveilles : certaines huîtres sont des mondes bien plus beaux.
Quand on parle d'Albert Camus, on pense tout
de suite à L'Etranger, La Peste ou encore La Chute. D'autres poussent plsu loin et citent Caligula, L'Homme Révolté voire Les Justes ou
Le mythe de Sisyphe. Et puis il y a les encyclopédies sur pattes qui connaissent toute son oeuvre, date et noms de personnages par coeur, à la ligne près (ceux-là, mieux vaut les fuir :
autant d'érudition, ça cache forcément un relationnel malheureux ^^).