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Tu Cherches Quelque Chose ?

Parce Que Je Parle Aussi De...

22 décembre 2014 1 22 /12 /décembre /2014 09:24

Syndrome de Stockholm

Je ne sais pas toi, mais moi, j'aime vraiment confronter le mal le plus sombre à l'intelligence. Je dis bien confronter, pas mettre au service - encore que. Pour moi, il s'agit d'user d'une intelligence teintée de morale, de "justice", pour décrypter le discours, appréhender les actes, saisir l'architecture. Le mal comme sujet d'étude - pour le comprendre, pas pour le justifier.

Au cinéma, la rencontre entre le mal absolu et l'intelligence décorticatr décortiqueu décorticante (tant pis, hein), il y en a plusieurs exemples, et celui qui me semble le plus clair, c'est Le silence des agneaux. Hannibal Lecter, Clarice Starling : 3 épisodes pour sonder les origines du mal assumé.

Dans ce rencart avec le mal, on ne doit pas forcément avoir affaire à des psychopathes tueurs en série - même si la mort d'a priori innocents est un sine qua non du mal absolu - et de ce fait, on peut être face à des femmes d'affaires, des pères de famille, des filles planquées dans un bled ou des hommes politiques bien en vue.

Cette semaine, tu peux découvrir Le temps des aveux, le nouveau Régis Wargnier (mais si, c'est celui qui avait signé Indochine, en 1991, Oscar du meilleur film étranger, 5 Césars...).

  • L'histoire ?

"Cambodge, 1971.
Alors qu’il travaille à la restauration des temples d’Angkor, François Bizot, ethnologue français, est capturé par les Khmers rouges. Détenu dans un camp perdu dans la jungle, Bizot est accusé d’être un espion de la CIA. Sa seule chance de salut, convaincre Douch, le jeune chef du camp, de son innocence. Tandis que le français découvre la réalité de l'embrigadement des Khmers rouges, se construit entre le prisonnier et son geôlier un lien indéfinissable…"

Tout pourrait y être : l'ethnologue en guise d'intelligence sensible VS le Khmer rouge en guise de salaud. Et de fait, le film suit davantage leur relation que le cours de l'Histoire, et c'est bien plus la fascination devant la question Orangina Sanguine (Pourquoi est-il aussi méchant ?) mâtinée du paradoxe stockholmite (et pourquoi est-il gentil avec moi ?) qui mène le discours.

  • Pourtant, dans ce film, il m'a manqué un truc.

C'est subjectif, je sais bien, mais après tout, l'art s'adresse au subjectif, hein, et ceux qui s'en tiendront à l'objectif pour critiquer une oeuvre manqueront 50% de son dessein. Tout ça pour dire : il m'a manqué quelquechose.

Au début, je trouvais que le jeu d'acteur manquait d'emphase. Comme si ces gens pris-dans-la-tourmente-de-l'Histoire n'avaient pas le réflexe qu'on en espérait : colère, sentiment d'injustice, terreur, peu importe... Là, j'avais l'impression d'un self control pas de très très bon aloi. Un peu trop calmes, tous ces gens...

Puis je réalisais, peu à peu, qu'en fait il me manquait, dans ce face à face avec le mal, des dialogues habités, des grands mots, de l'universel, de l'intemporel, du jugement, comme si, justement, on assistait à la lutte du bien et du mal, façon tragédie grecque, plus que film américain. La confrontation verbale, révéler l'atrocité, l'immoral, l'inhumain, l'utopie, tenter de justifier l'injustifiable... et faire tomber le couperet d'une condamnation sentencieuse...

Bref, je calquais sur ce film des désirs de mélodrame racinien qui n'avaient peut-être pas de raison d'être. Une prise d'otage n'est pas forcément le moment de remettre le Temps, le Monde et l'Homme en jeu pour un simple rencard avec l'idéologie. N'empêche, j'aurais bien aimé.

  • Et donc ?

Ben donc le film est quand même très chouette. Vas le voir, tu me diras.

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Published by Charlie SaintLaz - dans Ciné
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21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 23:06

Année moyenne.

 

Perso, l'année commence toujours avec les Golden Globes. Avant, tu vois, ce n'est que du rattrapage de l'année précédente. Au 12 janvier, les Globes ont donc dressé la liste des trucs que je devais aller voir avant les Oscars (en mars). Cette année, donc : Twelve years a slave, Gravity, Blue Jasmine, Le loup de Wall Street. Evidemment, je ne suis allé en voir aucun. Toutefois, comme les deux cérémonies, j'insère dans mon top de l'année l'excellent Dallas Buyers Club (Jean-Marc Vallée), et admire le scénario de Her (Spike Jonze).

De la même manière, et par chauvinisme de bon aloi, je donne aux Césars (12 février) la même importance : ils me disent quoi aller voir tant que c'est encore à l'affiche. Sauf que cette année, hormis l'Inconnu du Lac et Alabama Monroe, je ne regrette pas d'avoir manqué tout ce qui a été récompensé : vu le plébiscite pour le Guillaume de Gallienne, les goûts du jury étaient lourdement remis en cause.

Cannes, par contre, s'est révélé un incroyable préconisateur de films : Maps to the Stars, Saint Laurent, Mommy, Sils Maria, Les combattants, Bande de filles, P'tit Quinquin... sans compter tous ceux que je ne suis pas allés voir, desquels la sélection cannoise m'avait donné envie. Si je suis toujours assez distant du palmarès, je me plais à voir les films en compétition, même longtemps après, je demande aux quelques insiders ce qu'ils recommandent...et je compare. En l'occurrence, je n'ai exulté sur aucun des films recommandés par mes contacts, à l'exception de Sils Maria, que j'ai adoré. Comme quoi...

Côté temples, 2014 fut l'occasion de découvrir le MK2 Etoile Lilas, l'UGC Paris 19, le Louxor et le Pathé Rives de l'Orne. Variés, tous-beaux-tous-propres et preuves monumentales que le cinéma, en France, va bien.

 

Mais parlons films.

Les phénomènes de foire ont été nombreux. Je garde en tête l'excellentissime Gone Girl, dont le jeu d'acteurs a partagé les spectateurs entre fans de l'abrutissement par la situation et les haters de limandes. Il y a eu l'explosif Lucy, monté en épingle par les médias, descendu par tout le monde, alors que le film est quand même marrant. Pas bien, hein, juste marrant. Et le clash Interstellar, qui a pourri nombre d'amitiés cinéphiliques tant le film ne laisse pas indifférent.

Toujours est-il qu'en cette fin d'année, tout le monde semble plébisciter The Grand Budapest Hotel. Le Wes Anderson est, sans doute, le film le plus intelligent, drôle, décalé, et surtout cinématographique, de l'année. J'en avais parlé ici, et je plussoie mes camarades : le film déchire tout.

Toutefois, faisons un petit tour de ce que j'ai vu cette année.

Je voudrais d'abord insister sur le fait qu'il m'est arrivé de me questionner sur mon rapport au cinéma puisque je me suis senti le seul à ne pas avoir surkiffé-ma-race Only lovers left alive, à m'être un peu ennuyé devant Mommy, à avoir trouvé le Saint-Laurent de Bonnello vraiment rasoir, et à ne voir en Boyhood qu'un film-concept. Surestimés.

Pareil : je ne comprends pas qu'on n'aie pas plus encensé les Métamorphoses de Christophe Honoré, le Coldwater de Vincent Grashaw, le Locke de Steven Knight... et pourquoi autant de haine contre La Belle et la Bête de Christophe Gans ? Sous-estimés.

Pour le reste, je garde très fort en tête la terreur sublime de Tom à la ferme (X.Dolan), le discours et la progression fascinante de Nymphomaniac, partie 2 (L. von Trier), l'interrogatoire hilarant d'Elle l'adore (J. Herry), le jeu d'acteur d'American Bluff (D.O'Russell) et celui de Lulu femme nue (S.Anspach), la musique magique de New York Melody et les rêves puissants de Walter Mitty.

En conclusion, mes films favoris de l'année sont :

1. La vie rêvée de Walter Mitty

2. Dallas Buyers Club

3. Sils Maria

4. New York Melody

5. Gone Girl

6. Coldwater

7. La Belle et la Bête

8. Métamorphoses

9. Tom à la ferme

10. The Grand Budapest Hotel

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Published by Charlie SaintLaz - dans Ciné Tendance
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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 12:11

Fictive vérité.

Naïveté, lucidité, désillusion, dogmatisme, scepticisme, intégrisme, déni, pessimisme : et toi, es-tu plutôt bisounours ou acrimonie ?

Je suis souvent admiratif du raisonnement, quel qu'il soit, qui que soit celui qui l'élabore. Un raisonnement, c'est un énorme tas de connexions de neurones, des trucs chimiques de partout, dans tous les sens, parfaitement organisés sans être monotones - je veux dire : si chacun raisonne, il n'y a pas qu'une seule façon de raisonner (sans quoi chacun penserait pareil), donc pas qu'un seul ordonnancement de connexion synaptiques menant au raisonnement. Tu me suis ?

Mais surtout, un raisonnement, c'est un formidable livre d'histoires à ouvrir. Un raisonnement, c'est l'héritage d'un passé lui-même constitué d'un très gros tas de connexions, c'est un instantané, une photo d'aujourd'hui (genre "voilà où m'ont mené toutes mes connexions passées"), c'est la promesse d'avenir, la base d'une projection de potentiels raisonnements à venir, le substrat des connexions futures. C'est cette histoire qui vaut toujours, TOUJOURS la peine d'être creusée, questionnée, déroulée, pour mieux cerner qui se cache sous l'apparence, il faut savoir ce qui se passe là-haut, dans le ciel des idées engoncées entre les os temporaux.

Prenons un exemple.

Un bon copain me dit ne pas avoir aimé Interstellar parce que le film n'est pas crédible. Faut dire qu'apparemment, toute la promo du film s'est faite sur fond d'extrême véracité du propos, un astrophysicien de haut niveau au conseil scénaristique est même évoqué. Et du coup, au vu du film, la déception est immense : les faits ne sont pas crédibles, mais ils sont construits de telle façon qu'ils pourraient l'être. On passe donc de la Vérité nue à la véracité d'une construction scénaristique basée sur l'onirique, le psychique, l'humain - donc le faillible.

Faut dire, d'une part, que la vérité nue aurait fait tourner court le film : la finitude de l'esprit et son impuissance physique n'auraient rien donné (sinon, peut-être, un remake de Melancholia). Et d'autre part, le propre d'un film se passant dans l'espace est nécessairement de dépasser le réel : la fiction, fût-elle une science fiction, n'a d'autre objectif que de raconter une histoire, de transformer la vérité. Donc le vérité d'une fiction, si je puis me permettre, tu vois le hiatus.

Et tu me diras : à quoi il sert, alors l'astrophysicien, là ? Et bien... Pas à dire ce qui est, non, mais à donner les bases justes à l'extrapolation nécessaire au scénario, donc, pour faire simple : au délire.

Fantastique.

Le pitch : la Terre touche à sa faim fin. Dix ans auparavant, on a envoyé des grosses têtes solitaires explorer une faille dans l'espace à la recherche de nouveaux mondes à coloniser. Aujourd'hui, une poignée de petits génies utilisent ce qui reste de la NASA pour aller voir 3 des planètes explorées. Avec des distorsions espace/temps, des enjeux familiaux et/ou romantiques, la survie de l'espèce en toile de fond et l'espace infini en guise de décor... Whaou.

Fantastique, donc, dans le sens où le film relève du fantasme. Tu peux évidemment le prendre au premier degré : une course contre la montre pour trouver à l'Humanité un nouveau berceau à polluer. Tu peux aussi le voir comme une fable sur le possible, l'onirique, et, au final, c'est une métaphore de l'homme, tout bêtement, dans ce qu'il a d'eschatologiquement inquiet, de rationnellement imaginatif, d'irrémédiablement bourré d'espoir. Et dans ce domaine, les Américains ont non seulement créé le modèle normatif, mais ils ont aussi su lui donner la forme qu'il faut pour que tu t'en souviennes. Christopher Nolan ne dépare pas au tableau : son histoire est pleine de beaux sentiments, d'inventions aussi improbables que pas crédibles, tout y est éminemment criticable, voire risible par moments... Il n'empêche que tu ressors d'Interstellar en ayant l'impression d'avoir vécu une incroyable épopée spatiale, un truc à couper le souffle, un vrai film d'action... à condition de ne pas prendre le discours scientifique au pied de la lettre.

Si tu n'as pas de place pour l'imagination - et, d'une certaine façon, pour la résignation de ta raison -, alors fuis, jeune padawan.

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Published by Charlie SaintLaz - dans Ciné
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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 14:33

Rien à voir avec Françoise.

Dans la famille bankable, je demande Tom Hardy. Tu aurais du mal à t'en souvenir dans l'immédiat parce que ses grands rôles sont ceux de la métamorphose physique impressionnante au point de nous faire oublier son vrai visage. Pourtant, tu l'as vu dans Inception, The Dark Knight rises, Bronson ou encore La Taupe, dans des rôles qui sont loin de le faire passer inaperçu. Du coup, sans être incontournable, il est une pièce bien en vue du grand échiquier du cinéma anglophone : dans la famille bankable, il est donc le cousin de province, tout Anglais qu'il est dans les studios hollywoodiens.

A l'image de Kate Winslet ou de Hugh Grant, le petit Londonien est donc parti à la conquête d'Hollywood, avec succès : Ridley Scott, Sofia Coppola, Steven Spielberg, Nicholas Winding Refn, Christopher Nolan, tout ce petit monde a remarqué qu'il faisait joli à l'écran, mais pas que.

Parce que Tom Hardy, c'est quand même un physique.

Doit-on parier sur Tom Hardy ?

Sans avoir été élu l'homme le plus sexy de l'année, on peut lui décerner le titre des plus belles lèvres du cinéma. Mais ce n'est pas franchement le propos, évidemment : parlons cinéma.

Outre de grands rôles dans des films populaires (Bronson, The Dark Knight Rises...), Tom s'est illustré dans des films austères et sérieux, où il laisse une trace remarquable (La Taupe, notamment).

Je te propose de porter le regard sur deux films sortis cette année : Locke, de Steven Knight, et Quand vient la nuit, de Michael R. Roskam. Images.

Dans ces deux films, Tom Hardy incarne Mitterrand la force tranquille. Le bestiau habitué aux tâches viriles, protecteur et sûr de lui, le mâle tel que le gender le construit, une figure connue, donc rassurante. Mais surtout, il offre une prestation nickel, des personnages habités, dans des performances aussi variées que le huis clos ou le film de genre.

# Locke

Un habitacle de voiture. Un conducteur sur les routes anglaises. Une floppée de coups de fil. Le scénario semble tenir sur un timbre post, et pourtant, l'histoire de cet homme qui traverse le pays, de nuit, quittant famille et boulot pour se montrer digne du statut d'homme, responsable, honnête, présent dans les difficultés, tient le spectateur en haleine. Passant tour à tour de bourreau malhonnête à sauveur en puissance, il offre une plongée dans l'univers mental d'un homme d'aujourd'hui, la vérité criant dans les images de pénombre, les émotions lisibles sur son visage solide, l'esprit tourmenté traduit en peu de gestes, en quelques attitudes auxquelles l'acteur donne une justesse sidérante, quand on y repense. Du talent brut.

#Quand vient la nuit

Un bar, de l'argent, une mafia, un caïd, une fille, un barman réglo. Le décor est planté pour une bonne vieille soupe ciné. Et pourtant, le scénario fait la part belle au barman, un brave type abruti par le système qui t'interdit de réfléchir, parce que (se) poser des questions, c'est se mettre en danger. Oscillant entre la loi de l'ignorance et le refus de se faire marcher dessus, notre homme ne recule jamais, cherche toujours à résoudre, à se dédouaner, à écarter les problèmes... tout en évitant d'y laisser ce qu'il aime empêtré. On ne suit que ses actes, soumis à notre jugement, sans savoir ce qu'il a en tête pour nous servir de circonstances aggravantes ou atténuantes. Un rôle tout dans l'image, donc, dans la précision du geste de l'expression, servi par une réalisation aux petits oignons (sans être ambitieuse). Bref, l'acteur mis en lumière. Avec succès.

 

D'où ma question : faut-il parier sur Tom Hardy ?

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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 08:29

L'âge n'est qu'un chiffre.

Quitter une dizaine, sans bilan, en paix avec le passé, aux prises avec le présent, le front offert à l'avenir. Réaliser, aussi, que ledit front est moins lisse qu'avant. Flipper un peu. Le corps... non, mon corps, mon lieu où je suis enfermé, où je prends mon aise, sur lequel je m'appuie pour conquérir mon monde. Ca me rappelle les hétérotopies de Michel Foucault.

Je mesure le temps qui passe sur mon corps. Agilité, finesse, équilibre. Le geste, depuis toujours, comme expression visible que je suis en vie. Alors la danse, très vite... Danser, c'est sauver son corps de l'indifférence. C'est lui donner la force, l'énergie, la précision, la sensibilité. Et donner cela à son corps, c'est le donner à soi, à l'expression, à l'être, au devenir.

Danser m'a permis d'exister. Timide, dominé, mal à l'aise, l'enfant que j'étais devenait, cours après cours, plus maître de lui-même, respectant les consignes, mais seul décideur du mouvement, de sa justesse, de sa perfection. Par le travail. Spectacle après spectacle, interprète d'abord, chorégraphe ensuite, connaître et utiliser mon corps signifiait prendre le pouvoir, m'imposer les règles gestuelles, savoir les proposer aux autres, les décrire.

Vieillir, plus que m'inquiéter, me questionne. Danser toujours, mais user le corps, changer de corps, donc sans doute changer tout court. D'autant que, pour reprendre Dorothée Gilbert, "plus on vieillit, plus on a de choses à dire". Ce qui allait bien avec ce dit Dominique Mercy : "Il y a peut-être une course-poursuite engagée avec la mort. La danse a touché autre chose que le seul désir de bouger."

L'adaptation, évidemment. Vieillir, ce n'est pas mourir un peu, c'est changer. Et changer impose de s'adapter. Comme mon handicap, qui m'a diminué, je me suis adapté. Par la danse, notamment. Dans ma danse, bien entendu.

Dans Let's Dance (part.3, réal. Olivier Lemaire), diffusé sur arté ces derniers temps, le danseur-chorégraphe Hédi Thabet revient sur le handicap qui est le sien* : "C'était évident pour moi de venir sur scène, avant, parce que je savais ce que j'avais à faire. Après, quand tu te poses la question "C'est quoi, mon désir, maintenant ?", par rapport à la scène, par rapport à ce que j'ai vécu, si j'ai envie de venir, ce que je sens le mieux... Tiens, moi, le mieux, c'est sur une jambe, avec les cannes, au niveau de la circulation, c'est très logique, c'est comme ça que je me sens le plus léger. Sauf que la vision de cette chose-là - c'est-à-dire que tu arrives sur un plateau avec une jambe, tu arrives avec deux jambes - les gens n'ont pas la même interprétation. Mais ce n'est pas le propos. Ce n'est ni à cacher, ni à revendiquer."

Ni à cacher, ni à revendiquer. Exactement. Une fatalité, mais pas une fin, au contraire. Juste la même liberté, différemment.

Alors s'adapter, bien sûr, sans problème. Donc vieillir... bien entendu. Avec plaisir, même.

* Hédi a perdu une jambe lors d'un cancer des os.

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Published by Charlie SaintLaz
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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 20:57

Point de métaphysique, non. Juste deux films à voir... même si moi je ne suis pas forcément enthousiaste.

# L'Etre

Il est partout : Xavier Dolan, garçon aussi talentueux que controversé, a réalisé la plus belle tournée de promo qu'on ait vu depuis longtemps pour la sortie de son 5e long métrage, Mommy. Dolan, je le suis depuis la choc J'ai tué ma mère, que j'admire au point d'en être devenu l'ambassadeur Vodkaster. Autant dire que j'attendais Mommy de pied ferme. Pourtant, Dolan, c'est l'ascenseur émotionnel : emballé par J'ai tué, calmé par Les amours imaginaires, refroidi par l'interminable Laurence Anyways, réchauffé par le brûlant Pierre-Yves Cardinal Tom à la ferme, à quelle sauce allais-je être mangé et/ou manger Mommy ?

Diane récupère son fils Steve, viré d'un centre de rééducation comportementale. Faut dire que le gamin est à fleur de peau, passant de l'exaltante puissance de l'enfance à la violence fantastique de l'adolescence. Mais gérer un môme intenable n'est pas facile, et la relation mère-fils est sans cesse sur la brèche. La voisine d'en face, Kyla, instit' en break mal à l'aise dans sa vie, s'avère être d'un grand secours : elle calme le petit, soulage la mère, et s'épanouit au passage. La belle, la bête et le saint-Bernard.

Dolan est doué. Doué pour filmer, avec une richesse d'image qui ne s'est jamais démentie : il cisèle sa photographie pour mieux soutenir le propos absolu de ses film, caché dans une histoire ancrée dans le quotidien, le réel. Pourtant, dans Mommy, la poésie et la beauté léchée s'estompent face au sujet : plus qu'un film esthétique, c'est un film social. Mais les archétypes des personnages, frisant la caricature, empêche la beauté de t'exploser au visage. La scène encensée par mes confrères de la danse en famille sur On ne change pas m'a laissé indifférent, malgré sa poésie de parenthèse douce dans un contexte de brutes.

Suis-je donc passé à côté du film ? Embarqué par le propos, séduit par Anne Dorval (Diane), je suis sorti de Mommy en me disant qu'il me manquait quelque chose. Quelque chose de grandiloquent, de ténébreux et d'universel. Un rapport mère-fils conflictuel mais touchant, jonché de paradoxes et de fulgurances, ne me suffisait pas.

Pas conquis, donc... mais incapable de ne pas t'encourager à y aller.

 

# Le Paraître

Autant je peux prétendre avoir vu tout Dolan, autant Fincher... Alien, Se7en, Zodiac, The Social Network m'avaient assez séduit pour m'attirer en salles, avec des résultats variés. Surkiffance absolue pour The Social Network, ennui sidéral devant Zodiac, même si je ne jette pas *tout* le film avec l'eau de la postprod. Autant dire qu'avec Gone Girl, je m'attendais à tout, au meilleur comme au pire.

Gone Girl, donc. Nick Dunne a l'air d'un type bien. Un matin, sa femme disparaît. Toute la communauté se mobilise, l'affaire gagne la presse locale... Peu à peu, une série d'indices mène à désigner Nick himself comme étant à l'origine de la disparition. Plus le film avance, plus l'étau se resserre, on la croit morte, on le croit coupable, mais lui nie. Et justement...

Je m'attendais à un ronflant polar où le mari, se croyant auteur du crime parfait, allait être peu à peu adossé à la vérité, la rédemption s'offrant à lui d'une incroyable et symbolique façon. C'était oublier la passion de Fincher pour les scénarii alambiqués, les twists renversants et les scènes faites pour perdre le spectateur. J'ai été servi. Non seulement, gagné par l'intensité du film et son rythme allant bon train, je me suis laissé bercé par le scénario, mais en fait, je n'ai rien vu venir. Rien. Aucun des twists, aucune des scènes fortes, aucun des traits cachés des personnages... alors qu'ils sont parfaitement fincheriens (inadaptés, aliénés ou obsessionnels).

Là, Ben Affleck tient un Dunne bonne pâte mais largué, parce que face à l'incompréhensible, à une intelligence et une logique féminines qui le dépassent, le terrorisent autant qu'elles le séduisent. Une prestation juste. En face, Rosamund Pike incarne la disparue, Amy, aussi innocente en apparence que redoutable, avec un brio qui fait frissonner et génère en toi moi un désir teinté de perversion... Je pourrais en parler longtemps, mais je me sens bien petit devant l'immensité de la tâche. Résumons.

Musique, montage, photographie, effets visuels, interprétation, scénario : rien n'est à jeter dans ce film qui vient questionner les comportements - "normaux", attendus, policés, réels, imprévisibles ou délirants. Des comportements qui trahissent des personnalités et leur puissance réalisatrice. Et toi, dans ton siège, baladé par l'histoire ou à l'affût de la richesse visuelle (voire les deux). Extra.

En conclusion : Mommy dresse le portrait d'une Amérique aux prises avec la réalité, une Amérique à bout de souffle, fut-elle québecoise / Gone Girl s'attaque aux apparences de l'american way of life, thème récurrent d'une Amérique qui se voile encore la face. Dolan est plongé dans l'être, Fincher dans le paraître. Deux films pour deux modes de vies occidentaux, la vérité des sentiments en épée de Damoclès.

Pour autant, pas de leçon de cinéma, mais deux films à voir, pour saisir la complexité d'un cinéma d'outre-Atlantique riche, travaillé, intelligent.

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Published by Charlie SaintLaz - dans Ciné
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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 10:48

Heureux qui, comme Ulysse...

A quel âge devient-on mûr ? Alors que mon heure approche, je me questionne sur ce qui m'interpelle, m'anime, m'a poussé et freiné, avant. Avant. Et je réalise que ces atermoiements, qui me font peu à peu passer d'insouciant, frondeur et fonceur à réfléchi, révolté et réservé, correspondent peut-être à une forme de mastur maturation, de passage rituel des Modernes aux Anciens. La lutte éternelle incorporée dans les âges d'homme.

Y'a-t-il donc un avant et un après ?

Pour répondre à cette question, j'appelle à la barre trois films français sortis en 2014.

 

# Acte 1 - D'Honoré à Pio

1607. Honoré d'Urfé publie le début de L'Astrée, premier roman moderne français, où, en gros, il raconte comment, dans le Forez du Ve siècle, Astrée a douté de la fidélité de Céladon, au point que les deux bergers se retrouvent embourbés dans une situation qui les pousse au suicide.

400 ans plus tard. Eric Rohmer reprend l'histoire et tourne Les amours d'Astrée et Céladon, avec Jocelyn Quivrin dans un rôle secondaire. L'image est bucolique et inspirée de l'imagerie antique des peintures classiques, le rendu est naïf, artistique et littéraire, à l'image du cinéma du maître.

7 ans plus tard. Léa Fazer reprend l'histoire de la rencontre Rohmer/Quivrin et tourne Maestro, avec Pio Marmaï dans le rôle de Quivrin. Film à double histoire : celle des personnages, Henri (inspiré de Quivrin) le jeune fou plus Need for speed que Les 400 coups, et Gloria (jouée par Déborah François) la bohème littéraire et candide, le premier luttant pour séduire la seconde, et celle du film qu'ils tournent, inspiré de L'Astrée. Jeu croisé, donc, entre la romance impossible d'Astrée la méfiante et Céladon la victime, et la romance impossible entre Henri le foufou et Gloria la posée. Brillant.

Maestro est un film charmant : le charme de la simplicité des sentiments par un déplacement de la vie - d'une part parce que le tournage a lieu à la campagne, loin des excès de la ville, d'autre part parce qu'ils sont acteurs, leur permettant de tricher sur ce qu'ils sont, de jouer des personnages. La vérité des sentiments naît de leur pureté, de leur épuration, le temps se distend, la vie est plus calme, entraînés par le réalisateur (inspiré de Rohmer), et plutôt bien rendu par Fazer.

Ah tiens, parlons-en, du rendu : éthéré, sain, dépouillé jusque dans l'image, nimbé de ce mystère que l'on dirait antique, alors qu'il s'agit de truchements propres aux plateaux de cinéma... Confusion des genres, des lieux et des époques : le cinéma tel qu'on l'aime.

Même si on ne peut pas s'empêcher de se dire que le cinéma dans le cinéma apporte toujours un peu plus de preuves sur la fausseté du monde du cinéma : fugace, circonstancié, artificiel. Et pourtant, comme le montre ce film, il peut transformer les gens. Durablement.

# Acte 2 - Ovide reloaded

A peu près à l'époque où Jésus apprenait à faire ses premiers pas (sur l'eau ou non), Publius Ovidius Naso (et ouais...) écrivait douze mille hexamètres dactyliques (un long poème, quoi) racontant le monde gréco-latin des origines à Auguste. Il reprend grosso modo les grandes histoires de la mythologie. Tu sais, celles qui ont bercé notre enfance innocente et les péplums américains testostéronés et wonderbrés (Le choc des Titans, Troie, 300, Hercule, tout ça, oui).

Les dieux, les déesses, les héros, les nymphes, les monstres, les mortels, leurs amours, leurs sentiments, leurs plats préférés et le who's who de la coucherie olympienne. Ca s'appelle Les Métamorphoses.

Vingt siècles plus tard, Christophe Honoré pioche ses histoires préférées et catapulte les personnages d'Ovide dans la ville moderne. Ainsi, Europe, captivée par Jupiter qui l'aborde à la sortie du lycée, commence à lui narrer les histoires, les siennes, celles de ses camarades, Bacchus, Orphée, Philémon et Baucis, Mercure et Argos, Junon, Tirésias, Hermaphrodite... Fables modernes, à la fois paraboles et métaphores : le film est littéraire et artistique, ne s'encombre pas d'explications ou de dialogues trop explicites qui réfléchiraient à ta place. Non.

Au delà de la narration mythologique, Métamorphoses est l'histoire d'un envoûtement, celui d'Europe qui se laisse guider dans ces histoires, qui la font sortir de sa routine, de son milieu, quittant la ville et l'école pour des mythes, des histoires extraordinaires, dans la campagne, auprès des arbres, des rivières, dans les terrains vagues. Une séduction comme elle pourrait avoir lieu aujourd'hui, par l'évasion. Le mystère des hommes, la vie simple, les moments inévitables de la vie, les clichés et la nature.

Une floppée d'inconnus, une image pâle, peu d'effets spéciaux : le film EST une invitation au retour à la simplicité tous azimuts - sentiments, ressenti(s), rapports au monde et aux autres... Mais aussi aux souvenirs.

Un coup de coeur.

# Acte 3 - Le Mythe du Serpent

Socrate ? Cicéron ? Homère ? Non : Olivier Assayas, tout seul, comme un grand. Il a imaginé une femme, une comédienne, au sommet de sa gloire, de sa beauté, la quarantaine. Sa carrière, elle la doit à un metteur-en-scène, Wilhem Melchior, et à sa pièce, Maloja Snake, dans laquelle elle jouait Sigrid, une jeune effrontée, libertaire et enjôleuse, qui voit tomber dans ses filets Helena, chef(taine ?) d'entreprise, mariée, des mômes, sur qui la vie est passée. Sigrid, Helena, deux femmes avec des visions du monde bien différentes... A la mort du dramaturge, Maria est recontactée par un jeune metteur-en-scène qui veut lui faire reprendre la pièce... dans la peau d'Helena.

D'une part, les frictions entre Maria et Valentine, sa jeune assistante, avec des socles culturels différents. D'autre part, le gap entre Maria et Jo-Ann, la starlette qui doit reprendre le rôle de Sigrid. En fil directeur, les personnages de Sigrid et Helena, la perception que Maria, Valentine, toi et moi en avons, l'exégèse de leurs mots, de leurs émotions, de leurs psychés... Au point de s'y perdre : de qui parle-t-on ? D'Helena ou de Maria ? De Sigrid ou de Valentine ? Un film fabuleux : Sils Maria.

Remarquable Juliette Binoche en Maria, surprenante Kirsten Stewart en Valentine. Sils Maria sera pour cette dernière ce que Cosmopolis fut pour son camarade de Twilight : une preuve qu'on peut ne pas vraiment savoir jouer MAIS faire de très bons films quand même, sans les pourrir. Pour le reste, le film est intelligent, d'une construction redoutable, au point qu'il arrive à te faire pleurer sur le Canon de Pachelbel.

Le point essentiel reste la pastorale. Dans les paysages à couper le souffle de la Suisse, où la météo joue d'ailleurs un rôle important - suspens, suspens ! -, les grandes questions s'abordent. Le Temps qui passe, la Vie qui couronne et qui crève, l'Expérience, les habitudes, l'altérité, la Vérité, la pudeur et les attitudes sociales, l'honnêteté envers soi-même, la peur de décevoir, la fierté, le besoin d'y croire... Un film lumineux et sombre. Brillant.

Epilogue.

Trois films, trois questionnements éternels.

La place de la nature, comme lieu du questionnement, dans chacun de ces films est évidente, sans doute un stratagème facile, mais peut-être aussi une vérité. La ville, ou tout endroit où se déroule l'activité humaine, celle qui occupe l'esprit à une tâche, ne permettent pas fondamentalement le questionnement, ou alors, il y est sans cesse perturbé. La nature, c'est le vide d'homme, le naturel (évidemment) par opposition à l'artificiel, une réalité différente, qui se passe de nous et permet à la fois à l'extraordinaire ET au de-tous-temps-les-hommes de prendre place.

La nudité en sus pour Métamorphoses, le pastel pour Maestro, le colossal pour Sils Maria.

Naïveté ou révélation des sentiments primaires - désir, envie, colère, amour, éternité - et conscience, soudaine, de ce que l'on fait et de ce à quoi l'on aspire, avant de sombrer dans le doute et d'atteindre, après épuration, la sérénité.

Ma crise de la trentaine ?

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Published by Charlie SaintLaz - dans Ciné La vie
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20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 09:17

It's a cruel, cruel summer.

Bien entendu, je pourrais disserter des heures en ta charmante compagnie au sujet de l'art, de son origine, de son sens, de sa destinée, de ses formes, tout ça tout ça. Mais vois-tu, l'été s'achève, et comme toi, mes neurones ont aimé se reposer, noyés dans un rosé bon marché et quelques caouettes grillées. Du coup, profitant de l'incroyable chaleur de l'été parisien 2014 (édition très limitée) pour me rafraîchir culturer au ciné, j'ai vu les derniers fleurons de la production mondiale, et j'ai bien envie de t'en brosser le portrait.

Dans ma sélection du jour, tu trouveras, par exemple, Lucy (L.Besson), Les gardiens de la galaxie (J.Gunn) ou encore Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ? (P.de Chauveron). Figure-toi que je leur ai trouvé un point commun. Si si.

Lucy, par exemple, est un pur produit des années 90. Mais sorti en 2014. L'idée : une fille lambda se voit droguée à son insu avec un produit de ouf, qui booste les capacités intellectuelle. Tu vois, Besson, fondateur de l'Institut de Recherche pour le Cerveau et la Moëlle Epinière, a creusé son sujet, développé un scénario aux multiples incohérences, saupoudré de petites blagounes qui font rigoler, pour un résultat qui ressemble pleinement à un scénario de Besson. Alors, doit-on s'en plaindre ou s'en réjouir : un réalisateur qui fait ce qui a fait sa renommée, c'est plutôt logique, non ? D'autant qu'apparemment, les spectateurs sortent plutôt ravis. Même moi, j'ai passé un bon moment. Un bon moment ? Scènes enlevées, image léchée, discours sur l'intelligence, la morale, l'humanité - certes à la petite semaine - : du Besson comme on l'aime, entre Le Cinquième Elément et Nikita. Tu viens d'hurler ? Tu as raison : Besson semble resté dans les années 90 ; nous, non. Rageant.

Les gardiens de la galaxie, c'est autre chose. 5 repris de justice aux méthodes un peu fofolles décident de partir à la conquête d'un puissant artéfact pour sauver l'univers. Banal ? Oui. Batailles intergalactiques, explosions, trahisons, romance et amitié, bravoure, honneur, muscles et... bref : côté scénario, rien de neuf, du tout. Du coup, on est en terrain connu, assez à l'aise avec tout l'univers des autres planètes habitées et de l'esprit futuriste ; le tout d'autant plus banalisé que la réalisation est poussée, donc réussie. Idéal pour oublier dans quel univers on est et se concentrer sur autre chose. Ni l'intrigue, ni le décorum : les personnages.

Et donc ? Faut dire que les auteurs, Arnold Drake et Gene Colan, relus par James Gunn et Nicole Periman, ont érigé le WTF (le grand nawak, si tu préfères) en règle d'or du film. C'est simple : y'en a pas un pour rattraper l'autre, la bouffonnerie se mêle à la cuistrerie, à l'humour fin, à la grande classe. Tu en sors ravi d'avoir passé ce moment à rire et à te bidonner (nuance, nuance) ET certain de ne pas avoir vu LE chef d'oeuvre de l'année... et pourtant... C'est simple : Gardiens de la Galaxie est au film dans l'espace ce que La cité de la peur est au polar, ou Foon à la comédie musicale.

Autre genre, autre cas : Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? Les Verneuil, bourgeois de province pleins de principes, ont 4 filles, dont les 3 premières ont épousé un Juif, un Arabe et un Chinois. (Non, promis, c'est pas une blague de ton onc'Robert, c'est sérieux,n un vrai scénariste a eu cette idée...) Drame : la 4e ramène un Noir. Le film se veut une quête initiatique du respect, de la tolérance et - presque - du dialogue entre les peuples à coup d'humour, et au vu du nombre d'entrées, on peut s'attendre à du populaire. Alors ? Du populaire, oui, on en a, si l'on considère que le peuple a les idées courtes et l'humour gras. Je te passe l'accumulation de clichés qui fait - paraît-il - les comédies ayant le plus de succès : on se paye ici la tête des familles prout-prout dont la Manif pour Tous nous a amèrement rappelé l'existence, catholiques, traditionalistes, incapables de s'ouvrir aux autres. Au moins, dans le film, ne sont-ils pas vindicatifs. Juste puants. Mais au delà de ça, c'est l'avalanche d'intolérance crasse à couvert, même entre les différentes communautés. Le film ne prêche pas la tolérance, non : il montre qu'on peut se détester cordialement, sans se passer à tabac, en faisant bonne figure mais en entretenant une douce haine pour le(s) taré(s) de l'autre camp.

Outre quelques bons mots, ici et là, le film se résume donc à un bal d'attitudes nauséabondes, qui libère sans doute le spectateur de ses non-dits, mais entretient quand même l'atmosphère de méfiance entre les peuples. Il ne combat pas la misanthropie : il l'adoube.

Leur point commun, donc, c'est la facilité.

Facilité de forme, facilité de fond... Selon l'endroit où elle se pose, elle donne au film sa place dans l'échelle de valeur qui va de tout-à-fait-dispensable à oh-punaise-c'était-trop-bien. L'été, tout est plus facile, il paraît.

Il paraît.

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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 14:16

"On dit LA victime et LE bourreau."

Le cliché est un raccourci intellectuel qui permet d'appréhender plus d'éléments du réel en gommant les nuances.

En tant que raccourci, il n'est pas utilisable pour construire une pensée complexe - par exemple politique (dans le sens "relative au vivre ensemble"). Ainsi entre-t-on, au nom de l'humaine faculté de jugeotte et avec l'acceptation comme visée (préférément à la simple "tolérance"), dans le combat contre les préjugés.

Dont voici un exemple bancal.

Bandant Bancal ? Oui.

La déstigmatisation passe-t-elle nécessairement par la relecture du phénomène rejeté à la lumière des clichés du désir dominant, ceux-là même qui ont mené à la stigmatisation originelle ?

Tolérer/banaliser, est-ce rendre sexy pour mieux oublier ensuite OU démonter les clichés par la normalisation ?

Voilà.

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Published by Charlie SaintLaz - dans Vidéo Tendance
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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 10:35

Faire plaisir.

Je ne sais pas si c'est le mal du siècle, ou les effets de la crise, ou le fait que l'on manque tous d'amour, mais il semble que les gens de la ville souffrent de surintéressement. Quand je dis "faire plaisir", je ne dis pas "se faire plaisir", par exemple, tu vois.

Du coup, dès que l'on voit quelque chose de désintéressé, on en a la larme à l'oeil.

On parie ? Tiens :

Alors ? Voilà.

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