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Au contact / Edifice Dance Theater

Publié le par SaintLaz

Regard intérieur.
La profusion nuit. Le grand mouvement de nettoyage - pour ne pas dire de purification de soi - est en marche depuis longtemps : méditation, végétarisme, naturisme, écologie, développement durable, simplification des systèmes, épuration esthétique, concision dialectique, connexion à une forme de divin... Le Beau est désormais dans l'unité, quelle que soit la forme qu'elle prend.
J'entends certains rêver du retour à un relatif état de nature, pensé comme un refus de la complexité, de la pensée au mode de vie, sans ignorer l'adaptabilité aux réalités. L'utopie est ici celle de la tolérance absolue dans respect de l'autre - une philosophie qui n'aurait pas déplu à Rousseau. Une forme de bienveillance naturelle, portée par le sensible plus que par l'idéologie ; faire confiance à ses sens, à son intuition, comme si le cerveau primitif suffisait à gérer le vivre ensemble.
Intuition, du latin in tueor, regard intérieur.

L'intuition me fascine. Cette connaissance dénuée de raison, comme innée, profonde, déconnectée, se passant de réflexion, ou fille de tant de réflexions passées qu'elle est devenue réflexe, surgissant spontanément, comme par sérendipité, mélange de déjà vu et de certitudes, inexplicable mais solide, révélation lumineuse, don de voyance, connexion de la vérité supérieure, preuve quasi tangible du divin omniscient qui existe en nous.

Intelligence sensible.
Dans les années 90, la mode était à l'intelligence émotionnelle. Conceptualisée par les Américains Mayer et Salovey, elle était vue comme "l’habileté à percevoir et à exprimer les émotions, à les intégrer pour faciliter la pensée, à comprendre et à raisonner avec les émotions, ainsi qu’à réguler les émotions chez soi et chez les autres".
Le concept va quelque peu à l'encontre d'une partie de mes convictions - et même de mes intuitions. Je considère l'émotion comme un révélateur de soi, une émanation spontanée de l'ego, imprévisible dans sa naissance, contrôlable dans son expression (dans une certaine mesure), mais pas précisément calculable, parfois prévisible, mais surtout suffisamment précieuse pour devoir être sanctuarisée, jamais manipulée. D'autant que, dans ce domaine, le corps et l'esprit sont faibles - sans doute parce qu'il s'agit du divin (la submersion émotionnelle est le point d'orgue de mon raisonnement). Comme Elliot pratiquant la méthode Coué, j'opposerai aux contre-arguments que
"...control is an illusion" (Mr. Robot, S2E1).

Préssentiment.
L'intuition, cette vérité qui s'impose comme venue d'ailleurs, naît en nous, de nous, de ce que nous avons d'hérité et d'acquis. Et le sentiment d'évidence survient lorsque l'on sait que la chose nous dépasse, qu'elle n'est pas un concept inventé, une volonté construite ou un précepte appliqué, mais bien l'émanation du monde qui s'offre là, nu, vrai, puissant.
Evident, à l'exemple de Harriet Waghorn et Carmine de Amicis, fondateurs du Edifice Dance Theater, qui mêle danse contact et techniques latines pour créer de nouveaux rapports des corps entre eux, fusionnels jusque dans l'air qui les sépare. Un mouvement qui semble naturel, comme ayant toujours été là, évident.

Publié dans La vie, Danse, Vidéo

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Le ciel attendra, il le faut.

Publié le par SaintLaz

Manipulation(s)

En ces temps de vacance intellectuelle campagne électorale, il m'a semblé être grand temps de faire le point sur ce qui constitue - lucky you - les seuls restes solides de mon année de philo-de-terminale (qui n'est pas tout à fait de la philo, sans être tout à fait autre chose) : la lutte contre le dogmatisme aveugle, et la nécessité de soumission au doute libérateur.
Notre raisonnement est une construction intellectuelle, qui n'a rien (ou presque) d'inné ou de purement personnel : non seulement ses éléments sont hérités d'un système de valeur appris (le bien/le mal, le vrai/le faux, la vie/la mort, le groupe/l'individu... et tous les trucs non-binaires auxquels tu penses), mais même son fonctionnement (ordonnancement des idées, conclusions, etc.) suit des règles qui ne sont pas innées, mais culturelles. Tu vois déjà où je veux en venir : formatage des cerveaux, pensée unique, complot international, contrôle par les extraterrestres. Et bien oui, c'est tout à f non : sans revenir sur la notion de système de valeurs fondamentales et sur la grande variété des sensibilités politiques (dans le sens "qui s'appliquent à la vie en commun"), s'il y a suffisamment de nuances pour qu'on puisse continuer à s'écharper en famille autour du rôti de veau tofu dominical, il faut rester attentif aux éléments de langage qui cachent des pensées toutes faites, qui caressent dans le sens du poil, qui, sous couvert d'une bonne formulation, peuvent en fait s'avérer dangereux. Joie ? Oui, si on utilise vraiment son cerveau pour se questionner, pas pour emmagasiner sans nuance. Alors que l'heure de nos pléthoriques agapes de couleuvres tendues par notre personnel politique de tous bords approche, il nous faut donc nous rappeler la question essentielle à se poser à chaque fois qu'une idée de vivre ensemble nous vient : derrière cette idée, quelle morale, quelle vision de ton prochain ?

D'une certaine façon, c'est la réflexion qui m'est venue après avoir vu Le ciel attendra, de Marie-Castille Mention-Schaar, sorti le 28 septembre dernier sur nos écrans. Il aborde la délicate question de la manipulation des esprits qui seule mène au terrorisme islamiste.

L'intelligence de ce film repose dans le choix des deux histoires qu'il nous fait suivre en parallèle : comment une jeune fille issue de la classe moyenne sombre dans le djihad, et comment la société tente de déradicaliser une (autre) jeune fille. Avec, en sus, les familles - les mères surtout, figures privilégiées de la connexion sensible (coupée), de la chair de la chair (arrachée), du modèle (bafoué).
Dans le contexte actuel, notre attention se focalise d'une part sur l'argumentaire des recruteurs islamistes, une construction calculée entre flatterie et tyrannie de la pureté, et d'autre part sur la fragilité des méthodes de désembrigadement, qui révèle à quel point cette société est désemparée, qui révèle notre naïveté.
On saluera les qualités filmiques - déconstruction de la ligne temporelle, incroyables interprètes (Noémie Merlant, bon sang !), finesse de l'intimité de la photographie - mais c'est bel et bien sur le discours que je veux capter ton attention.

Je te laisserai juge de la justesse ou de la cohérence de l'aperçu idéologique dessiné par le film. Mais penche toi sur la question de savoir si ces discours, les deux, servent des visions du monde, des idéaux. Demande toi si la pureté est une bonne réponse à la perte des repères de l'adolescence. Si les preuves par le réel sont le meilleur chemin vers la réalité. En fait, demande toi comment fonctionnent ces modes de pensée, ces routes idéologiques, et ce que cela traduit de nos postures, de nos places dans le monde, dans l'Histoire, dans l'instant.

Alors, quelle morale, quelle vision de notre prochain, dans Le ciel attendra ? A toi de jeter un oeil - et surtout, un neurone - sur ce film passionnant.

Publié dans Ciné, Les gens

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La Danseuse, classique.

Publié le par SaintLaz

Esprit de conquête.

Alors que soufflent les vents quinquennaux de la désunion nationale, il est plus que jamais temps de se ruer dans les théâtres et cinémas pour se souvenir que la frustration est mère de notre noirceur d'âme la plus rusée. De notre quête de satisfactions immédiates elle s'enivre, attisée par un constat général d'inégalité(s), d'exclusion(s) et de favoritisme(s), et chaque jour, c'est un pas de plus vers la consécration de la blonde étroitesse d'esprit que de plus en plus de Français veulent porter au pouvoir. Causes compliquées, solutions faciles - il fait moche penser, dans ce foutu pays. Et ce ne sont pas les voix qui appellent au renouveau qui changeront la donne, comme l'ont prouvé les élus depuis que j'ai le droit de vote.

L'esprit de conquête est un esprit moderne, un esprit de changement, un esprit en avant. Un peu comme Louise Mary Fuller, qui, comme beaucoup de grands créateurs, fut bénie des dieux de la sérendipité. Sept ans après la mort de Victor Hugo et trois ans avant l'invention génialissime des frères Lumières - en 1892, donc - l'Américaine créait sa danse serpentine (mais si tu sais, une grande robe blanche, avec des baguettes dans les mains, pour faire voltiger le tissu comme des ailes ; ça donnait ça.) avant de devenir une pionnière de la danse moderne et de la mise-en-scène, dans la capitale des esprits éclairés et ouverts au progrès qu'était le Paris de cette fin de XIXe siècle, pourtant plongé en pleine crise dreyfusarde.

Cette Loïe Fuller, oubliée du grand public mais inscrite au rang de figure incontournable de l'histoire de la danse, et au delà d'elle son esprit de conquête, est au coeur du film La Danseuse, premier film de la vidéaste Stéphanie de Giusto, en salles depuis fin septembre.

L'histoire : classique.
Ascension et chute d'un génie, des plaines crasseuses de l'Illinois aux puissantes lumières de l'Opéra Garnier, puis la douloureuse concurrence qui la porta dans l'ombre durablement, au point qu'elle publia ses mémoires à 46 ans, vingt ans avant sa mort. De Giusto a remanié l'histoire de la Fuller, en éclipsant ses passions sapphiques au profit d'une romance hétéro-banale avec un mentor fictif, Louis d'Orsay. L'attraction de Loïe pour une de ses recrues, qui lui piquera la vedette, (Isadora Duncan, autre icône de la danse), est la seule indication réelle du film de la vie perso de la dame. De sa carrière professionnelle, du hasard de la danse des sept voiles créée à New York à la danse des miroirs créée pour l'Opéra, tout est vrai, dans le film. Peu ou prou. Après, les clichés ne sont pas évités - la blonde contre la brune, la destruction de soi dans l'art, la jalousie comme virage narratif. Longue vie aux procédés d'écriture cinéma.

L'image : classique.
De Giusto a un beau curriculum - publicitaire, clipesque - qui lui vaut une maîtrise réelle de l'image, pour une photographie racée, qu'elle soit celle, tout poussiéreuse et froide, d'un XIXe siècle d'Epinal, ou celle, toute chaude, virevoltante, presque pop art, de l'exaltant monde du spectacle.

L'interprétation : classique.
On attendait Lily-Rose Depp (Isadora Duncan) au tournant de son premier grand film (cannois, de plus) : c'est Soko (Loïe Fuller) qui s'impose. La première n'est que belle ; pas que ce soit un défaut, non, mais son jeu n'est pas à la hauteur de sa plastique - du moins dans ce film, et l'on ignore s'il s'agit d'un parti pris pour ternir l'image que le spectateur se fait de Duncan. La seconde est montrée en bosseuse volontaire, en pasionaria de son art, et la solidité des traits, expressions et gestes de Soko impressionne, ancrant le personnage de Fuller dans sa légitimité à l'écran. En arrière-plan, trois personnages pour deux Français et un Belge : les connecteurs au réel, pour crédibiliser le propos. Louis d'Orsay (le hiératique Gaspard Ulliel) en mentor tourmenté, incapable d'amour, Gabrielle Bloch (la très digne Mélanie Thierry) en administratrice et oreille amie, et  Edouard Marchand (l'ursoïde François Damiens) en directeur de l'Opéra. Une bien belle brochette, inégale dans son jeu, qui porte l'histoire plutôt bien.

La Danseuse est donc un film de bonne facture, mais pas révolutionnaire. Pour autant, un bon film, à voir si tu as la passion de la scène autant que des salles obscures.
Académique plus que classique, donc. Mea culpa.

Publié dans Ciné, Danse, Cannes2016

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Juste une fin du monde.

Publié le par SaintLaz

Retour de claque.

Certains ont plusieurs vies, qu'ils segmentent parce qu'ils ont peur des effets que l'une pourrait avoir sur l'autre. On quitte souvent sa terre natale pour accomplir un destin - et s'il est trop éloigné des espoirs du milieu qui nous a vu grandir, on coupe parfois les ponts, par instinct de survie, pour essayer d'arriver au bout de sa destinée. Et lorsque l'on y revient, la différence est parfois un gouffre, fait de regrets et de reconnaissance, de succès enivrants et de défaites humiliantes, ce rapport doux-amer, doux-dingue, doux-dur, qui relie à ceux qui savent ce dont on est faits, mais pas ce qu'on en a fait.

C'est évidemment le thème de Juste la fin du monde, dernier film de Xavier Dolan, variation sur un thème qu'il avait déjà creusé plusieurs fois : la différence entre des gens qui ne se comprennent pas (J'ai tué ma mère, Laurence anyways, Tom à la ferme, Mommy...). Cette fois, c'est l'histoire (adaptée de Lagarce) de Louis qui revient auprès de sa famille après 12 ans d'absence. Pas de silence, d'absence. Une mère, un frère, une soeur, une belle-soeur, et 12 ans de non-dits et de quiproquos, saupoudrés d'une incapacité à se parler.

Comme toute bonne adaptation, Juste la fin du monde ne reprend pas tout le texte de Lagarce : Dolan esquive certaines scènes pour se concentrer sur d'autres. Il conserve les questionnements, les doutes, les reproches, la gêne, et évacue les explications, les aveux - partout où Louis se livre chez Lagarce, il se retient chez Dolan. Le personnage paraît mutique, comme incapable de se risquer à l'ouvrir, à l'aveu, dans cette famille qui semble à la fois terriblement en manque de lui, mais aussi dangereusement prête à tuer le fils prodig(u)e..

La mère fantasque, volontairement légère parce qu'elle sait où en sont les choses ("Je ne te comprends pas mais je t'aime."), est à la fois arbitre de fortune du conflit entre ses trois enfants et mater dolorosa de son rapport au fils (jouée par une Nathalie Baye qui n'est pas sans rappeler le jeu d'une Marie-Anne Chazel dans les Bronzés 3). Le frère agressif, qui ronchonne en permanence une colère larvée contre un frère qu'il admire et qu'il rejette par excès d'humilité (une forme de match Caïn-Abel revu et corrigé), et marié à une épouse qu'il domine presque par vengeance, pour mieux passer sa frustration d'être le second dans la compétition fraternelle (et joué par un Vincent Cassel qui, lui, semble inspiré d'un Bacri dans ses grandes heures). Sa femme, effacée, écrasée par son mari, mais la plus psychologue, celle dont la sensibilité, extérieure aux histoires de famille, est plus réceptive au mutisme de Louis (grâce à une Marion Cotillard formidable). La soeur, revêche, qui ose à peine approcher ce frère qu'elle admire, mais à qui elle reproche tellement (jouée par une Léa Seydoux très Seydoux, sèche et puissante). Au milieu de ce tableau, Gaspard Ulliel, dont l'essentiel du jeu passe par ce regard mouillé que Dolan met en scène avec beaucoup de délicatesse.

De ce Juste la fin du monde ressort une incroyable tension, un malaise qui perfore le spectateur, qui ne voit pas comment Louis pourrait annoncer ce qu'il a à annoncer, comment il pourrait aborder avec la tendresse un peu faible qui est la sienne cette famille qui semble si prête à mordre toute main tendue - un peu comme le héros de Tom à la ferme. Comme je te le disais, Dolan monte ici ses extraits choisis, ce que notre psychologie de comptoir décrypte comme révélation de son malaise face à la question familiale. Le film n'en demeure pas moins une formidable plongée dans le non-dit qui saisit le moindre frémissement, le plus faible souffle porteur de sens - puisqu'il se réduit à ça.

Publié dans Ciné

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Divines, tragédie.

Publié le par SaintLaz

Paraboloss.

Faute d'être toujours doués pour prendre du recul, analyser et comprendre nos existences, notre esprit peut compter sur la puissance narrative de la métaphore, de la comparaison, de l'identification, de la parabole ; en bref, d'exemples racontés par le verbe, l'image, le son ou le geste, un truchement artistique qui nous permet de penser notre condition en admirant celle de personnages réels de fiction. Et de la vie des hommes illustres d'antan aux personnages délirants d'aujourd'hui en pensant par le fait religieux et la presse people, tout est à même de nous inspirer.
La chaînon manquant, pour nos petites têtes en quête de culture, c'est la variété des profils - parce qu'on ne s'identifie globalement qu'à ceux qui nous ressemblent, tous bouffés par le culte de l'image que nous sommes, et comme on est tous dissemblables... - ainsi voit-on les poncifs changer le décor, et les formules se décliner pour notre plus grand plaisir, parce que la diversité n'a que du bon.

On a beaucoup glosé, depuis Cannes, sur les prix, les Palmes et les coups de coeur. Enfin on, les cinéphiles avertis ou autoproclamés, de la presse aux rézossocio. Parmi les film qui ont marqué le jury, Divines d'Houda Benyamina a raflé la Caméra d'Or et pas mal de critiques contradictoires. Moi je t'en parlerai pour son travail ambitieux de transposition.

La Tragédie repose sur des personnages soumis à la fatalité d'un évènement inéluctable - la condamnation étant d'ordre divin et les passions mises en jeu devant être nobles. Ici, tout le casting y est : l'héroïne rêvant d'amour et de réussite sociale, condamnée par son milieu et déchirée par le dilemme ; sa meilleure pote en victime sacrifiée à la destinée tragique des banlieues ; un danseur magnétique en figure élévatrice du divin Eros dans son théâtre-Temple ; les forces du mal incarnées par la trompeuse réussite du deal, avec ses échelles, du petit revendeur au caïd en passant par la chef de meute ; et tout un tas de figures archétypales - le Déni (la prof), la Déréliction (la mère), l'Injustice, le Système, etc. L'inéluctable, c'est ici la condamnation à l'échec (professionnel, amoureux, social), touchant donc les passions nobles (le destin, la passion, la cité).
La beauté de la transposition de la tragédie en banlieue par Benyamina, c'est qu'elle ne se cantonne pas à la confrontation d'un genre élitiste à un milieu d'exclus, non : l'histoire ne semble pas chercher à être tragique, la tragédie se révèle d'elle-même, affleurant par endroits dans un décor où l'on n'est pas familiers à l'imaginer. L'habitué à la tragédie classique dessine lui-même les éléments manquants au schéma classique - les autres s'en passent sans problème, trouvant dans le film leur propre aliment narratif.

Une question : la Tragédie a une vocation didactique en ce qu'elle enseigne une vérité sur le monde. Que doit-on y comprendre, sinon que la banlieue est un lieu de perdition uniquement ? Benyamina n'y met aucun faux espoir, c'est vrai, elle n'en offre pas non plus de vision alternative (qui serait, admettons-le, une façon de se rassurer sur le panier de crabes, et se dédouaner de nos responsabilités). D'où ma vraie question : tout film en banlieue est-il politique ?

Pour en revenir à l'aspect cinématographique, Benyamina flatte nos bonnes grâces : musique sacrée et rap se complètent, au fight des affrontements se contrepointe la danse contemporaine, les grandes scènes dans les HLM pourris tiennent la barre haute à celles des clubs friqués de la jet set - les codes sont mêlés, non pour dire qu'ils se rejettent, mais bien pour annoncer qu'ils sont deux composantes d'un tout, l'une enrichissant l'autre. A l'image, le mouvement est propre et tenu, le montage souple et sans longueur : Caméra d'Or méritée, a priori.

Le point fort.
Tu l'as vu venir : la Danse. Dans une chorégraphie signée Nicolas Paul (sujet du ballet de l'Opéra et chorégraphe du Ballet, que tu retrouveras bientôt à Garnier), un bel interprète, Kevin Mischel, rompu au contemporain et au hip hop, ayant bossé avec Dominique Boivin, José Montalvo ou encore Kader Attou - oui, la crème de la danse des années 90 encore en activité. Le résultat : une pure merveille gestuelle, sublimement filmée, avec une portée métaphorique (puisqu'on en parle) magnifique, chemin vers le divin, le supérieur, loin du cliché habituel ("la danse, ça fait souffrir"). Danse-communion, danse-corps, danse-connaissance de soi. Superbe.

Publié dans Danse, Ciné

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