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Pathétique Toc Toc

Publié le par SaintLaz

Tous malades

Intolérants au gluten, maniaco-dépressifs, hyperactifs, allergiques au bruit, hypersensibles, phobiques de l'administration etc. : les petits maux du quotidien sont devenus de grandes maladies. Symptôme, sans doute, de notre individualisme qui nous oblige à sans cesse sortir de la masse des médiocres, déployant des trésors d'inventivité, quitte à faire des montagnes à partir de tas de sable.
Aveugles et sourds, nous allons de l'avant en essayant de régler nos problèmes, parce qu'il faut avancer, et parce qu'il faut régler ses problèmes, en prenant en compte les problèmes des autres, oui, pour s'adapter, pour avancer, toujours, mais au final, qui s'occupera des problèmes des autres si les autres n'y arrivent pas ? Et qui s'occupera des nôtres quand nous n'aurons plus de solutions ? C'est à ça que sert l'amitié. Et la thérapie de groupe.

C'est justement le sujet de Toc Toc, pièce de Laurent Baffie que l'auteur a remontée, 11 ans et 3 millions de spectateurs après sa création au Palais-Royal, avec une nouvelle équipe, actuellement au Palace (Paris). Alors ?
Vincent ne peut s'empêcher de tout compter, Marie de tout revérifier, Lili de tout dire deux fois, Fred d'insulter tout ce qui passe, Blanche de tout nettoyer et Bob ne peut pas traverser les lignes. Tout ce petit monde se retrouve dans la salle d'attente d'un grand spécialiste, qui n'est pas là... De là, évidemment...

Théâtre de boulevard...
Bien sûr, le jeu de boulevard est codifié : portes qui claquent, attitudes singées, intonations forcées - la base du comique - et ici, nous ne serons pas déçus. De bons points à distribuer, pour cette production au Palace : Tiphaine Haas (Lili), simple, juste, et désopilante dans les nuances de son jeu, pourtant basé sur la répétition, qu'elle tient à merveille. Pouce-en-l'air aussi à Tatiana Gousseff (Blanche) et Benjamin Baffie (Bob) qui étoffent avec énergie des personnages assez transparents et inégaux, ajoutant à la furieuse dynamique de la pièce. Et il y a de quoi faire, parce que les rôles titres...

Ode à la médiocrité.
Parce que Baffie, dont le vocabulaire fleuri a déjà fait pouffer la ménagère rangée à la télé, n'est pas plus subtil au théâtre : l'essentiel du ressort comique est basé que la vulgarité des personnages - le langage châtié de Vincent et le Gilles-de-la-Tourette de Fred, de préférence pour mettre mal à l'aise les trop bien élevées - Marie et Blanche en première ligne. Oui oui, c'est censé être drôle parce qu'ils sont grossiers.
Parce que côté intrigue, il y a tellement de choses bancales qu'on ne peut plus se baser que sur les personnalités des personnages. Du bancal ? Bon, déjà, le concept de se guérir les uns les autres est intéressant (cf supra), mais les voilà guillerets pour une erreur, s'estimant gagnants parce que, par omission ou dans le stress, ils ont dépassé un instant leur trouble. Célébrons l'absence d'effort, la victoire de l'inconscient, de l'involontaire - et de guérisons, dans des scènes ni drôles ni émouvantes. Yalla.
Autre chose de bancal ? Ces TOC qui ne servent à rien, ou qui apparaissent, disparaissent, sans raison. Marie se signant à chaque grossièreté ? Ca ne dure que dix minutes. La symétrie de Bob ? La peur de rater le train de Marie ? De quoi faire un bon mot ou deux, et c'est tout. D'ailleurs, ils disparaissent vite, puisque l'on se concentre sur d'autres TOCs de leurs propriétaires. Ca gâche la bonne idée de départ.
Tout cela, bien entendu, pour laisser le peu de chances restant au texte de séduire en mettant dans les rôles titres des acteurs assez mauvais. Popeck récite sans jouer, Danièle Evenou est fausse et hors rythme, Stéphane Boucher a tout misé dans la diction, rien dans le jeu.

Tu imagines maintenant le talent individuel des metteurs-en-scène, quand tu sais qu'ils s'y sont mis à deux - Baffie himself et Pascal Sellem. Des gens qui laisseront peu à la postérité.

Pour voir la pièce : clique ici.

Publié dans Théâtre, Baffie, Palace

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Tout savoir sur Ohad.

Publié le par SaintLaz

Sinon vous seriez perdus.

Plus d'une fois, je t'ai entendu parler de la danse, me dire que c'était sexy ou mignon, que c'était dur et hors d'âge, qu'il n'y avait que le tutu-pointes et le breakdance, et que la danse contemporaine, tu n'y comprenais rien. C'est qu'il n'y a pas à comprendre, la plupart du temps : la danse, comme la musique, est l'art du beau, de l'harmonieux, et s'il porte un message, il n'est - en principe - pas dit en toutes lettres. Tu ne cherches pas de sens dans un coucher de soleil sur les falaises d'Etretat, mais tu comprends sans qu'on te l'explique le tragique du sac plastique accroché à l'arbre dans le coin de la photo. La Danse, c'est pareil. Ou presque.

Comme visiblement il te faut à tout prix des explications sur ce qu'est la danse, il existe quelques judicieux spectacles pédagogiques, de très bons films sur la genèse et le milieu du spectacle, mais aussi d'excellents documentaires pour te faire saisir la portée des choses. Qu'il s'agisse d'une institution qui évoque la perfection et l'exigence (La Danse, Frédérick Wiseman - 2009) ou d'une ode au talent d'un artiste (Pina, Wim Wenders - 2011), non seulement tu apprends, mais en plus tu t'émerveilles.

Ainsi, je te propose de noter dans ton agenda d'aller voir Mr Gaga à sa sortie en salles obscures le 1er juin prochain, un docu signé Tomer Heymann sur le chorégraphe israélien Ohad Naharin - dont les créations ont déjà fait battre le coeur, le corps et l'esprit ton auteur de blog préféré.

Ohad Naharin, un de mes dieux vivants, te sera enfin révélé (aaaaaaaaalleluiaaaa), et tu ne pourras plus prétendre ne pas avoir de culture chorégraphique, que la danse exigeante ne fait pas d'effort pour être populaire, ou que je t'avais pas prévenu(e).

Pour en savoir plus : http://www.mrgagathefilm.com/

Publié dans Ciné, Danse, MrGaga

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Deux rien / Cie Comme Si

Publié le par SaintLaz

Génie en marge

C'est souvent à partir des choses de la vie les plus laides que l'on extrait les sentiments les plus forts, et les créations les plus marquantes - sans doute parce que cette laideur nous rappelle la fragilité et le plaisir de la jouissance des choses belles. Ou quelque chose comme ça. Tiens, en traversant Les Lilas (93) l'autre jour, je me suis soudain arrêté devant un immeuble de brique brune coincé entre le bruit gris du périphérique et l'alignement vieilli de la rue, parce qu'au milieu de la façade, un grand renfoncement séparant l'immeuble en deux est recouvert d'un enduit doré, si bien qu'à la lumière du soir, le bâtiment donne l'impression au passant d'avoir découvert une mine d'or éphémère. Un moment de grâce (et Nathalie Kosciusko-Morizet n'y est pour rien).

La rue, paradis des marginaux. Endormi sur une bouche d'aération ou errant, le pas mal assuré, au milieu des passants en déblatérant des vérités simplifiées, le peuple de la rue, sans voix, sans histoire et sans postérité, possède un potentiel poétique et artistique déjà utilisé dans la littérature et le cinéma. Sur scène, les exemples n'ont sûrement pas manqué, mais parmi les spectacles qui comptent, il faudra bientôt inscrire Deux rien, duo de la compagnie Comme Si créé et interprété par Caroline Maydat et Clément Belhache.

Deux rien / Cie Comme Si

"Maladroits, lunatiques et naïfs ils attendent sans fin, s'échappent de ce "rien à faire" en racontant un conte tragique étoffé de jeux et de danses. Sans parole, Ils ont la gestuelle et la sensibilité des personnages de cinéma muet, faisant aller et venir le spectateur entre l'histoire en noir et blanc d'autrefois, et le drame d'aujourd'hui."

La note d'intention est à l'aune du rendu scénique : un duo habité, pour un spectacle qui respire l'intelligence, la conscience des réalités, la créativité. Entre théâtre gestuel, danse et pantomime, les deux clochards, seulement accompagnés d'un banc sans dossier et d'un peu de musique, évoquent autant le ridicule du décalage, la tendresse amoureuse, le tragique de la situation.

Il est des spectacles qui viennent te cueillir, toi, dans ta zone de confort, pour te faire vibrer plus fort que tu ne l'aurais pensé, pour t'emmener réfléchir, ressentir, comprendre, et cela n'a pas de prix. Deux rien, version 20mn, de loin le spectacle le plus plus brillant vu depuis longtemps, prouvant que la justesse n'a pas besoin de grands effets scénographiques.

Pour voir Deux rien, cliquez ici

Caroline Maydat & Clément Belhache - "Deux rien" (c)DR

Caroline Maydat & Clément Belhache - "Deux rien" (c)DR

Publié dans Théâtre

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TRIBUNE #1 - De l'artiste et son public / Doireau-Angot

Publié le par SaintLaz

Le masque de la plume
Autant je conçois avec facilité le rapport de l'homme à l'art, je le pratique au quotidien - il faut s'offrir, prendre le risque, se laisser conquérir ou refuser, marquer la passion, la critique, l'indifférence -, autant je me questionne profondément sur le rapport de l'homme à l'artiste.

J'adore ce que vous faites.
Il est parfois difficile de dissocier l'artiste de l'oeuvre - surtout lorsqu'il s'agit de spectacle vivant, où l'interprète incarne l'oeuvre. Justement : de ce qu'il sert l'oeuvre en la faisant exister, il est à l'origine de l'émotion que l'on ressent ; il doit être bénit pour cela. De ce qu'il est à l'origine d'autres oeuvres, il doit éveiller notre circonspection, parce que cette émotion est réelle, mais elle n'est qu'une parmi tant d'autres, et que l'ensemble est à même de nous tromper : l'artiste n'est pas l'oeuvre, il est son oeuvre. Tu me suis ?

Mise en abyme
Plutôt que par le seul prisme de mon expérience, je te propose d'observer le rapport d'un artiste à un autre artiste. Pas d'entre soi, non : ils ne se connaissent pas. Le comédien Pierre-François Doireau, rencontré à l'issue de A ce projet personne ne s'opposait (mes Alexis Armengol), s'adresse à l'écrivain Christine Angot, dont le dernier roman, Un amour impossible, est paru en 2015.

A toi d'y lire leur relation.

Chère Christine Angot,
De vous, je ne connais que vos livres. Je les aime. Ils m’accompagnent. Comme des amis ils sont là, près de moi. J’aime votre parole. J’aime vous écouter, vous entendre parler. De la vie, du réel, de la littérature, de l’écriture, de la vérité. J’aime vous écouter, vous lire, car votre nécessité, votre urgence me touche. Me questionne. Me remue. M’interroge. Me bouleverse.
Je trouve votre travail important. Marquant. Imposant. Nécessaire. Je ne vous parle que de moi.Je ne vous ai découvert qu’assez tard. Avant cela, je ne me laissais aller qu’à la caricature de ce que je savais de vous. En riant, comme tout le monde. Et puis je vous ai lu. Je vous ai écouté. Je vous ai cherchée. Je vous ai interrogée. Dans une période où moi-même fatigué de beaucoup de chose, vos livres m’ont éclairé. Votre propre fatigue m’a encouragé.
D’Édouard Louis je ne connais que ses livres. Ils m’ont plu. Les écrivains qui interrogent le réel, ses limites, leurs vies, m’intéressent. Me questionnent. Me rendent curieux de ma propre vie. Me rendent heureux. Me font avancer.
Ma vie privée, personnelle, je l’ai découverte avec Hervé Guibert. Il m’a sauvé. Je peux le dire, c’est la littérature qui m’a sauvé. Littéralement.
De Christophe Lucquin, je ne connais que sa maison d’édition. Je ne sais plus ni  comment ni pourquoi, j’ai découvert cet éditeur. J’ai commencé à la soutenir, financièrement notamment. Je trouvais ça courageux. Éditer des auteurs inconnus. Cette folie m’a plu. J’ai suivi. J’ai découvert un grand nombre de textes de son catalogue.
De toute les polémiques entourant la sortie du dernier livre d’Édouard Louis, je me suis vraiment demandé ce que vous penseriez de tout ça. Quel éclairage vous pourriez donner. Quel regard.
Au dernier salon du livre je vous ai rencontrée.
J’aurais voulu vous parler d’Édouard Louis, mais par manque de temps, je n’ai réussi qu’à vous bafouiller une question obscure sur votre rapport à Guibert. Je n’ai pas très bien saisi moi-même l’intérêt de ma question. J’ai sûrement voulu vous dire que d’une certaine manière, comme Guibert, vous êtes là, à côté de moi. C’était important pour moi de vous le dire. On s’en fout un peu c’est vrai, mais ça me fait du bien de vous le dire.

Et puis ce matin dans Libération j’ai lu votre chronique « Entre amis ». Par hasard.
C’est parce que j’ai lu cette chronique que je vous écris. L’ironie de cette lettre c’est que c’est ma tristesse et ma déception qui me permettent de le faire. Parce que dans cette chronique, vous écrivez deux lignes mensongères, calomnieuses, d’une violence rare.
« … Parmi les lettres, celle d’un jeune éditeur, Christophe Lucquin, qui se dit amoureux. Il a une petite maison d’édition, qui publie des textes à caractère essentiellement pédophile. De l’avis même des amateurs d’érotisme, ces textes sont un peu limites, un peu lourds et ne rencontrent pas le public. Christophe est amoureux, il met sur Facebook la lettre d’amour qu’il a envoyé à Édouard Louis. Mais celui-ci ne lui répond pas. Christophe met alors un tout autre type de message sur Facebook, moqueries, jalousie littéraire, dénigrement. »
« Essentiellement ». Ce mot. Essentiellement, ça voudrait dire que parmi tous les textes pédophiles publiés par cette maison d’édition, certains ne le sont pas. Ça voudrait dire, finalement, que cette maison d’édition ne serait spécialisée que dans les textes pédophiles. Bon. Je ne comprends pas très bien l’attaque.
« De l’avis même des amateurs d’érotisme… » Je ne supporte pas non plus cette phrase. Je ne la comprends pas. De vous je ne la comprends pas. Je ne crois avoir lu aucun livre « pédophile » paru chez Christophe Lucquin. Et je ne comprends pas l’allusion que vous faites à ces « amateurs d’érotismes » qui iraient chercher dans son catalogue, des livres qui leur permettraient d’assouvir leurs désirs érotiques, leurs désirs pédophiles. Leur déception doit être grande oui.

Ces mots m’ont blessé. Parce que je n’avais pas envie que ce soit vous qui les employiez. Dans Libération. Accolés à toute cette histoire, sûrement je n’avais pas envie de lire ces mots « pédophile » et « amateurs d’érotisme ». En avouant vous-même que vous ne connaissez aucun des livres parus dans cette maison d’édition, en employant à dessein le mot de « pédophile », l’expression « de l’avis même de. » J’avais le sentiment que vous n’aviez pas le droit. Vous. Que jamais je ne pourrais lire ça de vous. De n’importe qui peut-être, mais pas de vous.  Après vous avoir lu. Comme si vous détruisiez ce matin tout ce que vous aviez construit, dénoncé. Comme si vous anéantissiez tout ce que j’aimais de vous. Parce que l’exigence de vérité, de sincérité était réduite à néant par cette phrase. Parce que d’une certaine manière, ce matin, dans Libération, par ces mots, vous plongiez vous aussi dans le jeu, dans la facilité, dans l’attaque, dans l’à peu près, dans le mensonge. En le nommant. Dans Libération. Finalement comme les autres.
Je ne cherche pas à excuser qui que ce soit. Je ne veux prendre la défense de personne.  Ce qui est l’histoire ou ce qui ne l’est pas ne m’intéresse pas. Je ne cherche d’ailleurs rien. Je voulais vous écrire. Pour vous le dire. J’avais envie que vous le sachiez. Pour moi, c’était important.
Un écrivain n’appartient pas à son lecteur évidemment. Il ne lui doit rien. C’est peut-être parce qu’en vous lisant ce matin, j’en ai pleinement pris conscience,  qu’il fallait que je vous le dise. C’est fait. On noue avec certaines œuvres une telle intimité. La rupture est un peu douloureuse. Cette émotion, je voulais vous la livrer. Je continuerais à vous lire probablement. Mais d’un autre œil. Je suis un peu fâché. Vous m’avez malgré vous un peu abandonné ce matin. Ça arrive bien sûr et j’espère vraiment vous retrouver.

Amitiés,
Pierre-François.

 

Publié dans Grands mots, Doireau, Angot

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L'art de l'incise

Publié le par SaintLaz

#JeSuisDigression

La quête de la complétude, de la précision, de la plus grande justesse du discours, dans un monde où le langage imparfait, aussi riche soit-il, mène à la frustration de l'esprit, est un processus qui m'amène, un peu plus à chaque page lue, à parler d'amour pour l'incise, quelle que soit la ponctuation qui l'orne, parenthèses, tirets, crochets voire simples virgules, de passion pour la pensée suspendue le temps de la précision, incroyable gymnastique intellectuelle, brillant témoin d'une tête bien faite parce que bien entraînée.
Sans jamais virer aux excès d'un Lacan, stakhaoviste de l'exercice au point de perdre la propreté du raisonnement à coups de précisions en incises mises en abyme - à toute chose excès nuit -, je me plais à croiser, sans m'y attendre, une phrase d'une page, une histoire entière entre une majuscule de début et un point final - les meilleures sont ainsi.
Et récemment...

Dans l'un d'eux j'ai refait affaire avec un grand barbu, rien conclu mais de quoi enchanter mes deux paumes, quand on s'est arrêtés un cliquetis s'est fait entendre alors, mais pas un cliquetis de chaîne, de sling ni de harnais, et Hans - le barbu s'appelait Hans, ça ne sert à rien mais je veux savoir les prénoms, toujours, et je note en rentrant, je sais, c'est délirant, Axel et Boris me charrient avec ça, mais je leur dis toujours, Les filles si on honore un homme, si on le tue, si on l'aime, si on le plaint, le pleure ou l'abandonne il faut savoir son nom, ce sont nos noms, idiotes, qui nous fondent et nous donnent plus d'épaisseur qu'un chien, plus de joie qu'une mouche, plus de mémoire qu'un écureuil, ce sont nos noms qui trient les tueurs des victimes, ce jour-là j'ai frôlé, tripoté, farfouillé ou baisé Viktor, Fabrice, Anton, Dominique et Pascual, et je me suis fait frôler, tripoter, farfouiller, baiser par Klaus, Lionel, Zoltan, Dimitri et Kostas, je n'exclus pas d'en oublier, l'heure est fugace et la mémoire, mince -, et Hans a dit, donc, On dirait une canne, une chose orthopédique, instrument démontable qu'on plie et qu'on déploie, et de fait Hans et moi on s'est arrêtés parce que dans l'espace, étroit, conduisant à la salle, centrale, du labyrinthe, s'avançait incertain, et beau, et noble, et fier, un garçon magnifique que l'âge n'atteignait pas, ni aucune disgrâce de la peau et des traits, mais un tangage certain des hanches, cuisses et genoux, comme un qu'une houle dense oblige à compenser sur l'étroit pont de bois qui mène aux cabines, rattrapé constamment par le jeu d'une canne, ou bien d'une béquille, alors on s'est saisis, Hans et moi, et on a eu pour lui comme une révérence.

Mathieu Riboulet, Lisières du corps, Verdier, p.55

Publié dans Grands mots

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