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Vendredi 25 mai 2012 5 25 /05 /Mai /2012 12:19

The kids are alright.

Quand on danse pour de vrai, il y a un moment où il faut choisir entre l'argent et la gloire. Soit tu deviens prof de danse, c'est financièrement stable mais tu ne seras jamais une star ; soit tu montes une compagnie, tu as une petite notoriété, mais financièrement, ça risque d'être casse-bonbons. Josette Baïz, c'est le genre de femme qui décide de ne pas choisir : passée chez Duboc et Gallotta, elle rafle un prix de chorégraphie à Bagnolet (1989), monte sa troupe (Grenade, 1992) et crée pour elle avec Merzouki ou Gallotta. Mais attention, hein : c'est une troupe ... d'enfants. Et d'ados.

Pour fêter leurs 20 ans, Baïz a évité l'écueil de la rétrospective (contrairement au Panorama de Decouflé...) et préféré ouvrir sa compagnie à la créativité des autres : Kelemenis, Decouflé, Lagraa, Gallotta, Preljocaj, Bel et Maillot. Beau programme. Les 25 jeunes danseurs (de 8 à 19 ans) ont donc relevé le challenge du néo-classique, du géométrique, du chtonien, du fébrile, du dément, du rythmé... et avec une précision du geste, une acuité dans l'interprétation, un professionnalisme enivré que certains danseurs adultes feraient bien d'imiter. Assez de blabla, mate un peu :

Ponctué par les quelques interventions du drôle Auguste N'ganta (le Fil Rouge de Josette Baïz), la ballet des ballets s'enchaîne à bon rythme, sans perdre l'attention du public : le duo graphique de Codex (Decouflé), où la petite Lisa Rapezzi (11 ans !) coupe le souffle ; l'ensemble Mammame (Gallotta), où l'enfance libertaire explose littéralement, avant le duo de la même partition où les ados rajeunissent le discours ; puis vient les pachydermies de Faune (Kelemenis), avant un solo stupéfiant ou Thomas Birzan, ado, est saisissant ; le duo ultra-technique Miniatures (Maillot) de nouveau avec la Lisa incroyable suivi de son semblable en quatuor puis en groupe Vers un pays sage, pour les plus grands ; l'étonnant trio Marché noir (Preljocaj) au rythme très marqué et à la gestuelle graphique ; et enfin, le délirant The show must go on (Jérôme Bel), où les 25 danseurs (63 sur la vidéo) se lâchent en suivant les contraintes, et emportent l'adhésion de la salle, qui se lève et hurle sa joie de vivre communiquée depuis la scène. Nous n'aurons pas la choré de Lagraa.

Quel intérêt, donc ? Se dire que l'énergie et les intentions dégagées par ces jeunes est stupéfiante, encourageante, et relève, quelque part, de la magie.

Par Charlie SaintLaz - Publié dans : Danse - Communauté : Les Cultureux éclectiques
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Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 11:48

Un jour, peut-être.

Certaines personnes te font espérer. Croire au changement. Rêver de jours meilleurs. Ils arrivent même, parfois, à faire naître de vrais trésors là, sous tes yeux, et toi, tu souris devant l'accomplissement qui vient de se réaliser. D'autres te déçoivent systématiquement. Non pas que tu places d'audacieux espoirs en eux, non : c'est juste un léger mieux, un rayon de soleil entre les nuages, une lueur dans l'obscurité. Même ça, apparemment, c'est impossible.

MoonriseKingdom.jpgTiens, regarde Wes Anderson. J'avais vu La vie aquatique (2005) et trouvé ça nullissime. C'est facile de faire un film absent autour de Bill Murray - M'sieur "Je suis perdu et pas très volontaire" - et de sous-employer Cate Blanchett et de faire renaître Angelica Huston. J'avais vu Darjeeling Limited (2008) et j'avais trouvé ça raté. C'est facile de faire de belles images de paysages (Ah, l'Inde...), mais le scénario était mauvais et la direction d'acteurs visiblement inaboutie. J'avais vu Fantastic Mister Fox (2010) et trouvé ça drôle. Pourtant, c'est dur de le mettre au même niveau que le reste de la filmo de Wes parce que c'est un film d'animation. Très réussi, hein, mais c'est quand même pas pareil. On se laisse plus facilement bluffer par la technique. Toutefois, ça n'enlevait pas de mérite au ton décalé et à l'humour sympathique. Pour autant, Wes Anderson me laissait un goût de weirdosité inaboutie. De mec qui fait des trucs inattendus ou originaux, sans parvenir à faire mouche. Du film barré qui ne tient pas la route. En ouverture de Cannes, cette année, il y a eu son dernier film : Moonrise Kingdom. Alors ? Ben...

L'histoire : Sam, jeune scout, et Suzy, jeune fille, ont décidé de s'enfuir pour vivre leur amour. Les référents légaux de chaque gamin (les scouts et les services sociaux pour Sam, les parents pour Suzy) s'allient à l'Etat (représenté par la police) pour les retrouver et les séparer. Gamins pas vraiment comme les autres (mais surtout, pas comme voulus par les adultes), Sam et Suzy vont pourtant chercher à se rejoindre coûte que coûte.

Sam-Suzy-Ben.jpg

Alors ? Romeo&Juliet made in "enfants sortant des cadres sociétaux", ode libertaire, attaque en règle de la société américaine étriquée des années 60, le film est plaisant non seulement par son ton - décalé, once more -, mais aussi par son esthétique (de la photographie candy et géométrique à la réalisation très graphique) et par son interprétation (très pince-sans-rire et loufoque : c'est jouissivement drôle). Wes Anderson signe un pamphlet contre la normalité, consacre la pensée underground, et fait de l'innocence infantile le summum du bon sens et de la simplicité. Le tout laisse un sentiment étrange, entre plaisir et arrière-goût, comme s'il manquait quelquechose. Mais quoi ?

 Murray-McDormand-Norton-Willis.jpg

Y'a qui, dedans ? Ce qui est bon, c'est qu'il y a floraison de grands acteurs (Bruce Willis est l'agent de police, Edward Norton le chef scout, Bill Murray et Frances McDormand les parents de Suzy, Tilda Swinton les services sociaux, Jason Schwartzman le cousin scout), mais qu'ils sont tous relégués au rang de seconds rôles - voire de tristes sires - parce qu'ils sont normalisés, là où les deux gamins (Jared Gilman et Kara Hayward, dont les noms n'apparaissent quasiment nulle part, alors qu'ils sont les vraies stars de ce film) explosent à l'écran en children-with-issues un peu rebelles.

Preuve, donc, que tout vient à point à qui sait attendre - et encourager.

Par Charlie SaintLaz - Publié dans : Ciné - Communauté : Cinéma
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Mercredi 23 mai 2012 3 23 /05 /Mai /2012 12:02

Calin.jpg...que tout ira bien.

La nuit était transparente. L'humidité disputait à la poussière la primauté de flotter dans l'air frais. Je n'étais que secousses et tressauts, tremblant dans la pénombre, attendant le retour de ma respiration apaisée. Comme chaque nuit où le sommeil me manque, je sais que je vais remuer le goudron cérébral. Je me rappelle alors, nostalgique, des bras de mes parents. "Ca va aller, ne t'en fais pas." Comment ont-ils pu me promettre ça ?

Etait-ce l'ultime aveuglement que les années 80 finissantes, avec leur cortège d'iconoclasmes, parvenaient à entretenir ? Famille, religion, société, économie, politique, psychologie, sentiments, corps : que leur restait-il encore à abattre, mais aussi à saisir pour croire en l'avenir et m'assurer que tout irait bien ?

Ne vas pas croire que j'accuse. Pouvaient-ils ... Si, j'accuse ceux qui ont des certitudes. Et qui mentent en promettant que tout ira bien. Que croyaient-ils ? Que ça allait s'arranger ?

Je sais que sans optimisme, on ne va nulle part. Mais est-on vraiment allé quelque part, sans mentir ?Jusqu'où sommes nous prêts à promettre pour se désangoisser de l'avenir ? Jusqu'où nous croyons-nous maîtres de notre destin ? Jusqu'où le sommes-nous vraiment ? (Je ramasse les copies dans quatre heures.)

 

Tout cela va très loin, malgré tout. En amour, après avoir vu tout ce qu'on a vu, écouté, ressenti, cru et compris, peut-on encore dire "je t'aimerai toujours" ? Peut-on encore croire que l'on saura/voudra se battre contre vents et marées simplement parce que, à l'instant où l'on pense "je t'aimerai toujours", le sentiments amoureux, fort, immanent, inéluctable, fait paraître cette promesse comme une évidence et donne une confiance absolue en les capacités du couple à traverser le temps ? Je ne demande rien. Mais je ne promettrai rien.

   

Je n'y crois plus vraiment.

 

Par Charlie SaintLaz - Publié dans : La vie
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Mardi 22 mai 2012 2 22 /05 /Mai /2012 14:11

Abrutissement

Je ne sais pas si c'est dû à la fatigue physique ou à l'épuisement intellectuel, mais j'ai un peu le sentiment de traverser les journées mécaniquement. Comme si le quotidien avait vidé le sens - et donc la démarche cognitive qui va avec - de tout. Yalla, je me sens comme un zombie. Curieuses circonstances - ou intuitions inconscientes ? -, c'est un mot qui est revenu souvent, ces temps-ci.

 

# Bret Easton Ellis

zombiesA grands coups de sexe, drogue et nonchalance, l'enfant terrible de la littérature américaine montrait, en 1994, que l'American Dream était en crise. Un roman à la première personne, ou plutôt aux premières personnes, puisque l'on switche d'un personnage à l'autre, de la mère ingrate aux regrets tardifs noyés dans des passe-temps vides de sens au fils désabusé, n'apportant d'importance à rien, à la New-Yorkaise tourmentée dévergondée en Californie, au ravisseurs d'enfants... Tous dans des schémas psychologiques préconçus, dictés par l'image du succès, la morale de la perfection et les médias dictateurs, et quand une once d'angoisse existentielle les saisit, ils boivent, fument ou s'injectent ce qu'il faut de stupéfiant pour passer à autre chose. Ces Américains, écrasés par la nécessité d'être et de paraître quelquechose d'approuvé, contre son gré, contre son évolution, juste pour ne pas être banni du lot... Ces Américains-là viennent en fait à vivre en suivant les règles et en éteignant leur conscience. Ellis, l'homme qui abat la société américaine à bout portant (à la Tarantino).  brat easton ellis-3

 

# The Cranberries

A grands coups de "what's in your head ? Zombie !", Dolores O'Riordan nous expliquait, en 1994 (tiens !), que la guerre, c'est mal. Considérant l'antédiluvienne rivalité entre catho-pro-Eire et protestants-pro-UK en Irlande du Nord, qui passe autant par la violence physique faisant la une des journaux que par la violence morale (qui veille à pourrir l'innocence des enfants en leur apprenant la haine de l'autre), la chanteuse ramène les auteurs, volontaires ou non, de cette détestation à la figure du zombie, qui agit sans réfléchir, qui ne le peut même pas, tout décérébré qu'il est. Mais surtout, elle leur retire avec colère leur statut d'être humain : sans âme, sans émotion, juste poussés par cette haine homicide.

 

# George A. Romero

Dawn of the Dead (1978) - littéralement L'aurore des morts - était annoncé comme la suite de Night of the Dead (1968). Romero, particulièrement décrié, allie à la violence psychologique et physique des films d'horreur qu'il réalise une réflexion en profondeur sur la société américaine (lui aussi). Car qui, au final, sont les plus zombies ? Ceux qui reviennent du monde des morts pour se nourrir de chaîne humaine ou ceux qui, tentant de fuir les problèmes, ne pensent qu'à leur survie en se réfugiant dans un supermarché où ils vont reproduire les gestes de leur vie "normale" ? Véritable critique du consumérisme déguisée en film d'horreur giclant, Zombie (titre européen) est entré dans les annales du cinéma mondial. Après un remake (2004) et une série de clins d'oeil (cf Zombieland, 2009). Preuve que la société du spectacle, elle aussi, sait noyer le public en lui occupant plaisamment l'esprit.

Par Charlie SaintLaz - Publié dans : La vie - Communauté : Les Cultureux éclectiques
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Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 14:36

Dépaysage.

Je me pose une question : quand tu aimes voyager, aimes-tu aussi les récits de voyage ? Je veux dire : un récit de voyage n'est-il pas un parti pris, un regard posé sur un monde, une sociologie aussi facilement démontable qu'elle est basée sur du subjectif ? Peut-on vraiment créer sa propre attitude face au voyage, en se détachant des expériences des autres, ou n'est-on pas déjà trop sensible (et soumis ?) à l'imaginaire collectif qui participe du voyage ? Faut-il défaire le paysage dessiné et montré par les autres ? Un dé-paysage pour un vrai dépaysement ? La littérature comme fenêtre ouverte, mais à l'encadrement figé.

Je en suis pas très récits de voyages. Le dernier que j'ai dû lire, entre Le petit prince et l'Odyssée, devait être un Kerouac. Autant dire que mon expertise dans le domaine est plutôt to be que has been. C'est toujours ça de pris. Faut dire que, faute de pouvoir voyager beaucoup, et n'aimant pas être influencé par la vision des autres, je fuyais plutôt ces histoires de dépaysement. Puis il y a eu Les promesses de l'aube, qui m'ont fait rencontrer Gary. Et, de là, je suis tombé dans Les trésors de la Mer Rouge. Un court texte de 1971 raconté à la première personne où l'on suit Gary à la recherche des seuls vrais trésors de ces contrées arides et brûlantes : l'âme humaine. Je ne résiste pas au plaisir de la citation.

Tresors-de-al-Mer-Rouge.jpgSans s'éloigner vraiment des automatismes humains, mais délaissant vraiment les idées reçues et les clichés du genre, Gary fait dans la poésie. A propos de ces femmes que l'on ne croise que la nuit tombée, par exemple, il écrit : "Un regard brille à ma droite : deux étoiles tombées qui se lèvent vers moi de la poussière... J'ai envie de lui parler, de savoir ce que peut être cette vie de tout-à-l'égout. Je frotte une allumette : un beau visage luisant, un de ces visages éthiopiens longs et fins où se retrouve la marque de la première aristocratie du monde, celle des Ramsès et de Toutankhamon." Le regard est intelligent et sensible à la fois. Une merveille. L'intelligence, c'est vraiment ce qui caractérise ce texte où l'on croise, entre nostalgie coloniale et imaginaire oriental, d'anciens soldats européens, un instituteur désespéré, un jeune yankee, un profiteur, un fou, et le désert, la steppe, le sable et la poussière ... "La sécheresse et le déluge battent la coulpe de ce pays où tout semble né pour le châtiment. Pourquoi des hommes ont-ils choisi de vivre ici ? Quel plus cruel ennemi que cette terre fuyaient-ils ? A quel inimaginable destin cherchaient-ils à échapper pour que cette hostilité géologique pût leur apparaître comme un refuge ? Personne n'a su me donner la réponse." Gary entraîne son lecteur dans son sillon : est-ce lui qui pense ? Est-ce un personnage ? Toujours est-il que, loin du simple constat, de l'agencement des cartes postales, Gary mène une réflexion à la fois esthétique et anthropologique sur l'Erythrée, l'Egypte, le Yémen... Changeant un peu notre regard, biaisé par les journaux télé et le communautarisme politique : "Ce qui a causé le plus de tort aux Arabes, à l'époque des empires, [...] c'est la beauté de l'Islam... La poésie du désert, du marabout blanc, de la tente et du nomade avec ses caravanes... [...] Il n'y a qu'à lire Lawrence d'Arabie. Plus un Européen était amoureux de l'islam et plus il devenait sans le savoir son ennemi. La couleur locale et le pittoresque étaient préservés ici au nom d'une misère sans nom, perpétuée."

Ca laisse à réfléchir, c'est vrai, mais ça donne surtout envie de partir. 

 

Par Charlie SaintLaz - Publié dans : Grands mots - Communauté : Les Cultureux éclectiques
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Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 11:50

Oui, mais lequel ?

Cuellar, jeune Péruvien prépubère, plein d'innocence, content d'être intégré dans sa nouvelle bande de copains, intelligent, drôle, joueur, se souviendra toujours de cette journée, qui n'avait rien de spécial, au début. De Judas, aussi, le chien au regard mauvais. De la séance de foot, et des douches. "Souvent ils se douchaient aussi, wou, mais un jour, wou wou, quand Judas apparut dans la porte des vestiaires, wou wou wou, seuls Lalo et Cuellar se lavaient..." Peut-on devenir un homme quand, dès l'enfance, on est surnommé "Petit Zizi" ?

Chiots.jpgCommencer la lecture des Chiots de Mario Vargas Llosa, c'est tout d'abord être surpris par la forme - on se croirait face à un gamin qui a vécu quelquechose de très fort, et qui raconte tout sans faire de phrases, en les mélangeant, en parlant vite, sans ponctuation, en mêlant les faits, les discours, les éléments du décors, ses pensées, tout, te dis-je, et l'on sourit de ce tsunami verbal, simple, difficile à suivre - puis, peu à peu, par le fond - combien sont-ils à raconter ? 4 ? Ou plus ? Ils parlent les uns des autres, mais surtout, de ce qui est arrivé à Cuellar, et comment, de petit champion (la tête et les jambes !), il est devenu un ado taciturne, un jeune homme blasé et frustré, un petit hors-la-loi, un petit caïd, puis un homme retiré du monde. Tout ça parce qu'après une séance de foot à l'école, le chien du voisin a déchiqueté chez Cuellar ce qui fait d'un humain un garçon, et ainsi, ruiné ses chances de devenir un homme comme la société l'entend.

Plusieurs phases, dans ce court roman (cette nouvelle ?). La première, pour découvrir le môme, ses copains, la vie tourbillonnante d'une meute de gosses. Puis l'accident. Et crois-moi, cette partie, brève, qui semble sans graves conséquences dans les mots et les formules, est malgré tout tellement bien amenée que tu en as le coeur serré et les larmes aux yeux. Mais les gosses ne voient pas le drame, la vie continue, ils s'amusent toujours. Nouvelle phase : quand les filles deviennent le centre d'attention de la meute. Début de la descente aux enfers... des enfers psychologiques, puis moraux, avant de devenir sociaux. Pauvre gosse ...

 Mario-Vargas-Llosa.jpg

"Il entendit les aboiements de Judas, les sanglot de Cuellar, ses cris, et il entendit des hurlements, des bonds, des heurts, des chutes, puis seulement des aboiements..."

Non, il n'y a pas à dire, il y a dans l'écriture de m'sieur Vargas Llosa, dans ce bouquin, quelquechose d'irréductible, comme une puissance inscrite dans les mots, dans les phrases, qui donne à l'ensemble une vitalité percutante, une véracité quasi palpable. Si, au delà des mots et de l'histoire, on regarde l'écriture de l'Hispanio-Péruvien, on voit dans les Chiots (1959) un croquis sociologique incroyable de la société latino-américaine des années 1950, évoquant une jeunesse que l'on ne considérait pas encore comme un stade essentiel de la formation de la personnalité adulte. Vargas Llosa, visionnaire ? Non, Nobel de la Littérature pour l'ensemble de son oeuvre, en 2010.

Par Charlie SaintLaz - Publié dans : Grands mots - Communauté : Les Cultureux éclectiques
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Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 12:13

I have a dream...

Invité par l'épouse de son client - incarcéré pour trafic de stup' - à prendre un verre, maître Guerrieri se voit proposer un jeu. Un de ces jeux qui mêlent une certaine forme d'innocence, de simplicité ou d'humilité, un de ces jeux de questions-réponses que les têtes bien faites voient d'un sale oeil parce qu'il les plonge dans d'intenses réflexions, à deux doigts de la philosophie intérieure. Ce jeu : associer un voeu et une couleur. Et voilà ce qui le traverse : "Avouer aux autres et à soi-même ses souhaits - les vrais - est dangereux. S'ils sont réalisables, et ils le sont souvent, les formuler vous oblige à affronter la peur de tenter votre chance. Et donc votre lâcheté. On préfère alors ne pas y penser ou se dire que l'on a des souhaits impossibles, que les adultes ne songent pas à des choses impossibles." (p.97-98)

Les-raisons-du-doute.jpgCe qui m'a fasciné, à la lecture du Les raisons du doute de Gianrico Carofiglio (2006), c'est l'intelligence. Non seulement l'intelligence de l'écriture, Guerrieri étant narrateur, nous suivons ses pensées, ses conversations, ses regards, ce à quoi il est attentif et comme il s'en sert ; non, c'est aussi l'intelligence de la trame - non que l'histoire soit particulièrement palpitante dans les faits, mais elle tient le lecteur en haleine, entre dilemmes intérieurs et cour de justice - et dans la façon claire et naturelle dont Carofiglio la déroule peu à peu ; c'est, enfin, dans l'intelligence de ce personnage, Guido Guerrieri, avocat au coeur entre deux histoires, à la tête entre deux problèmes, raccrochant à tout ça des pensées à portée philosopho-psychologiques aussi élaborées que faciles à suivre. Non, je te dis : c'est aussi brillant que la phrase précédente est longue.

gianrico_carofiglio.jpgSe déroulant dans le Bari d'aujourd'hui, truffé de références qui rendent ce personnage sympathique (il est obsédé par le Boulevard of broken dreams de Green Day !), le polar de Carofiglio (magistrat, auteur, politicien barese) est ample, agréable, et sans aucun doute merveilleusement traduit (chapeau bas, Miss Nathalie Bauer). Il en résulte une chose, au moins une : l'envie de lire d'autre aventures de ce Guerrieri. Par chance, il y en a trois : Témoin involontaire (2002), Les yeux fermés (2003) et Le silence pour preuve (2010). Une petite saga que je te recommande chaudement.

Par Charlie SaintLaz - Publié dans : Grands mots - Communauté : Les Cultureux éclectiques
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