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Circonspects.

Publié le par SaintLaz

Comme des enfants.

Nous sommes comme des enfants : dans l'imitation.
Nous parlons comme on nous parle ; une histoire d'habitude, ou de mimesis, pour l'adaptation. Pour mieux coller à notre environnement. C'est ainsi qu'on châtie son vocabulaire ici, qu'on le relâche là. Une semaine en famille, et l'on reprend les expression du pays. Des vacances en Floride, et notre anglais se mâtine d'espagnol.

La démocratie représentative est un confort pour l'électeur : d'autres vont se charger de penser et administrer le vivre ensemble (la cité, ou polis - le politique). Faute de temps de cerveau disponible, le citoyen se repose sur le journaliste politique, qui invite le tribun à nous expliquer ses vues, son projet, ses arguments, journaliste qui en fait aussi pour nous l'analyse. Pour éclairer notre vote à venir. Enfin, normalement.

A l'aune d'émissions telles Médias le Mag (France 5) ou le trop court Instant M (sur Inter avec l'excellent Bruno Donnet), nous ne devons pas seulement réfléchir à ce qu'on nous dit, mais à comment on nous le dit. Comme le disait Souchon (et comme le reprendra Pascale Clark), il faut voir comme on nous parle. Ecoutez bien, vous qui avez vos idées, regardez-les, ces tribuns qui parlent, et ceux qui les font parler.

Ecoute bien les paroles.

Comme on nous parle comme à des enfants, nous réagissons comme des enfants. Le débat du moment devient le nôtre, les journalistes les plus écoutés posent certaines questions pour obtenir certaines réponses, pour montrer sous un seul angle, et les politiques y répondent sans conviction, et nous réfléchissons le monde à partir de ça. Nos questions, nous les posons seuls dans notre salon, puis on les oublie. Et cette frustration, on la reporte sur les politiques ; on se dit qu'ils n'ont pas de vision. Et eux, leurs idées, rares seront les moments où ils peuvent nous les raconter. Ils se disent qu'on aime que les petites phrases, puisqu'on passe notre temps à leurs rappeler. Alors ils se plient à l'exercice. Vicieux, le cercle. Faut-il s'en contenter, ou faut-il bouder ? On boude. Comme des enfants. Ca se voit dans les urnes.

C'est un effort difficile, compliqué, qu'on demande aux politiques et aux journalistes ; l'expérience de la réalité du groupe (de la polis), pour avoir une vision, un projet. Parce que nous avons espéré qu'on nous donne des clés de lecture et de compréhension. Mais depuis longtemps, journaux télévisés et journalistes politiques n'ont plus dressé les politiciens qu'à la seule règle Paris Match : le poids des mots, le choc des photos. Le discours sur le monde n'est plus que la guerre des petites phrases et la foire aux gestes forts fabriqués. Et brasser du vide, donc.
Ils se renvoient la balle, qu'il s'agisse d'un Olivier Mazerolle assénant face aux errements de Copé et Fillon que la politique française à la petite semaine, y'en a ras-le-bol ; ou d'une Christiane Taubira, déclarant je n'ai pas les compétences pour guérir les gens du Figaro - mais soyons honnêtes, les mauvaises habitudes dépassent de loin les clivages politiques : c'est une question de ligne.

Evidemment, on en vient à se poser des questions, en tentant de ne pas verser dans le conspirationnisme ou la chasse aux sorcières. Le poids des chaînes d'info dans la formation de l'opinion est saisissant, le fait que ces chaînes aient toutes la même approche, les mêmes questions, les mêmes analyses, pousse parfois le citoyen à chercher une voix différente, ailleurs : la critique est lourde, et souvent "anti-système", ce qui le pousse dans les bras des idéologues simplistes et radicaux. Entre la vision unique à image unique et la vision extrême, ne peut-on pas avoir de nuances ? Difficile. Et le pire, c'est évidemment la polarisation de ces visions dans l'opinion. Même si nous serons attentifs à iTélé, pour faire plaisir à Thuillier, et à France Info, la nouvelle chaîne de l'info française, comme on l'était à France 24 ou à euronews, toutes en libre accès sur les bouquets télé ; en attendant les sursauts de BFMTV et d'LCI. Même si, comme Le Monde, on peut s'interroger sur leur co-existence, si c'est pour parler de la même façon.

Et on a beau avoir mal, ça ne change que notre perception d'une réalité qui semble en permanence se foutre de notre gueule. - Abd Al Malik, La guerre des banlieues n'aura pas lieu, p.104

Ce sentiment de frustration a mené à la popularisation de la démocratie participative, souhaitée et appliquée ici et là, mais aussi à la multiplication des collectifs citoyens de réflexion (Nuit debout, Bleu blanc zèbre, etc.). Mais elle peine à se répandre, d'une part parce qu'elle naît sur le terrain de la frustration politique, d'autre part parce qu'elle a ses limites (populisme, élitisme) et ses dérives (fragmentations, incidents).

Moi, je suis épuisé.
J'aimerais appeler le monde au réveil des consciences, à prendre du recul et à envisager les autres, le dialogue et le projet commun. L'humain comme un objectif noble, l'autre comme une richesse, le monde comme un trésor.
J'aimerais avoir une vision claire des idées et projets réels de ceux qui nous gouvernent.
Et surtout, j'aimerais avoir, à chaque fois, l'argument pour contrer les discours d'argent, les mots d'intolérance, les signes de violence et de rejet, les idées courtes et les analyses simplistes, pouvoir contrer tout ce qui
incite à soi contre les autres.

Je suis fait pour être Miss France.

Publié dans Politique, Médias, Les gens

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L'entube de l'été : Les 3 Mousquetaires.

Publié le par SaintLaz

La mode des tubes de l'été semble s'être dissoute dans l'air des années 2000 - et l'on ne s'en plaindra pas vraiment : autant le côté festif qui rassemble était chouette, autant on a réalisé qu'on n'était pas obligé de le faire sur un son pseudo latino ou antillais prédigéré. A contrario, les producteurs et maisons de disques n'ont pas évolué et continuent à nous matraquer leurs bonnes et mauvaises chansons. Ainsi, si tu veux écouter une antenne musicale qui passe les airs du moment, tu te retrouves obligé d'écouter Perretta ânonner qu'il pleu-eu-eure, ou Timberlake qu'il ne peut stopper le feeling. Côté francophone, le drame est le 3e extrait de la comédie musicale Les Trois Mousquetaires. Non pas qu'il soit meilleur que les 2 premiers singles, non, mais comme il sort l'été, on peut le bombarder sur les ondes pour qu'en plus de payer l'autoroute le vacancier en transit apprenne par coeur, à force de l'entendre 3 fois par heure, le "tube" de la comédie musicale de la rentrée, afin de l'inciter à acheter des places pour aller l'écouter en vrai. Et par "tube", j'entends le refrain facile à retenir - ce que l'industrie musicale appelle un earworm.
Car Les Trois Mousquetaires n'est pas un spectacle hommage à Dumas ou à l'Histoire de France, non : c'est un produit tout fait qui, faute d'histoire originale, en a récupéré une très connue. Comme ça, la production tape directement dans le mainstream, pas de risque de passer inaperçu.
Dans l'historique de l'équipe de prod, il y a certes le reboot de Starmania (pour les Coullier) ou Le Roi Soleil (pour Roberto Ciurleo), mais on sent plus la ressemblance avec le terrible et récent Robin des Bois porté par M.Pokora - succès public mais défaite artistique - qui abondait en textes pauvres en vocabulaire et sans nuances, mais riches en bons sentiments qui font du bien, avec des beaux gosses pour booster la libido les ventes. La recette du musical formaté tient là toute entière : du boum boum en lieu de musique, des paroles faciles sur des thèmes banals, de belles figures pour émoustiller, et du matraquage pour que ça rentre.
Les belles figures, ici, sortent toutes de la télé, où elles se sont faits connaître : d'Artagnan est interprété par Olivier Dion, encore frais dans la mémoire du public de Danse avec les stars (comme Athos, joué par le danseur Brahim Zaibat) et reconnu pour "ses talents de mannequinat" (rires), Emji (Milady), qui n'a remporté que La Nouvelle Star 2015, ou Damien Sargue (Aramis), qui reste à jamais le Roméo du Roméo et Juliette qui bêlait mièvrement "Aiiiiiiimer, c'est c'qui y'a d'plus beauuuuu", oui oui, le musical qui a inauguré l'ère des musicals formatés (et ratés).
Mais comme, sur scène, même les chèvres peuvent jouer avec crédibilité (Véronique Genest en est la preuve), il restait un ingrédient à peaufiner pour que ça marche : de bonnes chansons. Côté musique, quand on manque de talent, on bosse à plusieurs : la prod' annonce fièrement qu'ils ont sollicité DIX compositeurs. Aux textes, on pourrait se rassurer en voyant que le tandem Lionel Florence + Patrice Guirao, qui avait signé les textes intelligents et inspirés des Dix Commandements, est à l'origine des textes des Trois Mousquetaires. Preuve que souvent, auteur varie : là, les textes sont plats et bébêtes, et nous allons le démontrer.

Pour y parvenir, nous allons commencer par nous repaître du clip de "De mes propres ailes", le "tube" de ce "spectacle musical d'envergure". Ne regarde ni la danse ni les physiques, superbes mais qui distraient de ce qu'on te vend : ferme les yeux, et écoute d'une part la musique, de l'autre les paroles.

Alors, la musique.
Un ensemble assez minimaliste, une rythmique au synthé, une ambiance de boîte de nuit, pas vraiment de mélodie, sinon dans la voix, avec peu de variété. Soyons honnête, c'est bâclé. Qu'il s'agisse de la laideur des ponts musicaux ou de ce synthé moche (que même David Guetta doit écouter avec dégoût), rien de cette sous-eurodance clubbisante n'a d'intérêt.
Imaginons un instant que ce sera donc par la richesse des paroles et du message que le titre mérite d'être dans toutes les têtes.

Alexandre Dumas, pardonnez-leur.
Au commencement du roman, le jeune d'Artagnan débarque à Paris pour y devenir mousquetaire du Roi - un destin bien clair, bien tracé dans la tête du gamin. Au commencement du spectacle, d'Artagnan semble donc suivre son histoire, mais rien n'est précisé : la chanson ne parle ni d'arrivée, ni de job rêvé, non, c'est une banale chanson sur les rêves que l'on doit poursuivre. Je me permets toutefois quelques citations, pour rigoler approfondir.
Comme un pont-levis qui s'ouvre à la vie, on ne va loin que jusqu'au bout. Je dois admettre que celle-là, c'est une de mes préférées. Outre que le sens global est inexistant, puisque la comparaison est absurde (aller loin/pont-levis ?) mais aussi non signifiante (quand un pont-levis va jusqu'au bout, estime-t-on qu'il est allé loin, sachant qu'il est simplement basculant ?), et si l'on s'en tient à la seule seconde partie (on ne va loin que jusqu'au bout), on sent que les mecs ont manqué d'inspiration. Parce qu'on peut aller loin ailleurs qu'au bout, et que le bout n'est pas forcément loin, par ailleurs. Mais admettons. A noter également la variation du second paragraphe, Quand un pont-levis vous ouvre à l'envie, on ne va loin que jusqu'au bout, qui n'a pas plus de sens. Mais qui fait bien rire. Et bien jusqu'au bout. Houhouhou.
Mais il faut s'en aller quand il le faut. Et inversement, il ne faut pas s'en aller quand il ne le faut pas. Pas vrai ? Tiens, change de verbe : il doit s'en aller quand il le doit. Ou il peut s'en aller quand il le peut. Ca te fait pas mal au français, toi, la redondance ? - un procédé utilisé pour combler le manque de talent nécessaire pour avoir le bon nombre de pieds dans la phrase. Par exemple : Mais il faut s'en aller quand on le doit, ça a du sens de mettre une subordonnée. Mais il faut s'en aller quand il le faut, ça n'a aucune valeur, ni sémiologique, ni sémantique. J'insiste. Cela dit, la redondance, c'est la base de cette chanson : de mes propres ailes, voler de mes propres ailes.
Mais à quoi sert qu'on naisse, à quoi sert qu'on meure, sans avoir vécu ses rêves même les plus fous ? S'il sous-entend que ça ne sert à rien, mourrons tous tout de suite : personne ne peut réaliser absolument tous ses rêves, et surtout pas les plus fous (moi, par exemple, je n'aurai jamais le don d'ubiquité, ou ne pourrai jamais vivre dans un monde rigoureusement tolérant #MissFrance). Mais rentrons dans le détail : "à quoi sert qu'on naisse (...) sans avoir vécu ses rêves les plus fous ?" : parce qu'il envisage donc qu'on puisse vivre avant d'être né. OKAY.
Sans vous oublier-er... Nouvelle preuve de l'incapacité des auteurs à écrire des refrains avec le bon nombre de syllabes.
Alors, je conçois qu'on veuille faire des messages simples pour porter une émotion populaire, mais personne n'oblige les auteurs à faire dans le simplet simplisme, dans la faute de français, dans l'assemblage de phrases qui ne veulent plus rien dire une fois mises ensemble. Parce qu'un texte, c'est un ensemble de phrases mises ensemble, dont le sens individuel s'ajoute pour créer un sens global. Là, ta prof de français de 6e te met zéro.
Mais surtout, big up à Olivier Dion qui chantonne tout ça avec un sourire béat qui semble laisser croire qu'il est complètement crétin.

Voilà.
Je voulais remercier tous les professionnels de la Culture et du Spectacle qui ont permis au plus grand nombre de savourer ce grand moment d'Art offert au monde et à la postérité, dans le seul but de bouffer, sans jamais culpabiliser d'abêtir à ce point le public à coup de médiocrité.

Publié dans Sons

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Bataille, l'éternel humain - Pierre Rigal

Publié le par SaintLaz

S'aimer, se haïr, s'étreindre, s'étrangler, par jeu ou avec sérieux, la frontière est mince.

Voir ainsi, dans le même journal télévisé, les images des messes oecuméniques et les déclarations politiques, images de paix et discours de haine, gestes bienveillants et mots menaçants. Ce que les petites gens ont de bon semble avoir disparu chez ceux qui maîtrisent le pouvoir. La frontière est mince, pourtant, d'un geste à l'autre, d'une émotion à la suivante, et l'on voit la paix basculer dans l'horreur, ou la paix naître de l'horreur. L'ambivalence des sentiments, les aléas de leur apparition, la fragilité de leur expression, l'imprécision de leur appréhension, et pour quelles perspectives ? L'histoire des conflits humains est faite de mots imparfaits, de cerveaux formatés, de feu, de fureur et de sépultures. Alors comment aborder l'autre et le monde dans lequel il vit ?
Voilà le questionnement qui m'est venu devant Bataille (2013), pièce performative signée Pierre Rigal.

 

Sur son site, l'ami Rigal donne une piste de lecture : "Cette bataille joue avec les oppositions : le dedans et le dehors de la narration, l’alternance de l’humour et de l’angoisse ; l’aller-retour entre le réalisme et l’abstraction. L’ensemble de ces paradoxes souligne les relations antagonistes entre le Moi et son Inconscient, épisodiquement maître à bord de ce jeu d’illusions mutuelles.
C’est aussi (sic) deux relations au flux de la vie qui se confrontent ce qui provoque inévitablement déceptions, violences, jouissances, dominations, soumissions, extases..."
Le spectacle fait se succéder les saynètes, chacune porteuse d'un des éléments sus-cités, dans un geste continu, passant de l'une à l'autre par un déclencheur - un regard, un geste, un coup. L'ensemble prend un peu la forme d'un patchwork, cousu indifféremment, malgré le travail d'autocitation (à conséquence comique) et de définition éphémère des frontières du spectacle (la vie ? la scène ? l'instant ?) qui permet un peu de réflexion abstraite.

Le hic, c'est bel et bien l'imprécision de l'écriture, qui suit celle du concept : des idées, mais de grande idée. Alors oui, on saluera l'énergie, la résistance, l'humour, la beauté, l'opposition, la crudité et la métaphore, mais sans direction, où va-t-on ?
Mais admettons. Ce qui m'a manqué, dans ce petit bijou de schizophrénie émotionnelle à expression (très) physique, c'est la beauté de la précision gestuelle, l'élévation de la maîtrise corporelle, qui aurait autant servi le propos physique que le message métaphorique.

Dans l'histoire de la danse, ce n'est pas Bataille qui placera Rigal dans les chorégraphes inoubliables. Le spectacle te placera face à ses contradictions, donc aux tiennes, et ouvrira le bal de ta réflexion sur ce qu'ils représentent, ces deux-là qui s'affrontent sur le ring ouvert, et sur ce que cela fera résonner chez toi. A voir donc, tout de même.

Publié dans Spectacle, Théâtre, Danse, Paris

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Strangers - Le divin est en nous.

Publié le par SaintLaz

Sommes-nous maîtres de nos destins ?
Partagés entre le moi et le surmoi, entre le divin et l'humain, le groupe et l'individu, le moral et l'instinctif, le faillible et le parfait : qui décide, en nous ? Qu'on succombe ou que l'on résiste, nos sociétés valorisent le self control, l'art salue la puissance dévastatrice des émotions. La faiblesse face à l'émotion devient un signe d'humanité, la discrétion est preuve d'éducation. Nous voilà en plein paradoxes, éternellement tiraillés entre la nature et la culture, entre la raison et ce qui lui échappe. Imagine maintenant, saupoudrer sur ce questionnement celui de forces supérieures, propres aux religions et autres superstitions ?
Voilà ce que m'a inspiré le 3e long métrage du Coréen Na Hong-jin, The Strangers, sorti en ce début juillet en France.

Le pitch. Dans un village coréen, le petit matin révèle les corps d'une femme et de son mari, sauvagement assassinés par leur voisin, retrouvé sous leur porche dans un état second, comme lobotomisé. L'enquête est vite close, mais une question taraude la police : qu'est-il arrivé au voisin ? Et voilà que d'autres meurtres violents ont lieu. Un point commun : les coupables ont tous la même maladie de peau...
Développant le thème du monstre qui prend possession de nous, Strangers est une fresque spirituelle impressionnante, qui questionne la puissance de soi sur les forces du mal.

De thriller policier ("Qu'est-ce qui provoque ces meurtres ?"), le film vire à l'horreur démoniaque (façon L'exorciste), tout en tissant un drame père-fille sincère et pas gnangnan. A première vue, on a l'impression d'assister à du grand n'importe quoi, le rythme soutenu de la narration empêchant de prendre du recul. C'est à la fois furieux et tortueux, et le spectateur n'en démord pas.
A mesure que le film progresse, la certitude passe du rationnel scientifique au spirituel pur. La gestion du danger délaisse les forces de l'ordre pour les forces religieuses : peu à peu, la police ne fait que constater les méfaits, quand le diacre part en quête du diable, et que le chamane se démène pour contrer les mauvais esprits. En cela, le film réalise un remarquable synchrétisme entre la religion révélée (culpabilité, expiation par la douleur, manichéisme) et l'animisme traditionnel (cérémonies rituelles, forces multiples, cohabitation des humains et des esprits).
C'est d'ailleurs ici que Strangers puise ses scènes les plus puissantes : la confrontation de l'humain - le monde concret, régulé, connu - et de forces occultes - surtout mauvaises. Qu'il s'agisse de la scène d'exorcisme ou de celle du sortilège, l'image révèle d'un coup et la maestria de Na, et le talent d'interprétation de son casting. Il siffit de voir comment la petite Kim Hwan-hee passe de la fillette adorable au monstre sanguinaire qui la possède : à couper le souffle, et ses hurlements resteront gravés un moment dans ta mémoire. A noter aussi, l'étonnant Hwang Jeong-min, qui donne corps au chamane, avec une justesse qui aide à adhérer au propos. Jun Kunimura, le Japonais mystérieux, et Kwak Do-won, le flic et père, personnage central du récit, héros ancré dans le réel, dépassé par le spirituel, équilibrent le casting.

Par son esthétique de film d'horreur autant que de film social, tout baigné de la moiteur de la forêt et de l'épaisseur de la tradition, Strangers creuse le sillon de la définition de l'ennemi, en miroir de notre paradoxe volonté/force supérieure. Fascinant. Assez pour faire oublier que le film dure 2h36.

Publié dans Ciné, Cannes2016

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Variations sur un même Gus van Sant.

Publié le par SaintLaz

Gus van Sant ?

Certains le connaissent comme un membre de la clique qui rend l'ennui fascinant par la contemplation, les autres ignorent tout de lui.

On a de la chance : la Cinémathèque est là pour tous.

L'idée.
Reconnu pour son travail cinématographique depuis plus de 20 ans, notamment primé à Cannes en 2003 avec Elephant, Gus van Sant est un homme d'image. Photo, peinture, vidéo et, évidemment, cinéma. Voilà donc ce que la Cinémathèque te propose, jusqu'à fin juillet. De quoi tenter de discerner avec précision les composantes de l'univers visuel - donc du regard - de l'artiste qui donna vie à Portland.
Et la maison de la rue de Bercy ne lésine pas sur les supports : dessins, carnets de tournage, photos anciennes et récentes, sur tous supports, extraits de films, de clips, d'entretiens, tableaux, affiches, triés par discipline, présentés sobrement, alignés sagement, dans une scénographie épurée, contemporaine. Vois un peu :

Spoiler de 50% de l'expo.

Spoiler de 50% de l'expo.

Débrief.
Je te disais "triés par discipline", il faut comprendre "pas d'analyse dans la présentation des éléments" : ils n'ont pas cherché de thèmes récurrents dans l'oeuvre de Gus, ni réfléchi à ses obsessions ou ses passions.
Et il faut voir : polaroïds sans effets, montages photo basiques, dessins maîtrisés mais pas mis en perspective,
Je te disais "
présentés sobrement, alignés sagement, dans une scénographie épurée, contemporaine", il faut comprendre "minimalisme extrême". Pas de réel sens de visite, pas d'univers recréé, pas de mise en abîme du regard de Gus sur le monde ou les gens.
C'est donc brouillon, ça ne met pas en exergue le talent de l'artiste, ça ne cherche même pas à l'inscrire dans une singularité qui rendrait son art exceptionnel, non, ça ne dit rien, ça ne nourrit aucune réflexion, ça n'apporte pas d'éclairage.

Pour aimer Gus van Sant, autant s'en tenir aux films, donc. La première salle est une salle obscure, avec quelques installations design en guise de fauteuils sou sla clim glacée, pour admirer des extraits astucieusement choisis, comme s'ils racontaient une seule histoire, de Mala Noche à Elephant, en passant par My own private Idaho et Gerry : retour sur quelques unes des meilleures scènes du génie de Portland.
Quelques merveilles, ici et là, pour ravir tes yeux de spectateur et alimenter ta réflexion sur les objets filmiques du monsieur : storyboards, photos de tournage, interviews... et un petit sourire quand tu découvres qu'il a réalisé un clip pour les Hanson - ce qui n'a rien d'étonnant, quand tu y réfléchis bien : le groupe avait exactement l'attitude que ce bon Gus travaillait dans ses films.

THE pépite.

THE pépite.

Publié dans Expo, Photo

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