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Tu Cherches Quelque Chose ?

Parce Que Je Parle Aussi De...

17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 20:01

Nous sommes Charlie.

Depuis le 7 janvier, l'émotion a été grande, et les résolutions, solides.

Qu'on aime ou non Charlie Hebdo, nous devons respecter qu'ils disent ce qu'ils disent. C'est CA, la liberté d'expression. Je comprends qu'on se sente vexé, touché, énervé, insulté, outré, attaqué par leur ligne éditoriale. Ca m'est arrivé.

Tu vois, si je reprends les arguments avancés contre Charlie, je trouve que d'autres publications sont bien plus attaquables. Valeurs Actuelles, Minute, par exemple. Il y a là, à mon avis, bien plus à blâmer comme atteinte à l'Humanité qu'avec quelques caricatures du Prophète. Nous sommes Charlie, donc, non en soutien à Charlie Hebdo, mais en soutien à la liberté d'expression.

Ces derniers temps, les discours ont fleuri, chacun sa petite opinion, ses discours. Terrorisme et Islam - qui alimente qui, qui subit qui, qui accuse qui, à tort ou à raison. Au même titre que le Front National, l'Islam radical attire les laissés pour compte, les frustrés, les abîmés qui ne se retrouvent pas dans le monde tel qu'il existe. Dans un cas comme dans l'autre, d'ailleurs, peu importe le cadre utilisé (le parti, la religion) : il s'agit simplement d'exprimer le rejet par le rejet. L'intolérance par l'intolérance. Quitte à vandaliser le cadre dont on se sert (la politique, l'Islam) pour arriver à ses fins. Et sans scrupules.

C'est dans ce climat que j'ai vu - parlons Culture - Timbuktu, drame franco-marocain d'Abderrahmane Sissako.

# Le pitch.

Tombouctou, ville du Mali surnommée la Perle du Désert (ou la Ville aux 333 Saints), est au bord du Sahara. La ville tombe peu à peu sous la loi de jihadistes bornés. La population subit, résiste individuellement, tente la raison. Aux alentours, une famille vit tranquillou de l'élevage bovin, peu soucieux de ce qui se trame en ville. Mais un jour, le père tue un pêcheur qui avait abattu une de ses vaches. Le voilà confronté à la justice de la ville...jihadiste.

Décrivant la lente plongée dans l'absurdité de la manipulation de l'Islam, Timbuktu offre une vision paisible du drame qui guette le monde musulman.

Discours sur la Terreur / Timbuktu.

# Mon avis

Bien : La photo. Sans tomber dans une National-Geographic-isation du discours sur l'Afrique, on peut tout de même saluer le travail d'image de Timbuktu, qui lèche ses ambiance et use des décors pour créer une fresque visuelle éclatante, solaire, qui évite le cliché touristique (puisque sont évitées les images des monuments de la ville, classée par l'UNESCO - sans doute parce que le film a été tourné...en Mauritanie).

Bien : Le scénario kafkaïen. L'histoire de la famille de Kidane, éleveur du désert, qui passe de la loi tribale violente à la loi jihadiste violente, heurtant sa vision paisible de la vie, utopiste des dunes.

Bien : Le dialogue religieux. Quand l'imam principal - voix d'un Islam modéré, tolérant, adaptable - s'entretient avec le chef jihadiste - porteur d'un Islam radical, intolérant, intransigeant (et brutal). Un discours qui enrichit notre réflexion sur cette noble religion, et sur l'instrumentalisation de la religion par les esprits étroits.

Pas bien : Le scénario décousu. Nous suivons en parallèle la progression insidieuse en ville, multipliant les petites histoires, nous accrochant aux personnages, alors que leur sort n'est pas filé, et sans effets ; et en parallèle, la vie de la famille de Kidane, déconnectée de toutes les histoires urbaines, même lorsqu'il finit jugé en ville.

Pas bien : La déconvenue thématique. J'avoue, j'espérais une vague de refus, de colère, une rébellion qui défendrait ses libertés, oui, j'avoue, j'espérais un truc entre la marche de Paris du 11 janvier et un acte d'héroïsme à l'américaine, à la sauce africaine. Forcément, j'étais un poil à côté de la plaque. Mais si je suis sensible à tous les actes de rébellion individuelle, j'ai été surpris par l'absence de résistance collective. Des volontés séparées face à un groupe uni (et armé)(et présenté comme crétin). Mais bon, on déplore ce qu'on peut.

 

# Donc ?

Un film à voir, assurément. Mais pas parfait, loin de là.

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Published by Charlie SaintLaz - dans Ciné Politique
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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 14:36
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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 11:02

Cinéma de poche.

Tu te souviens des publicités pour smartphones qui vantaient l'extrême qualité de la résolution d'image ? Tu te souviens t'être dit que c'était pas forcément ton truc. Pour certains, pourtant, c'est important. Ils ont poussé la technique jusqu'au bout : faire des films.

Il y a dix ans est donc né le Mobile Film Festival, pour que les petits génies de la réal système D puissent eux aussi avoir leur reconnaissance, en marge des festivals du court-métrage. Le principe : un film d'une minute, avec juste un téléphone pour la prise d'image.

Cette année, dixième édition, j'étais des blogueurs invités pour remettre le Prix des Blogueurs (évidemment)(merci How I Met Your Blogueur). J'ai donc pu assister à la projection réservée des 52 (très) courts films et t'en rapporter le meilleur, la crème de la crème numérique, la quintessente moëlle en pixels.

# Ma comédie favorite : Les petits.

Le film a remporté... le Prix des Blogueurs. Victoire !

# Mon drame favori : Toi et/ou moi.

Qui a remporté le prix des Spectateurs. Oui, parce que tu pouvais voter, toi aussi. Le lobbying de Yagg a d'ailleurs permis au film de s'envoler dans les suffrages. Et c'est pas plus mal !

Re-Victoiiiiire !

# Mon film sociétal favori : Il était une fois dans l'web.

Social parce qu'il décrypte un élément social. Ici ; la Y-Gen hyper connectée. Et donc risible, parce que tout excès est risible.

Et le reste ?

Ils ont reçu plus de 700 films de plus de 20 pays, ils en ont sélectionné 52. Tu imagines bien que le meilleur y côtoyait le moins bon. Et dans cette sélection, tout était représenté : le clip, le photomontage, le film d'horreur, d'anticipation, spatial, quotidien, arty, déjanté, délirant ou très sage. Le résultat devait quand même être à la hauteur : narration, écriture, identité visuelle... Y'avait du niveau.

Tiens, vois par exemple le meilleur film, J'ai grandi. Pour moi, c'est pas le meilleur. Mais il est très fort. Il y avait du film qui dénonce, comme les yeux bleus, ou L'acte, petit bijou visuel. Tu aimes les images sublimes ? Regarde celui-là (un poil pompé sur Interstellar). Tu aimes les procédés sonores ? Celui-là. Un film roots qui ferait une chouette pub ? Celui-ci. Un petit rigolo qui pourrait s'aligner au côté des Cyprien et autres Norman ? Celui-là. Un Scènes de Ménages meilleur qu'M6 ? Celui-là. Et les ratés qui s'éclairent sur une phrase à la fin : celui-là.

Bref, du bon, du moins bon, du très très bon, et tout le reste, aussi. C'est fascinant.

Je te laisse voir par toi-même, ici : http://fr.mobilefilmfestival.com/.

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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 20:51

Nijinski reloaded.

Tu vois qui est Nijinski ? Un danseur russe qui explosa les codes du ballet classique pour inventer la danse moderne. En 1912. Avec un ballet appelé L'après-midi d'un faune, créé au Châtelet. Ah, je sens que ça te parle. Imagine : tous les danseurs de l'époque sont formés pour le classique, et lui, il arrive avec une gestuelle qui leur met les pieds en dedans et les genoux de travers, sans suivre la musique. Ré-vo-lu-tion.

On peut parler de démesure, d'exploration de l'excès. Sous le titre (H)ybris, le chorégraphe français David Drouard poursuit sa quête de Nijinski. Une pièce qui plonge dans les profondeurs de l'homme, dans ce qui le relie au divin et à l'humain. Avec une petite touche d'après-midi d'un faune. Ou avec 5 faunes, tiens.

TOP

Le fond. Du moins, de ce que j'en ai compris. Tu l'as compris avec Métamorphoses, j'aime que l'on parle de l'Homme d'aujourd'hui à travers des figures anciennes, éternelles. A la suite de Nijinski, Drouard s'empare de Pan, le faune de la démesure, et dresse le portrait de l'humain en lui injectant un peu de faune. De la nuit où ils naissent, 5 personnages deviennent hommes, presque nus, l'esprit du faune s'empare d'eux, ils habitent le personnage, puis reviennent à l'état d'homme, un homme nouveau. Voilà ce que j'ai compris : Drouard nous emmène dans une fantasmagorie qui redessine l'homme moderne (rien que ça).

La forme. A thème barré, scéno barrée. Costumes, lumières, ambiance sonore, on est dans une pénombre, dans la brume, c'est électrique, on sent une intensité qui transporte, qui habite, qui étoffe le propos... qui te scotche pour connaître la suite.

Les interprètes. 5 breakers, ça en impose. Et le chorégraphe l'a bien compris : leur plastique sensationnelle est au coeur du propos, alignant les pectoraux et les dorsaux pour évoquer la puissance, la virilité, le désir. A un point qui laisse penser... à un défilé Abercrombie&Fitch.

GLOP

Le fond. J'ai cherché une trame, je l'ai trouvée. Mais si l'on s'en tient au texte de salle, aux intentions décrites, aux prescriptions de lectures, le spectacle ne promet rien qu'une errance dans des concepts, sans rien asseoir. Et quelque part, le spectacle tient ses promesses : l'homme avant et après le faune n'est pas changé - toujours habité de ces tensions ventrales, ondulations originelles, comme expression de la part animale - excessive - de l'homme. Donc, du début à la fin, changement de costumes, mais danse limitée.

La forme. La danse, disais-je. Hormis ces ondulations, rien. Danseurs fascinants, mais mal utilisés. Le hip hop est souvent maladroit, anecdotique, comme si l'homme faunisé allait soudain tourner sur sa tête après 1h à s'en tenir aux petits gestes nerveux, intérieurs. On s'ennuie.

Mais ce qui m'a le plus choqué est le multimédia. "Accessoirisés par les arts numériques, les corps objets des danseurs servent de support à des projections vidéo qui les distordent, les manipulent ou les dédoublent." peut-on lire ici. Pour moi, la vidéo en fond de scène dans un spectacle vivant soit être intelligente, pas démonstrative ou décorative. La plupart du temps, elle apporte au decorum du propos. Nuages, ombres, nuits... Et de temps en temps, pouf, captation numérique et danseurs dédoublés, ombres blanches en halo sur les ombres noires. Et c'est trop. Parce que kitsch.

L'après-midi d'un Drouard.

ALORS ?

De sublimes tableaux, des interprètes fascinants, beaucoup (trop) de maladresses. Toutefois, on résume l'hybris grec par la démesure, sans préciser qu'il s'agit de l'excès passionnel, du dépassement des limites : c'est l'ego qui décide qu'il a besoin de plus, qu'il mérite plus. C'est une forme d'orgueil. Et l'orgueil n'était peut-être pas assez sur scène, et trop dans les coulisses.

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Published by Charlie SaintLaz - dans Danse
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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 20:28

Ex sériphage

Je te parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître : celui où mon quotidien était empli de séries télé, multiples, variées, exigeantes, tout ça. Il y avait Angels in America, The Tudors, United States of Tara, les débuts d'How I met your mother, de The big bang theory. C'était il y a longtemps.

Depuis, j'ai perdu le fil. De celles que je suivais. Et des nouveautés. Par la télé, j'ai pu en suivre une ou deux. Brothers and Sisters, une révélation. Avec des répliques de fou et du bon vin à chaque scène. Et Luke MacFarlane. Et la plus belle demande en mariage que j'ai jamais vue.

Il y a eu Borgen, aussi. La politique danoise fictive devenait de loin plus intéressante que n'importe quelle vie politique vue par le prisme des chaînes d'info en continu. Puis Pilou Asbaek.

Et depuis ? Rien. Presque rien. Des tentatives d'accrocher Game of Thrones. Quelques Modern Family picorés, sans conviction. Comme pour The Good Wife. Scandal, commencé sans être fini. House quand je tombe dessus. Et les redif' de Friends, Grey's Anatomy... Et tellement d'autres ratés.

Et puis Once Upon A Time. Le délire des personnages de conte entre univers d'origine et monde réel, avec un scénario plus improbable à chaque épisode. Le grand n'importe quoi érigé en mode de progression, mauvaise interprétation en prime : une série où les scénaristes sont sous acide et les acteurs dans une débâcle qui leur coûtera cher. Et pourtant, tu suis. Tu suis, parce que c'est drôle de voir Blanche-Neige parler au Capitaine Crochet, et Aurore s'associer avec Mulan. Même Disney n'avait pas osé : c'est sans doute ce blasphème qui te fait coller à cette série. Et la floppée de jeunes mâles au regard dur et à la carrure de roi (Colin O'Donoghue, Michael Raymond-James, Jamie Dornan, Julian Morris, et même Josh Dallas).

Et puis Drop Dead Diva. Série militante, puisque le personnage principal cumule les handicaps d'être une femme ET d'être obèse, mais courageuse, intelligente et sensible. Série judiciaire, série d'amours teintées de mort, série avec assez de nawak et de second degré pour que tu l'adores, cette Jane. Et puis, il y a Justin Deeley.

 

Voilà où j'en suis.

Et sinon, ne regarde jamais Reign. Ce Gossip Girl transposé au milieu du XVIe siècle français est à vomir, tant le ton est bête, les acteurs mauvais, et les erreurs historiques insupportables.

 

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Published by Charlie SaintLaz - dans Tendance
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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 17:34

Fait d'hiver.

La mode est à Faites entrer l'accusé. Outreau, Raddad, Lamare,... Ces derniers temps, les faits divers apportent ce qu'il faut d'adhésion populaire, entre peur fascinée pour les bourreaux, compassion pour les victimes et confiance dans la justice et la sécurité pour nourrir des films ambitieux où la lutte du bien et du mal trouve sa plus éclatante véracité : celle portée par le réel.

Ainsi donc, plus le crime est multiple, plus le criminel est un monstre, plus l'histoire fascinera. Dans la famille des anti-héros de JT, je demande Guy Georges. Différentes agressions graves avec passages en prison, puis 7 meurtres avec viol, et une rescapée pour en parler, entre 1991 et 1997. Le délai de prescription passé, le cinéma ne pouvait que s'en pourlécher les babines.

Voici donc L'Affaire SK1, premier long de Frédéric Tellier, rompu à l'art du polar, sans doute lui-même habité des pulsions de mort et d'éternité qui palpitent dans ces fictions. Teaser.

Il y a la traque, bien sûr. L'absence de preuves, de moyens, d'outils, de pistes sérieuses. L'intuition, l'ego, la vie des autres et sa propre vie. La richesse des évènements et la variété de ceux qui gravitent autour. Le film a sélectionné les hommes de l'ordre et la justice, symbolisés par Franck Magne, flic, et Frédérique Pons, avocate. L'un pour retrouver la bête qui l'écoeure, l'autre pour expliquer ce qui fait de l'homme une bête. En parallèle, bien que donnant plus de place à la traque qu'au blanchiment, le spectateur peut donc suivre l'égrènement des cadavres et les avancées de l'enquête tout en se repaissant du doute - pour qui aurait oublié l'affaire - qui plane sur l'accusé jusqu'à ses aveux.

Côté scénario, donc, on ne reste pas sur sa faim.

SK1, un vrai bon drame français.

Côté réalisation, le risque est grand : les séries télé ne cessent de remonter la barre du réalisme, du suspens, du scotchage à ton siège. Sans en faire trop - loin de l'american style - et respectant le voeu de narration croisée, Tellier s'invite dans le polar français entre Maïwenn pour la tendresse et Olivier Marchal pour l'action (non, ej n'ai peur de rien). Une façon d'annoncer une looooongue lignée de polars à venir.

Côté interprètes, il fallait du solide pour trois personnages. Magne, le flic. Pons, l'avocate. Et Guy Georges. De plus en plus en première ligne en ce moment, Raphaël Personnaz endosse les neurones en pelote de Magne, avec un peu trop d'absence, parfois, pour être tout à fait crédible. Mais, entouré d'Olivier Gourmet, Michel Vuillermoz et Thierry Neuvic, le manque de prestance passe pour un manque d'assurance, qui n'est pas de mauvais ton quand on joue un type qui débarque, donc qui rame. En contrepoint, indéboulonnable dans les rôles de celle qu'il faut pas faire ch***, Nathalie Baye donne corps à celle qu'on devrait haïr, celle qui cherche l'homme sensible sous la bête épaisse, pour tenter de l'innocenter. Crédible dans ce rôle devenu un peu secondaire, elle habite avec conviction ce personnage à contre-coeur du public (qui aime pourtant les "avocats du diable" (huhu)). Enfin, Guy Georges est joué par un remarquable et saisissant Adama Niane, que Tellier a bien pratiqué dans sa série Flics. Niane fascine, désarme, dégoûte... à l'image de Michel Dubec, expert psy de l'époque, qui écrivait que le meurtrier fascine dans ce qu'il véhicule de fantasmes, au point qu' "on en veut à Guy Georges du bout de chemin qu’on a été capable de faire avec lui, comme s’il nous avait piégés... ".

Au final, un film généreux pour servir le public, toujours avide d'épopées où le bien veut faire la peau au mal, répondant à nos attentes quant au cinéma français : un truc sensible, intelligent et intense. Qui n'est pas sans défauts.

Alors, à quand le film sur le 7 janvier 2015 ?

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Published by Charlie SaintLaz - dans Ciné Tendance
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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 21:59

# Carte de Voeu.

Pour 2015, je ne te souhaite pas bonheur, joie et prospérité. Non. C'est trop facile : richesse, amour, gloire, réussite, à croire que l'on est que l'on est dominés par ces idéaux réducteurs. Depuis que les chaînes d'info en continu nous répètent que c'est la crise, on se repaît plus jamais des idéaux hérités des années 80 : argent, sexe, pouvoir. Comme si la révolution new age des années 90 n'avaient jamais existé.

J'ai commencé cet article avant les évènements de Charlie Hebdo. Ce qui suit sonne étrangement, aujourd'hui.

Alors moi, je te souhaite le basique : la santé, la sécurité, l'affection. C'est tellement basique que c'en est barbant. Puis c'est anxiogène, de se rappeler que rien n'est jamais gagné d'avance.

En ces temps bouleversés, Je te souhaite donc responsabilité, humilité et sérénité.

Pour garder ton esprit ouvert, ta curiosité affûtée, tes capacités de questionnement et de raisonnement ouvert - bref, pour progresser dans la vie -, je te propose d'éteindre ta télévision et de sortir de chez toi. Conférences, cinéma, fête des voisins, concerts, brocantes, virées au vert, à l'étranger, spectacles, sport, vie associative, bénévolat... Parce que les écrans permettent de découvrir beaucoup, mais jamais aussi finement et pleinement que l'expérience in vivo. Parce que c'est la curiosité de l'autre qui nous permet de découvrir et de comprendre l'autre.

Moi, par exemple, je t'invite au spectacle. Mais attention : quand je te dis spectacle, je ne te dis pas "je regarde pour être époustouflé". Je t'explique.

# Je regarde pour être touché.

Tu t'ennuies ? C'est que tu es tombé dans l'apathie. Par paresse, après tes longues journées de travail et t'être occupé des mômes, tu n'as qu'une envie : qu'on te foute la paix. Du coup, tu ne fais que ce qui te repose. Et la culture du divertissement l'a bien compris : elle t'épargne toute véritable activité émotionnelle. Et ceux qui tiendraient le coup, chercheraient à te garder éveillé, tu les fuis. Par habitude. Du coup, tu es devenu apathique.

Le truc, c'est que l'émotion, c'est ce qui nous réunit. La peur, la colère, l'amour, la tristesse, l'envie, la frustration, l'ennui, la joie - et toutes leurs nuances. Toi comme moi, on en est traversés, normalement. Et chaque émotion nous rappelle qui nous sommes.

Alors tu laisses tomber les barrières. Arrête de te cacher dans ton confort émotionnel. Accepte d'être secoué, d'être blessé, de pleurer, d'aimer : c'est CA, la vie. Pas de travailler plus pour gagner plus ou de péter les scores à Candy Crush.

Et crois-moi : les théâtres sont les meilleurs temples pour éveiller les émotions. Les vraies.

 

# Je regarde pour remettre en question

Parce que non seulement tu dois te sortir de ton confort émotionnel, mais tu dois aussi te sortir de ton confort intellectuel. On est entourés de certitudes, et l'on se questionne sur ce qu'on nous présente. Pourquoi ? Parce qu'il nous faut avancer, améliorer, progresser. Or si l'on avance que sur ce qu'on nous montre, progresse-t-on vraiment ? Non. Il nous faut découvrir, chercher, fouiller, apprendre pour questionner. Parce que plus on remet en question, plus on est à même de saisir la réalité des choses.

# Je regarde pour mieux comprendre

Et, à force de ressentir et de remettre en question, on remet les choses en place. On comprend ce qui anime l'autre, ce qui le fait, ce qu'il représente. Une meilleure compréhension de l'autre, débarrassée de tes référentiels à toi, plein d'empathie, c'est ce qui mène à la paix. A la concorde. Voilà à quoi te servira le spectacle.

 

Alors pour 2015, je ne te souhaite ni bonheur, ni pouvoir, ni richesse.

Je te souhaite d'être humanité.

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Published by Charlie SaintLaz - dans Tendance Danse Théâtre
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24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 21:41

J'suis tombé amoureux.

Je l'ai rencontrée un après-midi d'été. De la joie, de l'esprit, du piquant. Ca n'a pas été instantané, non, il m'a fallu quelques jours pour comprendre qu'elle était différente, qu'elle apportait à ma vie quelque chose d'inespéré. Et tout ça, juste en parlant. Je n'ai pas vu son visage, elle m'avait déjà conquis.

Depuis, tous les matins (ou presque), je me réveille avec la voix de Patrick Cohen, que j'adore sur Inter, que je déteste dans C à vous. Tous les matins (ou presque), à 7h57, je retombe amoureux. D'elle. Immanquablement. Drôle, sérieuse, ou les deux. Pimpante, effrontée, téméraire. Et Belge, même si ça ne change rien.

 

Si tu ne l'adores pas déjà, écoute donc Charline Vanhoenacker sur France Inter, dans le billet à son nom à 7h57, mais surtout dans l'incontournable Si tu écoutes, j'annule tout, de 17h à 18h, avec l'autre Belge décapant, Alex Vizorek.

Un gars, une frite.

Un gars, une frite.

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Published by Charlie SaintLaz - dans Radio
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23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 22:19

United States of Michael.

Les imitateurs, moi, ça me faisait rire quand j'étais petit. C'était plutôt ceux capables de prendre des accents pour construire des personnages qui m'impressionnaient - des grands acteurs. Les Guignols, Laurent Gerra, Sandrine Alexi, ça m'impressionnait, côté maîtrise, mais je trouvais les artistes un peu gras, un peu bêtes, faisant dans la facilité.

Puis, un soir de décembre '14, il a eu Michael Gregorio sur la scène de l'Olympia. Et là... pfiou.

Alors c'est quoi, ce Michaël Grégorio en concerts ?

C'est de la musique. Parce que quand même, faut avouer, c'est un concert de bout en bout. Un groupe sur scène, un leader, des lumières fofolles, et une ribambelle de tubes, ça danse, ça chante, ça met ses baskets, chouette, c'est sympa tu verras.

 

Le spectacle est complet. Le jeune Michaël ne se contente pas d'imiter de grands artistes connus - ce qu'il fait à merveille, la plupart du temps - ou de singer leurs attitudes, vidéo à l'appui : il pousse le bluff jusqu'à mêler les artistes, croisant les modes d'interprétation, les esthétiques, les genres. Avec brio : Dave Punk (mix des tubes de Dave à la sauce Daft Punk), Brel chantant le Papaoutai de Stromae, Téléphone repris par les BB Brunes... A l'oreille, c'est sidérant de justesse, étonnant, et montre que le garçon est mélomane, cultivé et inventif... autant que bien entouré.

Musicalement, donc, l'imitation tient la route, et se veut grand public : variétés françaises et internationales, Amsterdam en entier, du Michael Jackson, du U2, Diego en version Berger ET Hallyday intelligemment mêlés, Cabrel et Shakira alternés sur un même titre, du jazz (Armstrong, Holiday, Charles), de l'opéra, de l'électro, du rock... Tout le monde y trouve son compte, ce qui fait le succès de l'ensemble. Le garçon chiade ses imitations qui rendent un bel hommage aux interprètes originaux, loin des pitreries de ses congénères. Il épate, poussant son art à imiter à s'y méprendre le son d'une guitare électrique. Si si.

Et, bien entendu, il reste proche de son public en l'encourageant à chanter avec lui quelques titres, façon karaoké... mais avec malice.

Pourquoi ? Parce qu'au delà de la musique, le spectacle fait aussi place belle à l'humour. Il taille un costard à quelques caricatures (les BB Brunes, Mylène Farmer,...), pose quelques questions décalées ("Vanina aurait-elle aussi bien marché si Dave avait assumé ses préférences, à l'époque, et appelé sa chanson Vanino ?"), joue de la corde sensible autant que de la comique, et intègre quelques blagounettes et autres jeux de scène qui désarçonnent avec finesse (l'homoérotisme avec sa bombasse de guitariste est en cela hilarant).

 

Alors, au final ?

Musical, drôle, à l'américaine, joueur, participatif, mélomane, touche-à-tout, référencé, décalé, irrévérencieux, performatif : Michael Grégorio prouve que l'on peut être populaire et exigeant, passer chez Drucker et faire bander Télérama.

Et c'est pas banal.

> le site de l'animal

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Published by Charlie SaintLaz - dans Théâtre Sons
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22 décembre 2014 1 22 /12 /décembre /2014 09:24

Syndrome de Stockholm

Je ne sais pas toi, mais moi, j'aime vraiment confronter le mal le plus sombre à l'intelligence. Je dis bien confronter, pas mettre au service - encore que. Pour moi, il s'agit d'user d'une intelligence teintée de morale, de "justice", pour décrypter le discours, appréhender les actes, saisir l'architecture. Le mal comme sujet d'étude - pour le comprendre, pas pour le justifier.

Au cinéma, la rencontre entre le mal absolu et l'intelligence décorticatr décortiqueu décorticante (tant pis, hein), il y en a plusieurs exemples, et celui qui me semble le plus clair, c'est Le silence des agneaux. Hannibal Lecter, Clarice Starling : 3 épisodes pour sonder les origines du mal assumé.

Dans ce rencart avec le mal, on ne doit pas forcément avoir affaire à des psychopathes tueurs en série - même si la mort d'a priori innocents est un sine qua non du mal absolu - et de ce fait, on peut être face à des femmes d'affaires, des pères de famille, des filles planquées dans un bled ou des hommes politiques bien en vue.

Cette semaine, tu peux découvrir Le temps des aveux, le nouveau Régis Wargnier (mais si, c'est celui qui avait signé Indochine, en 1991, Oscar du meilleur film étranger, 5 Césars...).

  • L'histoire ?

"Cambodge, 1971.
Alors qu’il travaille à la restauration des temples d’Angkor, François Bizot, ethnologue français, est capturé par les Khmers rouges. Détenu dans un camp perdu dans la jungle, Bizot est accusé d’être un espion de la CIA. Sa seule chance de salut, convaincre Douch, le jeune chef du camp, de son innocence. Tandis que le français découvre la réalité de l'embrigadement des Khmers rouges, se construit entre le prisonnier et son geôlier un lien indéfinissable…"

Tout pourrait y être : l'ethnologue en guise d'intelligence sensible VS le Khmer rouge en guise de salaud. Et de fait, le film suit davantage leur relation que le cours de l'Histoire, et c'est bien plus la fascination devant la question Orangina Sanguine (Pourquoi est-il aussi méchant ?) mâtinée du paradoxe stockholmite (et pourquoi est-il gentil avec moi ?) qui mène le discours.

  • Pourtant, dans ce film, il m'a manqué un truc.

C'est subjectif, je sais bien, mais après tout, l'art s'adresse au subjectif, hein, et ceux qui s'en tiendront à l'objectif pour critiquer une oeuvre manqueront 50% de son dessein. Tout ça pour dire : il m'a manqué quelquechose.

Au début, je trouvais que le jeu d'acteur manquait d'emphase. Comme si ces gens pris-dans-la-tourmente-de-l'Histoire n'avaient pas le réflexe qu'on en espérait : colère, sentiment d'injustice, terreur, peu importe... Là, j'avais l'impression d'un self control pas de très très bon aloi. Un peu trop calmes, tous ces gens...

Puis je réalisais, peu à peu, qu'en fait il me manquait, dans ce face à face avec le mal, des dialogues habités, des grands mots, de l'universel, de l'intemporel, du jugement, comme si, justement, on assistait à la lutte du bien et du mal, façon tragédie grecque, plus que film américain. La confrontation verbale, révéler l'atrocité, l'immoral, l'inhumain, l'utopie, tenter de justifier l'injustifiable... et faire tomber le couperet d'une condamnation sentencieuse...

Bref, je calquais sur ce film des désirs de mélodrame racinien qui n'avaient peut-être pas de raison d'être. Une prise d'otage n'est pas forcément le moment de remettre le Temps, le Monde et l'Homme en jeu pour un simple rencard avec l'idéologie. N'empêche, j'aurais bien aimé.

  • Et donc ?

Ben donc le film est quand même très chouette. Vas le voir, tu me diras.

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Published by Charlie SaintLaz - dans Ciné
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