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Guide du festival d'Avignon... sans y aller.

Publié le par SaintLaz

Loin des yeux...
Comme 99% des Français, tu n'iras pas au festival d'Avignon, cette année encore. En fait, tu n'y songes même pas, c'est à peine si tu réalises que cela commence demain, 6 juillet 2017. Et pour cause : Avignon, c'est loin. Ou c'est cher. Ou c'est pour les intellos. Ou il y a trop de monde. Les excuses ne manquent pas... et pour autant, à l'idée que tu n'iras pas, tu es déjà un peu tiraillé-e par la fomo (fear of missing out - peur de manquer quelque chose).

Penses donc : le monde entier vient à Avignon. Sur scène, ça parlera vietnamien, russe, portugais, géorgien, japonais, français... Des créations qui ne seront jouées qu'à Avignon, parce qu'injouables ailleurs, des stars du théâtre public, des vedettes du ciné revenues au théâtre, et des soirées sublimes dans des lieux d'exception - et il n'y a pas que l'austère pour du Palais des Papes.

Originellement festival de théâtre, Avignon est devenu pluridisciplinaire, si bien que sur les 50 spectacles de la sélection officielle de cette édition 2017, près de 25% sont des chorégraphies, et l'on trouvera également du clown, du nouveau cirque, de la marionnette... et des expos, du cinéma, des conférences, des rencontres... un vaste fourre-tout culturel. Vois un peu :

ALORS
Comment profiter du festival en restant dans ton canapé ?

# Internet
> La webTV du festival Bande-annonces, extraits, interviews : le festival donne lui-même de quoi regretter de ne pas s'être ruiné-e pour assister aux merveilles des merveilles en alignant sur une jolie webTV le catalogue vidéo de la sélection officielle.
> Culturebox Articles, chroniques, interviews, vidéos : le gratin de la critique et du journalisme culturel renouvelé s'exposera sur la page dédiée au festival.
> Théâtre-Contemporain.net Ton partenaire du festival pour tout ce qui est textes, débats, photos, points presse, etc. A voir ici.
> Médiapart Indépendant et investi, Médiapart s'associe au Crieur pour une série de conférences où la dystopie dispute au constat éclairé pour envisager l'avenir. Pour toi, ce sera sur cette page.

# Radio
Deux émissions sont particulièrement à suivre :
> sur RFI : l'émission Ca va ça va le monde diffusera, du 15 au 20 juillet à 11h, des lectures de pièces théâtrales écrites par de jeunes auteurs africains données dans le jardin de la rue de Mons à Avignon. L'occasion de s'ouvrir au monde.
> sur France Culture, toujours : La grande table d'été, du 10 au 14 juillet à 12h55, la joue magazine culturel, en direct depuis Avignon.
De plus, sur France Culture toujours, tu pourras découvrir 7 fictions originales, en direct à 20h du 9 au 18 juillet (sauf le 12, à 12h), (également disponibles sur le site de la station, avec celles de 2016). A ne pas louper, aussi, sur France Cu' encore, le 15 juillet, à 20h, les Voix d'auteurs, qui te dessineront un panorama des jeunes auteurs d'aujourd'hui.
Plus ponctuellement, tu pourras compter sur les différentes stations de Radio France (France Inter surtout, avec Le Masque et la Plume et Le mag de l'été), mais aussi de Radio Campus.

# Télé
France 2 et arte sont les partenaires privilégiés du festival. Si les chaînes attendent le lancement pour étaler leurs contenus, je t'invite à surveiller particulièrement Culturebox (nourri par France 2) et la page dédiée d'arte, qui devrait distiller dans ses journaux et émissions quelques références et bonnes choses à savoir sur le plus grand festival de théâtre du monde (avec Edimbourg). A suivre donc.

# Presse
Moins réactif, plus poussé : le papier est encore un bon moyen de faire le tour de la question. De Paris Match à Télérama, de Théâtral à Ballroom, du Monde au Figaro, Libé ou l'Huma, La Croix ou 20 minutes, le festival sera partout, en plus ou moins bonne place selon l'actualité et la hauteur du scandale. A toi de voir.

Une petite pensée...
... aux chargés de diffusion des spectacles du Off. Record : 1480 spectacles prévus, presque quotidiennement, dans le brouhaha et la non-visibilité la plus totale. Et le chargé de diffusion - le VRP des spectacles - qui cherchera l'attention des professionnels, qui de tout voir n'auront ni le temps, ni la capacité, ni l'envie. Soutine.

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Les Engagés, ou les étapes-clé en série.

Publié le par SaintLaz

Engagez-vous, qu'ils disaient.
A tous les corbeaux de l'individualisme, ceux qui coassent l'égoïsme d'une société droguée aux réseaux sociaux et l'épidémie de repli sur soi dans des bulles communautaires, j'annonce que non, les Français sont généreux et bons camarades : en 2017, 13 millions d'entre nous sont bénévoles dans des associations. Culture, sport, entraide, formation, santé, défense des droits : tous azimuts, tous types d'engagement, toutes fréquences, toutes durées, oui, tout et n'importe quoi, c'est vrai, mais 13 millions tout de même, soit 25% des adultes.
Admettons volontiers que chacun voit midi à sa porte : l'engagement par intérêt personnel, surtout dès qu'il s'agit de défense des droits - un altruisme pas parfaitement désintéressé, qui dessine en creux la nuance entre l'engagement (participation à une action) et le militantisme (soutien actif à une cause). Adhérer, donner de son temps, de son argent, manifester, réfléchir, porter, défendre, attaquer, sacrifier : à quoi ressemble le militantisme, et de quoi de nous est-il fait ?
Parce que, fondamentalement, s'engager, c'est à la fois la construction de soi et le don de soi ; un intérêt personnel qui rejoint un intérêt collectif. L'épanouissement d'un-e et de tou-te-s.

En attendant la sortie de 120 battements par minutes, film de Robin Campillo ayant profondément marqué le dernier festival de Cannes et évoquant le combat d'Act Up contre le Sida, je te propose de t'intéresser à une websérie qui recoupe nos trois axes de dissertation aujourd'hui (une cause, le militantisme, l'épanouissement perso) : Les Engagés, écrite par Sullivan Le Postec et réalisée par Jules Thénier et Maxime Potherat.

Les Engagés, ou les étapes-clé en série.

# Le pitch
Le jeune Hicham quitte sa famille pour retrouver, à Lyon, un type nommé Thibaut, qui pourrait l'aider à élucider ce désir homosexuel qui le taraude. Le Thibaut se révèle être fervent militant de la cause LGBT, très investi dans le Point G, l'asso lyonnaise qui fédère, explore et milite. Hicham se retrouve au cœur du cyclone, tiraillé entre son épanouissement et l'accompagnement de la lutte, où se jouent les questions politiques, sociales, sociétales, de génération et sexuelles - entre radicalités et contradictions.

# L'ambiance
Les Engagés a l'intérêt de mêler vie perso et vie asso, parce qu'elles sont indissociables mais aussi parce qu'elles s'enrichissent l'une l'autre. Les questions du désir, des pratiques sexuelles, des droits, de l'assomption, de l'amour, de l'image, de la pensée, de l'existence au monde sont aussi bien propres à la réflexion politique du Point G que des expériences vécues par ses membres ; révélant la sensible vérité de la complexité de ces questions.
On est donc loin du documentaire, mais bien dans une fiction réaliste. Les personnages sont aussi riches que toi et moi, avec leur ego, leur vision, leur monde, et Hicham, notre jeune explorateur, élabore avec nous le chemin initiatique du milieu associatif militant, entre quête de soi et besoin oxymorique de changer le monde.

Les Engagés, ou les étapes-clé en série.

# Alors ?
Alors, au delà des clichés du genre, qui sont souvent subtilement balayés, Les Engagés relève le défi d'aborder avec pédagogie la multitude des combats dispersés et des idéologies contradictoires qui animent le petit monde associatif LGBT. Petit monde, mais grandes actions : mobilisés aussi bien physiquement que spirituellement dans un combat de délivrance, d'acceptation, de reconnaissance et d'homogénéisation, quelques hommes (et femmes) font bouger leur réalité par l'action commune.
Petites victoires et grands drames s'enfilent donc comme des perles, dans cette courte websérie (10 épisodes de 10 minutes environ, pour cette 1e saison) qui permet tout de même le développement de le psychologie de chaque personnage, plus réel d'épisode en épisode. Et, comme piliers de ces affirmations de chacun, des sujets de société où l'ouverture d'esprit semble être une posture naturelle, alors qu'il est toujours question de la défendre politiquement.

# Mentions spéciales
- L'excellent épisode 5 ("S'émanciper") qui aborde le féminisme avec un éclat direct, rappelant aux hommes (fussent-ils gay ou non) que les femmes ont droit de porter ce qu'elles veulent, même un voile.
- Le renversant épisode 7 ("Se découvrir") qui a réussi à me tirer une larme (et pas uniquement à cause de la musique).
- L'intelligence de l'évolution des personnages. Episode après épisode, le rapport de force entre le militant Thibaut et le planqué Hicham s'inverse, s'approfondit, la nuance affleurant contre la brutalité, l'intelligence sensible entrant en lutte contre la radicalité dangereuse.

BREF.
Personnages complexes et incarnés, narration maîtrisée, militantisme et questions LGBT : Les Engagés, une série à regarder pour se faire plaisir un avis.

Les Engagés, l'intégrale de la saison 1.

Publié dans Série, LGBT, Militantisme

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Sur la Terre comme au Ciel ?

Publié le par SaintLaz

Un point, c'est toi.
Tu sais qu'Obélix vient de l'obélisque, majestueuse colonne qui se voulait rayon de soleil figé dans la pierre, et qui n'est pas sans rappeler les menhirs façonnés par le valeureux Gaulois.
Quid d'Astérix ? L'astérisme est le fait de dessiner des figures avec des étoiles particulièrement brillantes, qu'elles soient simples (le Triangle d'été) ou complexes (la chevelure de Bérénice). Une façon pragmatique et ludique de repérer, nommer, trier, ordonner l'innombrable stellaire, en somme.
Beauté de la rencontre de la science (qui les observe) et de la poésie (qui les nomme) - en fait, de la religion - nos constellations de l'hémisphère nord sont héritées de Ptolémée (IIe siècle avant JC). Selon les points du monde, les astérismes changent : la Chine transposait la société et la ville (voir), la Polynésie, le monde marin (voir), les Incas nommaient également les espaces vides entre les étoiles (voir), etc. Lors de la découverte du ciel de l'hémisphère sud, à la Renaissance, on l'a à son tour découpé à coups d'animaux (Johann Bayer, 1603, puis Johannes Hevelius, 1690) et d'instruments de mesure (Nicolas-Louis de Lacaille, 1763) - et tu dois savoir qu'on a échappé à une christianisation des étoiles (constellations de Julius Schiller, 1627).

Dieux, figures tutélaires, monde animal symbolique, triomphe de la science : l'imagerie appliquée aux étoiles par les spécialistes s'impose à nous, qui conservons dans notre relative ignorance cette part de rêverie que le ciel étoilé a toujours véhiculé - héritage sans doute de la division du monde par les Grecs, les Enfers au creux de la Terre, les Dieux adorés au firmament.

Sur la Terre comme au Ciel ?

A ces étoiles religieuses et scientifiques se greffe le firmament populaire, celui qui allie le talent à l'éternité, accrochant la célébrité à un système d'étoiles (star system), qui s'écrit sur Hollywood boulevard outre-Atlantique comme au sommet du ballet de l'opéra de Paris. L'étoile, la star, deux réalités qui évoquent l'excellence et l'admiration, dans un processus de starification (dit-on communément) ou, dans notre bon français, de... catastérisation.

Tu penses que nos étoiles d'aujourd'hui sont rarement projetées dans l'espace ? C'est sans compter sur les astronomes du monde entier, qui font de nos étoiles des planètes - une rétrogradation qui ne tue pas : notre Jean-Claude Merlin, par exemple, a inscrit dans l'éternité les noms du Marsupilami, de Motörhead ou de Jaroussky. Et au vu de l'infinité du nombre des corps présents ans l'espace, ce n'est pas demain que la liste des vedettes portées à l'éternité s'arrêtera... même si une planète mineure n'est pas une constellation : nos prix Nobel de la paix, lauréats de l'Oscar du meilleur réalisateur ou médaillées olympiques en ski alpin - dieux, demi-dieux et héros modernes - n'auront qu'un walk of fame de second ordre, qui ne restera gravé que dans les mémoires et les registres d'astronomie, pas dans les livres d'histoire.

"Malheureux le pays qui a besoin de héros." nous disait Galilée (sous la main de Bertolt Brecht). Entre notre soif de figures tutélaires, qu'elles soient dans le paraître, l'être ou l'action (rarement les trois), et notre notion du temps de court terme, se trame la narration de la comédie humaine, et, manichéisme aidant (merci Hollywood...), à la consécration de formules myth(olog)iques anciennes et de créations contemporaines, à l'instar du nouveau-né American Gods, diffusé aux Etats-Unis depuis le mois d'avril.

Alors, de la réponse à une question téléologique sociétale ou de la puissance du dieu Dollar, quel tremplin se situe à la racine de nos catastérisations d'aujourd'hui ? Prenons notre lunette astronomique et admirons les étoiles d'hier, d'aujourd'hui et de demain, et la guerre pour briller dans un ciel surchargé, dans notre nuit sans fin, quittons la mythologie pour la science, et regardons de quoi sont faites ces étoiles, qui ne sont en fait que des planètes.

Longtemps, par prudence, j'ai regardé le monde caché derrière le masque d'un homme nommé Cary Grant. Cette façade était une protection. Mais c'était aussi un obstacle : qui pouvait me percer à jour si moi-même je n'arrivais pas à voir à travers ? Vous passez votre temps à vouloir devenir une star à Hollywood : et alors, quoi ?

Cary Grant, de l'autre côté du miroir

Publié dans La vie

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Mathieu Spinosi, le faux bon garçon.

Publié le par SaintLaz

Epreuve du feu
Pour évoluer, il faut savoir saisir le jour (carpe diem), saisir l'opportunité (le kairos). Prenons le cas de l'acteur. Après une formation, en école ou sur le tas, un premier vrai rôle est toujours essentiel, autant que tous les suivants : le premier parce qu'il fera sortir de l'ombre, les suivants parce qu'ils cisèlent la lumière dans laquelle il baignera après.
Dans ce domaine, il est toujours intéressant de suivre l'évolution d'une carrière - ou comment, une fois passé à la lumière, tu dessines la suite. Prenons l'exemple d'un petit Frenchie qui connaît un retour de hype : Mathieu Spinosi.

Il a trouvé un filon pour faire ses premières armes - Clem (2010-14), la série pour ados de TF1 - dont il a bien fallu s'extraire pour ne pas tomber dans le syndrome Feux de l'Amour (a.k.a. "un truc qui me colle à la peau"), un exercice dont se sont bien sortis Emma Watson ou Kristen Stewart, par exemple. Sitôt sorti de sa cage dorée, il éclaire l'écran de sa charmante blondeur dans Les souvenirs (2014) de Jean-Paul Rouve, avant de s'égarer dans Les Visiteurs : la Révolution (2016), puis de jouer de sa belle ambigüité dans Guyane (2017-), la série pour adultes de Canal+.

Avant.

Avant.

Après.

Après.

Alors oui, prendre de l'âge permet de prendre des risques - c'est non seulement salutaire, mais nécessaire si l'on veut gagner en respectabilité, dans ce milieu. Les garçons ont d'ailleurs plus d'opportunités que les filles, même si le gap se réduit ; le cinéma français étant de plus en plus gourmand en talents d'acteurs éclatants, hélàs souvent mal servis par des réalisateurs qui, eux, peinent à en montrer l'ampleur.
Mathieu Spinosi entre donc, grâce à Guyane, dans la cour des sex symbols à la française : charmants, mais dangereux. Un condensé de virilité d'apparence fragile, mais retorse, qui renvoie les stéréotypes au placard et les midinettes à leur rediff de Gossip girl. Alors, Spinosi suit-il un chemin à la Jérémie Rénier (le jeune premier qui gagne), ou à la Guillaume Canet (l'éternel jeune premier) ?
C'est que Guyane est exigeant : un milieu minier gangréné par la mafia, très masculin, dans un décor sauvage (et dangereux), où Spinosi campe le gentil Parisien qui va devoir s'adapter ou y rester - une métaphore de sa carrière, en somme : être un bonhomme, ou disparaître. Et gommer ses réflexes de gamin qui ne sort pas de son cocon, c'est un enjeu. Que Spinosi, dans la série de Canal, réussit plutôt bien (de ce que j'en ai vu, i.e. les deux premiers épisodes). Une sorte de western dans lequel le petit blond bascule, non sans mal, mais avec la rudesse qu'il faut pour tenir le rôle. Spinosi, donc, le faux bon garçon, dans un rôle qui modèle une carrière.

On s'y intéressera, mais on restera circonspects. On nous l'a déjà fait, le coup de la floraison prometteuse qui s'étiole un peu. Moi, j'avais misé beaucoup sur Johan Libéreau, impressionnant dans les excellents Douches froides (2005) et Les témoins (2007), puis, malgré Belle épine (2010) ou Cosmos (2015), éternel habitué du cinéma français de second ordre.

Publié dans Série, Ciné

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Demain - Yoann Hourcade et Sandra Français

Publié le par SaintLaz

Danser, demain.
La conscience politique ne s'exprime pas que dans les urnes, à l'occasion de brefs débats menés à des fins électoralistes. Le mouvement Nuit Debout se faisait symbole, un temps, de ce besoin de pensée et d'expression collective, loin de l'entonnoir médiatique et de l'étroitesse de la pensée des partis. Le questionnement qui nous taraude (l'humain, aujourd'hui, demain, le monde) habite depuis toujours le spectacle vivant, qui se fait le meilleur écho de nos vérités et de réponses, quotidiennes ou éternelles, individuelles ou universelles, pour les évoquer autant que pour les proposer.
La danse ne parle pas, mais elle évoque beaucoup, elle se passe de commentaire. Micadanses accueillait ce 23 mai le Chantier Mobile #2 proposé par les Journées Danse Dense, spécialistes de l'émergence chorégraphique - c'est à dire engagés à porter haut la voix de jeunes créateurs investis. Chantier Mobile propose un regard sur des créations en cours, un exercice de haut vol pour les auteurs et leurs interprètes, puisqu'ils livrent au public un pièce non achevée, non peaufinée, un travail encore fragile parce que non définitif, encore plein de ratures et de doutes. Parmi les quatre propositions de ce #2, j'en retiens deux, tu vas savoir pourquoi.

# Yoann Hourcade, téléologie pacifique
Tombé un jour sur l'œuvre de Terry Riley - compositeur minimaliste américain qui révolutionna l'approche de la musique par la répétition de boucles à durée variable (voir ici) - Hourcade s'inscrit dans le courant du dialogue danse/musique en s'attaquant à illustrer la pièce A rainbow in curved air de Riley. A la musique, alternant boucles écrites et choix improvisés des boucles par les musiciens, Riley a ajouté un texte  "décrivant une utopie à la naïveté subversive, où il est question d'un monde harmonieux, affranchi de toute violence.". Dans Supernova, Hourcade écoute la musique et transforme le texte en geste, voulant créer sous nos yeux un monde jeune à la paix joyeuse.

Sur le son électro façon jeux vidéos puis imbibé d'orgue aux mélodies très 70's de la partition de Riley, Hourcade inscrit au plateau autant une harmonie graphique de l'espace qu'une plénitude gestuelle des astres qui habitent cet espace.
D'un côté, la triade toujours unie par l'énergie, à l'unisson, en canon ou en contrepoint dans ces gestes nets, tranchant l'espace - leur communion rythmique et gestuelle écrivant la relation entre eux, dans cet espace immuable, qui semble ne jamais s'agrandir, ne jamais rétrécir, élastique et solide à la fois. De l'autre, une force tranquille, qui met en perspective l'énergie de la triade, un point lent, posé, intense, qui soudain s'affole, créant son propre satellite d'un simple bras. Car oui : on lit dans ces danseurs un peu d'étoiles, de planètes, de galaxies, dans une danse vive et légère qui rappelle celle des comédies musicales des années 60 - décennie de la naïveté.
Alors pourquoi Supernova comptera-t-il ? Pour cette question de l'utopie naïve, ce besoin de légèreté cosmique, qui ressemble parfois à notre envie de déconnecter d'un monde grave aux mains d'irresponsables, de tous ces problèmes insolubles, de la laideur crasse des gens.

# Sandra Français, glaçante perspective
A l'autre bout de l'échiquier, il y a le sérieux, la gravité, la sacralité. Tu as entendu parler d'Onkalo, ce projet de stockage des déchets nucléaires finlandais consistant à creuser une cuve censée résister 100 000 ans ? Michael Madsen en avait fait un film en 2010, Into eternity. La jeune Sandra Français s'empare à son tour du fascinant et épineux problème, avec je te le disais une vraie gravité. Elle nous propose une histoire en deux temps : celle d'un gardien, aujourd'hui, du sanctuaire nucléaire à venir, et celle d'un homme qui, dans 100 000 ans, retrouvera l'histoire d'Onkalo. Environnement, futurisme, conscience écologique, responsabilité, autour du drame de l'empreinte humaine : on ne rigole pas...mais l'on vibre.

Dans une ambiance froide, au son fait de bruits industriels, sourds, une ambiance électro, électrique, Français impose un ton dur, presque inhumain, par le costume sombre, le geste net, vif, cassant l'air, à la limite du lock et du popping, les pieds ancrés au sol, comme cette cuve de béton, là inéluctablement, à tout jamais - ou presque. Et notre gardien menace, convoque le ciel éternel et la terre intense, fend et caresse, emporte et donne, se désagrège peu à peu, pour mourir dans un flash, pour passer le témoin, laisser un message.
Ce message est gestuel, et dans la danse de Français, il se simplifie, se fige, se saccade et demande : l'homme se déconstruit peu à peu, la nature, elle, poursuivra-t-elle ? A sa danse graphique qui touche à une vision familière du futurisme un peu pessimiste, la chorégraphe ajoutera une scénographie monumentale faite d'une immense structure faites de tubes, de lignes, dont l'éclairage changeant métaphorisera le temps qui passe (et 100 000 ans, c'est long !).
Pourquoi Onkalo sera-t-il important ? Parce qu'il viendra questionner en nous la question du temps et de notre responsabilité, en ces temps d'environnementalisme croissant ; et le tout, enluminé d'un court-métrage, Looking for Onkalo, qui permettra d'étendre le message de la pièce au delà des théâtres.

Publié dans Danse, Paris

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