24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 14:33

Rien à voir avec Françoise.

Dans la famille bankable, je demande Tom Hardy. Tu aurais du mal à t'en souvenir dans l'immédiat parce que ses grands rôles sont ceux de la métamorphose physique impressionnante au point de nous faire oublier son vrai visage. Pourtant, tu l'as vu dans Inception, The Dark Knight rises, Bronson ou encore La Taupe, dans des rôles qui sont loin de le faire passer inaperçu. Du coup, sans être incontournable, il est une pièce bien en vue du grand échiquier du cinéma anglophone : dans la famille bankable, il est donc le cousin de province, tout Anglais qu'il est dans les studios hollywoodiens.

A l'image de Kate Winslet ou de Hugh Grant, le petit Londonien est donc parti à la conquête d'Hollywood, avec succès : Ridley Scott, Sofia Coppola, Steven Spielberg, Nicholas Winding Refn, Christopher Nolan, tout ce petit monde a remarqué qu'il faisait joli à l'écran, mais pas que.

Parce que Tom Hardy, c'est quand même un physique.

Doit-on parier sur Tom Hardy ?

Sans avoir été élu l'homme le plus sexy de l'année, on peut lui décerner le titre des plus belles lèvres du cinéma. Mais ce n'est pas franchement le propos, évidemment : parlons cinéma.

Outre de grands rôles dans des films populaires (Bronson, The Dark Knight Rises...), Tom s'est illustré dans des films austères et sérieux, où il laisse une trace remarquable (La Taupe, notamment).

Je te propose de porter le regard sur deux films sortis cette année : Locke, de Steven Knight, et Quand vient la nuit, de Michael R. Roskam. Images.

Dans ces deux films, Tom Hardy incarne Mitterrand la force tranquille. Le bestiau habitué aux tâches viriles, protecteur et sûr de lui, le mâle tel que le gender le construit, une figure connue, donc rassurante. Mais surtout, il offre une prestation nickel, des personnages habités, dans des performances aussi variées que le huis clos ou le film de genre.

# Locke

Un habitacle de voiture. Un conducteur sur les routes anglaises. Une floppée de coups de fil. Le scénario semble tenir sur un timbre post, et pourtant, l'histoire de cet homme qui traverse le pays, de nuit, quittant famille et boulot pour se montrer digne du statut d'homme, responsable, honnête, présent dans les difficultés, tient le spectateur en haleine. Passant tour à tour de bourreau malhonnête à sauveur en puissance, il offre une plongée dans l'univers mental d'un homme d'aujourd'hui, la vérité criant dans les images de pénombre, les émotions lisibles sur son visage solide, l'esprit tourmenté traduit en peu de gestes, en quelques attitudes auxquelles l'acteur donne une justesse sidérante, quand on y repense. Du talent brut.

#Quand vient la nuit

Un bar, de l'argent, une mafia, un caïd, une fille, un barman réglo. Le décor est planté pour une bonne vieille soupe ciné. Et pourtant, le scénario fait la part belle au barman, un brave type abruti par le système qui t'interdit de réfléchir, parce que (se) poser des questions, c'est se mettre en danger. Oscillant entre la loi de l'ignorance et le refus de se faire marcher dessus, notre homme ne recule jamais, cherche toujours à résoudre, à se dédouaner, à écarter les problèmes... tout en évitant d'y laisser ce qu'il aime empêtré. On ne suit que ses actes, soumis à notre jugement, sans savoir ce qu'il a en tête pour nous servir de circonstances aggravantes ou atténuantes. Un rôle tout dans l'image, donc, dans la précision du geste de l'expression, servi par une réalisation aux petits oignons (sans être ambitieuse). Bref, l'acteur mis en lumière. Avec succès.

 

D'où ma question : faut-il parier sur Tom Hardy ?

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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 08:29

L'âge n'est qu'un chiffre.

Quitter une dizaine, sans bilan, en paix avec le passé, aux prises avec le présent, le front offert à l'avenir. Réaliser, aussi, que ledit front est moins lisse qu'avant. Flipper un peu. Le corps... non, mon corps, mon lieu où je suis enfermé, où je prends mon aise, sur lequel je m'appuie pour conquérir mon monde. Ca me rappelle les hétérotopies de Michel Foucault.

Je mesure le temps qui passe sur mon corps. Agilité, finesse, équilibre. Le geste, depuis toujours, comme expression visible que je suis en vie. Alors la danse, très vite... Danser, c'est sauver son corps de l'indifférence. C'est lui donner la force, l'énergie, la précision, la sensibilité. Et donner cela à son corps, c'est le donner à soi, à l'expression, à l'être, au devenir.

Danser m'a permis d'exister. Timide, dominé, mal à l'aise, l'enfant que j'étais devenait, cours après cours, plus maître de lui-même, respectant les consignes, mais seul décideur du mouvement, de sa justesse, de sa perfection. Par le travail. Spectacle après spectacle, interprète d'abord, chorégraphe ensuite, connaître et utiliser mon corps signifiait prendre le pouvoir, m'imposer les règles gestuelles, savoir les proposer aux autres, les décrire.

Vieillir, plus que m'inquiéter, me questionne. Danser toujours, mais user le corps, changer de corps, donc sans doute changer tout court. D'autant que, pour reprendre Dorothée Gilbert, "plus on vieillit, plus on a de choses à dire". Ce qui allait bien avec ce dit Dominique Mercy : "Il y a peut-être une course-poursuite engagée avec la mort. La danse a touché autre chose que le seul désir de bouger."

L'adaptation, évidemment. Vieillir, ce n'est pas mourir un peu, c'est changer. Et changer impose de s'adapter. Comme mon handicap, qui m'a diminué, je me suis adapté. Par la danse, notamment. Dans ma danse, bien entendu.

Dans Let's Dance (part.3, réal. Olivier Lemaire), diffusé sur arté ces derniers temps, le danseur-chorégraphe Hédi Thabet revient sur le handicap qui est le sien* : "C'était évident pour moi de venir sur scène, avant, parce que je savais ce que j'avais à faire. Après, quand tu te poses la question "C'est quoi, mon désir, maintenant ?", par rapport à la scène, par rapport à ce que j'ai vécu, si j'ai envie de venir, ce que je sens le mieux... Tiens, moi, le mieux, c'est sur une jambe, avec les cannes, au niveau de la circulation, c'est très logique, c'est comme ça que je me sens le plus léger. Sauf que la vision de cette chose-là - c'est-à-dire que tu arrives sur un plateau avec une jambe, tu arrives avec deux jambes - les gens n'ont pas la même interprétation. Mais ce n'est pas le propos. Ce n'est ni à cacher, ni à revendiquer."

Ni à cacher, ni à revendiquer. Exactement. Une fatalité, mais pas une fin, au contraire. Juste la même liberté, différemment.

Alors s'adapter, bien sûr, sans problème. Donc vieillir... bien entendu. Avec plaisir, même.

* Hédi a perdu une jambe lors d'un cancer des os.

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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 20:57

Point de métaphysique, non. Juste deux films à voir... même si moi je ne suis pas forcément enthousiaste.

# L'Etre

Il est partout : Xavier Dolan, garçon aussi talentueux que controversé, a réalisé la plus belle tournée de promo qu'on ait vu depuis longtemps pour la sortie de son 5e long métrage, Mommy. Dolan, je le suis depuis la choc J'ai tué ma mère, que j'admire au point d'en être devenu l'ambassadeur Vodkaster. Autant dire que j'attendais Mommy de pied ferme. Pourtant, Dolan, c'est l'ascenseur émotionnel : emballé par J'ai tué, calmé par Les amours imaginaires, refroidi par l'interminable Laurence Anyways, réchauffé par le brûlant Pierre-Yves Cardinal Tom à la ferme, à quelle sauce allais-je être mangé et/ou manger Mommy ?

Diane récupère son fils Steve, viré d'un centre de rééducation comportementale. Faut dire que le gamin est à fleur de peau, passant de l'exaltante puissance de l'enfance à la violence fantastique de l'adolescence. Mais gérer un môme intenable n'est pas facile, et la relation mère-fils est sans cesse sur la brèche. La voisine d'en face, Kyla, instit' en break mal à l'aise dans sa vie, s'avère être d'un grand secours : elle calme le petit, soulage la mère, et s'épanouit au passage. La belle, la bête et le saint-Bernard.

Dolan est doué. Doué pour filmer, avec une richesse d'image qui ne s'est jamais démentie : il cisèle sa photographie pour mieux soutenir le propos absolu de ses film, caché dans une histoire ancrée dans le quotidien, le réel. Pourtant, dans Mommy, la poésie et la beauté léchée s'estompent face au sujet : plus qu'un film esthétique, c'est un film social. Mais les archétypes des personnages, frisant la caricature, empêche la beauté de t'exploser au visage. La scène encensée par mes confrères de la danse en famille sur On ne change pas m'a laissé indifférent, malgré sa poésie de parenthèse douce dans un contexte de brutes.

Suis-je donc passé à côté du film ? Embarqué par le propos, séduit par Anne Dorval (Diane), je suis sorti de Mommy en me disant qu'il me manquait quelque chose. Quelque chose de grandiloquent, de ténébreux et d'universel. Un rapport mère-fils conflictuel mais touchant, jonché de paradoxes et de fulgurances, ne me suffisait pas.

Pas conquis, donc... mais incapable de ne pas t'encourager à y aller.

 

# Le Paraître

Autant je peux prétendre avoir vu tout Dolan, autant Fincher... Alien, Se7en, Zodiac, The Social Network m'avaient assez séduit pour m'attirer en salles, avec des résultats variés. Surkiffance absolue pour The Social Network, ennui sidéral devant Zodiac, même si je ne jette pas *tout* le film avec l'eau de la postprod. Autant dire qu'avec Gone Girl, je m'attendais à tout, au meilleur comme au pire.

Gone Girl, donc. Nick Dunne a l'air d'un type bien. Un matin, sa femme disparaît. Toute la communauté se mobilise, l'affaire gagne la presse locale... Peu à peu, une série d'indices mène à désigner Nick himself comme étant à l'origine de la disparition. Plus le film avance, plus l'étau se resserre, on la croit morte, on le croit coupable, mais lui nie. Et justement...

Je m'attendais à un ronflant polar où le mari, se croyant auteur du crime parfait, allait être peu à peu adossé à la vérité, la rédemption s'offrant à lui d'une incroyable et symbolique façon. C'était oublier la passion de Fincher pour les scénarii alambiqués, les twists renversants et les scènes faites pour perdre le spectateur. J'ai été servi. Non seulement, gagné par l'intensité du film et son rythme allant bon train, je me suis laissé bercé par le scénario, mais en fait, je n'ai rien vu venir. Rien. Aucun des twists, aucune des scènes fortes, aucun des traits cachés des personnages... alors qu'ils sont parfaitement fincheriens (inadaptés, aliénés ou obsessionnels).

Là, Ben Affleck tient un Dunne bonne pâte mais largué, parce que face à l'incompréhensible, à une intelligence et une logique féminines qui le dépassent, le terrorisent autant qu'elles le séduisent. Une prestation juste. En face, Rosamund Pike incarne la disparue, Amy, aussi innocente en apparence que redoutable, avec un brio qui fait frissonner et génère en toi moi un désir teinté de perversion... Je pourrais en parler longtemps, mais je me sens bien petit devant l'immensité de la tâche. Résumons.

Musique, montage, photographie, effets visuels, interprétation, scénario : rien n'est à jeter dans ce film qui vient questionner les comportements - "normaux", attendus, policés, réels, imprévisibles ou délirants. Des comportements qui trahissent des personnalités et leur puissance réalisatrice. Et toi, dans ton siège, baladé par l'histoire ou à l'affût de la richesse visuelle (voire les deux). Extra.

En conclusion : Mommy dresse le portrait d'une Amérique aux prises avec la réalité, une Amérique à bout de souffle, fut-elle québecoise / Gone Girl s'attaque aux apparences de l'american way of life, thème récurrent d'une Amérique qui se voile encore la face. Dolan est plongé dans l'être, Fincher dans le paraître. Deux films pour deux modes de vies occidentaux, la vérité des sentiments en épée de Damoclès.

Pour autant, pas de leçon de cinéma, mais deux films à voir, pour saisir la complexité d'un cinéma d'outre-Atlantique riche, travaillé, intelligent.

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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 10:48

Heureux qui, comme Ulysse...

A quel âge devient-on mûr ? Alors que mon heure approche, je me questionne sur ce qui m'interpelle, m'anime, m'a poussé et freiné, avant. Avant. Et je réalise que ces atermoiements, qui me font peu à peu passer d'insouciant, frondeur et fonceur à réfléchi, révolté et réservé, correspondent peut-être à une forme de mastur maturation, de passage rituel des Modernes aux Anciens. La lutte éternelle incorporée dans les âges d'homme.

Y'a-t-il donc un avant et un après ?

Pour répondre à cette question, j'appelle à la barre trois films français sortis en 2014.

 

# Acte 1 - D'Honoré à Pio

1607. Honoré d'Urfé publie le début de L'Astrée, premier roman moderne français, où, en gros, il raconte comment, dans le Forez du Ve siècle, Astrée a douté de la fidélité de Céladon, au point que les deux bergers se retrouvent embourbés dans une situation qui les pousse au suicide.

400 ans plus tard. Eric Rohmer reprend l'histoire et tourne Les amours d'Astrée et Céladon, avec Jocelyn Quivrin dans un rôle secondaire. L'image est bucolique et inspirée de l'imagerie antique des peintures classiques, le rendu est naïf, artistique et littéraire, à l'image du cinéma du maître.

7 ans plus tard. Léa Fazer reprend l'histoire de la rencontre Rohmer/Quivrin et tourne Maestro, avec Pio Marmaï dans le rôle de Quivrin. Film à double histoire : celle des personnages, Henri (inspiré de Quivrin) le jeune fou plus Need for speed que Les 400 coups, et Gloria (jouée par Déborah François) la bohème littéraire et candide, le premier luttant pour séduire la seconde, et celle du film qu'ils tournent, inspiré de L'Astrée. Jeu croisé, donc, entre la romance impossible d'Astrée la méfiante et Céladon la victime, et la romance impossible entre Henri le foufou et Gloria la posée. Brillant.

Maestro est un film charmant : le charme de la simplicité des sentiments par un déplacement de la vie - d'une part parce que le tournage a lieu à la campagne, loin des excès de la ville, d'autre part parce qu'ils sont acteurs, leur permettant de tricher sur ce qu'ils sont, de jouer des personnages. La vérité des sentiments naît de leur pureté, de leur épuration, le temps se distend, la vie est plus calme, entraînés par le réalisateur (inspiré de Rohmer), et plutôt bien rendu par Fazer.

Ah tiens, parlons-en, du rendu : éthéré, sain, dépouillé jusque dans l'image, nimbé de ce mystère que l'on dirait antique, alors qu'il s'agit de truchements propres aux plateaux de cinéma... Confusion des genres, des lieux et des époques : le cinéma tel qu'on l'aime.

Même si on ne peut pas s'empêcher de se dire que le cinéma dans le cinéma apporte toujours un peu plus de preuves sur la fausseté du monde du cinéma : fugace, circonstancié, artificiel. Et pourtant, comme le montre ce film, il peut transformer les gens. Durablement.

# Acte 2 - Ovide reloaded

A peu près à l'époque où Jésus apprenait à faire ses premiers pas (sur l'eau ou non), Publius Ovidius Naso (et ouais...) écrivait douze mille hexamètres dactyliques (un long poème, quoi) racontant le monde gréco-latin des origines à Auguste. Il reprend grosso modo les grandes histoires de la mythologie. Tu sais, celles qui ont bercé notre enfance innocente et les péplums américains testostéronés et wonderbrés (Le choc des Titans, Troie, 300, Hercule, tout ça, oui).

Les dieux, les déesses, les héros, les nymphes, les monstres, les mortels, leurs amours, leurs sentiments, leurs plats préférés et le who's who de la coucherie olympienne. Ca s'appelle Les Métamorphoses.

Vingt siècles plus tard, Christophe Honoré pioche ses histoires préférées et catapulte les personnages d'Ovide dans la ville moderne. Ainsi, Europe, captivée par Jupiter qui l'aborde à la sortie du lycée, commence à lui narrer les histoires, les siennes, celles de ses camarades, Bacchus, Orphée, Philémon et Baucis, Mercure et Argos, Junon, Tirésias, Hermaphrodite... Fables modernes, à la fois paraboles et métaphores : le film est littéraire et artistique, ne s'encombre pas d'explications ou de dialogues trop explicites qui réfléchiraient à ta place. Non.

Au delà de la narration mythologique, Métamorphoses est l'histoire d'un envoûtement, celui d'Europe qui se laisse guider dans ces histoires, qui la font sortir de sa routine, de son milieu, quittant la ville et l'école pour des mythes, des histoires extraordinaires, dans la campagne, auprès des arbres, des rivières, dans les terrains vagues. Une séduction comme elle pourrait avoir lieu aujourd'hui, par l'évasion. Le mystère des hommes, la vie simple, les moments inévitables de la vie, les clichés et la nature.

Une floppée d'inconnus, une image pâle, peu d'effets spéciaux : le film EST une invitation au retour à la simplicité tous azimuts - sentiments, ressenti(s), rapports au monde et aux autres... Mais aussi aux souvenirs.

Un coup de coeur.

# Acte 3 - Le Mythe du Serpent

Socrate ? Cicéron ? Homère ? Non : Olivier Assayas, tout seul, comme un grand. Il a imaginé une femme, une comédienne, au sommet de sa gloire, de sa beauté, la quarantaine. Sa carrière, elle la doit à un metteur-en-scène, Wilhem Melchior, et à sa pièce, Maloja Snake, dans laquelle elle jouait Sigrid, une jeune effrontée, libertaire et enjôleuse, qui voit tomber dans ses filets Helena, chef(taine ?) d'entreprise, mariée, des mômes, sur qui la vie est passée. Sigrid, Helena, deux femmes avec des visions du monde bien différentes... A la mort du dramaturge, Maria est recontactée par un jeune metteur-en-scène qui veut lui faire reprendre la pièce... dans la peau d'Helena.

D'une part, les frictions entre Maria et Valentine, sa jeune assistante, avec des socles culturels différents. D'autre part, le gap entre Maria et Jo-Ann, la starlette qui doit reprendre le rôle de Sigrid. En fil directeur, les personnages de Sigrid et Helena, la perception que Maria, Valentine, toi et moi en avons, l'exégèse de leurs mots, de leurs émotions, de leurs psychés... Au point de s'y perdre : de qui parle-t-on ? D'Helena ou de Maria ? De Sigrid ou de Valentine ? Un film fabuleux : Sils Maria.

Remarquable Juliette Binoche en Maria, surprenante Kirsten Stewart en Valentine. Sils Maria sera pour cette dernière ce que Cosmopolis fut pour son camarade de Twilight : une preuve qu'on peut ne pas vraiment savoir jouer MAIS faire de très bons films quand même, sans les pourrir. Pour le reste, le film est intelligent, d'une construction redoutable, au point qu'il arrive à te faire pleurer sur le Canon de Pachelbel.

Le point essentiel reste la pastorale. Dans les paysages à couper le souffle de la Suisse, où la météo joue d'ailleurs un rôle important - suspens, suspens ! -, les grandes questions s'abordent. Le Temps qui passe, la Vie qui couronne et qui crève, l'Expérience, les habitudes, l'altérité, la Vérité, la pudeur et les attitudes sociales, l'honnêteté envers soi-même, la peur de décevoir, la fierté, le besoin d'y croire... Un film lumineux et sombre. Brillant.

Epilogue.

Trois films, trois questionnements éternels.

La place de la nature, comme lieu du questionnement, dans chacun de ces films est évidente, sans doute un stratagème facile, mais peut-être aussi une vérité. La ville, ou tout endroit où se déroule l'activité humaine, celle qui occupe l'esprit à une tâche, ne permettent pas fondamentalement le questionnement, ou alors, il y est sans cesse perturbé. La nature, c'est le vide d'homme, le naturel (évidemment) par opposition à l'artificiel, une réalité différente, qui se passe de nous et permet à la fois à l'extraordinaire ET au de-tous-temps-les-hommes de prendre place.

La nudité en sus pour Métamorphoses, le pastel pour Maestro, le colossal pour Sils Maria.

Naïveté ou révélation des sentiments primaires - désir, envie, colère, amour, éternité - et conscience, soudaine, de ce que l'on fait et de ce à quoi l'on aspire, avant de sombrer dans le doute et d'atteindre, après épuration, la sérénité.

Ma crise de la trentaine ?

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20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 09:17

It's a cruel, cruel summer.

Bien entendu, je pourrais disserter des heures en ta charmante compagnie au sujet de l'art, de son origine, de son sens, de sa destinée, de ses formes, tout ça tout ça. Mais vois-tu, l'été s'achève, et comme toi, mes neurones ont aimé se reposer, noyés dans un rosé bon marché et quelques caouettes grillées. Du coup, profitant de l'incroyable chaleur de l'été parisien 2014 (édition très limitée) pour me rafraîchir culturer au ciné, j'ai vu les derniers fleurons de la production mondiale, et j'ai bien envie de t'en brosser le portrait.

Dans ma sélection du jour, tu trouveras, par exemple, Lucy (L.Besson), Les gardiens de la galaxie (J.Gunn) ou encore Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ? (P.de Chauveron). Figure-toi que je leur ai trouvé un point commun. Si si.

Lucy, par exemple, est un pur produit des années 90. Mais sorti en 2014. L'idée : une fille lambda se voit droguée à son insu avec un produit de ouf, qui booste les capacités intellectuelle. Tu vois, Besson, fondateur de l'Institut de Recherche pour le Cerveau et la Moëlle Epinière, a creusé son sujet, développé un scénario aux multiples incohérences, saupoudré de petites blagounes qui font rigoler, pour un résultat qui ressemble pleinement à un scénario de Besson. Alors, doit-on s'en plaindre ou s'en réjouir : un réalisateur qui fait ce qui a fait sa renommée, c'est plutôt logique, non ? D'autant qu'apparemment, les spectateurs sortent plutôt ravis. Même moi, j'ai passé un bon moment. Un bon moment ? Scènes enlevées, image léchée, discours sur l'intelligence, la morale, l'humanité - certes à la petite semaine - : du Besson comme on l'aime, entre Le Cinquième Elément et Nikita. Tu viens d'hurler ? Tu as raison : Besson semble resté dans les années 90 ; nous, non. Rageant.

Les gardiens de la galaxie, c'est autre chose. 5 repris de justice aux méthodes un peu fofolles décident de partir à la conquête d'un puissant artéfact pour sauver l'univers. Banal ? Oui. Batailles intergalactiques, explosions, trahisons, romance et amitié, bravoure, honneur, muscles et... bref : côté scénario, rien de neuf, du tout. Du coup, on est en terrain connu, assez à l'aise avec tout l'univers des autres planètes habitées et de l'esprit futuriste ; le tout d'autant plus banalisé que la réalisation est poussée, donc réussie. Idéal pour oublier dans quel univers on est et se concentrer sur autre chose. Ni l'intrigue, ni le décorum : les personnages.

Et donc ? Faut dire que les auteurs, Arnold Drake et Gene Colan, relus par James Gunn et Nicole Periman, ont érigé le WTF (le grand nawak, si tu préfères) en règle d'or du film. C'est simple : y'en a pas un pour rattraper l'autre, la bouffonnerie se mêle à la cuistrerie, à l'humour fin, à la grande classe. Tu en sors ravi d'avoir passé ce moment à rire et à te bidonner (nuance, nuance) ET certain de ne pas avoir vu LE chef d'oeuvre de l'année... et pourtant... C'est simple : Gardiens de la Galaxie est au film dans l'espace ce que La cité de la peur est au polar, ou Foon à la comédie musicale.

Autre genre, autre cas : Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? Les Verneuil, bourgeois de province pleins de principes, ont 4 filles, dont les 3 premières ont épousé un Juif, un Arabe et un Chinois. (Non, promis, c'est pas une blague de ton onc'Robert, c'est sérieux,n un vrai scénariste a eu cette idée...) Drame : la 4e ramène un Noir. Le film se veut une quête initiatique du respect, de la tolérance et - presque - du dialogue entre les peuples à coup d'humour, et au vu du nombre d'entrées, on peut s'attendre à du populaire. Alors ? Du populaire, oui, on en a, si l'on considère que le peuple a les idées courtes et l'humour gras. Je te passe l'accumulation de clichés qui fait - paraît-il - les comédies ayant le plus de succès : on se paye ici la tête des familles prout-prout dont la Manif pour Tous nous a amèrement rappelé l'existence, catholiques, traditionalistes, incapables de s'ouvrir aux autres. Au moins, dans le film, ne sont-ils pas vindicatifs. Juste puants. Mais au delà de ça, c'est l'avalanche d'intolérance crasse à couvert, même entre les différentes communautés. Le film ne prêche pas la tolérance, non : il montre qu'on peut se détester cordialement, sans se passer à tabac, en faisant bonne figure mais en entretenant une douce haine pour le(s) taré(s) de l'autre camp.

Outre quelques bons mots, ici et là, le film se résume donc à un bal d'attitudes nauséabondes, qui libère sans doute le spectateur de ses non-dits, mais entretient quand même l'atmosphère de méfiance entre les peuples. Il ne combat pas la misanthropie : il l'adoube.

Leur point commun, donc, c'est la facilité.

Facilité de forme, facilité de fond... Selon l'endroit où elle se pose, elle donne au film sa place dans l'échelle de valeur qui va de tout-à-fait-dispensable à oh-punaise-c'était-trop-bien. L'été, tout est plus facile, il paraît.

Il paraît.

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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 14:16

"On dit LA victime et LE bourreau."

Le cliché est un raccourci intellectuel qui permet d'appréhender plus d'éléments du réel en gommant les nuances.

En tant que raccourci, il n'est pas utilisable pour construire une pensée complexe - par exemple politique (dans le sens "relative au vivre ensemble"). Ainsi entre-t-on, au nom de l'humaine faculté de jugeotte et avec l'acceptation comme visée (préférément à la simple "tolérance"), dans le combat contre les préjugés.

Dont voici un exemple bancal.

Bandant Bancal ? Oui.

La déstigmatisation passe-t-elle nécessairement par la relecture du phénomène rejeté à la lumière des clichés du désir dominant, ceux-là même qui ont mené à la stigmatisation originelle ?

Tolérer/banaliser, est-ce rendre sexy pour mieux oublier ensuite OU démonter les clichés par la normalisation ?

Voilà.

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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 10:35

Faire plaisir.

Je ne sais pas si c'est le mal du siècle, ou les effets de la crise, ou le fait que l'on manque tous d'amour, mais il semble que les gens de la ville souffrent de surintéressement. Quand je dis "faire plaisir", je ne dis pas "se faire plaisir", par exemple, tu vois.

Du coup, dès que l'on voit quelque chose de désintéressé, on en a la larme à l'oeil.

On parie ? Tiens :

Alors ? Voilà.

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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 11:22

Balkan Style.

Les Balkans n'évoquent pas le glamour. Ca semble rugueux, âpre, cinglant. Les choses qu'on y associe ne fleurent pas la dolce vita de l'Italie et de la Grèce toutes proches. On a bien tort : l'ex-Yougoslavie a fait fleurir les talents qui ne se limitent pas à la soupe pop qu'on nous sert à l'Eurovision chaque année. Côté musique, les mélomanes se rappellent du Serbe Emir Kusturica et son jazz manouche endiablé, ou de son compatriote Goran Bregovic, à qui l'on doit notamment la BO de la Reine Margot. Je t'avais même parlé du Lover cuvée 2011 made in Monténégro, Milos Karadaglic. Il semble donc qu'on puisse aller chercher dans ce dédale humain quelques pépites...

Laisse-moi donc te présenter Luka Sulic et Stjepan Hauser. Deux Croates - pour changer - passés à la Royal Academy de Londres pour l'un, au Royal Northern College de Manchester pour l'autre, avec un même instrument : le violoncelle. Bach, Listz et les autres : rien ne leur résiste. Mais ils se sentent un peu enfermés dans le classique. En 2011, ils se lancent dans le jeu de la maestria musicale transgenre sous le nom 2CELLOS. Avec suffisamment de succès pour faire la première partie d'Elton John, passer sur le plateau d'Ellen DeGeneres ou bosser avec les Red Hot ou Queen of the Stone Age.

Tout ça est arrivé grâce à UNE vidéo. Celle-ci.

(Merci Michael)

Ce que certains considèreront comme de la maltraitance d'instruments de musique - tout comme ils le faisaient du temps où Nigel Kennedy avait sorti sa version nerveuse des Quatre Saisons - me paraît, à moi, comme de la recherche, de l'expérimentation, en quête des possibilités et limites de la technique dans la pratique de l'instrument, mais aussi dans l'adaptation et l'interprétation au violoncelle de morceaux non conçus pour le violoncelle.

Prenons un autre exemple : Mombasa. Le titre n'est pas le plus connu de la BO d'Inception, mais il est sans aucun doute le plus péchu. Ce n'est pas pour rien que tout un orchestre avait été dépêché à la première du film pour l'interpréter live : le résultat était saisissant. Tout un orchestre pour le jouer, entre guitare électrique, synthés, percussions, violons... et bien 2Cellos ne s'en inquiète pas, tant la ligne musicale (fût-elle doublée) est aisément lisible. Ca donne ça :

Pop, musique de film, classique... On s'imagine parfaitement qu'aucun style ne leur résiste, et tu t'attends sans doute à ce que je te dise qu'ils jouent du Björk, du Philip Glass ou du Laurent Garnier. Des noms que l'intelligentsia de la musique est prête à adouber sous prétexte qu'ils se sont fait une place dans les revues spécialisées à coup de travail, de précision, de maestria et - si possible - de raffinement.

C'est pourquoi je te parlerai donc de hard rock. En fait non, ce sont eux qui en parlent le mieux, avec leur dernier morceau, qui devrait, justement, en défriser plus d'un : Thunderstruck de... AC/DC.

Tu ne me croyais pas ? J't'avais prévenu : c'est même meilleur.

Bref, pas besoin d'en dire plus : il y a des talents qui s'imposent d'eux-mêmes, des vérités si fortes qu'elles se passent de commentaires.

Plus d'info : http://www.2cellos.com/

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Published by Charlie SaintLaz - dans Sons Tendance
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7 août 2014 4 07 /08 /août /2014 13:10

Sex intentions

Au départ, j'étais parti dans un article taquin à l'encontre les Inrocks, Cosmopolitan ou Psychologie, qui publient tous un torchon papier, un édito voire carrément un hors série sur le sexe, sous prétexte que c'est l'été et que les chiffres-le-prouvent-on-s'envoie-plus-en-l'air-en-vacances, alors qu'en vérité, c'est pour racoler le vacancier et avoir l'air rock. Whatever. Alors que je rédigeais tranquillement, le sourire en coin et le cynisme en bandoulière, je reçois un petit message sur le thème "Je voulais me faire X à cette soirée, c'est ton ex qui est reparti avec". Ca m'a coupé l'appétit.

C'est drôle, parce qu'en général, j'aime beaucoup parler de sexe. Presqu'autant que le faire. Pourtant, il y a des choses que je n'aime pas aborder, côté sexo - voilà ce que j'ai réalisé avec cette histoire. Mais quoi, précisément ?

# Remarque n°1 - άλφα και το ωμέγα

Pratiques, positions, fréquence, durée, sensations, moments, nombre, fantasmes, lieux, attributs, craintes, rien ne me dégoûte, rien ne me paraît indigne d'être discuté. Filles, garçons, les deux ou aucun, j'aborde plus volontiers la sexualité par le biais de l'idée, presque en sociologue : ne pas pratiquer telle ou telle chose ne m'empêche pas d'être curieux, d'imaginer que d'autres le fassent... et que tant que ça reste entre personnes consentantes, tout est permis.

Si ces histoires m'intéressent, pourquoi avoir eu l'appétit coupé ?

# Remarque n°2 - intuitu personae

Je ne sais pas pour toi, moi je sexualise certaines personnes (dans le sens où je leur imagine vraiment une sexualité), et d'autres pas. Sans doute une question de représentation mentale, mêlée à une notion d'intimité, de pudeur ou que sais-je. On ne sexualise pas les enfants, par exemple. Mais il y a aussi ceux que l'on ne veut pas sexualiser : de vagues connaissances, nos parents, notre prof de physique au collège... Question de goût. Ou de tolérance.

Par ailleurs, rien n'étant plus banal qu'un être humain ayant un rapport sexuel avec un autre être humain, avoir le détail précis de qui l'a fait avec qui ne m'intéresse pas, fondamentalement, parce que les épiphénomènes et autres banalités m'ennuient. Sans doute parce dans la vraie vie, on est pas dans Public, tout n'a donc pas à être public. Ca me navre un peu, même, qu'on en parle autant.

De là à me couper l'appétit...

Alors, docteur, c'est quoi le problème ? Ennui ? Dégoût ? Jalousie ? Mauvais souvenirs ? Les quatre à la fois ? Je crois qu'en fait, en apprenant une coucherie entre gens que je connais de près ou de loin, je ressens soudain une grande tristesse. Envers les concernés, parce que les pauvres n'ont pas pu s'empêcher d'afficher leur libido - ce qui n'est pas très chic, voire un peu mal élevé ; mais aussi envers le rapporteur, parce qu'il n'a rien de mieux à raconter.

Parlons de cul sexe, donc, mais pas du Who's who des coucheries. Cela dit, je t'impose rien, hein, ça n'engage que moi. D'autant que, paradoxe des paradoxes, j'aime raconter qu'il m'arrive très souvent de regarder ma moitié dans les yeux en lui chantant un petit air de David Courtin...

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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 15:18
Coldwater, phénoménologie du Bien et du Mal.

So far away from LA.

Saint Augustin disait : "Les manichéens posent deux substances opposées, le Bien et le Mal, et les font se combattre." (Confessions, VII, 3). Littré, Larousse et Robert l'ont dit aussi, mais bien après. C'est drôle de voir que Saint Augustin a écrit des trucs du niveau des dictionnaires modernes. Mais passons.

Le manichéisme, en plus d'être religion persane du IIIe siècle, est surtout un raisonnement simpliste sur des notions de Bien et de Mal qu'on ne définit jamais vraiment. Pourquoi ? Parce que le Bien et le Mal sont variables selon le système de pensée du locuteur. Les meilleurs serviteurs de cette vision étroite et grossière des choses sont des réalisateurs qui ont fait pousser leurs films au soleil hollywoodien. Plus le budget est gros, plus la dialectique est réduite à sa plus facile simple expression.

Ce n'est pas le cas de Coldwater, le premier long métrage de Vincent Grashaw, un trentenaire pourtant né à Los Angeles.

L'histoire : Brad est cueilli au petit matin dans son lit par le staff de Coldwater, un camp de redressement pour jeunes garçons en perdition, où règnent la loi quasi martiale du directeur, le Colonel à la retraite Reichert. L'idée est simple (c'est la catchline) : We will re-adjust you (On va vous rectifier)(tu vois, "rectifier" > rectus > droit ∈ Bien...).

A ce point du scénario, on a des manières fortes pour corriger des petites frappes qui sont arrivées là pour des délits mineurs. Un centre où on réapprend le Bien et le Mal. Avec des gentils (qui apprennent le Bien) et des méchants (qui ont fait des choses Mal).

Sauf que ça se gâte. Les gentils dépassent un peu les bornes, les méchants changent de visage : bourreaux de la société vs bourreaux de l'Humain, les nuances de Bien et de Mal se multiplient, s'additionnent, s'annulent... Et c'est toute la richesse du scénario : plus on en apprend sur le passé, et plus les jours passent dans ce camp, plus les notions de vérité, de justice, de domination et d'obéissance, de violence nécessaire, d'individu et de collectif se redessinent. A chaque quart d'heure de film, tu revois tes définitions, et la place de chaque personnage sur l'échiquier des valeurs.

Banal jeu de retournements de situation ? Sans doute. Moi j'y vois une exploration philosophique du fait politique (indexé sur la détention de la violence légitime par le(s) plus juste(s)).

Les interprètes rendent le tout vraiment plaisant. Dans cet univers viril à souhait (tous les clichés du masculin y sont, hein : pas de place au sensible, à la douceur, à la gentillesse, aux licornes et tout, non, que du dur, du fort, du courageux, tout ça), il fallait donc des personnages qui parlent peu, mais qui ont une présence physique très forte. Le personnage principal, Brad, est confié à P.J.Boudousqué, dont le côté solaire se voile d'un regard triste, pour équilibrer. Il ressemble tellement à Ryan Gosling-dans-Drive que c'est pas possible, il a dû finir major de promo du cours "Comment jouer comme Gosling" de son école de ciné. En face, Reichert est joué par James C. Burns, un mix de Hugh Jackman et de Bryan Cranston passé par toutes les séries policières américaines imaginables. N'empêche qu'il donne le change, intraitable, net, bon chef de clan, jusqu'à ce que...

Le reste de la team ne démérite pas : l'ancien camarade qui rappelle l'ancien système, Nuñez (Chris Petrovski), qui incarne le mieux la nuanciation (nuançaison ? je sais plus...) morale de Brad, mais aussi Jonas et Erin, les victimes sacrificielles des différents systèmes, Trevor, Gillis, etc, camarades de sauvagerie, Jenson l'ambivalent, Cross l'anti-héros kafkaïen, Doris la fausse madone...

Et visuellement, classique ? L'image, léchée, brûlante sous son soleil qui brille comme des lampes de salle d'interrogatoire où rien d'autre que la vérité n'a droit d'avoir lieu, ou la nuit, où tout est permis, tout est tenté, réfléchi, ressenti, à la lumière de la Lune... Quand l'image elle-même devient véhicule d'une symbolique autonome et complémentaire, on touche à quelque chose de très grand.

Alors ?

Bien sûr, ce n'est qu'un premier long d'un jeune réalisateur.

Bien sûr, on est loin du génie de certains de ses congénères.

Mais il y a de l'excellent, dans ce film, pour qui ne se contente pas de l'histoire racontée.

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Published by Charlie SaintLaz - dans Ciné
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