11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 15:18
Coldwater, phénoménologie du Bien et du Mal.

So far away from LA.

Saint Augustin disait : "Les manichéens posent deux substances opposées, le Bien et le Mal, et les font se combattre." (Confessions, VII, 3). Littré, Larousse et Robert l'ont dit aussi, mais bien après. C'est drôle de voir que Saint Augustin a écrit des trucs du niveau des dictionnaires modernes. Mais passons.

Le manichéisme, en plus d'être religion persane du IIIe siècle, est surtout un raisonnement simpliste sur des notions de Bien et de Mal qu'on ne définit jamais vraiment. Pourquoi ? Parce que le Bien et le Mal sont variables selon le système de pensée du locuteur. Les meilleurs serviteurs de cette vision étroite et grossière des choses sont des réalisateurs qui ont fait pousser leurs films au soleil hollywoodien. Plus le budget est gros, plus la dialectique est réduite à sa plus facile simple expression.

Ce n'est pas le cas de Coldwater, le premier long métrage de Vincent Grashaw, un trentenaire pourtant né à Los Angeles.

L'histoire : Brad est cueilli au petit matin dans son lit par le staff de Coldwater, un camp de redressement pour jeunes garçons en perdition, où règnent la loi quasi martiale du directeur, le Colonel à la retraite Reichert. L'idée est simple (c'est la catchline) : We will re-adjust you (On va vous rectifier)(tu vois, "rectifier" > rectus > droit ∈ Bien...).

A ce point du scénario, on a des manières fortes pour corriger des petites frappes qui sont arrivées là pour des délits mineurs. Un centre où on réapprend le Bien et le Mal. Avec des gentils (qui apprennent le Bien) et des méchants (qui ont fait des choses Mal).

Sauf que ça se gâte. Les gentils dépassent un peu les bornes, les méchants changent de visage : bourreaux de la société vs bourreaux de l'Humain, les nuances de Bien et de Mal se multiplient, s'additionnent, s'annulent... Et c'est toute la richesse du scénario : plus on en apprend sur le passé, et plus les jours passent dans ce camp, plus les notions de vérité, de justice, de domination et d'obéissance, de violence nécessaire, d'individu et de collectif se redessinent. A chaque quart d'heure de film, tu revois tes définitions, et la place de chaque personnage sur l'échiquier des valeurs.

Banal jeu de retournements de situation ? Sans doute. Moi j'y vois une exploration philosophique du fait politique (indexé sur la détention de la violence légitime par le(s) plus juste(s)).

Les interprètes rendent le tout vraiment plaisant. Dans cet univers viril à souhait (tous les clichés du masculin y sont, hein : pas de place au sensible, à la douceur, à la gentillesse, aux licornes et tout, non, que du dur, du fort, du courageux, tout ça), il fallait donc des personnages qui parlent peu, mais qui ont une présence physique très forte. Le personnage principal, Brad, est confié à P.J.Boudousqué, dont le côté solaire se voile d'un regard triste, pour équilibrer. Il ressemble tellement à Ryan Gosling-dans-Drive que c'est pas possible, il a dû finir major de promo du cours "Comment jouer comme Gosling" de son école de ciné. En face, Reichert est joué par James C. Burns, un mix de Hugh Jackman et de Bryan Cranston passé par toutes les séries policières américaines imaginables. N'empêche qu'il donne le change, intraitable, net, bon chef de clan, jusqu'à ce que...

Le reste de la team ne démérite pas : l'ancien camarade qui rappelle l'ancien système, Nuñez (Chris Petrovski), qui incarne le mieux la nuanciation (nuançaison ? je sais plus...) morale de Brad, mais aussi Jonas et Erin, les victimes sacrificielles des différents systèmes, Trevor, Gillis, etc, camarades de sauvagerie, Jenson l'ambivalent, Cross l'anti-héros kafkaïen, Doris la fausse madone...

Et visuellement, classique ? L'image, léchée, brûlante sous son soleil qui brille comme des lampes de salle d'interrogatoire où rien d'autre que la vérité n'a droit d'avoir lieu, ou la nuit, où tout est permis, tout est tenté, réfléchi, ressenti, à la lumière de la Lune... Quand l'image elle-même devient véhicule d'une symbolique autonome et complémentaire, on touche à quelque chose de très grand.

Alors ?

Bien sûr, ce n'est qu'un premier long d'un jeune réalisateur.

Bien sûr, on est loin du génie de certains de ses congénères.

Mais il y a de l'excellent, dans ce film, pour qui ne se contente pas de l'histoire racontée.

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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 12:46

C'est le plus malin qui gagne.

C'est un peu ce qu'on a tiré de l'affaire David vs Goliath. Depuis, on a inventé la télé, et le sillon entre les malins et les pas malins s'est creusé exponentiellement.

Un des marronniers de la vulgarisation scientifique, c'est "Que fait-on vraiment de nos cellules grises ?". Il paraît que nous en utilisons très peu. 10% ? 20 ? La question n'est pas tranchée. Toujours est-il que ce questionnement a germé là où tout germe : au cinéma.

Deux ans après Limitless, voici Lucy.

Compare. Et juge. Si si, je t'autorise.

De toute façon, notre civilisation est vouée à en utiliser toujours moins, grâce au travail de sape des chaînes d'info en continu. Hein Télérama ?

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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 13:41

Caramel au beurre salé.

Le bronzage, c'est important. Mais si, pour frimer dans les afterworks de la rentrée. Pour ne pas te louper, les instituts de beauté et autres magazines féminins spécialisés dans la superficialité culture de l'apparence regorgent de conseils pour toutes les bourses, allant de la douche auto-bronzante aux UV préparatoires en passant par la terra cotta, les pilules de bêta-carotène et le peeling pré-ensoleillement.

Mais ça, c'est pour les petits joueurs. Les Sun Laboratories inventent les Sun Pills, avec de vrais extraits de soleil dedans, pour que tu ne sois pas seulement bronzé(e), mais carrément lumineux(se).

(c) Vaulot & Dyèvre

(c) Vaulot & Dyèvre

L'intelligence de la chose ? Sa polysémie.

# Luminothérapie

Tu le sais, ton moral varie en fonction de la météo. La pluie te rend mélancolique, la neige t'apaise, le soleil t'épanouit. Du coup, autant vendre du soleil plutôt que des neuroleptiques. Malin.

# My tailor looks rich

Parce que l'on passe moins de temps à être qu'à avoir l'air, pour des questions d'appartenance, de séduction ou de quête identitaire, on en vient, par exemple, à vouloir petre bronzé sans avoir vu le soleil. La quête de vitamine D est secondaire, c'est sans doute ce qui a fait réfléchir les créateurs de ces pilules de soleil. Moquer ou regretter le passage par l'ersatz pour avoir le même résultat, voilà un discours (presque) politique.

Plus d'info sur les génialissimes Vaulot & Dyèvre ici : http://www.vaulotdyevre.com/

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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 09:52

Il y a quelques mois (oui, je fais du #old, je sais), si tu es un peu connecté(e), tu tombais de gré ou de force sur des tweets ou des statuts menant à un article du Huffington Post, écrit par un type qui manque cruellement de confiance en lui. La preuve en est que son article n'était qu'une resucée d'articles d'origines douteuses.

Ledit article t'annonçait que les créatifs sont pas comme nous, mais genre dès le départ, les apparentant un peu avec les Asperger chers aux séries télé parce qu'ils sont cash, donc drôles. L'article confondait génie, talent, anticonformisme, démarche créative, inadaptation sociale et vision de la vie selon Cristina Cordula.

Selon moi - qui suis autant spécialiste de la question que l'auteur - être créatif, c'est avant tout sortir du dogmatisme. Se dire qu'on n'est pas obligé de suivre les règles. Un artiste, c'est donc avant tout un esprit capable d'envisager le monde différemment, au moins un instant, et d'en tirer de quoi faire une proposition nouvelle. Les gens qui se consacrent à créer - à voir et révéler les choses autrement qu'elles ne sont - prennent donc l'habitude de ne plus voir les choses comme tout le monde (aka "la masse"), et cette habitude impacte leur personnalité, donc leur rapport à leur entourage, ce qui donne le sentiment de décalage. Mais au fond, ils ne sont pas fondamentalement différents. En vrai, au départ, ils étaient comme tout le monde. Ca veut donc dire que tu peux, toi aussi, devenir créatif, avec beaucoup beaucoup BEAUCOUP de travail pour te sortir du dogme.

Mais cessons là le verbiage de comptoir de café du commerce et prenons un exemple.

Celui de Wes.

Avec The Grand Budapest Hotel (comme avec Moonrise Kingdom ou La vie aquatique auparavant, par exemple), il ne fait pas que raconter une histoire, il fait preuve de créativité. Comment ?

L'histoire. Une jeune fille lit un livre où l'auteur raconte qu'en 1968, il a rencontré le directeur d'un hôtel, dont il a hérité trente ans plus tôt, après une aventure improbable. [Insérer remarque sur le procédé courant de mise en abyme] L'aventure, c'est celle-ci : Zero est lobby boy dans le Grand Budapest Hotel, dirigé par M. Gustave H., qui lie avec sa clientèle féminine et âgée des relations un peu olé olé. Une de ses meilleures clientes, Madame D., décède en lui léguant un tableau inestimable : Le garçon à la pomme. La famille s'y oppose, Gustave le vole, et s'ensuit une course-poursuite entre Zero, Gustave, la famille qui veut les abattre et les autorités qui veulent les enfermer, sur fond de seconde guerre mondiale et de romance entre Zero et la jeune Agatha.

Histoire que beaucoup de réalisateurs auraient pu inventer avant de la filmer. Le film aurait été réjouissant, pas forcément très crédible. C'est LA que la créativité de Wes entre en jeu.

La réalisation. Wes Anderson, c'est avant tout un travail de la matière. Ses films ne ressemblent à aucun autre travail de réal' (grand public) (même si certains font un rapprochement un peu foufou avec Jean-Pierre Jeunet) sur plusieurs aspects : la photographie, le choix des plans, la direction d'acteur. Tu l'as dit : TOUT ce qui fait la patte d'un réalisateur. Chez Wes, ne cherche pas, tout est absolument différent de ce que font ses congénères. Du coup, il est vraiment créatif. Prenons un exemple. [rire de la remarque qu'on a faite tout à l'heure sur mise en abyme]

Un autre réalisateur aurait affadi le décor pour le rendre plus vieux - Wes le fait acidulé.

Un autre aurait instillé de la tendresse dans le jeu d'acteur - Wes les automatise presque.

Un autre aurait fait des plans charnels - Wes les tient à distance.

Un autre aurait divisé le nombre de plans par 3 - Wes chance le point de vue sans cesse.

Un autre... Bref.

La créativité, chez Wes, passe donc par un regard différent sur des choses attendues. Et ça marche.

Prenons une des scènes de prison, en guise d'illustration finale. Plutôt que d'y instiller ce qu'on y met d'habitude (inquiétude, peur, tristesse, violence, etc.) avec ce que ça aurait de traduction symbolique par l'image (couleurs, mise en scène, plans) pour traduire un monde impitoyable, Wes y distille son univers acidulé, joueur, et surtout, graphique. Repère, dans la scène ci-dessous, les jeux de symétrie, les contrastes de couleur, de forme, de taille... Visuellement, c'est jouissif ET amusant. Rien de ce qu'on attend d'une prison. Créatif, donc. CQFD.

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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 08:13

Classique is not dead.

Comme tout ce qui possède une étiquette, une règle stricte, une image de rigidité, la danse classique est sujette au détournement dans les règles de l'art, c'est-à-dire à l'humour, à la frivolité, tout en conservant la même exigence, à l'instar des ballets Trockadéro , qui ont repris les grandes pièces classiques pour les danser en riant et en travesti, comme dans cette parodie du Lac des Cygnes. Il s'agit souvent de faire affleurer une personnalité, faite de gestes parasites et d'expressions faciales, dans le corps de la danseuse classique, dont le visage fermé et la parfaite gestuelle sont l'émanation de sa féminité sublime. Sois belle et tais-toi, en somme.

Mais comme le bouffon (au sens théâtral) n'est pas le seul moyen de détourner les codes, parlons un peu du directeur du Centre Chorégraphique National de Biarritz. On présente Thierry Malandain comme un chorégraphe contemporain. Ou néo-classique. Ou moderne. Sa danse est en effet un heureux mélange, reprenant les codes gestuels du classique, pointes tendues, ports de têtes, de bras, arabesques et compositions d'ensembles, auxquels il ajoute un soupçon de liberté, pieds flexes, marches naturelles, dos ronds, et un peu de théâtre... Avec cette écriture précise et originale, il a recomposé les grands titres du ballet classique : Roméo et Juliette, Daphnis et Chloé, le Boléro, Casse-Noisette... En 2013, il offrait au public un nouveau revisitage de talent : Cendrillon.

L'histoire, tout le monde la connaît - merci Walt : sans réseau, on n'arrive à rien. Cendrillon, souillon un peu cruche de la maison, réussit à entrer à la bachelor party du prince grâce à sa marraine la fée. Elle est physiquement intelligente, il tombe amoureux, elle doit partir before midnight, il la retrouve grâce à ses pompes, fin heureuse. Ici, pourtant, on ne s'éternise pas sur la triste condition de Cendrillon, on passe rapidement au bal (qui dure, qui dure...). Point de transformations magiques non plus : on n'est pas chez Arturo Brachetti, hein. La partie du soulier est d'ailleurs un peu décevante.

La magie, par contre, s'exprime dans une mise-en-scène et quelques tableaux que Disney pourrait nous envier : l'ouverture et la clôture, avec leur ronde de corps frémissants, le cercle-carrosse, les mouvements d'ensemble ciselés qui donnent l'impression que les danseurs se démultiplient... Au delà de la magie, nécessaire à la pièce, Malandain a également joué sur l'humour. D'une part parce que la pièce comporte des personnages comiques (le trio belle-mère+Javotte+Anastasie), mais aussi parce que tous, autour, réagissent à leur décalage : Cendrillon est un ballet-bouffe.

(c) Olivier Houeix

(c) Olivier Houeix

Traduire des histoires par la danse ne fait pas intervenir que la mise-en-scène : la gestuelle trahit l'émotion, l'intention. Ainsi, Cendrillon (Miyuki Kanei) est-elle toute en tendresse, en rondeur, en légèreté, pour figurer l'innocence romantique. De même, la belle-mère (Giuseppe Chiavaro) et les demi-soeurs (Frederik Deberdt & Jacob Hernandez Martin) sont-elles toutes en accents, en postures trapues et en pieds flexes, à des kilomètres de la féminité dans les codes classiques.

Si les danseurs principaux (Miyuki Kanei / Cendrillon, Daniel Vizcayo / Le Prince, Claire Longchampt / La Fée) sont techniquement sublimes, leurs prestations souffrent de la lisseté de leurs personnages. Chiavaro, Deberdt et Hernandez Martin, à l'inverse, sont les stars du show, justement parce qu'ils éclatent les codes tout en conservant une précision technique formidable. Dans mon coin, je suis resté bluffé par un second rôle, un danseur fantastique, souple, bondissant, son corps m'a fasciné par la qualité de sa danse... Petite bombe dans un casting plein de personnages plus visibles, Arnaud Mahouy, qui interprète successivement le Maître à Danser et l'Intendant des Plaisirs, m'a captivé.

Mahouy, à gauche, dans Roméo et Juliette (2010) - (c) Olivier Houeix

Mahouy, à gauche, dans Roméo et Juliette (2010) - (c) Olivier Houeix

(Si toi aussi, tu le veux en prof particulier, c'est possible...)

 

Bref, Malandain signe une petite pépite, un vrai moment de beau geste et de belle composition, équilibré, lumineux, drôle et juste. Même si le bal dure trop longtemps. La faute à Prokofiev, sans doute !

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11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 16:24

Au vu de mon année cinématographique 2013, parler de ciné est délicat. La saison des Golden Globes, des Césars, des Oscars est passée... J'ai pâli : je n'ai pas vu le tiers des films en compétition. Comment jauger des performances ? Comment parler du travail d'image ? Comment réagir au scénario ? Dur.

Du moins, dur... si j'étais vraiment scrupuleux. Or bon, je préfère jouer le jeu du jugement subjectif, comme tout bon commentateur, sans suivre les pronostics, juste pour mettre en valeur ce qui m'a moi, bien plu au cinoche cette année.

Reprenant les catégories de l'année dernière - et crois-moi, c'est pas fastoche, parce que les films sont différents, et les prestations avec - et reprenant la liste des films vus en 2013, voici ce que ça donne :

 

Lazars des meilleurs interprètes dans des rôles impressionnants de maîtrise :

Jamie Foxx dans Django Unchained

Anne Hathaway dans Les Misérables

 

Lazars des meilleurs interprètes dans des rôles touchants de sensibilité :

Gael Garcia Bernal dans No

Naomi Watts et Robin Wright dans Perfect Mothers

 

Lazars des meilleures nouvelles têtes dans mon univers cinéma :

Logan Lerman dans Le monde de Charlie

Sofia Oria dans Blancanieves

 

Lazars des meilleures anciennes têtes que je n'avais pas vues bien jouer depuis longtemps :

Daniel Brühl dans Rush

Julie Delpy dans Before Midnight

 

Lazars des meilleurs interprètes dans des rôles qui m'ont gâché mon plaisir :

Brontez Purnell dans I want your love

Rachel McAdams dans Passion

 

Lazar du meilleur film que l'histoire elle m'a scotché :

Perfect Mothers, d'Anne Fontaine

 

Lazar du meilleur film qui est surtout très beau à regarder :

Only God Forgives, de Nicholas Winding Refn

 

Lazar du meilleur film que c'était une bonne surprise :

Le monde de Charlie, de Stephen Chbosky

 

Lazar du meilleur film que c'était une mauvaise surprise :

American Nightmare, de James DeMonaco

 

Lazar du meilleur réalisateur parce que ce film me confirme que je l'aime beaucoup :

Ashgar Fahradi, avec Le Passé

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11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 11:36

Parce qu'on est pas que des décérébrés devant notre télé, même sans appliquer la Critique de faculté de juger, on peut se dire qu'on se fout de notre tête, parfois.

Exemple avec Rehab (2007), par Rihanna feat. Justin Timberlake.

 

# Les paroles :

Baby, baby, when we first met, I never felt something so strong : You were like my lover and my best friend, all wrapped into one, with a ribbon on it. And all of a sudden, when you left, I didn't know how to follow, it's like a shot that spun me around and now my heart dead... I feel so empty and hollow.

> Bon, elle s'est faite larguer, on ne sait pas pourquoi, mais elle est toute penaude. #boring mais rigolo (en rose)(c'est pas rigolo, les rubans ?)

And I'll never give myself to another, the way I gave it to you. Don't even recognize the ways you hurt me, do you? It's gonna take a miracle to bring me back and you're the one to blame.

> En gros, tout est de sa faute, à ce pauvre type. Et elle fait sa dramaqueen (parties en bleu).

And now I feel like, oh, you're the reason why I'm thinking. I don't wanna smoke all these cigarettes no more. I guess this is what I get for wishful thinking. I should've never let you into my door. Next time you wanna go on and leave, I should just let you go on and do it. Now I'm using like I bleed.

> Des regrets, des regrets. Le fameux truc inutile du "la prochaine fois, je..." alors qu'on sait très bien qu'il n'y aura pas de prochaine fois. Note : elle fait rimer "thinking" avec "thinking". Quelle poétesse.

It's like I checked into rehab, Baby, you're my disease (x2)
I gotta check into rehab 'Cause baby, you're my disease (x2)

> #boring

Damn, ain't it crazy when your love swept? You'll do anything for the one you love 'Cause anytime that you needed me, I'd be there. It's like you were my favorite drug. The only problem is that you was using me in a different way that I was using you, but now that I know, it's not meant to be : you gotta go, I gotta win myself over you.

> Tout s'explique : Rihanna parle à sa drogue. Regarde comme ça explique toutes les parties en rouge depuis le début. La pauvre. C'est moche, les crises de manque. A noter la curieuse concordance de temps (en vert).

Now ladies, gimme that Oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh

Oh, now gimme that Oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh, oh

> Voilà ce qui justifie le "feat. Justin Timberlake". Oui, moi aussi, je pleure de rire.

# Le clip - description

Rihanna attend dans le désert, en sous-vêtements, maquillée comme pour les Grammy et couverte de bijoux qui font gling-gling dans le vent. La fille naturelle, pas superficielle, quoi. Qui a le sens de l'à-propos, qui est consciente que c'est LA tenue idéale pour aller dans le désert. Elle attend donc dans le désert, sans transpirer, sans se cramer la carne sur la carrosserie de sa belle voiture rouge qui, en plein cagnard, doit être montée à environ 800°C. C'est ça, l'effet Nivea, tu vois.

C'est alors qu'arrive Justin Timberlake, qui descend de sa moto (ouah, il brave le danger...), retire son cuir (ouah, trop rebelle...), prend une douche tout habillé (ouah, trop... sexy ? marrant ? fresh ?), s'approche de Rihanna, avachie sur la voiture brûlante-qui-ne-la-brûle-pas-merci-Nivea, la croupe relevée, la truffe frétillante, il prend sa place sur la voitire-brûlante-qui-ne-peut-pas-le-brûler-puisqu'il-est-tout-mouillé, ils se regardent avec un air pas content, on ne sait pas s'ils vont forniquer sauvagement ou s'ils regrettent le cassoulet d'hier soir. #constipation

Je note quand même que la présence d'une douche dans le désert ne t'a pas choqué plus que ça.

Ensuite, dans le désert toujours, mais pas habillés pareil, fin de journée plutôt relax, Justin porte des lunettes et serre les mâchoires, Rihanna non. Ils se regardent, selon l'hésitation vue plus haut. #foutucassoulet

Et après, dans le désert, encore, habillés autrement, encore, c'est la nuit. Rihanna, agressée par la puissance des rayons de lune, porte des lunettes de soleil lune, cette fois. Justin, trop nyctalope, non. Ils s'évitent toujours. Disons que, plus le clip avance, plus Justin a l'air saoûlé par les reproches de Rihanna (ou ses tenues toutes plus dégueu les unes que les autres), et on le comprend. Une question nous taraude : Justin, pourquoi t'es venu ? Pour te faire pourrir ? Conclusion : Justin est masochiste.

Alors que la nuit n'en finit pas de tomber, Riri se rappelle de leur passé commun (quelques heures auparavant), justifiant l'usage outrancier des tous les filtres Instagram (et la curieuse-ouhlala-qu'elle-est-curieuse lumière verte) qu'on supporte depuis le début du clip. Eeeeet fin !

# Le clip - explication

En fait, Rihanna, en crise de manque, attend Justin, son dealer, mais à cause de l'insolation chopée dans le désert, elle a des hallucinations : elle le voit tout le temps, elle s'imagine l'allumer, le serrer, le chavucher sur un capot à 800°C, et plus ça avance, plus elle craque, arrivant même à avoir des flashbacks de ses hallucinations précédentes. Elle ne sait tellement pas quoi imaginer qu'elle décline toute sa garde robe, telle Barb(ad)ie Junkie avant la grande chute dans la Vallée de la Mort.

# Le message

Je pense à "La drogue, c'est nul, même si tu es super sexy."

Ou alors, "Justin, tu sers à rien, même si tu es super sexy."

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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 21:27

Posture théâtrale.

Les municipales ont permis une nouvelle illustration des Ancines contre les Modernes. A ma gauche, le milieu culturel, tolérant, ouvert à l'autre, mêlant les influences. A ma droite (extrême), le FN-RBM-et-affiliés, conservateur, nationaliste, identitaire. Le tout avec un chef d'orchestre de renom, M. Olivier Py, metteur en scène et directeur du prestigieux Festival d'Avignon, et avec une caisse de résonance fabuleuse, les médias. Le tout, en trois actes.

# Acte I : La révolte émotionnelle.

Avignon. Son Palais des Papes, son pont saint Bénézet sur lequel on danse, son festival mondialement connu. Calme, luxe et volupté. Un beau jour de l'an de grâce 2014, Le FN arrive en tête des votes au premier tour des élections municipales. Stupeur et tremblements. Dans la foulée, Olivier Py déclare qu'il n'y aura pas de festival d'Avignon si Avignon passe à l'extrême droite. Enfin, il y aura le festival, mais pas à Avignon. Ou alors, qu'il démissionnera de la présidence du festival. Pourquoi ? Parce que FN et Culture (telle qu'elle est actuellement) sont incompatibles. Les réactions ne se font pas attendre.

Thomas Ostermeier dit "Il a raison, mais...", Jean-Michel Ribes dit "Il a raison, à 100%.", Jérôme Béglé dit "Il a tort, à 100%.", Charlotte Pudlowski dit "Voilà ce qu'Olivier aurait dû faire." Du vrai débat, avec des raisons, des vérités, de la raison, des contre-vérités, mais surtout, surtout, trop peu de philosophie politique pour beaucoup de verbiage.

# Acte II : Pschitt.

C'est alors la grande valse des discours secondaires, qui brassent du vent, qui se brossent l'égo dans le sens du poil. Les Echos répètent machinalement, tel l'écho. Angelin Preljocaj se paie une tranche de bien-pensance. Le FN met en marche son répondeur automatique (basé sur la victimisation-avec-des-mots-de-plus-de-3-syllabes. Ici : "instrumentalisation"). Le débat n'en est plus un, parce que la beauté de l'iconoclasme façon crime-de-lèse-Jean-Vilar suggéré par Olivier Py, dans toute sa superbe tragique, bascule dans l'analyse à la petite semaine de tout ce qui se fait en matière d'esbrouffe journalistique politique. Pourquoi ? Parce que la saillie politique de Py n'est, en fait, qu'une posture. Que les vrais journalistes ne veulent pas perdre de temps à analyser.

# Acte III : Le désaveu

Au fond, Olivier Py aurait dû savoir que le FN au second tour était l'assurance de son entrée au conseil municipal. Quelles qu'aient été ses menaces envers les Avignonnais (en mode "Si vous voulez le FN, vous n'aurez plus de festival !"), le FN sera à la table des négociations relatives au Festival. Il aura donc à entendre la parole de l'extrême droite. La Résistance suggérée par Ostermeier ou Pudlowski était donc la meilleure option à choisir. Contrairement à ce que Preljocaj a fait.

De plus, il y avait quand même de quoi tourner le candidat FN en dérision, plutôt que de le prendre comme une menace sérieuse : Non seulement il n'avait aucune chance d'être élu, mais au delà de ça, Philippe Liottaux, en tant qu'ancien homme de (café-)théâtre, a des casseroles, et pas des moindres...

Cette sympathique pièce de boulevard aura tout de même servi à une chose : rappeler la haine du FN pour la création contemporaine et le multiculturalisme... Donc son danger pour la société, qu'il pousserait à la sclérose.

Rideau.

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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 22:38

Ce qui devait arriver arriva.

Kev Adams à l'affiche d'un film avec Franck Dubosc.

Suivant les pas du Splendid, des Nuls, des Inconnus, les humoristes français , rois des planches, en mal d'ego passant sur toutes les chaînes ou profondément persuadés de leur désopilant talent se lancent au cinéma.

Pourquoi la critique grince-t-elle des dents quand surgit un nouveau film avec Franck Dubosc ou François-Xavier Demaison et est-elle plus enthousiaste quand s'annonce un Alain Chabat ou un Michel Blanc ?

La réponse vient sans aucun doute des qualités d'écriture et d'interprétation du comique visé. Comme si ce que l'artiste peut produire sur scène permettait de dire ce qu'il peut rendre à l'écran. Le bouffon, le personnage passager, le sketch court fonctionne très bien sur les planches, mais le personnage filé d'un bout à l'autre d'un spectacle, dans un univers, dans une narration, peut plus aisément se passer à l'écran. Parce qu'un type drôle dans du comique de situation marchera moins sur grand écran qu'un petit dieu de l'écriture d'histoires poilantes.

La réponse peut aussi venir du projet du film lui-même. Un comique dans une comédie basé sur ses personnages stéréotypés, on s'en méfie. Un comique dans comédie basée sur une situation improbable et non sur la simple personnalité de son personnage principal, on s'en méfie moins. Un comique dan sun film triste, on prend sans crainte.

Aussi, chers producteurs, chers réalisateurs de comédies foireuses, par pitié, ne cherchez plus à faire tourner Kev Adams, Shirley et Dino, Fabrice Eboué, Thomas N'Gijol, Norman Thavaud, Titoff et autres Michel Muller. Plus jamais. Merci

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19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 16:58

...mais le sexe trash, hein.

Et toujours sans jamais oser le demander.

 

[insérer ici une banalité sur le sexe] On nous bassine, avec ça. Entre culte de la performance (tu sais, celui qui détruit le rapport à la chose chez la génération Y) et l'imagerie porno-soft-chic tous azimuts pour vendre tout et n'importe quoi, la question du sexe se retrouve limitée à celle du désir, des plastiques, de l'apparence. Certes, quelques initiatives décomplexantes creusent la question (Maïa Mazaurette sur son blog, Quentin Girard sur Libé, les magasins Le Passage du Désir, qui se proclament love stores et non sex shops), mais dans la culture populaire, on manque un peu de simplicité quand il s'agit de parler de sexe - le Journal du Hard de Canal + n'aidant pas particulièrement à sortir des clichés.

Toujours est-il que le sexe, à force de sur-stimuler notre désir, on en a parfois un peu ras-la-qué -la-casquette. Lorsque le plus barge des réalisateurs danois a débarqué sur les écrans français avec Nymph()maniac, il ne pouvait y avoir que trois réactions possibles : "Encore ? Ah non, hein.", "Ouh, va y avoir des cochoncetés..." et "Va-t-on vraiment parler de sexe un peu sérieusement ?".

 

Voilà l'histoire : Un soir, Seligman, vieux monsieur à l'âme généreuse et à l'esprit ouvert, trouve Joe, femme d'âge moyen, allongée dans une cour, inconsciente, sous la neige, ruée de coups. Il la ramène chez lui, elle commence alors à lui raconter comment en elle en est arrivée là... Et là, tu en as pour 4h.

Joe se dit nymphomane. C'est à dire qu'elle court après le plaisir sexuel. Mais elle le regrette, elle se déteste pour ça. Seligman, pour qui le sexe n'est vraiment pas central, essaie de comprendre, à coup de métaphores et de dédramatisation morale. De sa prime jeunesse à son passage à tabac, Joe déroule le récit de sa progressive descente dans les affres d'une sexualité qu'elle ne maîtrise plus, ses réflexions, ses tentatives, ses découvertes.

 

Nymph()maniac : Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe...

Nymphomaniac I - Mise en place de l'échiquier

Durant les deux premières heures, Joe raconte comment elle en est venue à cette quête effrénée de plaisir sexuel : par anorgasmie. Cherchant ce plaisir dont elle entend parler mais qu'elle ne trouve jamais, ne pouvant être comblée par un seul homme, elle multiplie peu à peu les partenaires et accélère le rythme, avec une rigueur scientifique dictée par son instinct.

Le scenario n'est pas très intéressant, et l'image est assez froide, sans passion - à l'image des sensations de l'héroïne. L'histoire de Joe est morne, le film aussi - une adéquation fond/forme volontaire pour plus de cohérence, sans doute, ou une triste habitude esthétique héritée d'un Danemark manquant un peu de chaleur. Charlotte Gainsbourg (Joe) et Stellan Skarsgard (Seligman) offrent des performances simples : deux personnes qui discutent doucement, quand la galerie de personnages qu'elle évoque s'envoie en l'air (Shia Labeouf, Stacy Martin, Willem Dafoe) ou non (Uma Thurman, Christian Slater, Connie Nielsen).

L'intérêt de cette première partie réside dans l'excellence de ses dialogues. Joe n'a pas qu'un discours descriptif, elle entre, déjà, dans une première forme d'analyse qui délimite à la fois le fonctionnement de sa psyché ET le cadre sensoriel de son histoire. En réponse, Seligman offre des métaphores d'une justesse aussi éclatante que saugrenue, à l'image de cette question de pêche en rivière, qu'il file tout au long du film, quitte à exaspérer Joe (d'où, d'ailleurs, une des affiches proposées ci-contre).

Loin d'être passionnant à regarder, il est génial à écouter - et un peu indispensable pour voir la seconde partie. Prends ton mal en patience.

Nymphomaniac II - De l'incroyable à l'effroyable

Dans les deux dernières heures, Joe raconte à quel point la plongée dans cette sexualité à outrance n'a pas comblé la question, et comment il lui a fallu creuser encore et encore la notion de plaisir pour parvenir à la sérénité émotionnelle. Ne pouvant trouver l'orgasme qui ferait d'elle une femme 'complète', elle va multiplier les tentatives de plus en plus intrusives, impactantes, voire dangereuses pour atteindre la sérénité. En résulte une mise en danger de sa situation professionnelle, affective, familiale, dans une société qui ne parvient pas à la comprendre et qui, même, réprouve les excès.

Lars réussit là quelque chose de prodigieux. Partant de notre potentiel refus de mettre la sexualité au coeur de nos existences, il nous fait d'abord accepter le questionnement de Joe, et même épouser sa cause : parce que nous voulons tous la sérénité de chacun - la paix intérieure - et dans la mesure où (au pire) elle ne nuit qu'à elle-même, on veut qu'elle continue à essayer, à chercher. Lorsque notre morale la réprouve, on finit par accepter malgré tout, et vouloir aller plus loin. A mesure que le film avance, il monte chez le spectateur une forme inattendue de tranquillité de l'âme, parce que le discours de Joe semble porteur d'une noble cause, et qu'elle a face à elle sa Nemesis asexuée et bienveillante (à laquelle on se raccroche quand Joe va trop loin), Seligman. C'est, évidemment, mal connaître Lars von Trier.

Dans le second volet, la photographie reste, à mon goût, inintéressante, autant que l'interprétation (malgré l'ajout de Jamie Bell et de Jean-Marc Barr) dans le sens où aucun prix d'interprétation ne devrait leur tomber dans les mains, en principe. Par contre, le scenario a pris une épaisseur revigorante, et le dialogue Joe/Seligman est plus intellectuellement stimulant que jamais.

 

Et le sexe, dans tout ça ? Et bien le sexe, dans Nymph()maniac, est sexuel sans être libidineux. Les choses sont filmées crûment, sans forcément de gros plan, mais l'approche se veut anhédoniste : si tu bandes devant ce film, c'est que tu es vraiment en manque. Par contre, le sexe est utilisé ici comme support de la connaissance de soi, de la réalisation de soi, d'un discours esthétique et intellectuel d'une rare finesse.

Un film plus intello que sexy, donc, si tu te posais encore la question.

 

Le sexe, le sexe... Les Français sont réputés très portés sur la chose. Alors pourquoi en parle-t-on si peu ? Peut-être parce que ceux qui en parlent le plus sont ceux qui en font le moins.

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Published by Charlie SaintLaz - dans Ciné
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