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Tu Cherches Quelque Chose ?

A écouter !

Parce Que Je Parle Aussi De...

3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 16:24

Soulages y met le doigt.

Quel est l'élément déterminant pour que l'on sente bien dans un lieu de culte ? La lumière. Regarde une église romane : son austérité vient de ses petits espaces, de ses petites ouvertures dans des murs épais. Regarde une église gothique : sa puissance vient de ses hautes voûtes, aux murs pourtant d'une apparente délicatesse, tous ouverts de toutes parts qu'ils sont, béants de vitraux qui baignent la nef de... lumière. Petits ou grands, ils dessinent dans l'air des lignes comme divines, de couleurs vibrantes, douceâtres ou un peu lugubres, selon le temps. Le vitrail, élément essentiel de l'ambiance.

Rappelons que l'on a commencé à décorer les vitres pour poursuivre l'oeuvre de transmission initiée par les sculptures et peintures dans l'édifice : raconter les Ecritures en utilisant la lumière. J'en étais donc resté là : Jésus, Marie et tous leurs amis dans les folles aventures pleines de symboles, de messages de paix, d'humilité, de responsabilité (et quand même un peu d'intolérance).

Art superbe, art délicat, donc art coûteux. C'est ainsi que je m'expliquais certains vitraux peu ornementés - simples lignes, peu de couleurs, renoncement au figuratif... A l'exemple de la cathédrale de Cologne.

Mauvaise résolution d'image, c'est tout pixellisé... *rires*

Mauvaise résolution d'image, c'est tout pixellisé... *rires*

Mais ça, c'était avant.

Avant de saisir qu'il s'agit non d'un comblement de vide par une expression simple - mais originale -, mais bien d'une création contemporaine. Le vitrail, objet de création contemporaine ?

J'avais ouï dire, dans mon passé de fan de Chagall, de ses travaux pour la cathédrale de Chartres, qui me semblait alors un renouvellement du mariage de la divinité (artistique) avec la divinité (religieuse). Je pensais à une exception, pas à une tendance. C'était donc avant de découvrir l'existance du Père Couturier, théologien, qui entreprit de secouer l'art sacré en France, dans l'entre-deux-guerres. Le type est précurseur de l'intervention de peintres, architectes, sculpteurs, designers et autres couturiers dans les constructions modernes (pas moins de 2000 lieux de culte sont édifiés en France entre 1930 et 1980). Comme Gaudi avait révolutionné le concept d'église avec son éternelle inachevée Sagrada Familia.

Le vitrail comme création contemporaine, c'est tout l'objet de l'exposition présentée depuis le 20 mai dernier à la Cité de l'Architecture (Paris).

Mais aussi Matisse, Rouault, Zembock, Le Corbusier...

Mais aussi Matisse, Rouault, Zembock, Le Corbusier...

Gageure : faire une expo sur des fenêtres dans une salle qui n'en a pas.

A l'aide de cartons, de reproductions, de vidéos, l'expo suit l'histoire du renouveau du vitrail au XXe siècle, loin de l'académisme qui l'a étouffé. Transpositions de tableaux, art semi-figuratif, art abstrait, travail du matériau : tout est bon pour inspirer le croyant, qu'il s'agisse de travaux sobres ou monumentaux, de la discrète chapelle de l'hôpital Bretonneau, dont les 3 petits vitraux figurent l'arbre de vie, à l'étonnante Gedächtniskirche de Berlin, vaste octogone entièrement vitraillé de pavés de verre bleus.

A travers ses batailles (Les Bréseux, Nevers), mais surtout ses édifices et oeuvres marquants (Assy, Metz, Conques,...), l'exposition soulève le voile de la grande richesse du vitrail contemporain... et nous incite à repartir sur les routes pour découvrir cet art contemporain qui n'hésite pas à servir le sacré ; l'exemple de la chapelle de Vence, aux vitraux signés Matisse.

Petite merveille de verre.

Petite merveille de verre.

A vos agendas : l'expo n'est ouverte que jusqu'au 21 septembre.

Site de l'exposition.

Pour rire un peu : des vitraux geek, c'est possible.

*****

Et jeter un oeil, au passage, à l'expo reprenant le travail remarquable des étudiants de l'école de Chaillot, qui creuse l'évolution de la ville par l'exemple dans des études graphiques poussées réunissant histoire, géographie, topographie, économie,... Passionnant !

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25 juillet 2015 6 25 /07 /juillet /2015 11:57

La vie, cette vaste course contre la mort.

On m'avait prévenu : plus le temps passe, plus il passe vite. Voudrait-on encore profiter de l'instant comme on l'a toujours fait, impossible : nos centres d'intérêt(s), choisis ou imposés, se sont multipliés, et l'attention nécessaire à chacun non seulement détourne de l'objectif de leur globalité, mais aussi empêche l'approfondissement de chacun. De là, frustration, sensation de décalage, constat d'échec relatif, politiques de recentrage... ou abandon progressif de l'action au service de l'observation. La passivité comme solution de facilité, ou comme nouvel hédonisme ?

Cette idée de personnalité abrutie par le réel, soudain consciente d'un écart, qui se dépossède ou se laisse déposséder de son influence sur le cours des choses, cela m'a parlé fortement à la lecture de Karoo, roman signé Steve Tesich paru en 1998 à titre posthume, traduit en 2012 en français, et salué par Arthur Miller himself.

 

Karoo, de Steve Tesich, 1998, trad. Anne Wicke 2012, éd. Toussaint Louverture.

Karoo, de Steve Tesich, 1998, trad. Anne Wicke 2012, éd. Toussaint Louverture.

# Le roman

Saul Karoo est un phénomène. Script doctor indépendant, il mène une vie mondaine aux côté de son épouse Diane et de leur fils adoptif, Billy. Désabusé, désillusionné, apathique et aboulique, il a comme démissionné de ses responsabilités, quelles qu'elles soient : amoureuses, familiales, sociales, intellectuelles, physiques. Responsabilités qu'il semble, au fond, n'avoir jamais prises.

Exemple : dans une Amérique carriériste, qui survalorise le succès et pousse au progrès perpétuel, Karoo relit sa propre destinée : Libéré, (...), de la nécessité de me lancer dans une carrière d'universitaire, j'essayais à l'époque d'écrire quelque chose de personnel. Je découvris vite que, même si j'étais considéré comme un interlocuteur spirituel et amusant, talent très admiré dans les cercles sociaux que nous fréquentions, je n'avais vraiment rien à raconter. Même mon talent pour la conversation n'était que celui de quelqu'un capable de réagir aux idées des autres, plutôt que d'initier des idées de son cru. Tout portait à croire qu'il me manquait à la fois le talent et l'élan créateur pour devenir écrivain. (p.182)

Devenu script doctor (tu sais, ce boulot qui consiste à lisser les scénarios pour les rendre conformes à l'industrie ciné américaine - le degré zéro de l'écrivain, donc), Karoo subit les désirs délictueux d'un producteur, Cromwell, qui lui demande de dénaturer le dernier (et sans doute LE dernier) film d'Arthur Houseman, légende du cinéma. En regardant les rushes, il tombe sur le personnage de la serveuse, joué par Leila... la mère biologique de Billy. En partant la rencontrer, il déclenche enfin une action dont il se pense maître, entraînant avec lui, peu à peu, les différents membres de sa famille.

*****

# La critique

Loin de moi l'idée d'en faire une critique complète. Je laisse la plume aux professionnels du Magazine Littéraire, de Télérama ou des Inrocks. Critique de l'Amérique des apparences, du progrès, du bonheur forcené, moins stérile qu ecelle de Bret Easton Ellis, mais tout aussi incisive.
Dans les points négatifs, je retiendrai la longueur des chapitres d'ouverture, longue description de la vacuité, de l'irresponsabilité, de l'impitié de la bourgeoisie américaine, et de ce Saul Karoo qui semble autant se complaire que souffrir de cet état de faits.

Pourtant, le personnage de Karoo est passionnant, et dessiné avec une acuité qui nous le rend crédible, réel. L'avoir fait insensible à l'alcool, par exemple : il devient incapable d'être ivre, et perd donc la main sur son rôle dans le jeu social qui consiste à partager - la consommation, le risque de l'ébriété, l'ébriété contrôlée, le dérapage mondain et le rire pour rien ; en un mot, ce qui lie autrement les gens et crée des souvenirs. Il développe un regard désabusé et passif sur ce qui l'entoure, se pliant au diktat social. Il a une réputation d'incapable ? Il jouera le rôle. Il ballotte entre couardise cynique et désespoir abattu - on le croit dépressif ou juste insupportable.

Côté intrigue, je ne suis pas convaincu, sans parvenir à déceler le pourquoi du comment. Peut-être à cause d'un nombrilisme trop prononcé, signe de l'introspection balbutiante de l'Amérique ?

En revanche, je dois reconnaître les talents d'écriture de Tesich (et de traduction d'Anne Wicke). Deux points m'ont fait saluer la souplesse du style - outre le fait qu'on ne remarque jamais que l'on tourne les pages, tant la lecture est fluide.

Premier point : le ton de ces regards posés sur le monde, petites vérités qui trahissent avec poésie la solitude de l'être humain et son sentimentalisme. Exemple : On ne peut pas vraiment regarder les gens quand on est avec eux. Ils disent des choses. Vous dites des choses. Votre présence altère leur comportement, tout comme le vôtre. Vous voyez très peu de choses des gens quand vous êtes avec eux. (p.431)

Second point : ces phrasés simples à portée éternelle, que l'on pourrait transformer en aphorismes : Aucune assurance contre la folie et la tragédie, contre les destinations jamais atteintes et les désirs jamais assouvis. (p.537)

Sans rentrer dans l'exégèse, donc, Karoo est un roman étonnant pour qui aime les lectures fournies, plonger dans les élucubrations d'un personnage, s'embourber dans des histoires que l'on n'aimerait pas vivre en vrai.

American blonde.

American blonde.

# Extrapolons

Epais roman que celui de Tesich, qui nous entraîne dans les affres de la pensée simpliste en apparence de ce Karoo désabusé : débarrassé d'émotions influentes (attachement, affection, amour, envie) par le truchement de bons procédés littéraires, il semble porter un regard clairvoyant sur tout et tous. Ce regard que nous souhaiterions parfois pouvoir poser autour de nous, tous noyés que nous sommes dans le tourbillon de la vie. [fredonner ici un extrait de Jules et Jim.] Cet épuisement moral ou intellectuel (ou les deux) qui s'est emparé de Karoo, comme ankylosé dans sa prise de décision, lui fait vivre sa vie à côté de lui-même : il est physiquement présent, répond aux stimuli, mais ne peut investir ni émotion ni réflexion ; il n'apporte rien de personnel ou de constructif à sa vie. Il lit la vacuité et la superficialité des choses, décrypte les intentions et les mécanismes, mais ne s'y soustrait pas, choisissant de subir l'inéluctable, n'essaie même pas d'influer dessus.

*****

Karoo illustre à merveille ce sentiment de dépossession, de transparence, de parenthèse. Et la défaite de soi.

Prenons cette scène où Cromwell entreprend d'expliquer à Karoo ce que doit devenir la vie de Leila portée à l'écran - et par ricochet, celle de Karoo lui-même :

L'histoire qu'il avait vécue et celle qu'il écoutait étaient deux versions différentes. Le fait que Saul avait vécu l'une d'elle n'en faisait pas pour autant une version officielle.

Dans l'atmosphère du bureau de Cromwell, savoir laquelle des deux versions était authentique avait de moins en moins d'importance.

Pour finir, l'important devint quelle version fonctionnait le mieux comme intrigue. (...)

Et pourtant, il ne pouvait pas nier qu'il en venait peu à peu à préferer la version de Cromwell. Celle-ci se tenait mieux, beaucoup mieux, que la version qu'il avait vécue.

*****

Intime tragédie qu'est celle où l'âme accepte d'être salie et d'être réduite à ses taches, au nom d'un programme de fabrication de mensonges, d'enjeux financiers - la civilisation du profit et du divertissement écrasant l'humain ; noyant son aliment, en somme.

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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 16:12

ILS REVIENNENT !

Non, pas les Parisiens à la Baule, pas les requins en Australie, pas les marronniers d'été des grandes chaînes, ni les fournitures scolaires, non. Pour la 4e fois en 10 ans, c'est le nouveau grand retour de l'AAADT à Paris. De ?

*****

# Contexte

La Culture va mal, depuis toujours, mais elle va bien, depuis toujours. Comme le disait ce célèbre philosophe français, "C'est une question d'équilibre". Alors que les théâtres publics se débattent avec leur programmation dans un climat de baisse des subventions assez drastique, les programmateurs privés s'en donnent à coeur joie. Depuis 2005, Les Etés de la Danse émerveillent Parisiens et touristes en juillet et août, grâce à une programmation internationale éclatante (et de photos extraordinaires dans le métro), financée à grands renforts de mécénat. Forcément.

En 2014, pour la 10e édition du festival, on pouvait grâce à eux s'extasier devant le Ballet de San Francisco. 9 ans après que ledit Ballet en a honoré la première édition, en 2005. Deux fois en 10 ans, y'avait de quoi trouver que ça manquait un peu de panache. Et bien pour la 11e édition, le festival fait revenir pour la QUATRIEME fois ce qui va devenir sa compagnie fétiche : l'Alvin Ailey American Dance Theater (ou AAADT). 2006, 2009, 2012, 2015 : tous les 3 ans, remarquable régularité.

4lvin 4iley / Les Etés de la Danse.

# Instant Souvenir

J'y étais allé en 2006 (avant l'ouverture de ce blog), et le programme était top : le sublime Solo de Hans van Manen sur la Suite n°1 en ré mineur de J.S.Bach, le fascinant Caught de David Parsons, où le danseur vole, à coups de sauts et de stroboscope, et l'épique Revelations d'Alvin Ailey, où l'histoire se mêle à la foi, à ce qui nous dépasse, à l'éternel, la danse extraordinaire et les negro spirituals en outils d'extraction vers le divin. J'en étais sorti impressionné. Je t'en avais même parlé en 2009, sans y être allé, juste parce que je savais que ça te plairait. En 2012, j'avais plutôt assisté à l'inégale performance des co-listiers de l'AAADT, la PTDC, dont je n'avais retiré de plaisir que durant Beloved Renegade.

# Les faits, rien que les faits

Jusqu'au premier août, les Etés de la Danse programment donc l'AAADT au Théâtre du Châtelet pour 27 représentations, avec un programme changeant alliant au génie Ailey, selon les soirs, du Bill T. Jones, du Christopher Wheeldon, du Ohad Naharin, du Hans van Manen, entre autres.

Ce 13 juillet, la compagnie était en grande forme : technique irréprochable, alliant souplesse, puissance, précision, fluidité, écoute, résonnance. C'est ce qui fait l'immense talent de la compagnie : des interprètes au sommet de leur art, la danse servie par ses plus ardents amoureux. Au programme, par contre, du très bon et du transparent.

- Avec sa mise en scène en clair-obscur, LIFT, d'Aszure Barton, est une jolie variation rythmique, où les partitions masculines et féminines se croisent et se complètent, l'esthétique tribale apportant force et spiritualité à l'ensemble.

- Awassa Astrige/Ostrich, d'Asadata Dafora, m'a laissé froid. La danse du poulet (enfin, de l'autruche, j'imagine) s'accroche certainement à une référence culturelle qui m'échappe. Toujours est-il que ce petit solo de quelques minutes, dans un contexte de menagerie, dans un ensemble coherent, aurait été plus agreeable à suivre que perdu au milieu de pieces de danse remarquables.

- Remarquables, sauf Bad blood, de Ulysses Dove, qui m'a fait pensé à un spectacle de fin d'année de cours de jazz : de la musique années 80 aux costumes en lycra moulant en passant par une chorégraphie purement performative et récitative, sans émotion, la soirée s’étirait soudain avec ennui…

- C’était sans compter sur un final extravagant : pour finir en beauté, la compagnie nous a gratifié d'une de mes pièces favorites d'Ohad Naharin, Minus 16. Les mots me manquent, mais va le voir : drôle, physique, délicat, varié, festif, communicatif... Extra.

 

Tu veux le voir ? Presse-toi : la dernière représentation de cette édition aura lieu le 1er août. Et pour choisir des chorégraphies préférées, creuse un peu le programme disponible ici.

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22 juin 2015 1 22 /06 /juin /2015 11:59

Faux semblants.

Crédulité, n.f. : (lat. credulitas) trop grande facilité à croire quelqu'un ou quelque chose (Larousse).

Chacun expérimente le désagréable sentiment honteux à la découverte de sa crédulité, fût-elle cachée sous la politiquement correcte naïveté. La crédulité, c'est l'apanage de l'enfance - celle qui permet aux parents de faire croire au Père Noël et aux curés d'inculquer l'Immaculée Conception. Devenu adulte, l'humain a appris à ses dépends comment remettre en doute, connaître l'origine, comprendre les conséquences : il questionne, il apprend, il comprend, il élabore, en bon disciple de saint Thomas. Parce que la crédulité, à l'âge adulte, c'est de la bêtise.

Après, tant de choses poussent notre capacité au doute dans les replis de sa forteresse mentale : l'envie de croire, le besoin de croire, l'immanence de la croyance. Tout ce qui dépasse l'entendement permet l'irrationalité : la mort, l'amour, le désir, le dégoût - et, psychologie ou non, on sombre facilement dans la contradiction, dès lors que l'on pénètre les frontières de l'empirico-transcendantal.

Valley of Love, dernier film de Guillaume Nicloux, m'évoque cette question de frontière. A plusieurs titres, puisqu'il s'en donne à coeur joie, tout basé qu'il est sur les oppositions.

Le synopsis, si tu n'as pas compris : Isabelle et Gérard, deux acteurs français connus, se sont aimés, ont eu un fils, se sont quittés, on refait leur vie, et, bien des années après, ont perdu leur fils. Avant de se tuer, le fils leur a écrit une lettre leur demandant de passer 7 jours ensemble dans la Vallée de la Mort, séjour durant lequel il leur apparaîtra pour la dernière fois. On suit donc la confrontation d'Isabelle et Gérard pendant ces quelques jours, entre deuil, souvenirs et sentiments. Sous le soleil, exactement.

Dans la Vallée, oh oh, de la Mort, la lilaa...

Dans la Vallée, oh oh, de la Mort, la lilaa...

Quelles frontières, alors ? Elles sont nombreuses :

... entre la vraie vie et le cinéma

Gérard et Isabelle, Gérard Depardieu et Isabelle Huppert, des personnalités calquées sur l'image publique de chacun des comédiens, et des situations quotidiennes, entre conversations faites pour meubler et, traduisant une volonté forte de manquer d'ampleur, de délaisser le tragique au cinéma pour mieux épouser la forme documentaire. On sait qu'il y a du vrai, on sait que c'est pour de faux, mais... où est la frontière ?

*****

... entre la vie et la mort

Flirtant avec le fantastique, Valley of Love explore en filigrane le rapport à la Mort, par le truchement du rapport aux souvenirs. Parce que ce qui pointe le plus, dans ce film, c'est le passé : Gérard cherchant à relire la relation passionnée qui les a liés, Isabelle voulant soudain reconstruire une relation avec son fils disparu, comme pour réparer le passé - par peur de la culpabilité, surtout. Elle fait son voyage expiatoire, il fait son rituel de deuil. Mais de la Mort, au final, il est peu question : seul le souvenir compte.

On ne retrouve le questionnement sur la Mort - le nôtre, pas le leur - qu'à l'occasion de manifestations étranges - étranges pour eux, moins pour nous - parce qu'ils sont là pour voir apparaître leur fils dans le désert, saint Jérôme style. Nul Dieu toutefois, juste un besoin irrationnel d'avoir tort ou raison, face à la mort.

*****

... entre le réel et l'imaginaire

Changement de saint : après Jérôme, Thomas. Nous avons tous plus ou moins rejoint sa doctrine - Je ne crois que ce que je vois. C'est ce "plus ou moins" qui fait toute la richesse de nos discussions : croire ou ne pas croire. Ici, Isabelle croit aux signes - à certains signes - qui, de notre point de vue, l'arrangent pour aller jusqu'au bout de son périple, parce qu'il faut que ces signes en soient, sans quoi elle ne se débarrassera jamais de sa culpabilité. Elle a donc besoin de croire, et tout est bon à nourrir sa croyance. Les marques sur les chevilles ne peuvent qu'avoir été laissées par le défunt qui les guette. La croyance devient stupide folie lorsqu'un pragmatisme éclatant s'oppose à elle et la réfute. Et devine ce qu'est Gégé ? Exactement : un bon vieil incrédule, terre-à-terre, empiriste, refusant de trouver une raison à ce qui semble ne pas en avoir, mais refusant tout autant de se laisser gagner par le mysticisme. Faut pas déconner.

*****

... entre le bon et le mauvais cinéma

Mais au fait, bon ou pas bon, Valley of Love ? Comptons les points :
- Personnellement, l'équilibre banal/épique n'est pas bon : le film soulève beaucoup d'objets scénaristiques (l'objectif à atteindre, le rituel en étapes, les retrouvailles, les souvenirs,...) mais n'en creuse aucun. Tout est laissé à la marge, au profit de la conversation creuse entre les personnages, qui ne mène à rien de concret. Seul intérêt (attention, spoiler) : la conversion de l'un à la doctrine de l'autre... et pouf, générique. Bad point.

- Gérard Depardieu et Isabelle Huppert : casting de haut vol - la presse n'a parlé que de ça. Les "monstres sacrés" (sic) du cinéma français auraient donc tant à faire ensemble ? Pas si le scénario et la mise en scène sont laissés en déshérence. Parce que le jeu et les tempéraments semblent tout entiers dictés par la chaleur - écrasante - qui tout à la fois les énerve et les lasse plus vite de tout. Bad point.

- Aborder la thématique du deuil de l'enfant et à peine l'effleurer, quel dommage. Rien qui n'arrive à la cheville, par exemple, de La chambre du fils, de Nanni Moretti. Le fantastique (stigmates du contact avec l'au-delà, dans la terreur nocturne pour la mère, dans la tempête diurne pour le père) apporte une touche d'étrangeté, que notre incrédulité n'accepte pas de recevoir. Gros pari, grosses pertes. Bad point.

- Ne pas parler de la Mort dans la Vallée de la Mort. Appeler son film Valley of Love sans y faire vraiment fleurir l'amour. Ne pas jouer clairement sur la dichtotmie Love / Death. Ne pas célébrer le paysage naturel - alors qu'il est censé y avoir 7 étapes, dont on ne saura rien. Tout ça est un peu dommage. Bad point.

J'arrête là.

Souuuuuuuuuuuuus le soleiiiiiiiiil...

Souuuuuuuuuuuuus le soleiiiiiiiiil...

Donc ? Attends qu'il passe sur arte, tu me diras.

 

--------------- Pour continuer la réflexion ---------------

L'esprit qui doute se renseigne, disais-je : d'où le grand développement des informations, du journalisme, de la culture, des médias. Et, aujourd'hui, écrasés sous le poids du surplus livré brut sans analyse, on n'a plus le temps de questionner, ni de comprendre, donc d'analyser.

Et un esprit qui ne questionne plus en profondeur, en reliant les faits, les paroles et les actes à l'Humain, à la Nature et au Temps, est un esprit perdu.

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 19:40

Cela faisait un bail qu'on n'avait pas parlé musique.

Alors que le Hellfest bat son plein, je te propose d'écouter un peu de douceur. Des titres qui ne vont pas te surexciter les neurones, mais t'apaiser les tympans, sans fondre dans la soupe musicale comme le gruyère dans la soupe à l'oignon.

Y'a qu'à écouter, aussi... tome 20

# Sufjan Stevens - Carrie & Lowell (2015) > pour l'écouter, cliquer ici.

Sufjan Stevens fait partie d ela jeune génération des minets indé, qui font de la musique comme ils respirent : en haletant, avec leurs petites voix. A l'instar d'Asaf Avidan - son homologue israélien -, Sufjan Stevens (qui n'a rien à voir avec Cat Stevens, contrairement à ce que je pensais) joue la carte de la douceur-câlin-soleil-de-fin-d'été qui fait du bien les jours où il pleut. Célébré comme THE MUST de cette année, je me suis donc plongé dans le 7e album du jeune de Detroit... et sans grande surprise, le petit père Sufjan nous sert encore 11 titres aériens et spirituels, dédiés à sa mère (Carrie) et son beau-père (Lowell) - qui a pris la direction du label de Sufjan, Asthmatic Kitty ("chaton asthmatique", tout un programme !). Mais revenons à nos moutons dans les nuages.

Carrie & Lowell, donc, mêle de nouveau la guitare folk toute en légèreté et la voix délicate, claire, comme soufflée (en fait vocodée d'un bout à l'autre de l'album, pour donner ce petit grain ancien) de Sufjan, sur des thèmes aussi joyeux que la mort, la perte de l'autre, les désillusions, l'enfance perdue et Dieu. Rien de bien neuf, donc.

La plupart des chansons se ressemblent, si bien qu'on a le sentiment de n'en écouter qu'une seule, délicate et mignonne. Du tour de chant, presque, sans vagues : les 4 premiers titres (Death with dignity la lumineuse, Should have known better la céleste, All of me wants all of you l'insipide et Drawn to the blood l'inspirée) semblent ne faire qu'une, faute de variation(s). Avec Eugene, on a l'impression d'avoir switché sur Simon & Garfunkel sans faire attention, et on en sourit. Fourth of July se démarque par son absence de guitare, remplacé par un planant synthé qui donne un son fabriqué plus proche de l'électro que de la soupe balade céleste servie jusque là. The only thing nous ramène vers le style du début... et les 4 derniers titres relèvent donc de la même soupe recette : guitare et voix éthérées, sans harmonies travaillées, au point que certains titres semblent finis à la machette.

Carrie & Lowell pourrait être la bande-son d'un chouette film indépendant qui aborderait le spirituel sans la lourdeur ampoulée avec laquelle on a pris l'habitude de l'étouffer "pour faire sérieux". Feel good movie, donc, dont la musique ne sert que d'illustration à des images de nature apaisante, et non de discours principal. C'est ça, Carrie & Lowell : de la musique d'illustration.

Y'a qu'à écouter, aussi... tome 20

# Les Innocents - Mandarine (2015) > pour l'écouter, cliquer ici.

Moi, les Innocents, j'en étais resté à Post partum (1995) avec des tubes que j'écoute encore pour leur poésie et leur pêche, de Colore à Un monde parfait. Il y a bien eu un album en 1999, puis du vagabondage de Nataf et Urbain chacun de leur côté, mais, sans doute autant persuadés que nous de leur talent ensemble, les revoilà avec un Mandarine qui nous replonge illico dans leur patte musicale immédiatement reconnaissable, du mélange unique de leurs voix sur des textes truffés de jeux sonores - prouvant d'ailleurs que le français reste une langue à chanter, à faire danser (Erretegia mise à part) - à leur écriture mélodique caractéristique, entre pop et folk, celle qui avait fait le succès de la chanson française dans les années 90, avant que l'electropop à l'américaine vienne tout envahir.

Alors ? 10 titres légers et entraînants, parlant d'amour, du passé, de l'avenir, du présent - JiPé et Jean-Chri égrènent des chansons pleines d'une maturité affichée, qui parleront surtout aux 30 ans et plus, parce qu'il faut avoir vécu, un peu, et que ça n'en rend pas les choses plus ternes, d'avoir vécu un peu. Les philharmonies martiennes, premier titre et premier single, donne la couleur : on ne sera pas dans de la superproduction, mais dans la chanson à texte sur musique populaire ET ciselée. Pas de succession d'accords majeurs qui puent la grandiloquence, mais de la simplicité à la guitare et du rythme binaire. Si les titres se ressemblent, c'est que les variations sont subtiles - un peu plus folk ici (Love qui peut), plus balade mielleuse là (Harry Nilsson) ou plus electro-rock doux là (Petite voix), plus rock français (J'ai couru), un peu Henri-Salvadorienne parfois (Sherpa). Les Innocents dressent donc, titre après titre, le panorama stylistique d'une seule ambiance musicale, qui appelle à la tendresse.

Plus qu'un simple album à écouter en voiture en allant à la plage, d'une oreille distraite, Mandarine aligne les tranches de vie, les moments de vérité, délaissant le giron des productions actuelles - où l'on doit toucher à tous les styles sans rien maîtriser vraiment - pour creuser leur sillon, ni franchouillard, ni commercial, juste agréable. Agréable.

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28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 18:39

Tisiphone

La furie ? Tu n'imagines pas. Non, vraiment. Faut dire que notre environnement, à nous Occidentaux ayant érigé le Confort et la Sécurité en raisons de vivre, est particulièrement calme. Trop, sans doute. La furie, pour toi, se résume à un accès de rage, à une ardeur impétueuse, doux euphémismes que tu illustrerais volontiers avec l'image de ta mère, pas contente-contente de recevoir un énième collier de nouille pour la fête des mères, alors que, sérieusement, tu as 45 ans, faudrait arrêter. La furie, rabaissée à 3 mots criés un peu fort et un pas décidé pour quitter la pièce. Le lissage des émotions façon cour de Louis XIV, l'absolu self control comme stade ultime de l'éducation des élites, ornée de quelques traits d'esprit, le tout singé par les classes moyennes, ceci y est pour beaucoup, et n'importe quel psychologue te le dira : les ulcères pullulent de tant d'étouffement de notre rage profonde, de notre "ardeur impétueuse".

 

Pourquoi s'emporter, puisque notre puissance de résistance, quelle qu'elle soit, ne vise que notre confort individuel, fût-il élargi au groupe pour s'infatuer de bonne conscience, et puisque le sentiment d'impuissance qui résulte des efforts faits en vain éteint de facto la résistance à venir et - mieux encore - permet la perpétuation de la source de rage ? (lire, à ce sujet, Mark Hunyadi, La tyrannie des modes de vie)

 

Dès lors, la furie se résume à quelque folie furieuse, incarnée par une poignée de rôles classés hystérie au cinéma - Adjani hurlant sur les marches de la maison de Rodin (Camille Claudel, B.Nuytten, 1988), par exemple - ou par de somptueuses et terrifiantes images de la Nature conquérante - tsunami en Thaïlande ou tempête de 1999 - et, nonchalamment, sans en faire vraiment de cas, la furie devient à nos yeux un simple déferlement, une immensité déchaînée, libérée, déliv... un élément incontrôlable, en somme, sauvage et brutal, pas raffiné, donc éminemment méprisable.

 

Nous semblons donc oublier volontairement que la furie, qu'elle soit passagère ou continue - peut être un mode d'expression, un nécessaire compréhensible, presque un mode de vie à cultiver. Si si, comme uen façon d'intensifier le goût des choses. De manger la vie avec une bonne dose de sel. La furie comme mode de vie, voici, selon moi, une des éclatantes leçons à tirer de Mad Max : fury road, dans tous les bons cinémas.

S'il faut la cultiver avec Charlize et Tom, la furie, je suis TOUT A FAIT partant.

# Approche de la furie #

Mad Max : fury road n'est pas qu'un road movie pour Hell's angels en mal de grands espaces à bouffer sur de grosses cylindrées, non : il bâtit sa fury sur un canevas visuel de haute précision qui scotche le spectateur dans un état d'hébétude fascinée. Ledit canevas reconstruit l'imagerie  des pirates du désert en reprenant les codes propres à Mad Max (même réalisateur, 1978) - ceux du western routier post-apocalgnagnagna - en y rajoutant 3 vocabulaires visuels entrelacés. Tout d'abord, celui de la guerre totale, avec ces majestueuses explosions gigantesques, ces machines au carénage rutilant constellé de sable, et les corps mutilés, aux moignons compensés de structures bioniques : un sentiment de toute puissance folle. Ensuite, avec le vocabulaire de l'Enfer, entre les faces démoniaques, l'environnement sulfureux, brûlant, sec, les éléments déchaînés, la poussière, la saleté, la musique métal et les corps damnés d'esclaves enchaînés. Enfin, le vocabulaire de la course contre la Mort - vitesse et course-poursuite en exercices de styles, mais surtout surnaturation du corps, entre agilité animale, force et résistance musculaires, intuition et hypersensation.

De là, la furie est bel et bien une déferlance jubilatoire qui cumule les excès de la prise de risque démesurée pour sentir la vie plus intensément. Brrrrr.

# Un mode de vie ? #

Oui, parce que dans ce fury road, aucun des aspects ci-dessus n'est remis en cause : ni l'âpreté de l'environnement condamné, ni la violence a priori des rapports humains, ni l'inéluctable lutte de la pureté contre la saleté - métaphorisée ou non. Non, tout cela justifie de l'acceptation contextuelle, et plutôt que de s'en plaindre, le maîtriser, s'y adapter, réussir dans la folie.

Mode de vie. De VIE, oui, parce que qui dit "course contre la mort" dit forcément "instinct de survie". Mad Max : fury road cultive l'espoir et la sérénité à venir, le sacrifice immédiat de l'individu pour son bien-être à venir (comme Max lui-même qui cherche sa rédemption dans l'altruisme, mais aussi la distraction pour estomper le souvenir. L'espoir de fuir le mal(e) et la pollution pour la tendresse et la pureté, le tout avec une parole féministe - donc progressiste - porté par des personnages féminins qui déchirent, déringardisant leur volonté de feng shui en l'obtenant à grands coups de victoires sur la furie. Tadam.

La furie comme un mal nécessaire, donc, pour fuir le diktat de la Mort, s'en venger, même, et gagner non le Valhalla - le lieu de repos des guerriers défunts - mais l'Eden. Aux grands maux, les grands moyens. Délicieux.

# Enviable, donc ? #

Oui, parce qu'esthétisé à l'envie ! C'est si beau, si parfait dans la réalisation, léché dans la photographie... Et puis, surtout, le film fait de la furie un synonyme de liberté - passant à la fois par le côté révolution libertaire contre la tyrannie, mais aussi par l'affranchissement du spectateur de ses chaînes de bienséance pour libérer sa folie et sa puissance démiurgique : ici, comme le sous-titre l'indique, seuls les fous survivent. Il faut donc être un peu fou pour savourer la liberté. Du moins, cette liberté. Furieusement.

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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 13:33

Modèles et anti-modèles.

A quoi servent les célébrités ? De modèles. De portes-paroles, d'exemples, d'idéaux, de divinités, de présentoirs, d'illustrations, de copains, de leaders, de confidents, de... Au fond, elles servent d'alter ego, de miroir : elles sont ce que nous y mettons, donc ce que nous sommes. Alors, tu as enfin trouvé un(e) chéri(e) oh-oui-oh-oui et tu ne sais pas à qui tu dois t'identifier ? Voici un test pour t'aider à le déterminer.

*****

Où vous êtes-vous rencontré(e)s ?

# A la réunion d'information de l'asso-qui-se-bat-pour-une-juste-cause du coin.

& A un brunch d'amis d'amis d'amis d'amis.

$ A un speed dating.

% A l'école, pendant l'activité collier-de-nouilles.

§ A une soirée de gala, noeud pap' et petite robe noire, façon pub de parfum.

? Personne ne le sait.

*****

Où êtes-vous allés pour la dernière Saint-Valentin ?

$ Dans le resto à la mode, en limousine et Rayban.

§ Au salon, champagne, caviar et Sinatra en fond sonore.

# Au kiss-in contre le sexisme dans les métiers de bouche.

& Au resto que vous aimez bien, avec les enfants.

? Chez les (beaux-)parents.

% Au bowling avec des copains célibataires.

*****

Comment s'appellent vos rejetons ?

# Victoria, César, des prénoms de winners.

§ Abel, Sara, des prénoms éternels et worldwide.

& Enzo, Louane, des prénoms très courants.

$ Maalox, Zubrowka, des noms étranges... et déposés.

? Térébenthine, V-Phoenix, des trucs pas courants.

% On n'en veut pas, on est de grands mômes.

*****

Autour de vous, les gens...

# ... vous écoutent.

§ ... vous envient.

% ... vous brocardent.

& ... vous ressemblent.

$ ... vous attendent.

? ... vous ignorent.

*****

En public, vous parlez...

? de tout sauf de vous.

§ de vos succès à venir.

# de l'avenir de la planète.

& de ce que vous avez vu de passionnant.

$ de ce que vous avez fait d'insignifiant.

% de votre alter ego.

*****

En privé, vous parlez...

$ de faire une sextape.

? des extra-terrestres.

% de votre solitude.

# des infos à la télé.

& de la liste des courses.

§ de l'impossibilité de caler votre emploi du temps.

*****

"Pour vivre heureux,...

& ...faisons simple."

# ...assumons-nous."

? ...vivons cachés."

§ ...voyons-le en grand."

$ ...vendons du rêve."

% ...restons collés."

TEST / Quel couple star es-tu ?

Beaucoup de # : Tu es Ellen deGeneres et Portia de Rossi, le couple engagé

Le couple, ça n'est pas qu'une part de gâteau : c'est aussi affronter le monde ensemble, et dire haut et fort ce que beaucoup préfèrent taire par peur du conflit. Les gens admirent votre assurance, même s'ils ne comprennent pas ton combat en faveur des coussins péteurs parfumés. Personne à part vous, en fait. N'est pas leader d'une communauté qui veut.

Beaucoup de § : Tu es Natalie Portman et Benjamin Millepied, le couple classieux

Vous oscillez entre excellence et popularité, tous les deux. Pas un nuage à l'horizon, vous énervez, même, un peu. Rassurez-vous : tout le monde se jettera sur la première imperfection venue pour vous faire tomber de votre piédestal le moment venu. Ca fait quoi de vivre avec le canon sur la tempe ?

Beaucoup de $ : Tu es Kim Kardashian et Kanye West, le couple bling-bling

Ignorés des intellos, moqués des puissants, admirés des beaufs : pas facile, quand on surfe sur le vide et le superficiel, de se trouver de vrais amis... Peu importe, il reste la famille... et vos fans sur Twitter, évidemment.

Beaucoup de & : Tu es Neil Patrick Harris et David Burtka, le couple simple

Votre style à vous, c'est de faire les choses simplement, et d'expliquer qu'elles se font presque d'elles-mêmes, naturellement. Après, personne n'a besoin de savoir qu'il n'est pas vraiment le père du petit dernier, ou que ses seins ne sont pas tout à fait d'origine... Et quand bien même : ça vous rendrait encore plus normaux aux yeux de tous.

Beaucoup de ? : Tu es Elodie Bouchez et Thomas Bangalter, le couple qui questionne

Quand tu as dit avec qui tu sortais, les gens n'ont pas compris. Qui ? Oh, vraiment ? Mais... Non, c'était impossible. Un truc cloche forcément, pour eux. Et ils n'ont pas tort. Y'a forcément un truc. Ou alors... Se pourrait-il que...? M'enfin, les voies du bonheur sont impénétrables. Enfin, pas toutes...

Beaucoup de % : Tu es Ashley et Mary-Kate Olsen, le couple qui n'est pas un couple

Vous n'êtes pas vraiment un couple. C'est à dire qu'on ne s'imagine pas qu'il y ait de l'amour entre vous, juste une amitié fusionnelle. Pas de sexe, mais des batailles d'oreiller. Pas de compte commun, mais un pot commun pour aller à Disney. Des enfants, mais pas de vous deux. Bref, on n'arrive pas à se dire que vous pourriez être en couple ensemble... ni même chacun de votre côté. C

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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 09:16

Je ne suis pas un (super) héros.

Qu'est-ce qu'un superhéros ? Un type avec des capacités anormales qui s'investit au nom du bien pour combattre le mal. Le Méchant incarne la menace, le superhéros est le Gentil. De leur affrontement - par la force dans 99% des cas - naissent, en général, de nouveaux terrains de profits pour entreprises BTP et cabinets de psychologues - mais cet aspect de l'histoire est rarement abordé.

Orchestrant la guerre du Bien et du Mal, DC Comics et Marvel se livrent aussi la guerre du film de super héros (au pluriel comme au singulier) la plus barbare qui soit, défiant l'industrie de l'image ET le cerveau du spectateur. Parce que la création visuelle est toujours plus poussée dans l'impressionnant à grand coups d'effets spéciaux, au détriment de la qualité scénaristique et la finesse d'interprétation. Et parce qu'on n'en demande de moins en moins au spectateur, qui ne doit plus ni ressentir ni comprendre de trucs trop compliqués - mec, on n'est pas dans du Woody Allen, hein.

C'est ainsi que - vacances de Pâques obligent - je suis allé voir Avengers : l'ère d'Ultron. Tu pourrais croire que ce serait Avengers 2, la suite du Avengers sorti en 2012 ? Et bien non : c'est la suite de Captain America, le soldat de l'hiver, sorti l'an dernier. C'est qu'ils sont malins, chez Marvel : plutôt que de t'obliger à ne suivre qu'un seul personnage (dans une seule franchise), ils filent le scénario d'un personnage à l'autre, d'une histoire de menace de la planète à l'autre, d'une traitrise humaine qui crée le superhéros humble et courageux à la solie destructrice suivante. Le tout forme un ensemble homogène de manichéisme pas futé mais plein de blagues, de prouesses techniques à base d'effets spéciaux et de "cinéma" érigé en défi à l'épilepsie.

Bim boum badaboum. Et reboum.

L'histoire

Ayant fraîchement récupéré un énième artefact contenant le truc le plus puissant de l'univers, les cerveaux malades (l'un enflé du complexe du sauveur, l'autre affligé de sa propre monstruosité) de la fine équipe aux superpouvoirs injectent ledit truc-le-plus-puissant-de-l'univers dans un ordinateur, qui se connecte sur Internet, et prend le pouvoir avec des intentions pas très très sympa envers... les Avengers. Boulets. Ensuite, fastoche : il faut combattre Internet, à grand coups de poings et de marteau et de flèches et de bouclier boomerang. Les boulets gagnent à la fin.

> Outre le thème à la mode de l'internet menaçant (qu'on avait déjà vu ici et là dans les films inspirés de 1984, plus nettement dans, récemment, Transcendance) qui apporte un peu de nouveauté dans ce qui menace la planète, l'approche reste ultra-classique, propre à chaque personnage : humanité/superhéroïté, individualisme/sacrifice, acceptation/déni, etc. Mais on n'est pas là pour faire dans la psychologie : faut que ça claque. On est donc LOIN d'oser un peu de frivolité dans l'approche, comme on a pu le voir dans Hancock ou les Gardiens de la Galaxie.

La réalisation

Si tu aimes le grand spectacle, tu ne seras pas déçu : ça crépite, ça palpite, ça explose, ça court, ça vole, ça lévite, ça fonce, ça traverse, ça frôle, ça swingue, ça tape... Visuellement, reconnaissons que les effets spéciaux, trucages et montages ambitieux sont remarquables, presque indécelables, ce qui en fait une très belle réalisation. Le montage clipesque des scènes d'action est toutefois si saccadé que l'on ne profite de rien : tous les détails nous échappent. Autant dire qu'on ne prend pas vraiment de leçon de cinéma.

Ce qui n'enlève rien aux quelques trouvailles réussies (la ville volante reste un must, même si sous-exploité scénaristiquement, ou Jarvis, l'hologramme intelligent).

Les interprètes

Visuellement, certains personnages en imposent plus que d'autres - carrure ou ego, mais aussi importance dans les autres films de la franchise : Thor, Captain America, Iron Man. Bloqués dans des personnages "à posture" (pas très futé mais très musclé, ou l'inverse), ils ont une faible ampleur émotionnelle, donc peu de finesse de jeu - et les gros boulets, ça fait rire.

Le film illumine donc en creux Jeremy Renner (Hawk Eye), Mark Ruffalo (Hulk) et, dans une moindre mesure, Scarlett César-d'Honneur Johannson (Black Widow), parce que leurs personnages ont un semblant d'épaisseur. Qu'on ne vienne pas demander pourquoi aucun acteur n'a reçu de prix d'interprétation prestigieux pour un rôle de superhéros...

Alors ?

Avengers : l'ère d'Ultron est un bon gros film de superhéros bien sympa.

Personnellement, le film me prouve que les studios de superheros restent connectés aux questions modernes, sans renouveler le genre en profondeur. Il me rappelle aussi qu'on ne fera donc pas de film intelligent avec des superhéros... même si je ne peux m'empêcher de croire que Gardiens de la Galaxie le ridiculise (j'en avais parlé ici, pour mémoire).

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Published by Charlie SaintLaz - dans Ciné
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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 10:58

"On vous avait prévenus", qu'ils diront.

Prédicateurs de tous horizons, ils fleurissent depuis plusieurs siècles années avec une nonchalance qui force le respect. Egrenant leurs théories sur la chutes de la civilisation et la fin du monde, ils déblatèrent inlassablement sur les vérités qui dérangent, démasquant les fausses coïncidences, alignant les accusations basées sur des évidences reliés avec certitude, bref : ils affirment nous ouvrir les yeux, tous relecteurs et grands interprètes de l'Histoire qu'ils sont, alors que l'Histoire les rangera aux côtés de Dan Brown et de son Da Vinci code - puisqu'au final, c'est bien le même sport intellectuel qu'ils pratiquent.

Les récents succès en librairie (et dans les médias) de Houellebecq et Zemmour en témoignent : la France se passionne pour la littérature qui fait le buzz - qu'importe qu'elle se prétende analytique de la réalité ou fantasmatique du pire, elles sont attractives parce qu'elles font parler (et non l'inverse). La capacité des Français à faire de l'analyse de texte étant plutôt mauvaise, d'une part, et le lectorat de livres étant en forte chute, d'autre part, on pourra ne pas trop s'alarmer des effets réels de ces torchons bouquins sur les esprits - bien qu'en d'autres circonstances on déplorera cette décrépitude des cerveaux hexagonaux. Ou peut-être est-ce justement parce que les cerveaux se ramollissent suffisamment pour ne pas contester ce qu'ils pourraient prendre pour la vérité vraie qu'il faut s'alarmer. Chacun y verra son verre à moitié plein ou à moitié vide.

Au départ, la théorie du complot, que chacun pratique à son petit niveau en période de défiance envers le monde entier, naît quand le doute est nourri et l'autorité facilement dézinguable. Alors, plutôt que de s'orienter vers le pragmatisme, l'esprit critique use du doute et des faits pour créer un nouveau dogmatisme, basé sur une opposition systématique et - tu vas rire - une critique bête et méchante du système, tout en proposant un modèle utopique tout aussi critiquable.

(et puis on ne sait jamais, après tout, si ça se trouve.)

(et puis on ne sait jamais, après tout, si ça se trouve.)

"On ne nous dit pas tout !", disait l'autre.

Toujours est-il que pour nous, qui ne sommes pas des théoriciens (diplômés ou à la petite semaine) du monde et du sens de l'Histoire, les propositions d'ensemble, les rapprochements de sujets jamais rapprochés jusque là, ça nous électrise les neurones, parce que ça semble incroyable et surtout parce qu'on sent soudain plus maître du monde. Alors qu'en fait non.

C'est un peu comme réaliser, devant le fait accompli, que Future Lovers, de Madonna, a été créé POUR faire un mash up de génie avec I feel love, de Donna Summer. Soudain, t'es tout foufou, partagé entre la honte d'avoir été roulé, jusque là, par les techniques de la machine à tubes américaine, et l'exaltation d'une mise-en-abyme permanente de la musique électro, qui se réapproprie les meilleurs sont pour en faire, parfois, de vraies pépites.

Mais bien évidemment... j'dis ça, j'dis rien. ;)

#LeCourageDeSesOpinions

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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 20:01

Nous sommes Charlie.

Depuis le 7 janvier, l'émotion a été grande, et les résolutions, solides.

Qu'on aime ou non Charlie Hebdo, nous devons respecter qu'ils disent ce qu'ils disent. C'est CA, la liberté d'expression. Je comprends qu'on se sente vexé, touché, énervé, insulté, outré, attaqué par leur ligne éditoriale. Ca m'est arrivé.

Tu vois, si je reprends les arguments avancés contre Charlie, je trouve que d'autres publications sont bien plus attaquables. Valeurs Actuelles, Minute, par exemple. Il y a là, à mon avis, bien plus à blâmer comme atteinte à l'Humanité qu'avec quelques caricatures du Prophète. Nous sommes Charlie, donc, non en soutien à Charlie Hebdo, mais en soutien à la liberté d'expression.

Ces derniers temps, les discours ont fleuri, chacun sa petite opinion, ses discours. Terrorisme et Islam - qui alimente qui, qui subit qui, qui accuse qui, à tort ou à raison. Au même titre que le Front National, l'Islam radical attire les laissés pour compte, les frustrés, les abîmés qui ne se retrouvent pas dans le monde tel qu'il existe. Dans un cas comme dans l'autre, d'ailleurs, peu importe le cadre utilisé (le parti, la religion) : il s'agit simplement d'exprimer le rejet par le rejet. L'intolérance par l'intolérance. Quitte à vandaliser le cadre dont on se sert (la politique, l'Islam) pour arriver à ses fins. Et sans scrupules.

C'est dans ce climat que j'ai vu - parlons Culture - Timbuktu, drame franco-marocain d'Abderrahmane Sissako.

# Le pitch.

Tombouctou, ville du Mali surnommée la Perle du Désert (ou la Ville aux 333 Saints), est au bord du Sahara. La ville tombe peu à peu sous la loi de jihadistes bornés. La population subit, résiste individuellement, tente la raison. Aux alentours, une famille vit tranquillou de l'élevage bovin, peu soucieux de ce qui se trame en ville. Mais un jour, le père tue un pêcheur qui avait abattu une de ses vaches. Le voilà confronté à la justice de la ville...jihadiste.

Décrivant la lente plongée dans l'absurdité de la manipulation de l'Islam, Timbuktu offre une vision paisible du drame qui guette le monde musulman.

Discours sur la Terreur / Timbuktu.

# Mon avis

Bien : La photo. Sans tomber dans une National-Geographic-isation du discours sur l'Afrique, on peut tout de même saluer le travail d'image de Timbuktu, qui lèche ses ambiance et use des décors pour créer une fresque visuelle éclatante, solaire, qui évite le cliché touristique (puisque sont évitées les images des monuments de la ville, classée par l'UNESCO - sans doute parce que le film a été tourné...en Mauritanie).

Bien : Le scénario kafkaïen. L'histoire de la famille de Kidane, éleveur du désert, qui passe de la loi tribale violente à la loi jihadiste violente, heurtant sa vision paisible de la vie, utopiste des dunes.

Bien : Le dialogue religieux. Quand l'imam principal - voix d'un Islam modéré, tolérant, adaptable - s'entretient avec le chef jihadiste - porteur d'un Islam radical, intolérant, intransigeant (et brutal). Un discours qui enrichit notre réflexion sur cette noble religion, et sur l'instrumentalisation de la religion par les esprits étroits.

Pas bien : Le scénario décousu. Nous suivons en parallèle la progression insidieuse en ville, multipliant les petites histoires, nous accrochant aux personnages, alors que leur sort n'est pas filé, et sans effets ; et en parallèle, la vie de la famille de Kidane, déconnectée de toutes les histoires urbaines, même lorsqu'il finit jugé en ville.

Pas bien : La déconvenue thématique. J'avoue, j'espérais une vague de refus, de colère, une rébellion qui défendrait ses libertés, oui, j'avoue, j'espérais un truc entre la marche de Paris du 11 janvier et un acte d'héroïsme à l'américaine, à la sauce africaine. Forcément, j'étais un poil à côté de la plaque. Mais si je suis sensible à tous les actes de rébellion individuelle, j'ai été surpris par l'absence de résistance collective. Des volontés séparées face à un groupe uni (et armé)(et présenté comme crétin). Mais bon, on déplore ce qu'on peut.

 

# Donc ?

Un film à voir, assurément. Mais pas parfait, loin de là.

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Published by Charlie SaintLaz - dans Ciné Politique
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