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1 articles avec autoportrait

Les hommes en tutu.

Publié le par SaintLaz

La danse, c'est pour les filles.

Tu ne peux pas imaginer, pour un garçon qui danse, ce que ça fait, d'entendre ça jusqu'à l'âge de vingt ans. Tu vois, j'ai commencé à danser à huit ans, dans une école de petite ville de province, tout seul, un garçon entouré de quinze filles qui l'ont mauvaise parce qu'elles savent que, même si tu danses comme un pied, tu auras de toute façon le premier rôle de la choré de fin d'année. Alors faut t'imaginer un gros tas de filles de 8 ans, puis de 10, puis de 12, puis de 14, qui te regardent de travers. C'est assez flippant.

Dancing-Boy.jpg

Elles te disent que ce n'est pas dur, que t'as pas à faire d'efforts, que même en faisant de l'à-peu-près, c'est bon, ça passe. Et ce, même si la prof, qui veut te mettre en avant mais qui veut que tu sois bon, te fait subir l'enfer à chaque fin de cours pour que ta tête soit droite, pour que ta main soit souple, pour que tu sautes toujours plus haut "parce que les garçons doivent sauter très haut, sinon ils sont mauvais". Je me battais contre une armée de sales pimbêches qui disaient que je devais pas être là, que j'étais qu'un sale perturbateur, alors qu'en fait ...
A la maison, j'avais le soutien des femmes. Partout ailleurs, c'était la jungle : je me faisais pourrir à l'école, dans la rue, partout où je croisais un garçon ou une fille de mon école, j'avais le droit à du mépris et à l'insulte suprême (non par son sens, mais par son intention) de "pédale". Ca m'a suivi pendant tout le collège. Et ça s'est répandu dans les autres collèges de mon bled. J'ai été blacklisté de toutes les soirées, surboums et autres fêtes à piñata (j'imagine) pour une raison particulière : j'étais suspecté d'être pédé. Quand j'y réfléchis, c'était de l'homophobie pure et simple. Le vocabulaire, je te l'épargne, il était de toutes les couleurs. Et quand je demandais pourquoi je n'étais qu'une pédale, c'était ... parce que je faisais de la danse. Alors qu'en fait ...
En grandissant, non seulement j'ai prouvé que je méritais ma place, mais en plus, j'ai trouvé les arguments pour tout contrer : "moi je vois plein de filles toutes nues dans les vestiaires", "moi je sais ce qu'elle pense de toi, Martial" et autres "mais attends, Juliette, si t'es pas mise en avant, c'est juste parce que tu es mauvaise, regarde Marie-Charlotte, elle est devant, elle". J'ai fini par leur rentrer dedans, en mode very bad (flying) highschoolboy. Non, étonnamment, le fait que je sois danseur est devenu un atout : à l'école, c'était la classe. Surtout quand je reprenais, dans un coin de la cour, la choré du clip de Billy Crawford. Le hic venait des adultes : les vrais danseurs, ce sont les danseuses. Les filles en tutu, qui souffrent sur pointent, qui sont belles, aériennes, légères, et gnagnagna. Non, moi, ce que je faisais, ça devait être les mettre en valeur. Alors qu'en fait ...

Alors qu'en fait, pendant toutes ces années, je dansais.

Et au nom de tous les garçons qui se sont un peu retrouvés dans Billy Elliot, au nom de tous ceux qui en ont marre d'expliquer qu'un garçon qui danse, c'est aussi dur et aussi bien qu'une fille qui danse, au nom de ce féminisme de bas étage qui sévit chez les incultes, je balance dans ta face une vidéo qui te prouvera qu'un garçon peut faire aussi bien qu'une fille ... voire mieux, parce qu'en plus, le mec, il te fait rire. Mange, gourdasse !

Publié dans Danse, Autoportrait

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