Des p'tits trous, des p'tits trous ...

Publié le par Charlie

Avant de partir, elle m'a dit ça :

 

Hé, tu attends que je sois revenue pour aller te faire piercer la langue ? Comme ça je pourrai venir avec toi.

 

Et moi, j'l'ai trouvée adorable.

 

Au fond, je sais même pas si je le ferai vraiment.

 

Tu vois, je suis encore pris en étau entre le milieu d'où je viens et celui auquel j'appartiens. Ils n'ont rien à voir.

 

A ma droite ... Les figures d'autorité, dans ma famille, sont excessivement fermées à toute notion de progrès, d'ouverture, de marge. Oh, bien sûr, ils sont tolérants, jamais ils ne rejetteront qui que ce soit sur des critères autres que moraux. Parler d'argent, de sexualité, de dépression, de fêtes insensées et d'expériences originales, c'est pas possible. Tu penses déjà "Tu devrais pouvoir dépasser ça, non ?". Hé, la famille, outre une série de boulets que tu traînes jusqu'à ta mort (bon sang, voilà pourquoi il faut faire des enfants mais ne pas les aimer trop), c'est aussi un ultime bastion contre la société, une sorte de garnison de forces vives qui sait faire bloc d'un coup quand un des petits soldats est en difficulté. Il y a donc autant de dégoût que d'affection, et ça se paie cher, l'affection. Donc, souvent, on finit par rentrer dans leur jeu pour avoir l'affection, comme si elle se méritait.

 

A ma gauche ... Les différentes sphères auxquelles j'appartiens. Paris exige qu'on coure, qu'on s'adapte, qu'on se démène, qu'on creuse. La danse exige la générosité, une rigueur, une inventivité, une volonté de chercher plus loin. La culture exige l'ouverture d'esprit, la sensibilité, la compassion, la compréhension. Le milieu pédé exige une certaine désinvolture, le jeu, l'absence d'attaches. Dans tout ça, avoir des principes signifie souvent devoir se limiter, s'enfermer dans un ghetto, créer un groupe et l'isoler. C'est pas bon. Il y a le risque, à trop vouloir dessiner des limites, de se déconnecter de la réalité, de manquer un coche. Mais il y a aussi le risque, à rester trop ouvert, de se dissoudre, de se disperser. Un équilibre difficile à trouver, mais un défi plus qu'intéressant à relever.

 

Alors, un piercing. Parlons-en. Dans ce système schizophrénique qui me rendra chèvre, c'est à la fois m'identifier davantage aux milieux auxquels j'appartiens ... et en faire une caricature pour le milieu d'où je viens.

 

D'où dilemme.

Publié dans La vie

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