L'inexorabilité de la violence (Carancho)

Publié le par Charlie SaintLaz

Carancho1.jpgL'Argentine ne nous envoie pas souvent de films issus de leur excellente production, mais quand elle le fait, on ne rigole pas. En général, c'est histoires de fric + justice corrompue + bluette véritable. Pourquoi ? Parce que l'Argentine, c'est la jungle, et pas genre "ohlala, j'touche plus les Assedic, faut que je foute la zone dans mon HLM" : c'est flingues, meurtre, sang-qui-coule, tout ça. Du coup, les relations sentimentales sont rudement mises à l'épreuve, et on n'aime pas à la légère : les sentiments sont exacerbés, et les coups de coeur bien plus sincères que dans un film de Guillaume Canet.

 

Dans la masse énorme des acteurs têtes d'affiche en Argentine, il y a celui qu'on pourrait appeler le George Clooney de la Pampa : Ricardo Darin. Mûr, à la carrure imposante, l'oeil vif et le sourire charmeur, il est la partie émergée de l'iceberg en terme de casting argentin à succès. Je vous avais parlé des 9 Reines et de Dans ses yeux : c'était lui, déjà. Là, il revient avec une autre beauté, Martina Gusman, dans le dernier film du compagnon de celle-ci, Pablo Trapero (à qui on doit Leonera) : Carancho.

 

 


 

 

Attention, spoiler ...

Un carancho, c'est un avocat spécialisé dans les assurances aux accidentés de la route (oui, ça existe, oui ...). En fait, c'est tellement compliqué, le système argentin d'assurances, qu'il vaut mieux, pour toucher un max, faire appel à un juriste qui va toucher le chèque à ta place, déduire ses honoraires et te reverser le reste. Evidemment, dans certains cas, il est question d'assurances-vie, de centaines de milliers de pesos, du coup, il y a évidemment d'énormes trafics, d'arnaques et de jeux de corruption qui ont lieu, au point que les caranchos rôdent autour des hôpitaux en attendant les victimes ... Parmi eux, Sosa, interprété par Ricardo Darin, juriste de talent, mais un peu désabusé par l'ampleur de l'arnaque à laquelle son cabinet s'adonne. Du coup, il se verrait bien en juriste d'assurance un peu plus humain. Ce qui ne plaît pas à tout le monde, évidemment.

Sur sa route (dangereuse, donc), il croise une jeune urgentiste, Lujan (Martina Gusman). Elle ne cherche qu'à être titularisée, et pour ça, elle doit faire un max d'heures. Autant dire qu'elle passe son temps dans les salles d'op', à regarder des types dévastés par des fusillades ou ... des accidents de la route. Pour tenir le coup, elle se planque pour s'administrer dans le pied (là où on ne cherchera pas) sa dose de stup' en intra-veineuse. Courageuse, crevée, sans aucune vie sociale, elle n'a qu'un but : sauver des vies, dont la sienne. Lorsqu'elle croise Sosa, elle est méfiante, et pour cause : il est un de ces rapaces qui se font du blé sur le dos des types qu'elle sauve. Pourtant, à force de se croiser, un véritable rapport de force se crée entre eux, qui, doucement, les rapproche.

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Et on s'embarque avec eux dans le cortège de violences, de vengeances, de menaces en tout genre. Le rythme est soutenu, et on ne t'épargne rien : fusillades, passages à tabac, accidents, sang vomi... Les regards intenses qu'ils s'échangent, les yeux clairs et la peau épuisée, apportent la vraie respiration de ce film : ils sont autant de répits qui donnent aux personnages une humanité considérable, nous fait évidemment prendre leur parti, et donnent à leur but une pureté rassurante et des allures de Graal inaccessible. A couper le souffle.

 

Epargne-toi le tout si tu es trop sensible ... sinon, fonce. Fonce.

Publié dans Ciné

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